ACTE V
Cela dépend de toi. Je ne crains pas de te. le dire devant tan mari., Cela dépend de toi. Car nous sommes coupables souvent, ma &lles crois-moi, de nos malheurs autant que de nos fautes. Ne demanée pas trop à la vie... elle est douce, k vie... plie a des heurea^ divines, tu le sais déjà... mais pourtant ce n'est pas le ciel... N'exige pas trop non plus du cœur de ton mari... Les hommes, les meilleurs, les plus nobles, ont leurs instants de distraction, de défaillance... et puis, ils ont leurs goûts, leurs plaisirs, comme nous les nôtres... et enfin il ne faut pas oublier qu'ils soutiennent la part la plus lourde de l'existence commune. Ne laisse jamais surtout se glisser dans ton cœur ni dans ton langage cette amertume, cette aigreur qui flétrit peu k peu, qui détruit toute conflance et toute intimité!... un seul mot de tendresse peut prévenir tant de, . douleurs I Sois bonne, et sois brave! Sois brave! car le courage c'est le devoir, et le devoir c'est la vérité, c'est l'éternelle consolation! (Avec bewcoap d'émotion.) Enfin, no t'abandouno pas... et Dieu ne t'abandonnera jamais!... Allez, maintenant, allez tous deux
promener votre bonheur au soleil ! ( Bélèoe baise la main d« sa m&r« et pren^ le bras d'Achille. Tous deux sont pris de sortis.) *
N GONTRAN, faisant un pas Ters eux; et ramenant Aehille.
Achille I pardon, mon ami , il me paraît assez singulier de te parler le langage d'un père... c'est chose nouvelle dans ma bouche, mais enfin, il s'agit du bonheur de ma fille, (u passe pr&s de safliie ^.)
ACHILLE
Mon amiî...
CONTRAN, retenant avec peine son émotion.
Eh bien 1 je recommande également à Hélène les vertus que lui recommandait sa mère... le counge, la bonté, 'la résignation, au besoin... mais toi, mon ami, je t'en prie, ne mets pas ces vertus à une trop forte épreuve. Comp'e sur elles, mais n'en abuse pas. (ca-
mille écoute à son tour avec anxiété.) N )US SOmmPS, nOUS aUtrCS, mOn
ami, un peu trop portés à traifer d'illusions, de chimères, de rêveries, les sentiments et les idées qu'une âm« délicate, comme celle d'une femme, doit naturellement concevoir... Nous sommes trop
i. Acbille, Gontrao, Hélène, Camille.
Of-
\\t LA TENTATION.
portés à repousser, à refouler dans un cœur... qui souffre quelquefois.. . des élans, des effusions... dont la source n'est peut-être pas sans noblesse... car, après tout... que prouve tout cela? Qu'une femme ne vit pas seulement de pain, de cachemires et de dentelles, — qu'elle a une âme... et que cette âme a'ssi a le droit de vivre... et veut être respectée... Et à ce compte-là, Hélène aussi sera une femme romanesque... je l'espère... je m'en flatte... et je te la donne pour tollf... (u fait passer sa fliie près d'Achille.) Respecte donc l'âme sainte, l'âme fière que je te confie ! N'oublie jamais que cette élévation, cette pn<'sion, cette fierté... dus.^ent-elles l'importunera quelque heure d'insouciant égoïsme... sont des trésors sacrés qu'onne dédaigne pas, qu'on n'outrage pas impunément! Croismoi I (atoc beaucoap d'émotion.) Ah I crois-mol, mou ami, ton bonheur et le sien sont à ce prix 1 .
ACHILLE, loi serrant !a main.
Je te crois... compte sur moi I... (n prend le bras 4'Hélèoeet s'éloigne à gauche ; Contran les conduit ju£qu'à la porte. )