ACTE II
SEILLANES.
Non, madame. Je reste beaucoup chez moi maiatenant; j*y passe presque toutes mes soirées.
CAMILLE
Ahl... Et qu'est-ce que vous y faites I
SEILLANES.
Mais, madame,- je lis*.. Je me suis remis à la lecture.
CAMILLE
Ah I vraiment ?... Qu'est-ce qui vous est donc arrivé ?
SEILLANES.
Mon Dieu, madame... mes goûts ont changé depuis quelque temps... J'ai perdu ma gaieté, ma folle insouciance de la vingtième année... Je n'aime plus que la solitude, ou la société des personnes avec lesquelles on peut échanger quelques idées sérieuses, quelques sentiments vrais... Mon Dieul mais c'est toute une révolution, me direz-vous. Vous êtes comme Hippoly te... de Racine... Votre arc, vos javelots, votre char, tout vous abandonne!... Eh bien! oui, madame, c'est une métamorphose totale... moi qui n'avais jamais connu la mélancolie...
CAMILLE , souriant.
Mais vous avez encore un cheval, cependant ! Il est même trèsjoli... je l'ai remarqué tantôt en passant... Comment l'appelezvous?
SEILLANES, du mdme ton sentimental.
Justaucorps, madame... C'est un fils de Nuncio et de miss Waggs... Au surplus, je monte encore par routine... comme cela... car au fond . . .
CAMILLE
Quoi ?
SEILLANES.
Ahl croyez-le, madame, ce n'est pas un caprice passager, ce n'est pas un sentiment vulgaire qui a pu transformer si complètement mes goûts, mes habitudes... Maintenant... pour emprunter encore le langage d'un poète... Corneille... je vois, je sais, je crois. Je suis entièrement désabusé... Je ne m'égare plus à la poursuite de vains plaisirs... Je sais où est le vrai bien, le seul bon-
heur désirable... Mais, me sera-t-il jamais donné de Tatteindre, madame ?
CAMILLE, froidement.
Mais que voulez-vous que' j'en sache?
SEILLANES.
Ah ! vous seule, madame, vous le savez 1... Vous seule pouvez me le dire... et c'est à genoux que je veux attendre... (n se met à
genoux. Camille se 1ère. La porte de droite s'oarre, et la Tieille comtesse paraît. Seillanes se rel&re rirement.