ACTE TI
LA COMTESSE
Et puis, cette brusque sçrtie, sans un mot d'explication...
CAMILLE
Il était troublé, ce garçon...
LA COMTESSE
Oui, il était fort troublé, je crois. — Au reste, en supposant ses prétentions réelles, ce n'est pas moi qui les seconderai jamais!... un fat impertinent! (Aiuot s^aaseoir à droite, «nr \» canapé.) J'ai d'ailleurs d'autres vues pour Hélène. Malheureusement la personne à laquelle je songe n'a pas l'avantage de vous plaire.
CAMILLE, debout.
Mais qui donc?
LA COMTESSE
Je parle de M. Georges Gordon Trévélyan, un homme sérieux... lui... vraiment distingué... Mais, moins heureux que. M. de Seillanes, il trouve ici peu d'accueil.
CAMILLE
Mon Dieu! madame, M. Trévélyan est encore pour nous un étranger.
LA COMTESSE
Ne fût-ce que par égard pour moi, qui ai beaucoup connu et estimé monsieur son père, vous pourriez lui témoigner moins de froideur.
CAMILLE
Mais c'est que je n*ai pas vu du tout, jusqu'ici, moi, qu'il semblât penser à Hélène î
LA COMTESSE
Non? Et si je vous disais, moi, qu'il est épris d'Hélène depuis plusieurs mois !
CAMILLE
Comment ? Vraiment ?
LA COMTESSE
Cela remonte jusqu'au temps où nous étions encore à la campagne... Il était installé... là, dans le pays, mystérieusement...
CAMILLE, ti'ès-atieutiTe .
Ah!
LA COMTESSE
' Oui... et même un matin... (se lerant.), Teniez... c'était précisément, je m'en souviens, le jour où l'on nous présenta les Dumesnil... Je le surpris rôdant dans le parc, et il parut si confus, si bizarre, que j'eus aussitôt un soupçon de la vérité...
CAMILLE, à part.
C'était lui! (eaut.) AhU
LA COMTESSE
Ah! vous ne saviez pas cela, ma charmante?
CAMILLE
Non, madame... et je vous remercie de me l'apprendre... Mais encore... ne vous hâtez -vous point beaucoup d'interpréter de simples faits de curiosité ou de politesse dans le sens de vos désirs?
LA COMTESSE
J'ai des yeux, ma fille, et des yeux bien ouverts. Dieu merci!
UN DOMESTIQUE entrant.
M. Georges Trévélyan demande si Madame peut le recevoir?
CAMILLE 9 arec embarras.
Mais... quelle heure est-il?... (au comtesse.) Je ne sais.., si je dois...
LA COMTESSE
Tout ce que je puis dire, c'est que vous m'obligerez !
CAMILL.E , après un léger mouvement d'ëpaules.
Faites monter.
LA COMTESSE
Je vous laisse... Et, mon Dieu! si vous doutez de mes sentiments, je suis convaincue qu'il ne demande qu'un peu d'encouragement pour s'expliquer... Je vous laisse. (Eiiesort à droite.)
CAMILLE
Bien, madame.