SCÈNE X
CAMILLE, pui. TRÉVÉLYAN.
CAMILLE , seule ; arec amertume.
Vraiment... il y a des moments où il semble que tout conspire à vous tenter, à vous précipiter I... Enfin, je ne m'abandonne pas,
moi, Dieu merci, (sue s'asseoit sur le canapé à droUe. —^ Entre Trévélyan.)
TRÉVÉLYAN.
Madame, veuillez me pardonner mon indiscrétion. Je n'ai pas l'honneur d'être assez de vos ^amis pour me présenter chez vous aussi familièrement... Mais madame votre mère, que j'ai rencontrée tout à l'heure chez madame d'Hermilly, a daigné autoriser ma hardiesse en termes si bienveillants...
CAMILLE
Mais j'ai beaucoup d'obligation à ma mère, monsieur... Si vous voulez vous asseoir?... (ïrévéïyan ra prendre une chaise ) Il y a véritablement, monsieur, des hasards singuliers... Aujourd'hui même, une personne qui croit vous bien connaître et qui vous porte beaucoup d'intérêt, supposant entre vous et moi une intimité... que le degré de notre connaissance ne justifie guère...
TRÉVÉLYAN, souriant.
Permettez-moi de dire, malheureusement.
CAMILLE
Enfin, cette personne m'honorait d'une confidence délicate... qu'il ne tient qu'à moi de considérer comme un message... dont je vous demande la permission de m'acquitter.
TRÉVÉLYAN.
J'écoute, madame, (u s'assied.)
CAMILLE
Eh bien 1 on prétend que vous pensez un peu... beaucoup...
TRÉVÉLYAN.
A quoi? madame.
CAMILLE
A vous marier.
TRÉVÉLYAN.
A me marier, moi?
CAMILLE , sans le regarder.
Voilai... Qu*est-ce que vous répondez à cela?
TRÉVÉLTAN.
A me marier 1 Mon Dieu! Madame, y tenez-vous extrêmement?
Oh! moi, pour mon compte personnel...
TRÉVÉLYAN.
C'est que, moi, je n'y tiens pas du tout.
C4MILLE
Ah !... Eh bien, ma commission est faite... N'en parlons plus... Est-ce brillant, ce bal ?
TRÉVÉLYAN.
Très-brillant, madame.
CAMILLE
Comptez-vous y retourner ?
TRÉVÉLYAN, se lerant douoement-et souriant.
Mais, si vous me renvoyez?
CAMILLE
Non, vraiment... je vous assure... restez donc.
TRÉVÉLYAN.
Décidément, vous m'en voulez donc beaucoup, madame... Ma " réponse vous a paru légère... Une femme comme vous doit penser que le mariage est une chose grave, et qu'il y a, chez un homme de mon âge, une sorte de mauvaise grâce vulgaire à ne pas vouloir s'en préoccuper.
CAMILLE, froidement.
Mon Dieiï! il est certain qu'à moins de raisons sérieuses...
TRÉVÉLYAN.
Mais c'est que j'en ai une...
Si elle est bonne, c'est assez.
TRÉVÉLYAN, héritant.
J'ai presque envie de vous en faire juge!...