ACTE IV
événement, fais-moi donc le plaisir de prendre cette clef... la clef de mon secrétaire... Il suffit que je l’aie sur moi, mais rnfin, j’aime mieux te la donner.
ACHILLE) prenant 1a clef.
C’est tout, mon ami ?
G ONT R AN
Mon Dieu ! oui.
ACHILLE
Puisque tu me parles de cela... dis-moi... tu n’as vu personne avant de sortir de chez toi ?
GONTRAN
J’ai embrassé ma fille.
ACIIILtE.
Et elle?. . Tu n’as rien à me dire pour Camille?
Rien.
ACHILLE
Tu es sûr, mon ami ?
GONTRAN
Rien.
ACHILLE
Gontran, tu le devines... Je ne suis pas dupe du prétexte de ce combat : je sais tout... Oh! tu peux être tranquille... Mais puisque le hasard nous donne cette minute de tête-à-tête, me permels-tu de te parler comme un homme à un homme, comme un frère à un frère ? Me lç permets-tu ?
GONTRAN
Eh ! je te le permets... Mais je sais ce que tu vas me dire... et c’est bien inutile... Que veux-tu? C’est un malheur, mais quoi? après? Quand je l’aurais provoqué, ce malheur, quand j’aurais eu des torts, — et j’en ai eu, un, du moins, très-réel, c’était d’introduire dans ma maison, près de ma fille, pour obéir à un fol entrainement, une famille de gens suspects, — eh bien ! ensuite ? En suis-je moins offensé? Mon honneur en parle-t-il moins haut? Faut-il pour cela que j’aille tendre la main à l’homme qui m’a
outragé, et ouvrir mes bras à la femme qui m’a trahi?... Est-ce là ce que tu veux? Voyons, parle !
ACHILLE, avec gravite.
Ah ! tu sais bien que je no te demande pas cela! Je suis du monde comme toi... j’en ai les idées, les sentiments, bons ou mauvais. . j’en connais les lois ! Mais je n’oublie pas, et je ne crains pas de rappeler en ce moment à un cœur ferme comme le tien qu’au-dessus des lois du monde il y en a d’autres qu’il est bon aussi d’écouter... Eh bien! quand tu fais tout pour l’honneur, ne feras-tu rien pour la justice?
GONTRAN
Mais enfin, je ne sais pas ce que tu me demandes!
ACHILLE
Ne penses-tu pas, Gontran, que tu ferais une noble action , une action qui te contenterait l’âme, si tu tîélevais au-dessus de ton ressentiment, tout légitime qu’il est, pour ne voir un instant dans celle qui t'a offensé qu’une infortunée... qui souffre cruellement... au delà peut-être de ce qui est juste... Si tu lui adressais, à cette pauvre coupable, un mot... un seul mot, non pas de pardon, mais de bonté, d’équité... un mot qui tomberait comme du ciel... sur
Ce Cœur brisé... (il lui tond une page «l^obirtte de son portefeuille. ) Ce Serait
bien ! Ce serait grand ! Un seul mot!
(« ON T R AN, qui .a pris la feuille en hésitant? paraît lutter un moment, puis se levant
tout à coup.
Je ne puis pas ! (au même instant, Tréréljran paraît à droite suiTi de* deux témoins dont l’ûn porte dos épées et do Soillancs qui porte une boîte de pistolets.)