ACHILLE, GONTRAN
GONTRAN , revenant à Achille, dont l'impatience est marquée.
Eh bien! qu’est-ce qu’il y a, mon ami? Quelle est cotte chose sérieuse et délicate dont tu veux m’entretenir?
ACHILLE
Mais si tu es en l’air comme cela, j’aime mieux ajourner.
GONTRAN, s’asse.v&nt de travers sur une chaise et battant ses bottes
de son fouet.
Me voilà posé, parle!
ACHILLE, s’asseyant*
Mais d’abord es-tu assez profondément convaincu de mon amitié, du vif intérêt que je te porte, pour me permettre d’aborder avec toi les questions les plus particulières, *les plus intimes?
CONTRA N
Oui, mon ami, très-sincèrement oui. (n lui «im u miin.) Un cœur d’or comme toi a le droit d’avoir une bouche d’or. Parle donc hardiment.
ACHILLE
Mon ami, tu sais que je n’oublie pas le respect que me commandent ton âge, et ton expérience supérieure?
GONTRAN
Je sais que tu ne l’oublies pas et que tu ne me le laisses pas oublier. — Ensuite?
A Cil ILLE.
Mais malgré toute la déférence que je te dois, j’oserai te demander si tu nourris toujours le projet insensé d’abandonner Paris l’an prochain et de te retirer ici, à la campagne?
GONTRAN
Toujours, mon ami, et de plus en plus.
ACHILLE
Et pour quelle raison?
GONTRAN
Mon cher Achille, il y a six mois, en faisant ma barbe, j’ai vu
tout à. coup briller sur ma tempe gauche une mèche argentée... on ne la voit pas (Acb.iie reg.rd»), mais elle y est. Cette découverte a été pour moi un signe, un avertissement. Je me suis dit qu’après avoir joué pendant vingt ans sur la scène parisienne un rôle... qu’il ne m’appartient pas de qualifier, je me devais à moi-mème de me retirer à temps. Je me suis dit qu’un astre qui entend sa dignité ne décline pas... il disparaît! C’est ce que je veux faire.