ACTE IV
mais la dernière voix au monde qui a le droit de s’élever contre moi, c’est la vôtre 1
GONT R AN, marchant sur elle.
Camille, ne me provoquez pas ! Eussiez-yous à vos côtés pour vous défendre... la justice, la vérité môme... ce que je nie... vous avez devant vous, ne l’oubliez pas, un homme mortellement offensé... vous avez devant vous une de ces colères terribles... sauvages qui ne connaissent rien... qui ne calculent rien, qui font monter aux yeux un nuage de sang... une colère, Camille, contre laquelle il n’y a pas de justice, pas de vérité, pas de lois sur la terre, pas d’anges dans le ciel qui puissent vous protéger un seul instant... si vous osiez la déchaîner dans ce coeur... qu’elle dévore I
CAMILLE, passant à droite.
Ah! que voulez-vous que je craigne, grand Dieul la mort? Mais la mort en ce moment ce serait un bienfait! je ne penserais plusl je ne sentirais plus la folie s’agiter dans mon cerveau !... Ah! qui me délivrerait de ma pensée ? Tenez ! vous, vous-même, ôtez-moi ce fardeau pour une heure seulement, et vous-même, oui, je vous bénis... je vous pardonne!
GONTRANj hii saisissant le bras avec uuo viol once folle.
Me pardonner! c’est vous qui parlez de pardonner... malheureuse! Ah! ne me provoquez pas'... tenez! je vous en prie... je vous en supplie... est-ce assez? ( D’une voix calme.) Asseyez-vous! (Camille se laisse
tomber sur la causeuse ; froidement, après une pause-) J Ctclis VCllll, Câlllillc,
pour arrêter d’accord avec vous les dispositions que les circonstances nous commandent. Une fois en notre vie, tâchons de nous entendre. Il en est temps. Je voudrais vous épargner des allusions, des images qui peuvent vous être douloureuses... Mais il est nécessaire que vous soyez instruite de la vérité. Vous devez du reste la pressentir. Ce matin, dans quelques heures, un combat doit avoir lieu.
CAMILLE, à voix basse-
Dieu ! •
CONTRAN.
Si cette rencontre ne doit point m’être fatale, voici les conditions que je vous soumets : pour que le monde continue d’ignorer la cause réelle de cette rencontre ; pour sauver l’honneur de mon
nom, du vôtre, du nom de votre fille, je désire que nous ne cessions pas de vivre sous le même toit, quoique désormais nous soyons aussi étrangers l’un à l’autre que si l’intervalle de deux mondes nous séparait.
CAMILLE, douloureusement .
Désormais, et depuis longtemps!
GONTR AN.
Soit I l’effort que je vous demande vous en sera moins pénible. Pour moi, je le trouverais au-dessus de mon courage : cette vie de dissimulation et de duplicité, ce supplice de tous les jours, de tous les instants, dépasserait mes forces s’il ne devait pas avoir un terme, et un terme prochain. Le jour en effet où Hélène sera mariée, nous pourrons, sans éveiller les soupçons du monde et sous le prétexte de quelques froissements d’intérêts, accomplir notre entière séparation. Vous vous retirerez chez votre mère. Acceptezvous ce projet ?
CAMILLE
Oui, monsieur.
C’est bien. — Maintenant, il faut bien parler de l’autre alternative. Si je ne survivais pas à ce combat...
CAMILLE
Ah ! de grâce !
Gardez votre calme. Vous voyez que j’ai le mien. Dans ce cas, vous trouverez juste que je me préoccupe du sort de ma fille.
CAMILLE
Mon Dieu! vous ne pensez pas?...
CONTRAN.
Attendez. Si j’ai bien entendu, si j’ai bien compris votre langage il n’y a qu’un instant, vis-à-visde cet homme... vous pouvez encore
embrasser votre fille sans rougir? ( Camille le regarde en face arec dignité.)
C’est bien. Je vous la laisse.
-CAMILLE
Ah!
GONTRAN
Je ne vous ferai pas l’injure de vous recommander de l’élever