ACHILLE, CAMILLE
CAMILLE, allant à la cheminée.
Ah çà! vous venez passer la soirée avec moi, vous, j’espère?
ACHILLE
Mais, je ne puis pas. ma cousine; il faut que j’aille chez ma tante de Kérouare... c’est son jour... Elle sait que je suis revenu , et jamais elle ne me pardonnerait...
CAMILLE
Eh bien! tâchez de vous sauver dans une heure, et revenez me dire bonsoir... (eii 0 »'a..oit près de la cheminée.)
ACHILLE
Très-volontiers... Comment va Gontran?
CAMILLE
Comme un dieu. .'toujours un peu occupé de madame Dumesnil, à ce qu’il me semble!
Et vous?
CAMILLE
A merveille... et vous? Ce voyage bizarre, dont j’ai seule peutêtre deviné le motif, a-t-il produit les effets que vous en attendiez?
ACHILLE
Mon Dieu! cousine, je le croyais... Imaginez-vous que je suis
resté un mois claquemuré dans un chalet, avec un horizon de dix pieds de neige devant la porte., car, au fond, il faut être Suisse de naissance pour... Eh bien ! je m'imaginais qu’au sein de ces frimas mon cœur s’était entièrement pétrifié... j’en étais encore convaincu il y a cinq minutes... puis, maintenant, je ne sais plus... j’ai envie de m’en retourner !
CAMILLE
Non... restez... j’ai besoin de vous, d’ailleurs... Je donne dans trois semaines un bal dont je prétends faire une merveille... C’est mon adieu au monde... je veux que vous y soyez...
ACHILLE
Votre adieu? Ce projet de retraite à la campagne tient donc toujours?
CAMILLE
Toujours, mon ami.
Tant pis... Rien de nouveau d’ailleurs?
CAMILLE
Rien... c’est-à-dire nous avons fait depuis votre départ une nouvelle connaissance...
ACHILLE, inquiet.
Ah!
CAMILLE
Un de vos amis, je crois... monsieur Georges Trévélyan.
» ACHILLE
Bien 1 Comment l’avez-vous connu ?
CAMILLE
Mon Dieu ! depuis quelque temps je remarquais souvent au bois, au spectacle, un peu partout, un monsieur qui me regardajt obstinément avec de grands yeux, et je me disais : Mon mari me le présentera un de ces jours !...'
ACHILLE
Et il vous l’a présenté?
CAMILLE
Bien entendu.