ACTE II
CAMILLE^ âpres une courte pause et d’uu ton sérieux.
Voyez !
TUE V EL Y AN, souriant d'abord, puis, avec une émotion grave et contenue.
Eh bien, madame, s’il y avait quelque part, dans le monde,
peut-être en France, peut-être au Mexique ou aux Indes
j’ai tant voyagé!... s’il y avait une femme que, par un hasard étrange, j’eusse aimée avant de la connaître, que j’eusse adorée dès que je l’ai seulement aperçue, une femme dont la pensée se fût si bien emparée de ma vie et de mon âme, qu’elle semble née avec moi, comme elle ne mourra qu’avec moi, — une femme de qui je n’espère rien, à qui je ne demande rien , — car sa vertu, sa vertu souriante et vaillante est peut-être le premier de ses charmes à mes yeux; — une femme quej’aie fait serment d’aimer toujours, mais de fuir demain, sacrifiant tout, avenir et patrie, pour aller vivre au bout du monde avec ce pur souvenir... Eh bien! si cette femme existait, si une passion si complète, si absolue avait pris possession d’un cœur qui ne change pas... qui n’a jamais trompé... j’ose vous le demander, madame, offrir ma main à une autre, serait-ce une action d’honnête homme?
CAMILLE; qui l’a écouté dans uno attitude immobile et digne*
Non.
THÉ VKLÏAN , le lerant. •
C’est donc vous qui avez prononcé, madame, et il ne me reste qu’un mot à vous dire : adieu !
CAMILLE; se levant •
Monsieur! (Ttéréiyan t’arrête.) Monsieur... il y avait là... il y a peu d’instants... à genoux sur ce tapis... un jeune homme qui me disait, à peu de chose près, ce que vous venez de me dire. Je n’ai pas daigné le comprendre, encore moins lui répondre; à vous, monsieur... Vous allez peut-être me juger bien naïve... je vous répondrai. On assure que vous êtes un homme de beaucoup d’honneur^. que vous dites ce que vous pensez, que vous faites , ce que vous dites... Eh bien! vous me parliez d’un serment, d’une résolution bien inconsidérés... Vous avez dans le monde, monsieur, de sérieux devoirs à remplir, une noble carrière à poursuivre... No négligez pas, ne trahissez pas tout cela pour un rêve, pour une chimère, pour rien... Que je n’aie pas à me reprocher
d'avoir eu, même involontairement, sur votre destinée, une influence fatale... Oubliez votre serment.
TRÉVÉLYAN.
“Madame, j’y tiens !
CAMILLE
Oubliez-le, et j’oublierai moi-même tout ce qui, dans votre langage, dépassait la mesure des sentiments qu’une honnête femme peut accepter... Vous y penserez... J’ai assez d’estime pour vous et de confiance en moi pour vous recevoir en ami, si vous vous présentez en ami...
TRÉVÉLYAN.
Madame !...
Adieu... ou au revoir, comme il vous plaira. (Tréréiyanraïue, et, P ri.
do sortir, so troQra en face d'Achille qui entre.}