‹ La terre arableChapitre 12 sur 77 · DISSOUS · texte numérisé non relu

DISSOUS

LA ORSAORROATION DBS ROCHES ' a;

L'acide carbonique, dans tous les cas, Ixbhte une certaine quantité de silice et d'alumine, mais son action se porte principalement sur les oxydes alcalins et terreux qui sont transformés en carbonates. Il convient de remarquer, en outre, que le feldspath adulaire se montre plus résistant que Toligoclase ; la hornblende se décompose mieux que les feldspgths, mais c'est l'olivine et Tapatite qui cèdent le plus rapidement.

En somme, ces expériences nous apprennent que la dégradation des roches, sous la seule intervention de Teau et de l'acide carbonique, s'effectue très lentement et avec une intensité fort variable. Nous serions même tenté de croire que la production des agents coUoïdaux ou agglutinants est imputable à d'autres causes (pulvérisation humide et actions hydratantes); mais les essais qw nous avons effectués sur les minéraux silicates (avant et après traitement aux acides étendus) nous laissent concevoir un autre processus de décomposition caractérisé précisément par une intensité plus grande.

Contrairement à ce que nous supposions tout d'abord, les poussières rocheuses immergées dans les solutions acidulées ou salines sont attaquées plus aisément par l'eau chargée d'acide carbonique : elles abandonnent parfois un résidu minéral deux à trois fois plus fort, et il semble que la kaolinisation des feldspaths et des micas soit surtout imputable à une double action. En premier lieu, sous l'influence des eaux acidulées et salines, il y a dissolution puis épigénisation. Les substitutions chimiques (actions épigénisantes) modifient la structure moléculaire it facilitent à un haut degré la décomposition Ultérieure de certains minéraux par voie de carbonatation. — Ainsi, un feldspath orthose dosant io,8 pour 100 de potasse abandonne 0,9 d'alcali (après

deux jours) à l'eau chargée d'acide carbonique ; il en cède 2,3 dans les mêmes conditions, quand on Ta immergé pendant une semaine dans du chlorure de calcium à 10 pour 100.

Il convient de reconnaître que l'influence des solutions salines ou acidulées n'entre pas suffisamment en ligne de compte dans l'étude de la formation des sols. Et c'est parce que l'on attribue d'ordinaire une trop grande importance à l'action décomposante de l'eau chargée, d'acide carbonique — au point de vue géologique — qu'il nous a paru intéressant de relater brièvement l'ensemble de nos observations.

Travail de dégradation biologique. — Les actions mécaniques et physico-chimiques ne sont pas les seules causes de la décomposition des roches ; les micro-organismes, les plantes mêmes ont contribué dans une certaine mesure à ce grand travail. M. Muntz, en 1890, a signalé l'influence des êtres inférieurs, des ferments, dont il constata la présence aux fortes altitudes dans les « roches pourries ».

Plus récemment, M. Fausto Sestini a donné la preuve manifeste de l'intervention des racines. Il remplit deux pots semblables avec un kilogramme de sable feldspathique lavé, séché et dépourvu d'argile ; il sema, dans l'un, un mélange de graminées; l'autre resta sans culture, mais reçut les mêmes arrosages. Quand l'expérience fut terminée, il dosa la proportion de terre fine et l'argile qu'elle contenait ; il obtint les résultats suivants :

Sable témoin.

Sable cultivé.

Terre fine

Argile pour 100 de terre fine.

LA DESAGREGAHON DBS ROCHES 27

Ainsi, la végétation favorise la désagrégation hydrolytique des feldspaths : les racines s'emparent des bases, comme elles dissolvent le carbonate de chaux des calcaires; mais en dehors de l'influence des sucs 'acides sécrétés par les poils absorbants, il faut tenir compte aussi de l'acide carbonique produit par la respiration des organes souterrains et par la combustion lente de tous les débris d'êtres organisés qui doit aboutir à la formation de l'élément organique du sol : Vhumus,

Que la plante ait agi de son vivant, grâce à son pouvoir d'assimilation, cela paraît incontestable. Mais il y a plus ! La matière végétale morte contribue aussi à la dégradation des espèces minérales : elle y contribue directement, par les produits résultant de Vhumification (production del'humus), et indirectement, par l'infinité des microbes auxquels elle sert habituellement ou de support ou d'aliment.

Rien n'est plus facile que de mettre en évidence le rôle prépondérant des composés humiques dans la désagrégation des roches. Il suffit pour cela de mélanger à des sables granitiques (sable grossier et sable fin séparés par lévigation) une proportion variable de tourbe ou d'acide humique (20 à 50 pour 100). En opérant en milieu stérilisé ou non stérilisé, on peut se rendre compte de l'infliience des actions microbiennes. Dans tous les cas, il importe d'humidifier convenablement la masse par des arrosages à l'eau distillée. A la fin de l'expérience on fait l'analyse physique de la terre incinérée. Il résulte des essais que nous avons exécutés, après une durée de six mois :

!*• Que la présence de l'humus favorise toujours la formation de la matière argileuse, dans les mélanges sableux, proportionnellement à l'abondance du sable fin silicate ;

2° Que la proportion d'argile croît avec 1^ dose d'humus, surtout dans les milieux non stérilisés (5,8 pour 100 d'argile en moyenne).

a8 LA FORMATION DU SOL

Pour ne rien omettre d'essentiel, il convient de signaler encore le rôle de certains animaux inférieurs, et notamment des vers de terre ou lombrics^ qui participent simultanément à la production de Thumus et à Fattaque des particules sableuses. Ces invertébrés vivent surtout de détritus végétaux et terreux qui subissent dans le tube digestif, sous Tinfluence du frottement, une véritable mouture. Le célèbre naturaliste anglais Daéwin attribue à cette seule action Torigine des éléments les plus fins du sol ; il a constaté que, dans une pâture crayeuse, la totalité de ces éléments — jusqu'à une profondeur de o", 25 — pouvait être intégralement ingérée puis excrétée par les vers en une cinquantaine d'années. C'est surtout dans les régions tropicales que de telles actions se manifestent utilement. En Guinée, par exemple, au dire de M» MiLLsoN, d'immenses plaines couvertes de cultures variées doivent leur fertilité aux façons continuelles qu'y donnent les vers de terre. « Si l'on creuse le sol, « on voit qu'il est parcouru en tous sens par d'innom- « brables galeries de lombrics. C'est là un labourage «constant et gratuit, et les populations l'apprécient « si bien qu'elles ne cultivent pas les endroits où les « vers font défaut. :h

Et voilà comment toutes ces actions biologiques diverses — jointes à celles d'ordre purement chimique — ont pris une part importante à la décomposition des matériaux constitutifs des roches ignées et sédimentaires : nous voulons dire à la formation de la terre végétale.

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