PHÉNOMÈNES DB SÉDIMENTATION
sables — se trouvent associés à des quantités variables d'argile, de calcaire et d'humus : nous sommes en présence du sol végétal. Quelles modifications ce sol a-t-il subies? Aurait-il pour assises la roche même qui lui a donné naissance, ou bien les éléments qui le composent ont-ils une autre origine? A la vérité, les deux cas se présentent. Et si parfois les produits de la désagrégation restèrent sur place, pour former des sols authigènes — caractérisés par leur faible profondeur, par leur constitution minéraïogique peu différente de celle des couches' sous-jacentes et par le caractère anguleux des fragments rocheux — ils furent bien souvent charriés à d'assez grandes distances. Les phénomènes de sédimentation contribuèrent ainsi à la formation des sols allothigènes qui reposent généralement sur un sous-sol de constitution toute différente, et dont les particules, roulées par les eaux, ont les arêtes émoussées ou arrondies.
Les actions sédimentaires, à l'origine, se manifestèrent de façon très intense pour engendrer les dépots diluviens qui recouvent de vastes étendues. M. A. de Lapparent résume en ces termes le rôle prépondérant de la sédimentation marine :
« Partout nous voyons les agents d^érosion à Tœuvre, . « pour débiter la surface terrestre, et en emporter les dé- « bris, soit dans les lacs intérieurs des continents, soit
< dans le grand réservoir de la mer. Ces matériaux, pour
< n'envisager que les principaux, sont de trois sortes : il
< y a les produits de la trituration des minéraux durs, « presque exclusivement sableux, et ne descendant pas,
< en général, au-dessous d'un certain degré de division, « qui en fait des sables plus ou moins fins, tandis que, « plus près du rivage, dans la zone agitée par lés vagues, c se déposent des graviers, parfois même de gros cailloux, « ou galets. Ensuite viennent les matières fines en sus- « pension, toujours de nature argileuse, qui ne se déposent
< que dans les eaux tranquilles et engendrent des vases, € Enfin, il faut tenir compte des matières empruntées par
< dissolution à la terre ferme, et dont la plus importante
< est le calcaire ou carbonate de chaux, La quantité de « cette substance contenue dans la mer irait toujours en « augmentant, si précisément cet excès ne provoquait- le « développement d'êtres inférieurs, polj^piers, protozoaires,
< algues spéciales, qui fixent le carbonate dans leurs tis- « sus, et engendrent par l'accumulation de leurs dépouilles « des masses calcaires, dont la forme la plus connue est
< celle des récifs de polypiers (i). >
Les effets de la sédimentation terrestre ne sont pas moins saisissables. Quand une pluie torrentielle tombe sur une surface de terre inclinée, le ruissellement de Teau entraîne dans la vallée les particules fines et parfois la couche arable tout entière.
« La terre végétale abandonne ainsi peu à peu le pen-
< chant des montagnes et des coUineSj et la dénudation « qui devient de plus en plus rapide ne tarde pas à être
< complète et irrémédiable, si on ne s'y oppose, soit en f gazonnant les pentes ou en les reboisant, parce que le r lacis des racines empêche l'entraînement des particules
< terreuses, soit en disposant de distance en distance des
< petits murs qui retiennent le sol en échelons horizon-
< taux (2). >
Il arrive souvent que les éléments très fins sont transportés à de grandes distances parles cours d*eau. Sait-on la proportion de matières terreuses qui peut être ainsi charriée ? D'après Herve-Mangon, la quantité de limon transportée annuellement par la Durance, à Mérindol, serait supérieure à 1 1 millions de
(i) A. DB Lapparbnt : Leçons de géographie physique, pp. 390 et 091.
(3) P. Sabatibr : Leçons de Chimie agricole, p. 54.
PHENOMENES DE séDIMENTÂTION }I
mètres cubes, contenant 14.000 tonnes d'azote. Ce seul exemple montre l'intérêt qu'il y aurait à récupérer par le colmatage les alluvions que les fleuves et les rivières charrient pendant les crues, et qui vont se perdre inutilement à Tembouchure des fleuves ou dans l.e lointain des mers.
A la sédimentation aqueuse vint se joindre la sédimentation éolienne, c'est-à-dire le transport des particules terreuses ou des poussières par le vent. La formation des dunes, sur les côtes de Gascogne, donne une idée de l'influence qu'exercent les courants aériens sur le déplacement des poussières dépourvues de toute cohésion. On explique ainsi l'origine des landes des Etats-Unis et de certaines régions africaines... Richtoven suppose même que les immenses dépôts de « lœss » constituant le sol d'une partie de \df Chine sont surtout formés par de la poussière provenant des grands déserts de l'Asie centrale.
On comprend très bien que de telles actions réunies aient pu, au cours des siècles, provoquer de profonds remaniements et donner ainsi naissance à une surface considérable de terrains transportés (i).
(i) Notre éminent coUègué et maître, M. Stanislas Meunier, dont les remarquables travaux de géologie expérimentale sont universellement connus et appréciés, a reproduit de nombreux cas d'érosion et de sédimentation pluviaire, fluviaire, lacustre, glaciaire, éolienne et souterraine, qui intéressent grandement la formation des terrains (Cours de Géologie expérimentale^ chez Félix Alcan, éditeur, Paris).
La parfaite connaissance du sol ne repose pas exclusivement sur les données géologiques. Et s'il est juste de dire que Tétude de la formation des terres arables peut fournir d'utiles indications sur leur origine et leur nature, il ne s'ensuit pas qu'elle puisse toujours nous renseigner de façon très précise sur la valeur agricole des terrains cultivés.
Alors même que ies roches originelle» offriraient une composition semblable, il n'en faudrait pas moins chercher d'autres moyens d'appréciation, en raison de ce fait incontestable que les produits de la désagrégation des masses rocheuses ont été souvent transportés fort loin et qu'ils ont subi, au cours de leur voyage, de fréquents et profonds remaniements.
D'autre part, pour les terrains formés sur place, il faut aussi tenir compte des modifications qu'ils ont éprouvées, à la longue, sous l'influence combinée des fumures, des cultures et des actions chimiques et biologiques.
Entre la couche arable et les roches sous-jacentes qu'elle recouvre, les diiïérences sont parfois des plus accentuées au point de vue chimique. D'où résulte l'impérieuse nécessité d'étudier la constitution des sols en place. Pour suivre un ordre rationnel et logique, il convient d'examiner successivement : la composition physique, la composition minéralogique et la
CONSTITaTlON PHYSÎQUE 33
composition chimique des terrains, en ayant soin d'indiquer, dans chaque cas particulier, les méthodes analytiques ou les procédés de séparation dont il est fait usage dans les laboratoires.