VI INTRODUCTION
Tout Tart du laboureur dépendait alors de rhabileté qu'il déployait dans l'exécution du labour et du soin avec lequel il choisissait le moment propice pour « prendre la terre ».
Depuis, une évolution considérable s'est produite. En moins d'un siècle, les progrès incessants de la chimie, de la géologie, de la minéralogie, ont bouleversé les opinions anciennes. Et si la terre arable nou^ apparaît aujou^jd'hui sous un tout autre aspect, il n'en est pas moins utile de bien marquer au passage chacune des étapes parcourues... Rien ne montre mieux cette marche ascendante que l'exposé des ^jv^thnes de classification qui ont été adoptés ou préconisés aux différents âges.
Les premiers hommes qui se livrèrent à la culture étaient profondément ignorants ; mais si rien ne pouvait les guider sur le choix des terrains, Taspect de la végétation et la manière d'être du sol les conduisirent inévitablement à distinguer bientôt des groupes ou catégories de terres plus ou moins fertiles , grasses, tneublés ei faciles au travail. Une agrologie primitive et toute rudimentaire naquit ainsi...
Elle se perpétua à travers les siècles, toujours sous la même forme, aussi longtemps qu'on
INTRODUCTION VH
se borna à Tobservation des caractères extérieurs qui sont les plus apparents.
Dès lors, en effet, les caractères physiques et culturaux servirent de base à toute classification, et c'est bien en vain que Waron s'efforça de faire adopter un système plus rationnel tiré de la constitution mécanique ou minéralogique du sol.
Avçc CoLUMELLE et Caton, deux courants d'opinions se dessinent nettement... Et tandis que CoLUMELLE établissait huit classes de terres : les Mnes grasses y les autres maigres — meubles ou fortes, humides ou sèches, — Caton distinguait déjà des terres à vignes y k jardins ^ à saussaieSy à olivetteSy à prairies, à bléy à hoiSy à vergers et à chènevières... On voit par là quel puissant intérêt on attachait alors aux qualités extrinsèques du sol.
Il se peut que les caractères physiques, sur lesquels repose la classification de Colu- MELLE, aient joui des faveurs premières... Mais il semble que les agriculteurs, dans la suite, sans méconnaître la valeur des qualités physiques, soient revenus au système de Caton...
De fait, les caractères culturaux constituent un moyen d'appréciation autrement certain, et l'on conçoit qu'ils aient longtemps prévalu à l'exclusion de tous autres.
VHI INTROWÎCTION
Nous voici au début du xix* siècle. La science progresse et les idées se modifient considérablement. De nouveaux ouvrages agricoles font leur apparition. Thaer publie ses Principes d'agriculture ; il esquisse une nouvelle classification des terres... Nouvelle? Non! C'est celle de Caton simplifiée ou considérablement réduite. Nous n'avons plus que des terres à froment y à orge^ à seigle et à avoine,., KreissiG ne fait guère mieux en distinguant des terres à céréales d'hiver et des terres à céréales de printemps y des terres à froment ^ où Targile domine, et des terres à seigle^ peu argileuses, qui ne se crevassent pas, et dont les mottes se divisent facilement.
Avec MoLL, les caractères culturaux entrent encore en ligne de compte ; on ne table plus sur les céréales, mais sur les fourrages, et nous avons des terres à luzerne, à sainfoin, "à trèfle ordinaire et à trèfle blanc, de première, de deuxième et de troisième classe.
Déjà, cependant, les classifications mixtes sont ébauchées. On connaît quelques propriétés essentielles des composants rtlécaiiiques des terres; on sépare, par lévigation, des éléments gros analogues au sable, et des éléments fins semblables à l'argile ; on sait que
INTilODVCTIOK IX
les acides décomposent le calcaire avec dégagement d acide carbonique... Ne parle-t-on pas aussi des caractères de la silice, de Talumine, de l'oxyde de fer. de la magnésie, de la chaux, des alcalis, de Thumus ou terreau } Sans doute, Thaer ignore la constitution chimique de tous ces corps ; mais on sait en séparer quelquesuns, et il n'en faut pas davantage pour appeler l'attention sur la nomenclature agrologique.
Un jour nouveau se lève... Dans son Guide du Fermier^ Arthur Young, prenant pour base les caractères physiques et minéralogiques, distingue des terres compacteSy motteuses et friables ; des sols graveleux, froids et humides, secs et chauds ; des sols sablonneux^ légers et compacts ; des sols crayeux et marécageux.,. De Gasparin n'hésite pas à formuler un système de classification plus hardi que celui de Youî^g ; il distingue les sols calcaireSy les sols non calcaires^ les argiles et les terreaux; il rattache à ces différents types : les limons ou terres franches, les terres argilO'Calcaires, crayeuses, sableuses, siliceuses q\ glaiseuses, les terreaux doux et acides. Nous voilà déjà en présence des sols sim^ples et des sols composés. Les caractères minéralogiques subsisteront désormais, et la nomenclature des terres reposera exclusivement sur les données de l'analyse mécanique ou physique, c'est-à-dire sur la prédominance des