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milligr.
11 est à remarquer que la chaux et la magnésie agissent dans le même sens ; elles ont mobilisé plus des deux cinquièmes de l'azote contenu dans Je liquide non précim ^ble. L'action des alcalis a été moindre.
Le précipité d'acide humiqûe, après avoir été séché à Tair et pulvérisé, fut soumis au même traitement ; il se montra bien plus résistant à l'action des réactifs. Ainsi la fraction d'azote déplacé par la chaux s'élève seulement à 13,7 pour 100 de la quantité initiale, tandis qu'elle atteint'17,9 avec la potasse.
Le résidu terreux insoluble dans le carbonate de potasse contenait encore une forte proportion d'humus avec 1,^2 pour 100 d'azote. Distillé pendant six heures en présence des alcalis, il laissa dégager un peu d'azote ammoniacal (^,8 pour 100). Par contre, la chaux et la magnésie n'agirent pas de façon très sensible.
Tous les essais que nous venons de relater .prouvent combien est inégale la résistance des matières azotées de Thumus. Ils nous autorisent donc à supposer que les composés humiques du sol contiennent de l'azote organique sous différents états : protéïque, alcalamidé et amidéy et l'on comprend, dès lors, qu'on puisse, y retrouver, à côté de la molécule complexe des albuminoïdes, tous les produits intermédiaires résultant d'une décomposition plus ou moins avancée.
En somme, l'humus n'est pas et ne peut pas être une substance de composition définie ; il représente un mélange de composés organiques en voie d'altération ou de transformation.
Constitution minérale de Thumus. — On sait que les végétaux contiennent toujours une proportion appréciable (438 pour 100 de leur poids sec) de matières minérales diverses. Au cours de l'humification, une partie des composés hydrocarbonés disparaît, mais le résidu minéral plus ou moins modifié reste incorporé à la masse, et il se retrouve presque intégralement dans ''humus ainsi que Th. de Saus-
suRB Tavait déjà constaté (i). En quelle proportion et sous quelle forme les éléments inorganiques existent-ils dans le terreau ? D'après M. Berthelot, cent parties d'acide humique naturel extrait d'un sol de Meudon ont donné 3»%47 de cendres dosant (en grammes) :
POUR CENT PARTIES d'humus. de ceodres.
Silice (Si02) 0,49 14,12
Acide phosphorique (P^O^) . 0,29 8,3$
Chaux (CaO) 0,05 1,44
Potasse (K^O) 1,05 30,26
Oxyde ferrique (Fe^O^) . . . 0,54 i5>57
Alumine (APO^) 1,05 30,26
Il convient de remarquer les fortes proportions de potasse et de sesquioxyde de fer et d'aluminium. Tandis que les cendres végétales contiennent seulement quelques centièmes d'alumine et de fer, nous en trouvons plus de 40 pour 100 dans les cendres d'humus. Cette remarque n'est pas sans intérêt : elle nous montre que tous les composants minéraux de l'acide humique ne proviennent pas exclusivement des détritus végétaux, et qu'il doit se produire une migration de certains éléments terreux vers l'humus (2).
Au reste, la composition des cendres d'humus et de matière noire varie, non seulement avec l'état de décomposition des substances hùmiques, mais aussi avec la nature et l'activité chimique du sol. M. Hil-
(i) Recherches chimiques sur la végétation.
(2} Nos travaux sur la synthèse de la matière noire du sol nous permettront d'interpréter ce fait scientifiquement. (Voir plus loin La Chimie du sol.)
COMPOSANTS ORGANIOUBS 97
GARD a reconnu que la proportion d'acide phosphorique associé à Thumus représente lo à 50 pour 100 de la quantité totale contenue dans la terre. M. Harry Synder cite également le cas d'une riche prairie où 1800 kilos d'acide phosphorique et 1200 de potasse — par hectare de sol végétal — se trouvaient combinés à l'humus. Le quart environ de la matière organique était à l'état d'humates, et ceux-ci contenaient environ 7,5 de potasse et 12,17 pour 100 d'acide phosphorique.
Cette association des éléments humiques et minéraux — dont je me réserve d'expliquer le mécanisme — est bien la cause déterminante de la fertilité des terrains au point de vue chimique. Pour le moment, il importe surtout de retenir : que l'humus renferme une proportion notable de matières minérales diverses. Et npus ajouterons : « qui sont associées ou combinées avec lui ». De fait, comme l'avait entrevu Th. de Saussure, les réactifs ordinaires ne permettent pas de caractériser les éléments inorganiques du terreau normal. Il faut détruire préalablement la matière organique. M. L. Grandrau relate le fait en ces termes : « La solution de matière noire, « dit-il, ne donne aucun précipité avec les réactifs « de l'acide phosphorique, de la chaux, du fer, de «l'alumine, de la magnésie et de la silice... A la « faveur de la combinaison organique dans laquelle « ils sont engagés, ces éléments ont perdu leurs pro- « priétés à l'aide desquelles nous constatons d'ordi- « naire leur présence dans les matières d'origine « minérale (i). »
Ainsi, pour déceler les principes fertilisants inorganiques de l'humus, il faut d'abord préparer les
(i) Annales de la station astronomique de VEst (1877].
cendres et les traiter ensuite par Tacide azotique qui les dissout incomplètement : la partie soluble contient les phosphates de fer, de manganèse, de chaux, de magnésie et de potassse ; le résidu inattaqué, qui conserve encore une couleur rouge, est décomposé par Tacîde sulfurique en silice, sulfate de chaux et oxyde de fer.
Matières humiques dérivées. — Sous le nom de composés humiques dérivés^ nous groupons indistinctement les humâtes et les humophosphates naturels dont le mélange intime constitue la « matière noire » du sol. Ici, l'humus revêt une forme active : il a été préalablement solubilisé par Teau pure ou chargée de carbonates alcalins, puis précipité ou insolubilisé de nouveau sous l'influence des composés calciques, alumineux ou ferriques et des phosphates dissous. A cet état, les substances humiques offrent une composition et des propriétés bien différentes de celles qu'elles possèdent sous la forme originelle, toute trace de structure cellulaire ayant complètement disparu (fig. 10 et II).
On conçoit parfaitement, du reste, que la constitution chimique de la matière noire varie d'un sol à l'autre suivant la proportion et la nature des corps qui participent à sa formation.
Dosage de la matière noire. — Pour extraire la matière noire du sol et déterminer ainsi la proportion des composés humiques dérivés, M, L. Grandeau recommande de traiter par Tacide chlorhydrique étendu un poids connu de terre fine et sèche (10 ou 20 gr.). L'acide décompose le calcaire et les humâtes en formant, avec les bases, des chlorures solubles qu'on sépare aisément par filtration et lavage. On met ensuite le résidu en digestion dans l'eau ammoniacale (à 35 pour 100) pendant 24 heures, en ayant soin d'ajouter un peu de carbonate d'ammo-
COMPOSANTS ORGANiaUES
niaque et d*agiter de temps en temps au début. Après repos, on décante le liquide noir et on recommence l'épuisement jusqu'à ce que la solution soit incolore. Les liquides sont évaporés à sec ; le résidu est pesé avant et après incinération : la différence de poids correspond à la partie organique de la matière noire.
FiG. 10. — Humate de chaux. 1 i^iG. ii — Uumophosphate.
Ce procédé de dosage donne des résultats approximatifs : l'ammoniaque, en effet, peut attaquer l'acide humique libre et dissoudre des composés n'appartenant pas aux substances organiques dérivées. Présentement, il n'estpas possible de mieux faire.
L'analyse chimique montre que la proportion de matière noire varie d'un sol à l'autre, suivant que les facultés absorbantes de Thumus sont plus ou moins satisfaites. Dans ses intéressantes recherches, M. Granpeau fait nettement ressortir ces variations :
lOO LES COMPOSANTS DU SOL