AZOTE NITRIQUE
(en kilogr.) par mâtre cube.
Terre de Terre de Terre de Gripion Marmilhat. Palbost.
Terres triturées , . . a, 3^0 i»a4o o»57o
Terres non triturées . . 0,035 0,027 0,038
L'action de la trituration est des plus nHHfieates. Faut-il Tattribuer exclusivement à Vaéatàmr qcâ peut en résulter ? En réalité, cette casse n'est pas la seule à considérer ; le déplacement des ferments intervient aussi, et M. ScHLŒSiNG nous en donne la raison :
€ Ne vaudrait -il pas mieux, dit-il, placer l'explication cherchée dans ce fait qu'en remuant la terre on favorise Tœuvre des organismes qui sont les agents de la combustion ? On conçoit que dans les milieux liquides les êtres microscopiques puissent se déplacer aisément et porter leur action sur tous les points. Mais dans la terre ils ne jouissent pas de cette facilité de transport ; ils ne trouvent sur la surface des éléments moyennement humides que des couches d'eau infiniment minces, peu propices à leur déplacement ; ils agissent donc sur place, et quand ils ont consommé la plus grande partie des éléments à leur portée, leur travail doit se ralentir. Si l'on émiette la terre, on les répand en d'autres endroits où ils trouvent de nouvelles ressources, où ils se développent en travaillant avec activité. De là, le redoublement de vigueur. »
Et voilà comment les agents atmosphériques : l'air, l'eau et la chaleur, contribuent puissamment à la production naturelle des nitrates dans la terre arable. Étant donné que celle-ci leur est d'autant plus accessible que son coefficient de perméabilité est lui-même plus élevé, on comprend très bien pour quelles raisons les sols légers ou meubles dévorent les engrais organiques azotés. Dans les terres plus compactes,
FERMENTS NITRIFICATEURS I9I
OÙ rérémacausis présente moins d'intensité, la nitrification s'effectuera d'autant 'mieux qu'on donnera plus de façons culturales pour maintenir un ameublissement parfait.
2** Conditions chimiques/ — Les ferments nitrificateurs n'exigent pas seulement le concours de l'air, de la chaleur et de l'humidité ; il faut aussi que la terre, qui leur sert de support, constitue un milieu de culture convenable.
Dans les sols acides — où les mucorinées remplacent les bactériacées — la nitrification de l'humus est à peu près impossible ; il faut donc, de toute nécessité, que le milieu soit neutre ou très légèrement alcalin. C'est la première condition ; nous la supposerons satisfaite.
D'autre part, étant donné que la richesse en acide carbonique de l'atmosphère du sol assure l'alimentation carbonée des bactéries nitrifiantes ; que les phosphates et les sulfates — sauf de très rares exceptions — sont assez répandus dans nos terrains pour suffire aux besoins de la vie microbienne, il ne reste à considérer, en somme, que la présence d'une base salifiable (carbonate terreux) et d'une matière azotée nitrifiable. Que faut-il entendre par là ?
Base salifiable, — On désigne ainsi toute base susceptible de saturer ou de neutraliser l'acide azoteux provenant de l'oxydation de l'ammoniaque par les ferments nitreux. Dans les solutions nutritives, ce rôle incombe à la magnésie apportée sous forme de carbonate ; dans le sol, où la chaux est plus abondamment répandue, c'est elle qui intervient.
Pendant longtemps, les agronomes ont cru que le calcaire seul pouvait favoriser la nitrification. Il résulte des essais effectués par M. Crochetelle et moi, en 1893, ^'^^ ^^^ carbonates alcalins (notamment celui de potasse) agissent aussi très favora-
blement (i). Enfin, les essais plus récents de MM. BouLLANGER et Massol (a) montrent que la plupart des carbonates métalliques peuvent être employés sans danger dans les cultures pures de nitro* somonas.
Est-il nécessaire que la base salifiable soit combinée à Tacide carbonique ? Les carbonates alcalins et terreux peuvent-ils être remplacés par d'autres sels? Pour le savoir, j'ai fait nitrifier des sols tourbeux dépourvus d'acide carbonique combiné. Dans tous les cas, en présence des sels ammoniacaux ou des humâtes alcalins et terreux, la nitrification se produisit normalement, et les eaux d'épuisement contenaient des nitrates où l'analyse microchimique permettait de caractériser la base précédemment combinée à l'acide humique. D'où je conclus : que dans les sols dépourvus de carbonates — où la nitrification est toujours possible si l'on apporte ou s'ils contiennent des matières azotées nitrifiables — la base salifiable peut être fournie par les humâtes alcalins ou terreux. Il n'y a aucune raison, d'ailleurs, pour ne pas admettre que tous les sels à éléments non toxiques, dont les acides sont déplaçables par l'acide azoteux ou l'acide azotique, ne puissent fournir la base salifiable nécessaire à la production naturelle des nitrates.
Matière nitrifiable, — Les sels ammoniacaux que l'on incorpore au sol, ceux qui s'y forment naturellement pendant la phase d'ammoniâation, nitrifient d'ordinaire avec rapidité, et en moins de plusieurs semaines lorsque les conditions sont favorables. Ces composés constituent autant de matières azotées
(i) C. R. de l'Académie des Sciences, t. CXVIL (9} Annalti de r Institut Pdsteur (année 190.Î).
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FERMENTS NITRIFICATBURS I93
directement nitfifiables. Peut-on en dire autant des substances humiques ? Non î il est même des cas où elles Be montrent réfractaires à toute nitrificatlon. Au point de vue agricole,. il importe de bien préciser ce fait. Dans le sol, Thumus nous apparaît comme une source de nitrates. Pourquoi se montrerait-il inerte? Les nombreuses recherches que j'ai effectuées sur différents sols tourbeux me permettent d'en donner Texplication. Tout d'abord, je poserai en principe :
i** Que les matières azotées de Thumus, considérées sous leurs diverses formes, ne sont pas également nitrifiables ;
3<» Que la minéralisation de Thumus implique la présence de sels alcalins susceptibles de désagréger et de dissoudre les substances humiques.
I. — Les matières azotées de l'humus ne possèdent pas la même capacité nitrifiante. S'il en était âutren^nt, l'appauvrissement des terres cultivées deviendrait évidemment trop rapide. Il semble, au contraire, que la nitrification des substances humiqued se manifeste lentement, comme si elle ne devenait possible qu'à partir d'un certain état de décomposition.
On sait dans quelle mesure les alcalis et les carbonates alcalins réagissent sur l'humus brut : ils déterminent un dégagement d'azote ammoniacal, à chaud surtout, et dissolvent parfois les quatre cinquièmes des matières azotées. La solution d'humate ainsi obtenu précipite incomplètement par les acides, et l'analyse élémentaire montre que les substances précipitables et non précipitables ont une constitution chimique différente.
D'autre part, en établissant l'inégale résistance de l'azote, nous avons reconnu que les matières humiques non précipitables offrent la moindre stabilité.
Viennent ensuite, avec une forte disproportion, les substances précipitables : les acides de Thumus et les matières insolubles. Tous ces composés, pris isolément, nitrifient-ils avec une égale facilité? Pour répondre à cette question, j*ai effectué quelques recherches que je crois utile de relater ici, bien qu'elles soient incomplètes.
Une terre très tourbeuse fut épuisée par une solution normale de carbonate de potassium (250 grammes de solution pour 100 grammes de terre sèche). Après un lavage prolongé, le résidu fut séché, finement pulvérisé et tamisé; on traita, d'autre part, le liquide noir par un léger excès d'acide sulfurique(ï), et Ton recueillit le précipité qui fut également séché dans le vide et réduit en poudre. J'incorporai ensuite V humus insoluble, Y acide humigue et le liquide contenant la matière non précipitable à une terre franche (dosant 1,57 d'azote par kilo) en telles proportions que sa richesse azotée fut accrue d'un millième. On suivit comparativement, pendant quatre mois, la marche de la nitrification dans la terre normale et dans la terre traitée.
Les résultats obtenus, du 15 mai au 15 septembre 1901, sont consignés dans le tableau suivant :