‹ La terre arableChapitre 52 sur 77 · MATIÈRES AJOUTÉES · texte numérisé non relu

MATIÈRES AJOUTÉES

le 15 juin

Iel6jnillet

le 15 Mât

le 15 lept.

Témoin

Humus insoluble. . . .

Humus solubU.

a) précipitable . . .

— b) non précipitable.

(i) On n'a pas employé l'acide chlorhydrique, pour ne pas introduire des chlorures dans la partie non précipitable.

FERMENTS NITRIFICATEURS I95

On voit combien est inégale Taptitude à la nitrification des composants organiques de Thumus. Tandis que le résidu insoluble dans les alcalis se montre très résistant, puisqu'il n'a pas nitrifié, on observe, au contraire, une nitrification très active pour la fraction des matières organiques solubles dans les carbonates alcalins mais non précipitables par les acides. Etant donnée la nature des principes azotés éerfeBBHHvCC& résultats paraissent évidents a priori. Cependant, rfen ne om» autorise à dire que le résidu humique insoluble resterait indéfinhiiftat inerte dans le sol; à la longue, il peut se consumer eà dfr¥enir nitrifiable.

C'est sous la forme d'hutnate que les matières azotées du sol semblent le plus aptes à la nitrification. M. Th. ScHLŒSiNG a étudié la transformation de l'humate de chaux, et j'ai moi-même, en 1894, fait nitrifier avec succès des humâtes alcalins en solution plus ou moins étendue, CestVhutnate ammoniacal (i), en raison de sa constitutioiiy qui downr le» plus fortes quantités d'azote nitrique, liss il paraît difficile d'établir si tout Tazote nitrifié provient de l'ammoniaque ou de l'acide humique. Avec les humâtes potassiques et sodiques {2), c'est bien l'azote organique de l'humus qui se transforme.

(i) Les expériences plus récentes de MM. Muntz et Laine établissent aussi que ce composé nitrifie activement. De plus, sous cette forme, Tammoniaque se transforme plus vite qu'à Tétat de sulfate (C. R. de l'Académie, année 1907).

(3) Les solutions avaient. été préparées en traitant un kilogramme de terre humifère par un litre d'eau contenant 2 gr. 5 de carbonate alcalin. On a employé comparativement le liquide tel quel ( solution normale) et étendu de moitié d'eau (solution étendue).

A20TE NITRIQUE {EN MILLIOR.) OBTENU APRÈS DOUZE JOURS PAR LITRE DE LIQUIDE

a) Humate de potasse. h) Humate de soude,

normal. étendu. normal. étendu.

Au moment de la mise en expérience, les solutions dosaient respectivement (a). 38 milligrammes et [h) 43 mjg^. 5 d'azote nitrique. L*humate de potasse accuse un gain moyen de 130 milligrammes en 12 jours, tandis que celui de soude (solutions étendues) donne seulement 16 milligrammes.

Quand je rendis compte de ces résultats à la Société d'agriculture de ChâteaurouXy je fis la remarque suivante : < Il ne semble pas qu*avec Thumate de soude il y <r ait une augmentation bien sensible ; il se peut que le

< ferment se déplaise dans un semblable milieu et ne tra- « vaille pas. Dans le ballon contenant le sel sodique, le « liquide était recouvert par un léger voile ; dans Tautre,

< il avait conservé la même pureté : la couleur seule était

< moins prononcée. Examinées au microscope, les deux « solutions présentent une petite particularité : dans la <r dissolution d'humate de potasse, les ferments sont plus « abondants à la partie inférieure ; dans Tautre, au con-

< traire, on les rencontre surtout au voisinage du voile. « serait-ce parce que dans un milieu qui n'est pas à leur

< gré lea ferments de la nitrification, comme beaucoup

< d'autres, remontent à la surface ? C'est aux microbioloc gistes qu'il appartient de résoudre la question (i). >

Les timides observations que je formulais ont reçu depuis la consécration expérimentale : la nitrification des humâtes alcalins n'est plus contestée, les sels de soude sont utilisés de préférence aux autres dans la culture du ferment nitrique. On en arrivera même à l'emploi des humâtes alcalins pour les cultures pures.

(i) Bulletin de la Socjéfé d^agricuUurç ie l Indre ^ mal 189$.

FERMENTS NITRIFICATBURS

II. — Il est généralement admis que les sols trop chargés d'humus se montrent réfractaires à la nitrification. On en attribue la cause à un excès d'acidité. Or, il arrive fréquemment que des terrains tourbeux, même bien pourvus de calcaire, se comportent de façon identique : Tazote y reste passif. En ce cas, puisque Tacidité ne peut entrer en ligne de compte, on s'explique mal l'inertie persistante des substances humiques azotées. D'où vient alors l'inaptitude à la nitrification ? Faut-il l'imputer à l'absence des ferments ou à l'état de l'humus?

Tout d'abord, il importait d'établir si les propriétés biologiques du sol n'étaient pas insuffisantes. Et ridée me vint alors d'incorporer à une tourbe calcaire des environs d'Amiens une matière nitrifiable : je choisis le sulfate d'ammoniaque.

D'autre part, pour savoir si l'inertie de l'azote ne dépendait pas de la constitution chimique du milieu, j'essayai l'action du carbonate de potasse qui a la propriété de mobiliser l'humus.

Dans les deux cas, je suivis la marche de la nitrification. Voici les résultats obtenus, rapportés à 100 grammes de terre :

DOSES d'engrais pour xoo

AZOTE 70 sept.

NITRIFIÉ 20 sept.

(en MIL!

I" oct.

LIGR.) zo oct.

Rien (témoin). . . .

Sulfate d*amm., 0,3 . .

Carbon, de potas., 0,3.

1,0 50,0 ia,6o

On remarquera combien la nitrification du sulfate d'ammoniaque a été rapide. M. Schlœsing, puis MM. MuNTZ et Girard ont reconnu qu'en moins d'un

mois les sels ammoniacaux sont transformés en nitrates dans les terres ordinaires ; il n'a pas fallu, plus de temps avec la terre humifère mise en expérience. Dans une autre série d'essais, effectués avec des tourbes de différentes natures, les résultats obtenus sont du même ordre. Le carbonate de potasse, partout, a activé la nitrification. Et c'est le point important qu'il faut retenir.

Ainsi, voilà un sol humo-calcareux qui refuse de nitrifier convenablement, malgré sa grande richesse en azote. Or, sans apport de ferments, il nitrifie l'engrais ammoniacal qu'on y incorpore ; bien plus, il a suffi d'y ajouter quelques millièmes de carbonate de potasse pour le remettre en état. Que conclure de ces essais ? Sinon que la capacité nitrifiante se trouvait suspendue, dans ce sol, par un défaut d'ammonisation imputable à l'absence de toute matière pouvant vaincre l'inertie de l'humus et engendrer des humâtes solubles.

C'est le défaut de potasse, souvent, qui rend les sols tourbeux inaptes à la nitrification dans les conditions naturelles (i).

Influences diverses. — On croyait tout d'abord — et beaucoup d'agronomes l'enseignent encore — que la chaux seule suffit à provoquer la nitrification des matières humiques. Cette affirmation, qui repose sur les bons effets du chaulage, ne saurait prévaloir contre la vérité scientifique. En effet, comme on chaule surtout les sols granitiques et les sols argileux ou argilo-sableux, tous riches en potasse, il fallait, pour

(i) Je l'ai démontré expérimentalement depuis une dizaine d'années. Mes nombreuses recherches sont consignées dans mon ouvrage sur Les sols humifères.

FERMENTS NITRIFICATEURS I99

préciser Taction de la chaux et du calcaire sur la minéralisation de rhumus, expérimenter ces amendements dans des terrains notoirement pauvres en composés potassiques. A ce point de vue, les terres tourbeuses conviennent parfaitement. Or, l'expérience nous montre que le chaulage et le crayonnage n'y provoquent jamais une nitrification abondante, à moins qu'on n'apporte en même temps des matières azotées directement nitrifiables. L'emploi des engrais potassiques, au contraire, donne toujours de merveilleux résultats, ce qui nous autorise à dire que l'action de la chaux et du calcaire sur la nitrification de l'humus, en sols granitiques ou argileux riches en potasse passive, est toujours de sens indirect, puisqu'elle se traduit par la mobilisation d'une certaine quantité de potasse.

Comment cet élément agit-il sur la production des nitrates? Voilà ce qu'il faut rechercher. Les expériences que nous avons effectuées, M. Crochetelle et moi, sur l'action des carbonates, des sulfates et des chlorures alcalins, nous ont montré (i) :

1** Que les engrais potassiques peuvent favoriser notablement la transformation des matières organiques du sol et la nitrification de l'azote ;

2"" Que le carbonate de potasse, employé à des doses convenables, détermine toujours une nitrification abondante, que la terre soit riche ou pauvre en chaux ;

3** Que l'action du sulfate et du chlorure de potassiun} est subordonnée à la présence du calcaire, et Siussidans une certaine mesure (pour le chlorure surtout) à la fréquence des pluies dans les régions

(i) C. R. de l'Académie des Sciences, t. CXVII, CXVIII et CXIX.

4*" Qu'il existe enfin, dans tous les cas, une limite, variable suivant la nature des sols, à partir de laquelle la nitrification peut se trouver entravée (i).

Pourquoi le carbonate de potasse agit-il favorablement dans tous les sols humifères? Pourquoi les autres engrais ne sont-ils actifs qu'en présence du calcaire ? Pour quelles raisons, enfin, les chlorures ne produisent-ils de bons effets qu'après les pluies? On peut aisément répondre à ces questions en se basant sur ce que le carbonate de potasse seul réagit sur rhumus, le solubilise et le rend ainsi nitrifiable... L'action des autres sels se trouve donc subordonnée à leur transformation en carbonate, laquelle n'est possible qu'en présence du calcaire. Dans les sols dépourvus de cet élément, il suffit de l'y incorporer pour assurer l'efficacité des engrais potassiques. La nécessité des pluies résulte du fait même que tous les chlorures paralysent la nitrification, et comme c'est le chlore qui se montre défavorable, il faut que les eaux l'entraînent dans les couches inférieures où l'activité nitrifiante ne se manifeste point.

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