‹ La terre arableChapitre 58 sur 77 · AZOTE GAGNÉ · texte numérisé non relu

AZOTE GAGNÉ

PAR VASE A l'hECTAHB

(en gram.) (en kilogr.)

Terre nue 0,33 39

Terre avec gazon . *j97 294

Terre avec trèfle 6,83 904

Les excédents sont énormes : le gazon l'emporte de 265 kilcfgrammes sur la terre nue ; le trèfle accuse 875 kilogrammes par rapport au témoin et 610 kilogrammes par rapport au gazon.

Ainsi, la fixation directe de l'azote atmosphérique n'est pas contestable ; et du fait qu'elle cesse de se produire en milieu stérilisé, son caractère microbien ne saurait être mis en doute... Mais, pour en préciser le mécanisme, il fallait d'abord isoler les agents spécifiques qui la provoquent.

Agents spécifiques, — On connaît actuellement plusieurs espèces microbiennes : Clostridium pasteurianum, A^otobacter chroococcum etagilis,Rhi:(ohiîim leguminosarutn — capables d'assimiler directement l'azote libre de l'air. Ces bactéries ayant été cultivées dans des milieux artificiels, il devient relativement facile de préciser les conditions nécessaires à leur développement.

i"" Clostridium pasteurianum. — Le Clostridium pasteurianum (fig. 19-B) a été découvert par M. Winogradsky(i). Il se présente au microscope, à l'état jeune, sous forme de bâtonnets cylindriques droits mesurant quelques millièmes de millimètres; plus tard, la partie centrale se renfle (forme Clostridium) et la sporulation se produit bientôt : les spores, dont la faculté germinative persiste plusieurs années, ont des capsules gélatineuses triangulaires caractéristiques ; elles germent facilement dans une solution sucrée. X3e ferment est anaérobie ; il vit en symbiose avec deux bacilles aérobies (bacilles a et p) qui consomment des matières azotées, produisent de l'acide carbonique, et le protègent ainsi contre l'action directe de l'oxygène.

Pour cultiver le Clostridium, — qui ressemble beaucoup aux ferments butyriques — on emploie une solution nutritive contenant par litre, en grammes :

Phosphate de potasse 1,00

Sulfate de magnésie o,aa

Chlorure de sodium 0,03

Sucre réducteur ou dextrose 30 à 40

On ajoute ensuite un peu de craie et des traces de sulfates de fer et de manganèse. Si l'on ensemence avec des particules terreuses, il faudra avoir soin d'éliminer successivement les autres ferments par la méthode des cultures électives.

Au début, on favorise le développement des bacilles en ajoutant â la solution un peu d'azote organique ou de sulfate d'ammoniaque. Cela fait, il devient possible de cultiver le Clostridium en supprimant toute combinaison azotée. Dans le vide, on peut opérer sur pommes déterre et sur carottes.

En solution glucosée à 4 pour 100 — et dans un courant d'azote — une fermentation de Clostridium avait

(i) Archives des sciences biologiques russes.

FERMENTS FIXATEURS D AZOTE

ai5

absorbé 56 milligr. 3 d'azote après vingt-trois jours : il se forme, en même temps, des acides gras [acétique et butyrique surtout) et un peu d'alcools supérieurs. Comme le sucre fournit l'énergie nécessaire à l'activité du ferment, la richesse saccharine du milieu nutritif influe très sensiblement sur les gains d'azote combiné.

2** Azotobacters divers. — On connaît deux espèces principales d'Azotobacters : VAiotobacter chroococcum (fig. 19-A) et VA\otobacter agi lis, qui ont été isolées par

Fio. 29. — A) A2otobacter chroocuccum ; B) Clostridium pasteurianum.

M. Beyerinck. Les cultures peuvent se faire sur milieu gélose additionné d'une solution nutritive contenant :

Eau distillée . . .

Mannite

Phosphate de potasse

100 gr.

On ensemence ensuite avec des particules terreuses provenant d'un sol de ardin ou d'un sol ordinaire bien

ai6 ^ LES FERMENTS DU SOL

ameubli (i). Presque toutes les matières sucrées, ainsi que l'amidon et les différents produits de la fermentation cellulosique, conviennent à la nutrition de ces microbes ; l'addition d'une petite quantité de composés azotés (peptones, asparagine, etc.) exalte toujours leur développement. Ces ferments sont aérobies. Ils mesurent parfois cinq microns (millièmes de millimètre). V A\otohacter agilis se différencie nettement par la présence de cils nombreux qui lui permettent un déplacement plus rapide, une plus grande agilité.

A l'origine, Beyerinck supposait que les A\otobacters ne fixaient l'azote que s'ils étaient associés à d'autres microbes [Aerobacter aerogenes, Bacillus radiobacter, etc.) avec lesquels ils vivaient en symbiose ; mais les expériences plus récentes de MM. Gerlach et Vogel (2), ainsi que celles de M. Freudenreich, établissent de façon manifeste que ces ferments peuvent se passer d'auxiliaires (2).

3'' Microbes des nodosités. — Les légumineuses cultivées ont l'heureux privilège d'utiliser pour leur développement Tazote atmosphérique. Cette importante faculté d'assimilation a été mise en lumière par les remarquables travaux d'HELLRiEGEL et Wilfarth (3). On sait maintenant que les nodosités radiculaires de ces plantes contiennent d'innombrables bactéries — dénommées Rhi\obium îeguminosarum ou encore Bacillus radicicola — qui vivent en symbiose avec le trèfle, la luzerne, le lupin, etc. Les essais d'inoculation exécutés par M. E. Bréal (4), les merveilleux effets de la délayure de terre, ne laissent aucun doute sur l'utile intervention des microbes. Il serait trop long d'énumérer ici tous les travaux se rattachant à

(i) Les Âzotobacters ne sont pas rares dans les sols cultivés. En arrosant un peu de terre avec une solution glucosée, on voit bientôt se former à la surface un voile caractéristique.

(2) Bulletin du Ministère de V Agriculture^ année 1906.

(3) Annales agronomiques^ t. XIII, p. 130, et t. XV, p. 5.

(4) Ibid., t. XV, p. 339.

FERMENTS FIXATEURS D AZOTE

ai7

cette question ; nous nous contenterons de rappeler les conditions de développement des bactéries radicicoles.

Ce sont surtout les recherches de Laurent (i), de Beye- RiNCK, de Prazmowsky — et celles plus récentes de M. P. Mazé (2) — qui nous ont fait connaître les caractères biologiques du microbe des nodosités. Dès que la bactérie (très fréquente dans le sol) se trouve en présence

FiG. ao. — Coupe montrant l'envahissement dçs cellules par le microbe des nodosités : fh^ forme bactéroîde ramifiée et tissu bactéroldien ; ^, kystes et noyaux ; m, bactéroîdes simples et forme bacillaire.

des poils radiculaires d'une légumineuse, elle pénètre à l'intérieur de cet organe, se multiplie et se propage ensuite — en vertu de ses propriétés chimiotaxiques — jusqu'aux cellules corticales où elle constitue une sorte de tù%u hactéroïdien qui s'étend parfois dans plusieurs cellules voisines (fig. 20).

(1) Annales de Pins ti tut Pasteur ^ année (3/ Ibid., années 1897 et 1898.

OU par symbiose. Dans le premier cas, les microbes vivent seuls : Tazote qu'ils empruntent à Tatraosphère sert à leur développement ou à leur reproduction, et la terre s'enrichit ensuite de leurs propres dépouilles... Dans le second cas, au contraire, l'agent microbien travaille pour le compte d'un être vivant qui lui offre l'hospitalité.

Mais quel que soit le modus vivendi, les ferments fixateurs d'azote ont toujours besoin de ces matières organiques ternaires assimilables dont ils ne peuvent réaliser la synthèse intégrale. Ils vivent en quelque sorte comme des champignons parasites ou saprophytes; et c'est seulement quand ils exaltent la végétation des plantes hospitalières, par des apports d'azote, que nous percevons les différences caractéristiques entre le parasitisme et la symbiose. En cours normal d'évolution, ils empruntent et ils rendent : leur parasitisme a du bon si les intérêts sont bien payés. Q.ue le microbe considéré travaille seul ou en association avec des bactéries, des algues, des mousses et des plantes supérieures, son travail nous sera toujours profitable à un degré quelconque.

Ainsi, bien que l'on ne connaisse encore qu'un petit nombre de ferments capables d'assimiler l'azote libre, ce que nous savons déjà de quelques espèces connues: Clostridium pasteurianum, A^otobacters, Microbes des nodosités, montre nettement le caractère général du phénomène. Nous pouvons donc admettre : que la sidération est l'œuvre de microbes spécifiques qui se développent isolément, dans un milieu de culture approprié, ou qui vivent en symbiose avec d'autres végétaux leur fournissant Tutile complément des matériaux alimentaires dont ils ont besoin.

De fait, le processus symbiotique — qui est de beaucoup le plus général et le plus naturel — apparaît

FERMENTS FIXATEURS d' AZOTE 221

plutôt comme une nécessité accidentelle. Le microbe de nodosités : le Rhi^obium legutninosarum ou Bacillus radicicola^ fixe Tazote, sans le secours d'aucune plante hospitalière, quand on le cultive dans un bouillon de haricots additionné de quelques centièmes de sucre (P. Mazé) ; il se comporte alors de la même façon que le Clostridium ou VAioiobacter^ et Ion peut supposer que s'il trouvait dans le sol des liquides appropriés, il vivrait librement sans rien emprunter aux légumineuses. Voilà pourquoi la symbiose nous apparaît comme une sorte d'accident dans révolution microbienne : elle est, à vrai dire, la conséquence de la lutte pour la vie.

Suivant les conditions de milieu, les ferments fixateurs d'azote agiront directement ou par symbiose. En milieu artificiel, c'est l'action directe qui se manifeste, dans tous les cas, et la quantité de sucre consommé semble proportionnelle à l'enrichissement des solutions en azote. Pour les différents microbes, on trouve, en effet, par gramme de sucre consommé :

GAIN d'azote

(en milligram.)

Culture de Clostridium .... 1,3 à 1,7 Culture à'A\otohacter ..... 8 à 9 Culture de Rhi^obium 9 à 11

On remarquera combien est inégale la virulence de ces diverses bactéries. La consommation des matières hydrocarbonées paraît très grande, puisqu'il faut au moins cent parties de sucre pour une partie d'azote. Si la terre devait fournir tout le carbone nécessaire à la vie de ces ferments, les substances humiques subiraient une dégradation excessivement rapide, et l'enrichissement azoté correspondrait alors à un tel degré d'appauvrissement en humus que

l'opération risquerait de devenir désavantageuse pour la culture.

Le processus symbiotique j fort heureusement, obvie à cet inconvénient : les gains d'azote, dans les prairies surtout, marchent de pair avec l'enrichissement du sol en humus. Ce sont les débris végétaux, les résidus des récoltes, qui accroissent ainsi la dose de carbone organique.

La symbiose ne s'effectue pas seulement avec les légumineuses ; elle peut se produire aussi avec des végétaux inférieurs. A la suite des intéressantes recherches effectuées par MM. Schlœsino ôls et Laurent (i), on supposait que les algues pouvaient assimiler directement l'azote de l'air... A la vérité, elles enrichissent bien la terre, mais par action indirecte ou détournée.

Les essais de M. Kossowitsch nous ont appris, en effet, que les cultures pures de Chorella vulgaris (algue) n'accusent aucun gain d'azote. Il en est de même pour d'autres espèces : Aos/Oi:, Cystococcus, Ulothrix, ScJii\0' thrix, etc., qui refusent de pousser dans des solutions dépourvues de nitrates. Au contraire, en présence des bactéries fixatrices d'azote, et avec des liquides nutritifs sucrés, ces plantes se développent normalement, vivent en symbiose et enrichissent sensiblement le milieu de culture. L'influence du sucre est des plus évidentes ; M. Kossowitsch a trouvé (2) :

azote fixé (en milligr.)

avec sucro sans sucro

Mi4

Nostoc et bactéries ....

Cystococcus et bactéries. . .

Stichococcus et bactéries . . ,

Ainsi, le caractère symbiotique du phénomène n'est

(i) Annales de Vlnstitut Pasteur^ année 1893. (a) Botan. Zeit., 1894, p. 97.

FERMENTS FIXATEURS D AZOTE ûaj

point douteux : les algues enrichissent le sol, toutes pro portions gardées, à la façon des légumineuses.

Étant donné le prix relativement élevé des engrais azotés, on s'est demandé s'il n'y aurait pas possibilité de mettre à profit les facultés microbiennes. Avec le système Solari, grâce à l'introduction des prairies artificielles dans l'assolement, le sol se trouverait remonté en azote périodiquement, et on pourrait ensuite le cultiver par le seul emploi des engrais phosphatés et potassiques. Sans vouloir pousser l'exclusivisme trop loin, il semble bien que cette méthode présente de sérieux avantages : avec elle, le nitrate de soude ne s'emploierait guère qu'à titre de médicament, pour stimuler opportunément la végétation languissante, en suppléant à l'insuffisante capacité nitrifiante de la terre.

On voulait mieux faire 1 Des agronomes cherchèrent à produire iildustriellement des microbes pouvant fixer l'azote atmosphérique ou rendre plus assimilables les matières azotées du sol. La nitragine (de MM. NoBBBet Hiltner) et Yalinite (de M. Caron, d'EUenbach) devaient remplir ce rôle important... Mais il convient de reconnaître que les essais de fertilisation du sol par voie microbienne n'ont pas donné les résultats qu'on pouvait espérer. Si, dans les sols pauvres en bactéries, ces . ensemencements agissent favorablement, dans les terrains cultivés, où les microbes pullulent, leurs effets restent nuls ou insignifiants. Aux Étals-Unis, on fait encore de multiples expériences, et il convient d'en attendre les résultats avant de se prononcer contre une tentative de fertilisation sur laquelle on avait fondé de grands espoirs.

Puisque l'emploi des microbes aboutit souvent à des insuccès, il pouvait être intéressant de recher-

cher si la culture avec des algues ne serait pas meilleure. C'est le second côté de la question... La flore microbienne du sol, en général très riche, peut ne pas être influencée par des apports d'alinite ou de nitragine ; mais rien ne prouve que des plantes réfractaires à la symbiose, associées avec des algues, n'utiliseraient pas indirectement Tazote atmosphérique... Sur ce point, les expériences de MM. Bouilhac et GiusTiNiANi (i) sont des plus concluantes ; des cultures de sarrasin faites avec différents mélanges symbiotiques ont donné, en terrains pauvres d'humus :

RÉCOLTE SECHE AZOTE DOSE (en grammes) (en milli^.)

Sirmia leol (témoin) i,io 29,24

Sarriiio avec mélange symbiotique . . 3,^5 7^135

Sarrasin avec algues et bactéries . . . 7)10 127,27

Avec le maïs, qui est une plante très avide d'azote, les résultats sont à peu près de même sens.

Quelle que soit la valeur de tous ces essais, il semble bien difficile qu'ils puissent recevoir une sanction véritablement pratique. Les algues communes, au même titre que les microbes et nombre d'autres cryptogames, sont très abondamment répandues... Il y a fort longtemps qu'elles travaillent, à notre insu, sans jamais nous avoir dispensés, pour cela, des apports d'engrais. Peut-être objectera-t-on qu'il serait toujours utile d'exalter leur activité ? Oui, sans doute, dans nos cultures de laboratoire où nous sommes maîtres du milieu, mais dans nos champs... Et voilà ce qui me fait dire, en terminant ce chapitre ; « Le règne des bactéries est aussi vieux que la vie, celui des engrais n'est pas encore près de finir, et la sagesse agricole veut que nous tirions le meilleur parti de l'un et de l'autre sans rien exagérer. »

(i) C. R. de TAcadémie, année 1905,

Cest dans le sol que se préparent, par une sorte de digestion chimique^ les solutions nutritives destinées à l'alimentation des végétaux. Une activité constante s'y manifeste, en effet, sous Tinfluence combinée des ferments qui dégradent l'humus et des composés divers qui circulent dans les eaux mouillant les particules. Pour comprendre ce grand travail d'élaboration, il est indispensable de bien connaître l'origine, la nature et les propriétés générales des matériaux qui composent la terre arable ou qui lui ont donné naissance. A ce titre, les notions que nous avons acquises sont des plus précieuses; mais si notre étude devait s'arrêter là, nous n'aurions qu'une imparfaite idée de la chimie agrologique.

Il existe, en fait, de très sensibles dififérences entre \q sol primitif Q\,\^% terrains cultivés. Les modifications profondes que ceux-ci ont subies ne sont pas seulemen l'œuvre du temps : elles dépendent aussi, dans une large mesure, des façons culturales et de la manière de cultiver.

Le travail du sol exaltant V activité chimique y on comprend très bien que les agriculteurs qui défrichent des terres vierges^ longtemps abandonnées à la végétation spontanée, puissent obtenir d'abondantes récoltes, des années durant, sans aucun apport de ma-

2a8 LA CHIMIE DU SOL

sols étaient presque dépourvus d'agrégats terreux proprement dits. Il n'y avait, en somme, que des particules rocheuses associées à des poussières plus fines transportables par les eaux et par les vents. Les landes siliceuses, les déserts sableux arides offrent de semblables propriétés.

Bientôt, les hydradations et les décompositions chimiques se manifestèrent sur les éléments ténus et sur les minéraux peu résistants : le sol originel fit place au sol primitif. Dès lors, les caractères physiques changent. A mesure que se poursuit la kaolinisation, la terre prend corps : les fines particules, agglutinées par les colloïdes, forment de véritables conglomérats. Un seul élément manque à ce terrain : l'humus, les matières organiques qui caractérisent le sol du second degré.

Le sol végétal. — Voici que la vie apparaît. Les végétaux envahissent alors le sol primitif, y meurent, s'y décomposent lentement, et la matière organique vient se joindre aux composants minéraux originels ou dérivés. A dater de ce moment, la terre meuble se prête à de nouvelles transformations : elle devient apte â constituerdes réserves actives, de la matière noire; et c'est parce que les matériaux nécessaires à la production s'y trouvent réunis que nous sommes désormais en présence de la terre végétale proprement dite. Formée par un mélange de composants minéraux et organiques, cette terre possède toutes les propriétés inhérentes au sol primitif auxquelles viennent s'ajouter celles de l'humus, élément de correction et de conservation. La nature de l'enduit qui recouvre et agglutine les particules n'est plus essentiellement argileuse : les matières humiques dérivées participent à sa constitution, de telle sorte que chaque grain terreux possède un revêtement humo-argileux plus ou moins complexe.

Ainsi, rapparition des matières organiques donne à la terre de nouvelles propriétés. De fait, elles favorisent Tactivité chimique du sol, non seulement

parce qu'elles constituent une puissante source, de gaz carbonique, mais aussi en raison de la part qu'elles prennent dans la constitution des réserves nutritives. Quelle que soit Fintensité des actions chimiques, Thumus s'oppose en efifet à l'entraînement de Tacide phosphorique et de la potasse... Bien plus, il fait même obstacle à certaines actions rétrogradantes; et c'est grâce à lui, on peut le dire, que le travail d'élaboration devient sûrement profitable.

Voilà pourquoi tout sol végétal profond et bien constitué possède une réelle valeur culturale.

Activité chimique du sol. — On sait que l'activité chimique du sol est une des conditions essentielles de la fertilité. Dans un milieu riche, mais inactif , au sens absolu du mot, les principes fertilisants demeurent inutilisables tant qu'ils sont frappés de passivité ou d'inertie. Il importe donc que l'azote, l'acide phosphorique, la potasse, la chaux, puissent évoluer normalement et entrer en circulation pour subvenir aux impérieux besoins des végétaux. Les ferments nitrificateurs se chargent, quand les circonstances sont favorables à leur développement, de rendre assimilables les matières azotées. Mais c'est à l'eau saturée d'acide carbonique qu'incombe surtout la libération des éléments minéraux ; et comme ce gaz provient de la dégradation des matières organiques — sous l'influence des microbes — il s'ensuit que la capacité digestive de la terre est étroitement subordonnée à ses propriétés biologiques.

Peut-on mesurer approximativement l'activité chimique du sol? De prime abord, cela paraît bien difficile à cause des phénomènes réversibles et des actions contraires qui ont pour effet d'immobiliser ou de précipiter une partie des matériaux préalablement rendus sçlubles. Seule, l'analyse des gaz, de l'eau

i)0 LA CHIMIE DtJ SOL

et des enduits enveloppant les agrégats te freux, fournit une solide base d'appréciation au point de vue comparatif.

Les gaz du sol. — Les espaces lacunaires sont occupés par de Teau et de Tair. Quand on étudié k composition de Tatmosphère du Sol (i), on est frappé de la proportion d*acide carbonique qu'elle contient à certains moments. Les déterminations faites par différents auteurs ont donné :

POUR 100 YOLUIKS DK 6AZ EXTRAIT

Acldb darboni^be Oxygène

a) D'après BjussiNQAtJLT et L«wr :

Sot sablonneux, en \igne, . . . î,o6 tg,72

Sot de lu^ernière, à o'",3o. . . . 0,80 1^0,04

Sotdéfor^i,ê.o"'f^$ 0,87 19,61

Soi de prairie ....... 1,79 ic>,4ï

b) D'après M. Schlœ3ing :

Pré du Pontel

ào^'jis. .... 0,41 20,57

c) D'après M. Manolv :

Jardin du Luxembourg

à o'*',5o Ojôi 20,02

Jardin anglais (non remué)

ào'",45 1,04 19,79

(i) Pour extraire Tair du sol, on enfonce une sonde à la profondeur voulue, puis on recueille les gaz au mo7en d^un aspirateur^

APERÇU ôèNéftAt 331

La proportion d'azote, dans presque tous les Cas, est comprise entre 79 et 80 Vo* Les variations portent principalement sur Toxygène qui tombe parfois à 10 7o dans les sols de prairie (M. Schlcësikô flls). Bien des causes peuvent modifier là composition de latniosphère du sol : fumures organiques, façons Culturalet, exposition^ conditions climatériques, etc.

RiSLER en a donné un bel exemple pour une terre de jardin de Calèves (Suisse); il obtint en 1860-73 •

ACIDB CARBONIQUE POUR lOO

Sol prit Soi pris

à o«,25 à z tniti't

Température minimâ * . . 0,37 0,57

Température maxima . . . 0,6^ 1,74

Vents faibles 0,57 1,29

Vents forts 0,46 1,14

On voit que le taux d'acide carbonique, pour un ttiilieu donné, augmente généralement avec la profondeur et la température; il diminue avec Tintenlité des vents et de la pluie qui provoquent un déplacement sensible des masses gazeuses.

Il importe de retenir que l'atmosphère du sol, étant riche en acide carbonique (on sait que Tair normal jèn contient seulement 0,0003 en volumes), constitue une importante réserve pour la saturation des eaux superficielles qui se tiennent toujours en équilibre de tension avec le milieu ambiant. Ces eaux saturées réagissent sur les composants minéraux et rendent ainsi possibles de nombreuses transformations chimiques.

Les ôaux du soL — Au contact direct des particules terreuses, Teau se charge de composés divers que Tanalyse nous fait utilement connaître.

aja

A titre de renseignement, voici la composition de quelques liquides extraits du sol par Tingénieuse méthode de déplacement imaginée par M. Schlœsing père. D'après ce savant, un litre d'eau renfermerait en milligrammes :

SUBSTANCES DOSEES

Matières organiques Acide nitrique

Chlore

Acide sulfurique .

Acide phosphorique

Silice

Chaux

Magnésie. . . .

Potasse ....

Soude

Totaux . . .

TERRE de BOULOGNE TERREdeNEAVPHLI

Sans I Avec engrais engrais

Rien

Traitée

(i) Cette terre avait été engraissée par du nitrate de potasse, des cendres et du terreau.

(3) On avait fait passer, du 38 mars au 9 avril, un courant d'air contenant 13 pour 100 d'acide carbonique.

Ces dosages sont particulièrement instructifs ; ils nous montrent non seulement la réalité de raction dissolvante des eaux, mais aussi leur inégale richesse en matière sèchejet en principes fertilisants. L'influence des fumures est des plus manifestes : dans la terre de Boulogne, après addition d'engrais potassiques, la dose de potasse passe de 6,p à 1^6,8, L'étude des eaux de drainage provenant de terres avec ou

sans engrais fournit de semblables résultats. Enfin, l'action mobilisante de Tacide carbonique sur la terre deNeauphle-le-Château (Seine-et-Oise) ressort manifestement : ce gaz dissout les carbonates terreux, et c'est pour cela que la teneur en chaux et en magnésie augmente sensiblement. Nous constatons aussi un accroissement notable pour l'acide nitrique (428 milligrammes au lieu de 362) et pour les matières organiques (^4,7 contre 36,8). Contrairement à ce que Ton observe d'ordinaire dans la désagrégation des roches, la mobilisation des alcalis n'est pas très apparente (i). En tout cas, il convient de remarquer que l'action dissolvante de l'eau ne saurait être contestée, et c'est là surtout ce que nous voulions établir.

Eaux de drainage. — L'étude des eaux de drainage fournit de très utiles indications. Et c'est pourquoi nous mentionnerons les intéressantes recherches effectuées à Rohamsted par Lawes, Gilbert, Warington et Frank- LAND ; elles montrent en effet, de façon indiscutable, que les eaux s'égouttant des terres inégalement fumées accusent toujours une composition différente. On y a dosé par mètre cube, en grammes :

(i) En réalité, la proportion de potasse rendue soluble a été plus élevée ; mais nous pensons, conformément à nos expériences, que ce corps a dû être fixé par les matières humiques, et en partie par Targile; c'est pour cela, selon toute vraisemblance, que nous constatons un supplément de matières organiques et d'acide nitrique dans les eaux du sol traité.

O^ M^ cr^ «r\ M^ 'it; «^ «^ r^vo" rr^ »r; »r^ iC ^ «^

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