‹ La terre avant l'histoireChapitre 14 sur 41 · IV · texte numérisé non relu

IV

point de départ non pas le Soieii, mais ia dernière des planètes formées, Mercure :

Les distances des planètes à Mercure forment une progression géométrique dont le premier terme est 3 et la raison 2, C'est-à-dire que ces distances sont entre eiles comme les nombres suivants :

Venus La Terre Mars Jupiter

Saturne 48x2 = 96

Cette loi, résultant de l'observation, a été retrouvée par le calcul en 1867. Elle est, comme l'a montré l'astronome Heinrichs, une conséquence de la condensation progressive, régulière et proportionnelle au temps, de la nébuleuse solaire, de sorte qu'elle relie entre elles aussi bien les distances des planètes au Soieii que les époques de leur formation. Or, dans la série, l'astre correspondant au terme 24 est justement représenté par l'anneau des astéroïdes. Cet anneau correspond bien par conséquent à une planète. Il se pourrait d'ailleurs que ces astéroïdes fussent la conséquence, non pas de la rupture d'une planète, mais d'un anneau qui aurait à un certain moment encerclé le Soleil, comme il en existe un autour de Saturne.

Si les diverses planètes ne sont formées que de substances se trouvant sur la Terre, il ne s'ensuit pas que chacune les contienne toutes, et surtout les contienne dans les mêmes proportions. Les différences de densité qu'elles présentent conduisent même à admettre qu'il ne saurait en être ainsi. En effet, si l'on prend pour unité la densité de l'eau, on trouve que celle de Neptune est 1,7, celle c'Uranus 1,5, celle de Jupiter 1,3. Ces densités sont fort peu supérieures à celle de l'eau, à peine égales à celle du sucre, inférieures de beaucoup à celle du verre. Saturne est même si léger que si l'on avait un bassin suffisant pour le contenir, ii flotterait sur l'eau ; au contraire, la densité de Mar3 est de 3,9, celle de la Terre 5,5; celle de Vénus 4,4;

LA NAISSANCE DE LA TERRS ii

celle de Mercure 6>5. Ces quatre planètes peuvent contenir plus ou moins de métaux lourds, avoir une atmosphère plus ou moins étendue, mais leurs densités sont trop voisines pour qu'on ne doive pas admettre qu'on y rencontre les mêmes corps simples. La légèreté des planètes extérieures à Panneau implique chez elles une prédominance des métalloïdes et des métaux alcalins ou terreux, dont les composés sont les plus légers de tous. Les composés des métaux alcalins sont presque tous solubles; il est donc à présumer que les mers de ces astres sont beaucoup plus salées que les nôtres, et ceci, nous le verrons plus tard, n'a pas été sans conséquences.

L'état d'incandescence où se trouve actuellement la surface du Soleil, les flammes immenses d'hydrogène qui jaillissent de sa surface impliquent que sa masse entière est à une température extrêmement élevée; il est même probable qu'elle est en fusion et que son éclat est dû à des scories solides qui flottent à la surface de la masse fondue. A l'époque où se formèrent les planètes, la température du Soleil ne pouvait pas être inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui ; il est donc certain que c'est à l'état liquide, sinon gazeux, que ces astres se sont dégagés du Soleil; leur forme sensiblement sphéroïdale, et même l'aplatissement polaire viennent confirmer cette hypothèse. C'est seulement plus tard, les gaz atmosphériques s'étant dégagés, que leur surface s'est consolidée ; au moins est-ce ainsi que les choses se sont passées pour la Terre. L'eau à ce moment faisait partie de l'atmosphère, la surface du sol étant encore trop chaude pour qu'elle y pût subsister à l'état liquide; à mesure que le sol se refroidissait, elle s'est peu à peu précipitée, l'atmosphère qu'elle embrumait de ses vapeurs devenant graduellement plu* claire. Vénus, plus jeune que la Terre, plus voisine du Soleil, et, pour ces deux raisons, plus chaude, en est encore à une phase où icâ nuages cachent absolument le sol, réfléchissant vers nous la vive lumière qui nous fait admirer l'Étoile du Berger et lui permet de briller, même dans un ciel illuminé par les rayons du

Soleil, mais masquent le firmament à ses habitants qui, selon la juste observation d'Henri Poincaré, ignorent peut-être encore les Étoiles- Mars, au contraire, plus petit et qui a le double de notre âge, tandis que Vénus n'en a que la moitié, a acquis une atmosphère d'une extrême limpidité.

Énorme par rapport à nous, puisqu'il est 1279 fois plus gros, Jupiter s'est refroidi moins vite, mais il est plus éloigné du Soleil et il est huit fois plus âgé que nous ; il est possible que les eaux se soient précipitées à sa surface, formant depuis longtemps des Océans comme les nôtres, d'où s'élèvent des nuages que des vents semblables à nos alizés et à nos contre-alizés paraissent diviser en bandes parallèles à l'équateur. Peut-être un anneau correspondant à celui de Saturne commence-t-il à s'ébaucher à sa surface. L'existence de l'anneau de cette dernière planète est liée sans doute à l'extrême légèreté des substances qui la constituent, et qui ont facilement cédé à l'action centrifuge née de sa rotation. La singularité de ces astres lointains et dont la naissance s'enfonce dans un passé dont nous ne pouvons nous faire aucune idée empêche que nous puissions tirer un bien grand profit de leur étude pour reconstituer l'histoire de notre globe.

Le refroidissement graduel de la Terre n'a pas eu seulement pour conséquence de laisser les eaux se séparer de l'atmosphère et se condenser sur sa surface. D a, par la suite des temps, amené toute une série de modifications des rapports des eaux et de la croûte solide. Au début, celle-ci était, sans doute, exactement sphérique et les eaux la recouvraient d'une couche partout d'égale épaisseur. L'air, l'eau, la terre formaient trois sphères concentriques; la croûte terrestre solide recouvrait elle-même la masse centrale, demeurée brûlante et à l'état de fusion. Le refroidissement a troublé peu à peu la régularité de toute cette géométrie. Homogène, se rétractant rapidement comme tous les liquides, la masse centrale n'aurait pas tardé à se séparer de la croûte solide et à laisser un vide au-dessous d'elle, si

celle-cï ne s'était déformée de manière à restreindre sa capacité.

La rétraction d'un solide qui se refroidit est plu» fiente, en effet, que celle d'un liquide, et l'étui solide n'aurait pu suivre assez vite en se rétractant la masse liquide qu'il recouvrait ; il se serait effondré s'il ne s'était déformé. Peut-être cet effondrement s'est-îl plus d'une fois produit avant la déformation ; peut-être s'est-st combiné avec elle. Nous n'en saurons probablement jamais rien, et peu importe d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, un très simple calcul géométrique établissant qu'à surface égale le solide dont le volume est le plus grand est la sphère, celui dont le volume est le plus petit le tétraèdre, par le seul effet du refroidissement, l'écorce terrestre a dû tendre à passer de la forme sphérique à celle d'une pyramide triangulaire à quatre faces, dont les quatre sommets et la portion des arêtes qui les a voisinent ont dû faire saillie audessus des eaux. A partir de ce moment il y a eu des continents et des mers profondes. La mer, comme dit la Bible, a été séparée de l'aride. On pourrait croire au premier abord que la disposition actuelle des continents et des mers confirme ce calcul (1) : le pôle Nord est occupé par une mer couvrant la base de la pyramide ; au pôle Sud un continent indique le sommet opposé à la base ; le continent européoafricain représente un des pointements latéraux ; les deux Amériques correspondent au second; le continent asiatico-australien, séparé de l'Europe par la dépression aralo-caspienne, lit d'une ancienne mer,fîgure le troisième.Ces trois masses continentales s'élargissent au nord et s'effilent vers le sud comme il convient. Bien plus î la terre tournant autour de son axe* chacun de ses méridiens tourne dans un temps donne d'un même angle; mais pour tourner d'un même angle les points voisins de l'équateur ont à parcourir un arc de cercle beaucoup plus long que ceux qui a voisinent les pôles; ils marchent donc beaucoup plus vite dans le sens tangentiel. Si maintenant une partie de ce méri-

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lien s'affaisse, les points affaissés marchant plus vite qu'ils ne devraient le faire seront en avance sur les points saillants, trop lents eux-mêmes, et les continents devront tordre leur pointe vers l'orient: cette torsion, évidente pour l'Amérique, devait amener la rupture des continents vers leur milieu, et ce serait la raison d'être de la Méditerranée, de la mer des Antilles, de la séparation du continent australien détaché de l'Asie. Tout cela, malheureusement, aurait dû se produire, non pas de nos jours, mais dès le début de la contraction de l'écorce terrestre; il est possible que la disposition initiale des continents et des mers ait commencé par être conforme à ce calcul irréprochable ; mais depuis, d'autres causes sont survenues qui ont modifié le cours des choses. En fait, les plus anciennes géographies que l'on connaisse n'indiquent nullement une disposition tétraédrique ; la disposition actuelle, qui semble s'y conformer, est relativement récente ; cette conformité est en quelque sorte un anachronisme- Il a fallu abandonner, non sans regret et non sans avoir fait maints efforts pour la sauver, la théorie mathématique, si séduisante au premier abord, dite du tétraèdre. Les contours des continents, leur étendue, leur altitude ont changé bien des ibis. Des territoires longtemps continus ont été découpés en plusieurs autres; des îles isolées se sont soudées entre elles et se sont rattachées aux continents voisins ; les vastes pays ainsi constitués ont été de nouveau scindés par l'envahissement des eaux. Des végétaux et des animaux qui vivaient ensemble ont été, par suite, isolés les uns des autres ; des espèces cantonnées dans des régions séparées par les mers ont pu se répandre de l'une à l'autre dès qu'un pont a été jeté entre elles, passer d'une mer dans une autre quand un détroit est venu les joindre. L'évolution de la vie est intimement liée à ces lentes et pacifiques ce révolutions du Globe », qui n'ont été, en faM? qu'une évolution, et qu'il est nécessaire d'étudier avant d'étude dévolution de la vie.

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