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CHAPITRE PREMIER LA NAISSANCE DE LA TERRE

Nous ne savons de l'étendue de l'Univers que ce que noug en apprend la lumière des étoiles. A la vitesse de 75000 lieues par seconde, celle de la plus proche d'entre elles met un an environ à nous arriver; nous ignorons à quelle distance sont les plus lointaines ; nous ne pouvons même pas affirmer que leur éloignement soit inversement proportionnel à leur éclat, ni dire combien de chiffres il faudrait pour exprimer leur distance en kilomètres. Quelle que soit la nature de la lumière, nous sommes certains, d'ailleurs, qu'elle ne peut arriver des étoiles jusqu'à nous que portée par un a on ne sait quoi » qui emplit l'espace. On pouvait penser autrefois que cet « on ne sait quoi » était la substance même de la lumière. On a aujourd'hui les plus fortes raisons de croire qu'il existe par lui-même ; on lui donne le nom à'Éther et on l'imatrine formé de particules si petites

"2 £a formation de la terre

qu'un atome matériel est immense par rapport à elles. Ces particules sont susceptibles d'osciller chacune autour d'un point fixe dont elles ne peuvent que faiblement s'éloigner. Leurs oscillations régulières, qui se propagent dans la substance de I'éther comme se propagent dans l'eau Jes ondulations provoquées par la chute d'une pierre, constituent la lumière. La lumière du Soleil, celle qui vient des diverses étoiles, entretiennent dans i'éther des vibrations qui se croisent dans toutes les directions sans jamais se mêler; mais ce ne sont pas les seules qui traversent ce milieu, siège d'une prodigieuse agitation. C'est par son intermédiaire que les astres s'attirent, que les taches du Soleil agissent sur nos aiguilles aimantées, et l'on en est arrivé à se demander s'il n'était pas le substratum de la matière. Contrairement à une croyance qui semblait devoir être définitive, l'étude du radium a démontré que la matière n'est ni éternelle ni immuable. Les atomes du radium se détruisent spontanément et donnent .naissance à de l'hélium et à de l'hydrogène. Cette destruction fibère une quantité d'énergie suffisante pour agir à distance, toujours à travers I'éther, sur d'autres atomes. Lord Rayleigh pense que, dans les séries de métaux parents que Mendeleef a constituées, les atomes des métaux les plus lourds sont ainsi brisés et laissent pour résidus des atomes de métaux plus légers : l'argent pourrait être de la sorte transformé en plomb, ie plomb en carboae, le thorium en bismuth et peut-être For eu cuivre. Les atomes sont donc susceptibles de se transformer, de se disloquer et semble-t-il aussi de disparaître.

Puisque la matière se transforme, on est effectivement en droit de se demander si elle ne peut pas disparaître et comment elle a pu apparaître. Déjà, les phénomènes qui se produisent dans les tubes de Grookes d'aii s'échappent les rayons X, démontrenf jusqu'à l'évidence que les atomes matériels ne sont nullement quelque chose de simple. Parmi les hypothèses qui ont été présentées sur leur constitution , on peut accepter qu'ils sont formés de petites masses matérielles infimes, chargées d'électricité posi-

tive (ï), autour desquelles tournent, comme des satellites autoui d'une planète, un très grand nombre de corpuscules énormément plus petits, dont les masses sont de 1 000 à 2 000 fois plus faibles que celle de l'atome d'hydrogène qui est la pluspetite quantité de matière connue (2). Ces corpuscules qu'on nomme des électrons sont chargés d'électricité négative. Mais que signifient ces mots : être chargé de telle ou telle électricité ? Simplement que les corps électrisés sont pour d'autres des centre» d'attraction ou de répulsion ; c'est-à-dire qu'ils sont susceptibles de déterminer du mouvement, ce qu'ils ne pourraient faire s'ils n'étaient pas eux-mêmes le siège d'un mouvement. De là à admettre que les électrons et les corpuscules positifs ne sont que des régions limitées del'Êther, siège d'un actif mouvement tourbillonnaire et que l'électricité n'est qu'une manifestation de ce mouvement tourbillonnaire, il n'y a qu'un pas. La nature de l'électricité dépendrait simplement du sens de ce mouvement. L'attraction moléculaire, la pesanteur, l'attraction universelle en un mot, seraient aussi des conséquences de ce même mouvement.

Si les astres sont soumis à cette attraction, c'est que son action se propage comme la lumière par l'intermédiaire de l'Éther qui transmet aussi les rayons de Roentgen, les rayons invisibles des régions infra-rouge et ultra-violette du spectre, 1er. ondes hertziennes, agents de la télégraphie sans fil, les ébranlements dus à la destruction du radium et des corps analogues; en sorte que la substance qui emplit l'espace est sans cesse traversée par des ébranlements de toutes sortes, dont nous ne connaissons vraisemblablement qu'une partie, ébranlements qui 8'entre-croisent en tous sens et qui pourraient, à la rigueur^ donner naissance, en se frôlant, à des mouvements toarbiïîonnaires, analogues à ceux dont les atomes sont le siège, et créer ainsi de la matière.

(1) II, 218. — (2) I, 16. [Dans les notes, les chiffres romains gras renvoient! à la Bibliographie; les chiffres arabes, aux pages des ouvrages cités*]

Maïs ce que nous savons actuellement de plus sûr en ce qui concerne le mouvement, c'est qu'il ne naît pas de rien. Tout iBonvement est le produit d'un mouvement antérieur et résulte de sa transformation.

Nous ignorons et nous ignorerons sans doute toujours quelle éiait la nature des mouvements initiaux d'où sont sortis les éedrons avec leur charge d'électricité négative et les éléments chargés d'électricité positive autour desquels ils tournent, constituant ainsi les premiers éléments matériels. Naguère encore on pensait que le mouvement, comme la matière, était éternel; qu'il pouvait changer de modalité, se transmettre d'un corps à ua autre suivant certaines lois, entraîner toute la masse d'un corps, ou agiter seulement ses molécules, produisant dans ce cas la chaleur, et la démonstration d'une équivalence entre le travail mécanique et la chaleur, prévue par Carnot, déterminée par Joule, Mayer, Hirn, Tyndall, avait donné à cette idée une base scientifique des plus solides, en apparence. Dès lors il serait inutile de se demander quelle a pu être l'origine de la force. L?éther tout pénétré de mouvement et faisant bloc avec lui donnerait naissance à toutes les forces qui retourneraient à lui et se fondraient avec lui après avoir animé la matière. On est moins sûr aujourd'hui de cette éternité du mouvement....

Revenons aux choses intelligibles. Nous entrevoyons qu'un grand nombre des éléments susceptibles de devenir de la matière ont pu se rassembler dans certaines régions de l'espace et y former une sorte de filet tendu (1) sur le passage des particules infiniment petites que la force répulsive des astres déjà exisiants projette incessamment dans l'espace, qu'elles parcourent avec une vitesse prodigieuse et qui, suivant Svante Arrhenius, seraient chargées d'électricité négative. Ces fines particules s'arrêteraient à la surface du réseau où leur tension irait croissant et finiraient par lancer au travers de toute l'étendue de celuici des décharges electriaues qui l'illumineraient, comme de

(!) m, ta.

telles décharges illuminent un tuba de Crookes. Ce serait Forîgine première des nébuleuses, dont la température, malgré leur éclat phosphorescent, serait de plus de 200 degrés au-dessous de zéro. Le spectre de ces nébuleuses montre les raies de l'hélium, celles de l'hydrogène et quelques autres qui semblent spéciales. Qu'un bloc de matière, si petit soit-il, pénètre dans rase pareille nébuleuse, un fragment d'astre brisé, par exemple? tel que ceux qui constituent les météorites, il deviendra aussitôt an centre d'attraction vers lequel vont se précipiter les particules de la nébuleuse, qui le heurteront, tourbillonneront autour de lui, développant à la fois une pression intense et une quanfit*1 formidable de chaleur. La froide et phosphorescente nébuleuse va se transformer ainsi en une masse gazeuse incandescemîe, une sorte d'immense flamme tout agitée de mouvements d'une violence inouïe et d'abord tout à fait désordonnés. Peu a peu cependant, du fait même de ce désordre, des heurts, des tourbillons qui en résulteront naîtra une sorte d'harmonie. Car ces mouvements intérieurs se classeront pour ainsi dire : les uns se réduiront à de simples vibrations se propageant en radiations diverses à travers l'éther, loin de la nébuleuse ; les autres se fusionneront en un mouvement unique de rotation rapide, entraînant la masse entière de la nébuleuse à tourner avec une vitesse prodigieuse autourd'unaxe idéal unique. On pourrait admettre* à la rigueur, que la diversité primitive des mouvements div^e la masse nébulaire en plusieurs masses inégales, tourbillonnant chacune pour son compte, animées en outre d'un mouvement de translation, transformé, pour les petites masses, en un mouvement de rotation autour des plus grosses, par qui elles seraient attirées. Ainsi aurait pris directement naissance un système d'astres tel que ceux qui constituent les étoiles multiples ; n pour notre système solaire, Laplace a été conduit à une autre hypothèse, grandiose dans sa simplicité.

La nébuleuse incandescente n'aurait constitué qu'une masse sphéroïdale tournant tout entière autour d'un même axe avec

une vitesse vertigineuse. Conformément aux lois de la force centrifuge, cette masse aurait pris, en raison de sa vitesse, une forme ellipsoïdale telle que celle de la Terre; puis la région correspondant à la zone équatoriale se serait, à des époques successives de sa période de refroidissement, détachée en formant une série d'anneaux comparables à celui de la planète Saturne. A cause de leur refroidissement plus rapide, ces anneaux se seraient condensés, les diverses substances dont ils seraient constitués se séparant les unes des autres en raison de leur coefficientde chaleur spécifique, de leur point de fusion ou •de solidification différents, et chaque anneau devenu hétérogène se serait alors brisé ; les plus grosses masses attirant les /plus petites, le tout aurait fini par constituer un globe tournant autour de la masse principale avec une vitesse égale à celle des molécules de Panneau, après son isolement, et en suivant une orbite de même forme et de même dimension que l'anneau initial. Ainsi se serait constitué le système solaire, dont les étoiles semées dans le ciel seraient une répétition plus ou moins fidèle, exception faite pour les étoiles multiples, constituées par plusieurs soleils se mouvant en des orbites complexes les uns -a utour des autres.

Ces étoiles elles-mêmes ne sont pas distribuées sans ordre. A côté des nébuleuses, en quelque sorte vaporeuses, que l'on ■peut considérer comme de simples étoiles en formation, il y en a d'autres qui n'ont l'aspect de nébulosités que si on les examine avec des télescopes faiblement grossissants. Des instruments plus puissants les montrent formées d'une infinité de points brillants qui sont manifestement des étoiles. Dans ces nébuleuses, des milliers, peut-être des millions, d'astres comparables à notre système solaire sont rassemblés; ce sont pro». bablement les plus lointains de tous. Or ces nébuleuses oui souvent la forme régulière d'anneaux. Nous vivons au sein de l'un de ces anneaux, la Voie lactée, et nos belles étoiles du firmament ne sont pas autre chose que celles qui sont parsemées

dans îa région de ia vaste aébuieuse la plus voisine du Soleil.

On peut se demander maintenant si, au delk de ce que nous voyons, il n'y a pas autre chose ; s'il n'existe pas d'autres univers séparés de nous par le vide absolu, un vide que rien ne saurait franchir, car, si queique chose le franchissait, ce ne serait plus le vide ; si ces univers ne sont pas faits d'un éther différent du nôtre, ce qui suffirait pour que toutes nos lois physiques y soient remplacées par d'autres lois très différentes. Cela, nous ne le saurons jamais ; nous ne pourrons jamais en avoir aucun soupçon : il nous faut donc nous enfermer dans notre unique Univers, déjà si vaste ; c'est le seul que nous ayons quelque chance de connaître.

Si l'on avait, il y a seulement un demi-siècle, annoncé que nous saurions un jour de quoi sont faites les étoiles, de quoi est fait le Soleil, et si l'atmosphère. des planètes est chargée ou non de vapeur d'eau, on aurait pris pour le produit de quelque imagination déréglée cette ambitieuse prophétie. Elle a été cependant réalisée, et c'est encore ia lumière qui nous a renseignés. Tout le monde sait que si on fait tomber sur un prisme triangulaire de cristal, perpendiculairement à l'une de ses faces, un très mince rayon de lumière blanche, ce rayon change de direction en traversant le prisme et s*éiale, quand il en sort, en un éventail dont les lames, passant d'ailleurs insensiblement l'une à Fautre, sont diversement colorées, les mêmes couleurs se succédant toujours dans le môme ordre. En commençant par la lame qui s'écarte le plus de la direction première, Tordre des couleurs est le suivant :

Violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. Nous les rangeons dans cet ordre, au lieu de prendre Tordre inverse, parce que les noms des couleurs ainsi disposes forment un vers facile à retenir. Le violet est la couleur ia &lus <■ 'frangible^ le rouge celle qui l'est le moins.

Cet éventail, dont les couleurs apparaissent en formant une magnifique bande brillante quand on place ua écran blanc sur

son trajet, s'appelle le spectre solaire. Si le rayon est suffisamment mince et l'épaisseur du prisme assez grande pour que l'ouverture de l'éventail soit considérable, on aperçoit dans le spectre des lignes noires et des bandes obscures ; ce sont les raies de Frauenhofer qui portent, avec justice, le nom du physicien allemand qui les a découvertes. D'autre part, le physicien français Foucault avait signalé que le spectre des métaux chauffés jusqu'à l'incandescence n'est pas continu; il est composé de raies et de plages brillantes. Un peu plus tard, en Allemagne, Kirchoff et Bunsen constataient que si à travers une vapeur métallique obscure on fait passer un rayon de lumière blanche continue, comme celle qu'émet le charbon incandescent, le spectre de celui-ci présente des raies obscures, correspondant justement aux raies brillantes que présenterait le spectre du métal qui a fourni la vapeur; on obtient, autrement dit, au point de vue de l'intensité lumineuse, le spectre renversé de ce métal. Or, en comparant les raies de Frauenhofer aux raies brillantes des spectres de divers métaux, elles se sont trouvées exactement superposables à ces dernières ; elles indiquent par conséquent la présence de ces métaux dans l'atmosphère solaire. L'étude de cette atmosphère chargée de vapeurs métalliques à été poussée très loin à la suite de l'astronome français Janssen, et a démontré que tous les corps qu'elle contient se retrouvent sur la Terre. Pendant quelque temps, néanmoins, on a pu penser qu'un corps faisait exception ; il paraissait propre au Soleil et on l'avait, pour cette raison, nommé hélium. Mais l'hélium a été retrouvé sur la Terre; c'est un des produits de la désagrégation du radium, et il a pris, depuis la découverte de son origine, une importance considérable dans les spéculations des physiciens. L'étude du spectre des étoiles ne nous a pas révélé l'existence de corps spéciaux. Seules, les nébuleuses nous en ont donné deux, le nébuliam et Varchonium et nous arrivons ainsi à cette conclusion que notre Univers entier est fait des mêmes substances, ce qui est, pour ainsi

dire, tout naturel si les atomes matériels ne sont que de l'Éther animé de certains mouvements tourbillonnaires.

Il est plus naturel encore que la substance des diverses planètes soit la même pour toutes, dans l'hypothèse qu'elles sont nées du Soleil, comme le pensait déjà Buffon et comme l'admettent depuis Lapîace tous les astronomes. La naissance de ces astres ne s'est pas faite d'ailleurs au hasard ; elle s'est produite à des époques déterminées qui semblent correspondre à des phases successives de la rétraction et du refroidissement du Soleil. A l'époque où elles se sont formées, les matériaux constituant le Soleil s'étaient déjà disposés dans l'ordre de leur densité croissante et, on peut aussi dire, de leur viscosité. Les planètes les plus éloignées, les premières formées vraisemblablement, sont en effet très grosses, très légères, et comme ellei sont demeurées très longtemps en fusion, elles ont elles-mêmea donné naissance à un grand nombre de satellites, chacune à plusieurs lunes (1). Ces planètes sont Neptune, Uranus, Saturne et Jupiter; puis viennent brusquement des planètes beaucoup plus denses et plus petites n'ayant qu'un petit nombre de satellites : Mars, la Terre, Vénus et Mercure. Entre ces deux groupes de planètes circulent dans une même orbite une infinité, près d'un millier, de petits astres, les astéroïdes. On peut croire qu'entre Jupiter et Mars, il y avait autrefois une planète contenant une telle proportion de matières légères comme celles des grosses planètes, ou lourdes comme celles des planètes analogues à la Terre, que, lors du refroidissement, ces substances se contractant différemment, la planète s'est brisée comme se brise au feu un bloc de verre hétérogène, et que ses fragments se sont dispersés tout le long de son orbite. Cette hypothèse est confirmée par la position qu'occupe l'anneau des astéroïdes. La distance des diverses planètes au soleil est, en effet, régie par une loi qui a été formulée par l'astronome Bode, de Berlin, et qui peut être énoncée de la manière suivante, en prenant pour

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