‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 31 sur 53 · Commentarii Academiœ PetershurgicXf · texte numérisé non relu

Commentarii Academiœ PetershurgicXf

sentait une disposition que Ton n'a trouvée sur aucun animal connu : elle était armée de quatre bois, dont deux au haut du front, et les deux autres, plus grands, plantés à la région des sourcils. Ces quatre bois, Irès-divergents, devaient donner à ce cerf colossal un aspect des plus étranges. La figure 294 re-

Fig. 294. Sivatheriam restauré.

présente le Sivatherium restauré, tout autantqu'on peut le faire pour un animal dont on ne possède que la tête.

Comme pour rivaliser avec ces gigantesques mammifères, un grand nombre de reptiles vivaient encore sur les continents, bien que cette classe d'animaux eût beaucoup perdu du rôle important qu'elle jouait à l'époque secondaire.

De tous les reptiles qui appartiennent à la période pliocène, un seul nous occupera : c'est la Salamandre. Nos Salamandres actuelles sont des batraciens amphibies, à la peau nue, qui ont à peine une longueur de 50 centimètres; la Salamandre de l'époque tertiaire avait les dimensions d'un Crocodile.

3%0 LA TKRRt: AVAKÏ LE DELUGE.

La découverte de la Salamandre fossile a valu â Thistoire de la géologie une page assez piquante^ dont nous ne priverons pas nos lecteurs. Le squelette de ce Reptile a été longtemps considéré comme celui d*une victime humaine du déluge (home diluvii tcslis)Al fallut tous les eilbrts de Camper et de Cuvier pour rayer ce préjugé de l'esprit du vulgaire et de celui des savants.

Sur la rive droite du Rliin, non loin de Constance, un peu au-dessus de Stein, et près du village d'OEnini^en, en Suisse, existant de belles carrières de calcaire schisteux. En raison des produits variés qu'elles renfermenî, ces carrières, qui apparliennent à l'époque tertiaire, ont été plusieurs fois décrites par les naturalistes, entre autres par Horace de Saussure, dans le troisième volume de ses Vogages dans les Aipts^

En 1 725, on trouva dans ces carrières, incrusté dans un bloc, un squelette, remarquablement conservé. Scheuchzer, célèlre naturaliste suisse, qui alliait à ses études scientiBques les travaux du théologien, fut appelé pour prononcer sur la nature de cette relique des anciens âges* 11 crut reconnalire dâus ce squelette celui d'uu homme, et sa conviction sur ce point se traduisit bientôt par les élans d*un véritable enthousiasme. En 1726, il donna, dans les Tramactions philosophiques de Londres, la description de ces restes fossiles, et en 1731, il en fit l'objet d'une dissertation spéciale, qui avait pour litre : Homo diluvii testis {V Homme témoin du déluge). Cette dissertation était accompagnée de la figure sur bois de V Homme témoin du déluge. Scheuchzer revint sur ce sujet dans un autre de ses ouvrages, Physica sacra ^.

€ Il est certain, écrivait- il, que ce schiste contient une moitié, ou peu s'en faut, du squelette d'un homme ; que la substance même des os, et, qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles que les chairs, y sont incorporées dans la pierre ; en un mot, que c'est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevehe sous les eaux. La figure nous montre le contour de l'os frontal, les

1. Bible en estampes où la physiologie {physica sacra) des merveiUes natui elles mentionnées dans les saintes Écritures se trouve expliquée et démontrée, par J. F. Scheuchzer. Ulm, 1731.

orbites avec les ouvertures qui livrent passage aux gros nerfs de la cinquième paire. On y voit des débris du cerveau, du sphénoïde , de la

Fig. 295. Andrias Scheuchzeri. (l/5 G. N.;

racine du nez, un fragment notable de Tos mixillaire, et des vestiges du foie. »

Efc notre pieux auteur de s'écrier, eo prenaat cette fois h forme lyrique :

D'un vieux damné déplorable charpente, Qu*à ton aspect le pécheur se repente * l

Le lecteui* a sous les yeux la figure du fossile du schiste d*(JEningen (fig, 295). Il est évidémmenl impossible de trouver dans ce squelette ce que voulait y voir rentliousiasle savant, et Ton peut apprécier par cet exemple à quelles erreurs peuvent quelquefois conduire Faveuglenient d'une opinion préconçue et lesprit de système» Comment un naturaliste aussi éminent que Scheuciizer pouvail-il trouver dans cette tète énorme et dans ces membres supérieurs la moindre ressemblance avec les parties osseuses de Thomme?

Le PréadamUe (prédécesseur d'Adam), Y Homme îémoîji du déluge^ fit grand bruit en Allemagne, et personne n'osa contester l'opinion émise par le naturaliste suisse, sous sa double autorité de théologien et de savant. C'est ainsi que, dans son Traité des péirificaiiQHS^ publié en 1758j Gesner décritavec admiration le fossile d'Œningen, qu'il attribue, avec Scheuchzer^ à Vhomwf antédiluvien.

Pierre Camper fut le seul qui osât s'élever contre Topinion alors universellement professée en Allemagne. S'étant transporté à OEningen, en 1787, pour y étudier le célèbre animal fossile, il n'eut pas de peine à se convaincre de Terreur de Scheuchzer.Ilreconnutque ce squelette était celui d'un reptile. Camper lui-même se trompa néanmoins sur la famille de reptiles à laquelle il fallait rapporter le prétendu témoin du déluge; il le prit pour un saurien. « Un lézard pétriûé, écrivit Camper, peut-il passer pour un homme ! »

C'est à Cuvier qu'il appartenait de ranger dans sa véritable famille le fossile d'ffliniugen. Dans un mémoire sur ce sujet, Cuvier démontra que ce squelette avait appartenu à un de ces batraciens amphibies qui portent le nom de Salamandre.

a Prenez, disait Cuvier dans ce mémoire, un squelette de salamandre

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