‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 30 sur 53 · Voyage de PaUagj tome IV, p · texte numérisé non relu

Voyage de PaUagj tome IV, p

forme et à ce qui restait des cornes, je reconnus sur-le-champ une tête de Rhinocéros. Frappé d'un fait si étrange, mais encore dans le doute, je fus bientôt confirmé dans mon opinion, quand on me montra aussi les pieds de Tanimal, dont la partie de derrière était entière jusqu'au fémur. On voyait encore Textrémité antérieure de ce pied. On reconnaissait dans tout cela non -seulement les traits caractéristiques du Rhinocéros, mais encore la peau, et qui plus est, les fibres les plus grosses des chairs durcies.

« Ces restes me furent donnés par Son Excellence le gouverneur de la province dirkoutsk et de toute la Sibérie orientale, le général Adam de Bril, chevalier de la Toison d'or. Ils me furent transmis ce môme hiver, de Iakoutsk (district de Lena), par le préfet de cette ville, qui est située sur les bords du Viloui, fleuve qui coule sous le 64® degré environ de latitude nord, et se jette dans le Lena, un peu au-dessous du Iakoutsk.

« Je reçus à Irkoutsk, le 27 février 1772, la relation de la découverte de cet' animal. Cette relation, composée par le préfet Jean Argounof. et écrite en langue russe , est datée du mois de décembre 1771, d'un petit bourg situé à Pembouchure du Viloui. J'en offris une copie fidèle àTAcadémie ; en voici le contenu :

€ Dans le présent mois de décembre, on a trouvé sur les bords du € Viloui et au-dessous du bourg, à l'embouchure de ce fleuve, sous une a roche escarpée, située environ à quarante stades russes des bords du € fleuve, et à moitié enseveli dans le sable et l'eau, le cadavre d'un anit mal dont la longueur était d'environ quinze palmes et la hauteur de « dix. Le préfet atteste que ni les habitants russes du pays, ni aucune « autre personne interrogée à ce sujet, n'ont reconnu cet animal pour 0 avoir jamais existé sur cette plage. Cette trouvaille paraissait extraor- « dinain' r[ tout à fait prodigieuse aux rustiques habitants de ces lieux; € et comni«> le gouverneur d'IrUcutsk avait prescrit par une lettre aux € préfets de ce pays d'avoir à lui envoyer toutes les choses curieuses cr qu'on trouverait dans la iirovince, on lui expédia aussitôt la tête de a ranimai, avec les deux pieds parfaitement conservés. Le reste du a cadavre était tout à fait corrompu, (luoique enveloppé encore de sa ff peau naturelle; il acheva de se décomposer sur les lieux mêmes, à a rexc<'i)tion d'un pied qui fut envoyé à la préfecture d'Iakoutsk. >

€ La peau et les tendons de la tête et des pieds récemment découverts conservaient quelque souplesse, imbibés qu'ils étaient de l'humidité de la terre. Mais les chairs exhalaient une odeur fétide semblable h celle des latrines et de rammoniaque. Forcé de traverser le lac Baïkal avant la débAcle des glaces, je ne pus penser ni îi faire une description plus soignée de cette trouvaille, ni à dessiner les parties du Rhinocéros ff^ssile. Je les fis donc placer, sans (juitter Irkoutsk, sur un fourneau, avec ordre quaprès mon départ on les desséchât peu h peu, et avec de grands soins qu'il faudrait continuer longtemps, en raison de la matière visqueuse qui en suintait sans cesse , et qu'on n'aurait pu chasser que par une forte chaleur. Il arriva par malheur, pendant cette opération, que la partie postérieure du haut de la cuisse du Rhinocéros et le pied furent brûlés dans le fourneau trop fortement échaufl'é par ceux à qui on les avait donnés à sécher. Il fallut donc les jeter. On me fit parvenir seule-

ment la tète et l'extrémité du pied de derrière restées intactes et nullement endommagées par la dessiccation. Je les ai représentées avec beaucoup de soin à la quinzième planche ajoutée à mon ouvrage (fig. 1). Le pied de derrière y est de profil en la figure 2, et de face, figure 3. L'odeur des parties molles qui avaient encore conservé beaucoup de matière visqueuse dans leur intérieur, s'est changée, par la dessiccation, en une odeur qu'elles conservent encore, de chair putréfiée au soleil.

« Le Rhinocéros auquel ces membres ont appartenu n'était ni des plus grands de son espèce, ni fort avancé en âge, comme l'attestent les os de la tête qui sont moins soudés que dans les crânes que j'ai décrits autrefois. Il était toutefois évidemment adulte, comparaison faite de la grandeur de son crâne avec ceux des animaux de même espèce plus âgés qu'on a trouvés à l'état fossile dans les diverses régions de la Sibérie. La longueur entière de la tête, depuis le haut de la nuque jusqu'à l'extrémité de sa mâchoire osseuse dénudée, était de deux pieds trois pouces et demi de France. Les cornes n'ont point été apportées avec la tôte ; elles avaient été sans doute enlevées par les eaux du fleuve ou par quelques-uns des chasseurs qui traversent ces contrées. On voit encore des vestiges évidents des deux cornes nasale et frontale. Le front inégal un peu protubérant entre les orbites, d'une forme ovaire rhomboïdale, est dépourvu de peau, et seulement recouvert d'un léger périoste corné et hérissé de poils tout droits, durs comme de la corne. Ce front a b'" 6", et 5" de largeur.

« La peau qui recouvrait la plus grande partie de la tête offrait, à l'état sec, une substance tenace et fibreuse semblable au cuir que le corroyeur prépare pour faire des sandales. Il était d'un brun noirâtre à Textérieur, blanchâtre à l'intérieur ; mis au feu, il répandait Todeur de cuir commun. La gueule, à l'endroit où devaient se trouver les lèvres, molles et charnues, était corrompue et lacérée ; elle présentait à nu les extrémités de l'os maxillaire. Sur le côté gauche, qui avait été probablement exposé plus longtemps aux injures de Pair, la peau était çà et là comme pourrie et toute rongée à la surface. Cependant la plus grande partie de la gueule, surtout du côté droit qui a été dessiné, était si bien conservée sur toute sa surface, que Ton y voit encore dans toute l'étendue de ce côté et môme sur le devant, autour des orbites, les pores, ou pour mieux dire, les petits trous par où sans doute sortaient les poils. Dans le côté droit de la mâchoire, il reste encore en certains endroits de nombreux poils groupés en fascicules, la plupart usés jusqu'à la racine, et çà et là pourtant longs encore de deux ou trois lignes. Ils sont dirigés en haut et en bas, roides, et tous de couleur cendrée, excepté un ou deux tout noirs à chaque fascicule, encore un peu plus roides que les autres.

c Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que la peau qui recouvrait les orbites et formait les paupières était si bien conservée et si saine que l'on voyait encore les ouvertures des paupières, quoique déformées et à peine pônétrables au doigt ; la peau qui entoure les orbites, quoique desséchée, formait des rides circulaires. La cavité des yeux est remplie de matières soit argileuses, soit animales, telles que celles qui occupent encore une partie de la cavité du crâne. Sous la peau subsistent les fibres

ut lea tendons, et siirlotit des restes de muscles tempomux ; enûn dans la gorges pctidcrît de gros faisceaux de fibres musculaires.

c L«s os dêoudés sont jeunes et moiits solides que dans les autres crânes fossiles de Rhinocéros. L'os qui forme le support des comeâ mlalei ft'était point encore sondé au r orner ; iî était dépourvu d^'articulaimm^ comme les apophyses des os i^un*3s. Les ejttrémités des mâcboire,<N ne conservent aucun vestige de dents ni d'alvéoles, mais elles son l recouvertes ça et là d'un reste de tégumenl* La première moliire e^t distante d'enviiT>n ijuatre pouces du bord extrême de la mâehoire, >

(Ici Pal las donne les mesures des diiTérenles parties de la léte de ranimai. Nous supprimons ces détails. )

0 l*e jiied qui me reste et qui forme, si je ne me trompe, la partit; postérieure de !a jîïrnbe [çauche, a conservé non-seulement tout à fait int&ûie sa peau encore munie de ses poils ou de leurs racines, ainsi que les teodons et les ligaments du talon dans toute leur force, mais encon; cttta tnéme pu.in tout entière jnsqu^au ptknt du genou. La place da muscles et dt remplie ^ au lieu de peau^^ d'un limon noir. L'extrémité du pied est fendue en trois angles, dont les parties osseuses existent avec le périoste, tenant encore çà et là; les sabots cornés, s'étant détachés, ue m^ont pas été envoyés. Des poils adhèrent en beaucoup d'endroits de la pt*au ; ils sont longs d'une ligne à trois, assez roi des et d'unp couleur cendrée. Ce qu*ll en reste prouve que le pied tout entier était couvert de faisceaux de poils réunis et pendants.

t Ou n'a jamais^ que je sache, observé dans aucun des Rbinocéroâ qui ont été amenés de notre temps en Europe, une aussi grande quantité (i«^ poils que paraissent en avoir présenté la tête et le pied que t»ous avons décrite. Je laisse donc à décider si notre Rhinocéros de la Lena est ne ou non dans un climat tempéré de TAsie moyenne. En effet, les Rhinocéros, en m\ippuyant sur les relations de voyages, se trouvent, je puis l'affirmer, dans les forêts de l'Inde du nord , et il est vraisemblable que ces animaux diffèrent, par une peau plus velue, de ceux qui vivent dans les zones brûlantes de l'Afrique^ de môme que les autres animaux d'un climat plus chaud sont ordinairement moins velus que ceux du môme genre des contrées tempérées '. i

De tous les ruminants fossiles, le plus grand et assurément Tun des plus curieux est le Sivatherium, dont on a retrouvé les débris dans Tlnde, dans les monts Sivaliks, l'un des contreforts de THimalaya. Son nom est tiré de celui d'une idole (Siua) adorée dans cette partie des Indes.

Le Sivatherium avait la taille de l'Éléphant ; il appartenait au genre des Cerfs : c'est donc le Cerf le plus gigantesque qui ait jamais existé. Il ressemblait à notre Élan actuel, mais il était beaucoup plus gros et plus massif. La tête du Sivatherium pré-

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