id., p
Ainsi, TacHon des infillrations aqueiisos, suivies de la gelée, hidécomposilion chimique que subit le granit sous l'inlluence dp Tair humide, dégradent, désagrègent les roches qui constituent les montagnes encaissantes des glaciers. Des blocs de dimensions quelquefois consîde^rables tombent souvent au pied de ces montiignes, à la siirface du îilacier. S il était immobile, ces débris s'accumuleraient h sa base, et y formeraient un amas de ruines amoncelées sans ordre; mais la progression lente Je déplacement continuel du glacier, amènent dans la distribution de ces blocs un certain arrangement. Les blocs tombés sur ses bords parlicipent à son mouvement et marchent avec lui. Mais d'autros éhouicments arrivent, pour ainsi dire, chaque jour; dès lors ces nouveaux débris se mettent à la suite des premiers, et tous, réunis, forment une file de matériaux qui longent le bord du glacier, ("i s traînées ri'guiiéres de rochers portent le nom de murai nés. Quand les rochers tombent sur les deux bords du filacier, provenant alors de deux montagnes qui encaissent ce placier, il y a deux traîm'es ou deux files parallèles de débris : on nomme cette double traînée mora'ms latérales. Il y a aussi des moraines médianes^ qui so forment lorsque deux placiers viennent à contlurr de manière que la moraine latérale droite (W l'un s'iui«.'sso m l;i moraine latérale gauclie de l'aulre. Enfin, il y a des moraines /'/('^/^//r.s' ou (rrwinnies, qui ne l'eposent [)as sur les placiers, mais à leur point de terminaison dans les Miliées, et (jui sont dii'^s .'i i'arcnmulatioii des blocs tombés (le l'oscaipement lerniin.'d du placier et arrêtés par un obstacle.
La lipure 3:20 n'prés(U)te un placier de la Suisse actuelle. On y \oit réunies les iKirliculariti's physiques péolopiqius propres à ces masses énormes d'eaux conpelées; les moraines y sont latrralcs, c'est-à-dire formées d'une double lîle de matériaux.
Transportés lentement à las'irt'ace du placier, tous les blocs derocheî'sdi^s moraines conser\ eut sans allétation leurs l'orrnos oripinelles; le tranchant de ituirs arêtes n'est jamais allérê I^ a* ce transport doux et presijue insensil»le. Les apents atniospiiériques pourraient seuls entamer ou détruire ces roches. Les ])lors formés de roches dures et résistantes conservent donc, à peu dt» chose près, la forme et le volume qu'ils
avaient après leur chute à la surface du glacier. Mais il n'en est pas de même des blocs et des débris enclavés entre la roche et le glacier, soit sur son fond, soil sur ses parois latérales. Quelques-uns, sous l'action puissante et continue de ce gigantesque laminoir, se réduisent en un impalpable limon; d'autres sont taillés à facettes; d'autres sont arrondis et présentent une foule de slrits entre-croisées dans tous les sens. Ces cailloux striés ont une grande importance pour l'étude de Tancienne extension des glaciers : ils témoignent, là où on les rencontre, de l'existence de glaciers antérieurs ; car le glacier façonne, use, strie les cailloux, tandis que l'eau ne les strie pas: elle les polit, elle les arrondit, elle en efface môme les stries naturelles.
Ainsi les blocs volumineux transportés à de grandes distances de leur véritable gisement géologique, c'est-à-dire les blocs erratiques selon le terme consacré, les surfaces polies et striées, les émmences moutonnées, les moraines, enfin les cailloux usés, polis, taillés à facettes, sont des traces physiques des glaciers en mouvement, et leur présence seule donne au naturaliste la preuve suffisante qu'un glacier a autrefois existé dans les lieux où on les rencontre.
Le lecteur comprendra maintenant comment on peut, de nos jours, reconnaître l'existence d'anciens glaciers dans les différents lieux du monde. Partout où l'on trouvera à la fois des blocs erratiques et des moraines, partout où Ton observera en même temps des traces consistant en roches polies et striées dans le même sens, on pourra prononcer avec certitude sur l'existence d'un glacier pendant les temps géologiques. Prenons quelques exemples.
Dans les Alpes, à Pravolta, en se dirigeant vers le mont 5an/o- Prime, on trouve, sur un terrain calcaire, le bloc granitique que nous représentons dans la figure 321. Ce bloc erratique existe avec des milliers d'autres, sur les pentes de la montagne. Il a environ 18 mètres de long, 12 de large et 8 de hauteur. Ses arêtes ne sont nullement endommagées. Des stries parallèles se remarquent le long des roches environnantes. Tout cela démontre avec évidence qu'un glacier se prolongeait autrefois dans cette partie des Alpes, où l'on n'en voit
LA tp:rre avant le déluge.
plus aujourd'hui. C'est donc un glacier qui, dans son mouvement de progression, a porté et déposé là cet énorme fardeau. Dans les montagnes du Jura, sur la colline de Fourvières, à Lyon, éminence calcaire, on trouve des blocs de granit, évi-
li-:. ^;l. IJI-'C r.Tiali.|ii.- .l»?s Alp'S
d(Miiin('nt di'taclK's des Alpes, et «jui ont été cliarriés jusque-là par les glaciers de la Suisse.
La ligure théorique 3-2i> luet en évidence le niodc^ de transport et de dépôt dr ces blocs. A représente, par exemple, le sommet des Alpes: H, les niontairnes du Jura, ou la colline de Fourvières, à Lyon. Aux temps géologiques, le glacier AHC s'étendait depuis les Alpes jusqu'à la montagne B. Les débris gi'anitiques (jui se delachaieiit des montagnes alpines tombai(^nt à la surface du glacier. Le mouvement de progression de ce glaciei transporta ces blocs jusqu'à la sommité B. Plus tard, quand
la température du gl-ihe s'est relevée, et que les glaces se sont fondues, les blocs D et E ont été tranquillement déposés dans les lieux où on les trouve, sans qu'ils aient eu à souffrir la moindre atteinte, le moindre choc, dans ce singulier transport.
On trouve aujourd'hui les traces très-reconnaissables des anciens glaciers des Alpes fort loin de leurs limites actuelles. Des amas de débris de toutes grosseurs, comprenant des blocs à angles tranchants, se trouvent dans les plaines de la Suisse. On voit souvent des blocs perchés sur des poinis des Alpes situés bien au-dessus des glaciers actuels, ou dispersés dans toute la pla'ne qui sépare les Alpes du Jura, ou même repo-
Fig. 3'J2. Transport et dépût des blocs granitiques par les glaciers.
sant, dans un équilibre incrojable, vu leur grande masse, à une hauteur considérable sur le flanc oriental de cette chaîne de montagnes. C'est à l'aide de ces indices que le géologue a pu retrouver, jusqu'à des distances extrêmement éloignées, les traces des anciens glaciers des Alpes, les suivre dans tout leur parcours, fixer leur point d'origine et leur point d'arrêt. C'est ainsi qu'on a constaté que l'humble mont de Sion, renflement moUassique situé au nord de Genève, était le point où venaient converger trois grands glaciers antédiluviens : celui du Rhône, qui remplissait tout le bassin du Léman, ou lac de Genève; celui de l'Isère, qui débouchait par les lacs d'Annecy et du Bourget; et celui de l'Arve, qui avait pour berceau la vallée de Chamonix.
Voici, d'après M. G. de Mortillet, qui a étudié avec grand soin cette question géologique, quelles étaient l'étendue et la situation des anciens glaciers des Alpes.
Sur le versant septentrional existait le glacier du Rhin, qui occupait tout le bassin du lac de Constance et s'étendait jusque
sur les |)arties limitrophes de l'Allemagne ; — celui de la Linth^ qui s'arrélait à Textrémilé du lac de Zurich : celle ville est bAtie sur sa moraine terminale ; — celui de la Rciiss^ qui a couvert le lac des Quatre-Cantons des blocs arrachés aux cimes du Saint-Golhard ; — celui de VAar, dont les dernières moraines couronnent les collines des environs de Berne ; — celui de VArve et celui de l'Isère, qui débouchaient par les lacs d'Annecy et du Bourget ; — celui du nhéne, le plus important de tous. C'est ce dernier glacier qui a porté sur les flancs du Jura, à la hauteur de 1040 mètres au-dessus du niveau de la mer, les blocs erratiques. Le glacier du Rhône prenait naissance dans toutes les vallées latérales formées par les deux chaînes parallèles du Valais. Il remplissait le Valais et s'étendait dans la plaine comj)rise entre les Alpes et le Jura, depuis le fort de l'Écluse, près de la perte du llhône, jusque dans les environs d'Aarau.
Les débris de roches transportés par la mer de glace qui occupait toute la plaine suisse, prenaient, vers le nord, la direction de la vallée du Rhin. Du côté opposé, le glacier du Rhône, après avoir atteint la plaine suisse, obliquait vers le sud, recevait le f^^licier de TArve, puis celui de l'Isère, passait (Mitre le Jura el les inonta^^nies do la Grande-Chartreuse, recouvrait la Hn^ssr, presijue tout le Dauphiné, et venaitse terminer aux (unirons de l.yon.
Sur le \ersant méridional des Alpes, les anciens glaciers, (Kaprès la carte qui en a été dressée par M. G. de Mortillet, occupaient toutes les grandes vallées, à partir de celle de la Doire, à l'ouest, jusqu'à celle du Tîigliamento, à l'est.
<( L«' i;l;ici(M'(l«' la Ihiire^ dit M. do Mortillet, dont nous abrégeons beaii- (•oii|) le \o\\i\ déhom-liait dans la vallée «In Pô, tont près de Turin. Celui (!«' la Ihire-hdlti'e dél^onchait dans la j)laine d'Jvrée, où il a laissé un nia^nifKpjc liéniicycle de (*ollin«'s (jiii forniai(»nt sa moraine terminale. Cli'lni de la Tore venait se lienrhM', dans le bassin dn lac Majeur, contre le i:la(M(M" dn Tessin, et s»> jetait dans la vallée du lac d'Orta, à Teitrémité méridionale du.jnel se trouvent des moraines terminales. Celui du Ti'ssin remitli^siit le bassin du lac Majeur et s'étalait entre Lugano et Varèse. Celui de VAdda remplissait le bassin du lac de Côme et venait s'étaler entre Mendrizio et Lecco , en décrivant un vaste demi-cercle. Celui de VOglio se terminait un peu au delà du lac d'Iseo. Celui de VAdige, ne pouvant continuer son trajet par Reveredo, où la vallée devient trèsétroite, allait remplir l'immense bassin du lac de Garde ; à Novi. il a
laissé une magnifique moraine, dont le Dante a parlé dans son Infi-rno, Celui de la Brenta s'étendait sur le plateau de cette commune. La Drave et le Tagliamento avaient aussi leurs glaciers. Enfin, les glaciers occupaient toutes les vallées dos Alpes autrichiennes et bavaroises'. »
On trouve dans plusieurs autres contrées de l'Europe des traces de l'existence d'anciens glaciers. Les Pyrénées, la Corse, le Jura, les Vosges, etc., ont été positivement occupés, pendant les temps géologiques, par ces vastes plaines de glace. Le glacier de la Moselle était le plus considérable des Vosges : recevant de nombreux affluents, il avait 36 kilomètres de long et 2 kilomètres de large ; sa moraine frontale la plus inférieure, qui est située un peu au-dessous de Remiremont, n'a pas moins de 2 kilomètres de longueur.
Mais le phénomène d'extension des glaciers, que nous venons d'étudier dans les Alpes, ne s'est pas produit seulement dans le centre de l'Europe. Les mômes traces de leur ancienne existence s'observent dans tout le nord de l'Europe, dans la Russie, l'Islande, la Prusse, l'Angleterre, l'Irlande, une partie de l'Allemagne, le nord et môme quelques points du midi de l'Espagne, etc. On trouve en Angleterre des blocs granitiques qui proviennent des mont?ignes de la Norvège. Évidemment, ces blocs sont descendus le long d'un glacier qui s'étendait du pôle nord de l'Europe jusqu'à l'Angleterre. Ils ont, de cette manière, franchi la mer Baltique et la mer du Nord, et sont venus se joindre aux débris analogues apportés par le premier déluge, le déluge du Nordy dont il a été question plus haut, et dont il est difficile de distinguer avec exactitude dans ce cas particulier les origines respectives. En Prusse, les mêmes traces sont appréciables. Il faut les rapporter aux deux phénomènes de l'extension des anciens glaciers et du déluge du Nord.
Ainsi^ pendant l'époque quaternaire, les glaciers, aujourd'hui limités aux régions polaires, ou aux lieux montagneux d'une altitude considérable, descendaient fort loin de leurs limites actuelles; leurs nappes immenses et uniformes, vaste linceul de la vie organique, couvraient alors une partie de l'Europe.
M. Edouard Collomb, à qui l'on doit de nombreuses re-
1. Carie des anciens glaciers des Alpes, in-8°. 1860, p. 8-10.
cherclies sur les anciens glaciers, a bien voulu dresser pour notre ouvrage la carie placée en regard de cette page, et qui rôsume l'état de nos connaissances actuelles sur l'extension des glaciers en Europe pendant l'époque quaternaire. Les géologues verront assurément avec intérêt ce travail, le premier qui ait encore été tenté pour représenter gi'aphiquement létal actuel de nos connaissances sur l'extension des ancit ns glaciers en Europe*. M. Collomh, dans la note que nous nous bornons à
1. Vutci les piiiicipuux cléments acieiilitii{Uos qui uni été consultes et mis à p:ulit pr M. Êlouanl Coiloml» pour 1«* tracé de C'tle carte.
Espagne et Pyrénées. — Dans la Sierra Nevada, au sud de rEspagne. l'eiislence dos anciens placiers a été con>t;itêe en piemier lieu par M. P. Schimper, célèlire naturaliste voyai^eur. auteur du Krand travail sur les végétaux fossiles du grès des Vosges , aujourd'hui prufc»rur â Strasbourg, en compagnie dun natnraliste de Mulhousi-, M. IK.dllus-Aus>el, qui a commencé en 1863 la publication des premiers volumes d un ouvrage vraiment monumental sur les glaciers actuels. Depuis cette epnquo, M. E. Collonib lui-même,, qui a exploré TEspagoe en vue d'un travail ^' l'iogiquo sur ce pays, a visité troi» fois cette chaîne, et a constaté les mêmes fans.
Le premier observateur qui ait reconnu Texistence d'anciens glaciers dans les Pyrénées, est un géol«>f;ue d'un grand renom, M. de Charpentier, mort il y a quelques années. Depuis, daulres géologues ont constaté les mômes faits, et M. K. Colloiniv dai.s o«'s dernii res années, a plusieurs fois exploré lui-même tf:t" !.i » liaii.c «l» ^ Pyr.n.'iN à co. p. «Mil ili' \iic.
p. ur 1.1 i' .j:::c ii:::,)':»:. \\w . ««u:!.- •!"> l'yu'iiLi'S. '.••> iiu1:i.mIiom> ont été fourmes \r; .1. ■■:!.. :>: ."i M. K i ■. :'. ■:::)' i-.ir ^!. (".inmiivi il»' Piiii.b'. inspecteur ^éi.êral «It's ;:ii:j<.-^ rii 1"^: .i:..-.
An'ii»i'rn\ f^'d'.NV tt IiIhikU. — Iv-- il«.'iin«es cxcel'.ijiii-s ont été omj.iuiil-.e- H louMM^'i' j»uL''.;é p;ir M. Ly.'.;. eu IStlii. r-ur l'Antuiuité de Vhomme [Xnti- HH.t'i (tf innnK j.-mi tr.i luit t'i:-"io d;ni> n<>lie lanj^'iic. M. Lyeil ne donne f»onii de l'.utp. iiia.N il a m'Im d iinli uor lo>» autouis vUi^'lais qui ont étudié les réu'îon"» daiiN l.-s un ;].•> ;1 ,,.|ii;»-t r«'\ist»-iice <r.iiu-ii'H-^ dépôts ^iaciaires.
Vi-sn»-'^ t't f"itf S'u'i'f. — M. (/«.'iluiiii' .1 l'ul'lié une caite des anciens i:ldc:ei- (!.■•» Vo>i:es; M. H<';;:^;iril v{ aiiiri ^^ u'- "l.'ixues ont juiblié des travaux qui oiiî dt'i>n:s lon^loiiii'S juu'é l.i que^'i-. n.
MlH's. — Pit^S'ine toii^ Ifs fs'i.N.iuJUis miinm.*>. dojRiis M. de Charpent.c:. ^o M'iil occu(és do raii(i»nne fv:oiision do> glaci'us des Alpes. On a choisi, poui" li.xi ;■ 1 1 limite d' > :inci»Mis ,^-l.iciers du eùté de la France, les travaux de MM. Loi). lUii.'ît. «le. Pour "..i ;.i:ti-* >u 1 de^ A1]u'n .sur k* v« T<ant italien. «.»u s'f>l conî":iii-j à la cailo iiLiiiKi^tiil j'ii: hét- ja;- I). de Moitillcl. que nous citons plu> 11. ait. Pour la partie in-rd «t le ci-ulre. M. E. Collonib a fait u<a-i' duu docuii.ciil l'rOcieux : c\>l une eait-.^ ii'.diie do M. le ini>e.-si.'ur Morlot. de Litusanii'.'. • 'fi sont tiacées d» s limites k-it exactes. Pour h jMitie des Alpos qui se bifurqu.* en Autriche, les n^iiseigiieiiienls publiés ju>qu'à ce jour n'ont j^s le même caraelèie do cerliîudi'. L'^ tracé de co côté ne peut donc être considéré que comme npp.ox:mat;f.
FiUH'r renimlr. — M. Cioilomb a\ail .u lidét» de ^i,^naler ^e\î^tellco des jueien> ^lacieis <'.i:\\< '..i F:ance centrale. Mai-?. tr,iprè'> M. Leoo]. juge compéici.t
"Il
reproduire, commente et explique en ces termes celte Carte des anciens glaciers :
« On peut diviser en deux régions orographiques Fespace occupé par les anciens glaciers quaternaires : 1° la région du Nord, depuis le 52^ ou 55« degré de latitude jusqu'au pôle boréal ; 2® la région de l'Europe centrale et en partie méridionale.
t La région du Nord qui a été couverte par les anciens glaciers comprend toute la Péninsule Scandinave, la Suède et la Norvège, puis une partie de la Russie occidentale à partir du Niémen au Nord en décrivant une courbe qui passe près des sources du Dnieper et du Volga en se dirigeant jusqu'au bord de Tocéan Glacial. Cette région comprend encore rislande, puis l'Ecosse, l'Irlande , les lies qui en dépendent, enfin une grande partie de l'Angleterre.
« Cette région est bordée sur tout son périmètre par une large bande de 2à 5 degrés de largeur, sur laquelle on reconnaît l'existence de blocs erratiques du Nord ; elle comprend la région moyenne de la Russie d'Eu-
pour tout ce qui concerne le plateau central de la France, et d'après M. Ch. Marlius, bien qu'il soit probable que ces régions ont été envahies par des glaciers, à l'époque quaternaire, les observations Ditos sur le terrain, labsence des stries de rochers et de véritables moraines, ne permettent pas d'appuyer cette assertion de données certaines. En l'absence de preuves suffisantes, on a dû laisser en blanc le massif central de la France.
Chaîne des Karpathes. — Les données ont été fournies par M. le professeur Ch. Martins, qui 1rs tient lui-même d'un naturaliste voyageur, M. Lalanne.
Caucase. — Les renseignements ont été donnés libéralement à .M. E. Collomb par un savant voyageur russe, M. Abich, habile dessinateur, qui a recueilli dans ces montagnes des vues et des coupes géologiques prouvant incontestablement rexistencc des anciens glaciers.
Nord de l'Europe. — Les savants géologues de Copenhague, de Christiania et de Stockholm sont maintenant à peu près tous d'accord pour reconnaître, d'après les observations d'un grand nombre de voyageurs anglais, allemands et suisses qui ont exploré celte contrée, que d'anciens glaciers ont couvert la Péninsule Scandinave tout entière, et une partie du Danemark et de la Russie.
La limite de la teinte bleu foncé indiquant les anciens glaciers qui passent dans l'intérieur de la Russie n'a pas la même garantie de certitude, parce qu'elle n'a pas encore été bien étudiée et qu'elle traverse un pays de grandes plaines dans lesquelles les accidents géographiques sont rares, et où par conséquent les dépôts glaciaires, c'est-à-dire les moraines et les stries de roches, sont difficiles à reconnaître sur le terrain.
Quant à la limite bleu clair qui marque la trace d'arrêt des blocs erratiques de la Scandinavie, elle a été très-exactement définie par trois illustres voyageurs, M. de Verneuil (de l'Institut) et MM. Murchison et Keyserling, qui ont fait figurer cette ligne sur leur belle carte géologique de la Russie d'Europe.
Ajoutons que cette carte, une fois dressée par l'auteur, a été soumise par lui à plusieurs géologues de Paris et de la province, très-compétents dans la matière, entre autres à MM. d'Archiac, Daubrée, Ch. Martins, Delesse, Lory, etc., qui ne l'ont point désapprouvée.
nipe, oomme la Ba|ogiid, uoe partie de la Prusse, du Dnaemark, et rmi se perdre en HoUuide à la hauteur de ZmdettéG ; elle entame la partie sud de PAngiélerre, el Ton en trouve un lambeau en France^ sur la lisière du Ck)lmitl&*
c Les aneiens giaoiers do TEui-iûpe centrale se composent d-aberd du grand massif des Alpes. Â Touest et au nord, ils s'êtendatenl dans k TSllée dn Rhdne jmqa'à Lyon ; pab, m dépassait la ligne de falle du Jora, ils passaient près diB Bàle, couvraient le lae de GoQstance, s'ëim* datent an delà en Banère et en Aulricbe, Sur le versant sud des Alpes, ilsoonloiimaient lesoeunet de la mer Adriatique, passaient près d'Udi* net, coavraientPeschiera.Solfenno, Côme, Varèse, Ivrée, s'allongeaient jusque près de Turin et Tenaient se terminer dans la vallée de îa Slura, près du eol de Tende.
^ t Dans les Pyrénées, les anciens glaciers ont occupé loutes,ks principales vallées de cette chaîne, ^oit du versant français, soit du versant eq[Mignol, surtout les vallées du centre qui comprennent celles de Luclion^ d'Aure, de Baréges, de Cauterets» d'Ossau, etc. Dans la chaîne Gantabrique, prolongement des Pyrénées, on a reconnu aussi l'existence d^aociens glaciers.
c Dans les Vosges et la fonH Notr«\ \U ont 'couvert toute la pas sud de ces montagnes. Dans les Vosges, les traoes prhioi^alBs io trotvent dans les vallées de Saint-Amarin, de Giromagnj, de linaslèr, ds la Bfoselle^etc.
c Dans les Karpathes et dans le Caucase, on a reouuiu anasirtdirteBSS d^anciens glaciers très-étendus.
c Dans la Sierra Nevada au sud de PEspagne, montagnes de 3500 mètres, les vallées qui descendent du Picacho de Veleta et du Mulhacen ont été, à Pépoque quaternaire, encombrées par d'anciens glaciers. »
Ce qui s'est produit dans notre hémisphère s'est présenté d'une manière plus grandiose encore en Amérique. Le phénomène glaciaire parait même avoir pris, dans cette partie du monde, une extension et une gravité bien supérieures à ce qui s'est passé en Europe.
Pour expliquer l'existence permanente de ce manteau de glace qui recouvrait des contrées aujourd'hui florissantes, il n'est pas d'ailleurs nécessaire de faire intervenir l'hypothèse d'un froid extraordinaire. Un abaissement de quelques degrés de la température moyenne du lieu a pu suffire à produire cet effet général. Voici comment s'exprime à ce sujet H. Gh. Martins«
« La température moyenne de Genève est de 9^,5. Sur les montagnes environnantes, la limite des neiges perpétuelles se trouve à 2700 mètres au-dessus de la mer. Les grands glaciers de la vallée de Cbamonix des-
ceQdent à 1550 mètres au-dessous de cette ligne. Gela posé, supposons que la température moyenne de Genève s^abaisse de 4® seulement et devienne par conséquent 5®, 5. Le décroissement de la température avec la hauteur étant de 1* pour 188 mètres, la limite des neiges éternelles Vabaissera de 750 mètres et ne sera plus qu'à 1955 mètres au-dessus de la mer. On accordera sans difficulté que les glaciers de Ghamonix descendraient au-dessous de cette nouvelle limite d'une quantité au moins égale à celle qui existe entre la limite actuelle et leur extrémité inférieure. Or, actuellement, le pied de ces glaciers est à 1 150 mètres audessus de l'Océan; avec un climat plus froid de ^®, il sera de 750 mètres plus bas, c'est-à-dire au niveau de la plaine suisse. Ainsi donc l'abaissement de la ligne des neiges étemelles suffirait pour faire descendre le glacier de l'Arve jusqu'aux environs de Genève.... Le climat, qui a favorisé le développement prodigieux des glaciers, n'a rien dont nous ne puissions nous faire une idée fort exacte : c'est le climat d'Upsal, de Stockholm, de Ghristiania, et dej la partie septentrionale de l'Amérique dans l'État de New- York.... Diminuer de quatre degrés la température moyenne d'une contrée pour expliquer une des plus grandes révolutions du globe est à coup sûr une des hypothèses les moins hardies que la géologie se soit permises '. >
En prouvant que les glaciers ont couvert pendant un certain temps une partie de TEurope, qu'ils se sont étendus depuis le pôle nord jusqu'au nord de Tltalie et au Danube, nous avons suffisamment établi la réalité de ceiiepériode glaciaire, qu'il faut considérer comme un épisode curieux, autant que certain, de l'histoire de la terre. Une telle masse de glaces ne pouvait couvrir le sol sans que la température de l'air filt abaissée au moins de quelques degrés au-dessous de zéro. Mais la vie organique est incompatible avec une telle température. C'est donc à cette cause qu'il faut attribuer la disparition de quelques espèces animales et végétales, en particulier la mort des Rhinocéros et des Éléphants, qui, avant ce subit et extraordinaire refroidissement du globe, paraissent s'être confinés, par bandes immenses, dans l'Europe septentrionale, dans cette Sibérie où l'on trouve aujourd'hui de si prodigieuses quantités de leurs restes.
Le fait que nous avons raconté de la découverte de cadavres entiers de Rhinocéros et d'Éléphants, encore couverts de leurs poils et garnis de leurs chairs, vient à l'appui de l'hypothèse