‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 40 sur 53 · In-8*. Neucbàtel · texte numérisé non relu

In-8*. Neucbàtel

kOk LA TERRE AVANT LE DÉLUGE.

la Suisse et de la Savoie n'ont pas toujours été circonscrils dans leurs limites actuelles, qu'ils ne sont, pour ainsi dire, que les miniatures des gigantesques glaciers des temps passés, et qu'ils s'étendaient jadis dans toutes les grandes plaines qui parlent du pied de la chaîne des Alpes.

Pour établir ces preuves, nous sommes obligé d'entrer dans «luelques considérations sur les glaciers actuels, sur leur mode de formation et les phénomènes qui leur sont propres.

Les neiges qui, pendant tout le cours de l'année, tombent sur les montagnes, ne fondent point, mais se maintiennent à l'état soliile quand ces montagnes dépassent la hauteur d'environ 3000 mètres. Lorsque ces neiges sont accumulées , par grandes épaisseurs, dans des vallées ou dans de profondes anfractuosités du sol, elles durcissent, et sous l'influence de la pression résultant de leur poids, par suite de rintroduction, à travers leur substance, d'une certaine quantité d'eau provenant de la fusion momentanée des couches superficielles , elles se transforment en une masse cristalline, à structure grenue, que lo5 naturalistes suisses désignent sous le nom de névé. Des fusions oldes ovMigehuions sUv.Tessivos, provoquées par la chaleur du \^;,-; •.: ".o ::v:vî do Li i.uit, riiiùllralion de l'air et de Ttau danî> >, s ./.;.>;. .\>. ::\u'.5î\:";î;oiu j'ius tard ce ntcc en une glace ho- .;\^^, ; vi .:;::< . , î\'îîr î.c ùuno intinitéiie petites bulles d'air: ; s>: .*-s' v:ut '. .:\ : o:u:;:vi:: autroiois •:!.icc i'uUt^usr. Enim.ces ' />-.> .\ :*.-:.. .-.::: s;":::u" :i\i::ivro î'iusooinplête, l'eau vient rcni- V .,:;. .:> ■.;:",.> .: ,i::\ A;-^r> la rransformation est achevée: la :; \v ;>: . /.\.\^ï'.*.:\ ;" : . .It ;r.>r!::o ces belles teintes d'azur .' ^ ,;n>. vas j'Ài::i.r-:r iv louriste ^{ui parcourt les ma- ^- :,:-> .;■;; .*:> ,:; Ia Su:>5-: c: dv le Savoie.

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Sous l'influence de la pente, du poids de la masse de glace, et de la fusion de la partie qui touche le sol, le glacier tend toujours à avancer; mais par l'efTet de la température ambiante, son extrémité antérieure fondant rapidement, il tend à reculer. C'est la diflérence entre ces deux actions qui constitue le mouvement progressif réel du glacier.

Le frottement que le glacier exerce sur son fond et sur ses parois, doit nécessairement laisser des traces sur les roches avec lesquelles il se trouve en contact. Surtout le passage d un glacier, on remarque, en effet, que les roches sont polies, nivelées, arrondies et, comme on dit, ?noî//onn^e5. Ces roches présentent, en outre, des stries dirigées dans le sens de la marche du glacier, et qui résultent d'un vérilableburinage produit sur leurs parois précédemment polies, par des fragments anguleux et durs enchûssés dans la glace, à peu près comme le diamant du vitrier est fixé au bout de l'instrument qui sert à rayer le verre.

Dans un travail que nous aurons à citer plusieurs fois, M. Ch. Marlins explique comme il suit le mécanisme physique par lequel les roches granitiques, entraînées dans le mouvement de progression d'un glacier, ont rayé, strié, moutonné les roches moins dures que ce glacier a rencontrées pendant sa marche; comment, enOn, elles ont dénudé le terrain que leur masse a longtemps pressé sous son poids.

« Le frottement que le glacier exerce sur son fond et sur ses parois est trop considérable, dit M. Ch. Martins, pour ne pas laisser de traces sur les roches avec lesquelles il se trouve en contact ; mais son action est différente suivant la nature minéralogique de ces roches et la configuration du lit qu'il occupe. Si Ton pénètre entre le sol et la surface inférieure du glacier , en profitant des cavernes de glace qui s'ouvrent quelquefois sur ses bords ou à son extrémité, on rampe sur une couche de cailloux ou de sable fin imprégné d'eau. Si l'on enlève cette couche, on reconnaît que la roche sous-jacento est nivelée, polie, usée par le frottement et recouverte de stries roctil ignés ressemblant tantôt à de petits sillons, plus souvent k des rayures parfaitement droites qui auraient été gravées à l'aide d'un burin ou même d'une aiguille très-fine. Le mécanisme par lequel ces stries ont été gravées est celui quePinduS" trie emploie pour polir les pierres ou les métaux. A l'aide d'une poudre fine appelée émeri, on frotte la surface métallique et on lui donne un éclat qui provient de la réflexion de la lumière par une infinité de

petites stries extrêmement ténues. La couche de cailloux et de boue interposée entre le glacier et le roc subjacent, voilà i'émeri. Le roc est la surface métallique, et la masse du glacier , qui presse et déplace la couche de boue en descendant continuellement vers laplaine, représente Faction de la main du polisseur. Aussi les stries dont nous parlons sodIelles toujours dirigées dans le sens de la marche du glacier ; mais comme celui-ci est sujet à de petites déviations latérales, les stries se croisent quelquefois en formant entre elles des angles très-petits. Si Ton examine les roches qui bordent le glacier, on retrouve les mêmes stries burinées sur les parties qui ont été en contact avec la masse congelée. Souvent j^ai pris plaisir à briser la glace qui pressait le rocher, et sous cette glace je trouvais des surfaces polies et couvertes de stries. Les cailloux et les grains de sable qui les avaient gravées étaient encore enchâssés dans le glacier comme le diamant du vitrier est fixé au bout de Tinstrument qui lui sert à rayer le verre.

c La netteté et la profondeur des stries dépendent de plusieurs circonstances; si la roche en place est calcaire, et que Témeri se compose de cailloux et de sable provenant de roches plus dures, telles que le gneiss, le granit ou la protogine, les stries seront très-marquées. (Tfest ce que Ton peut vérifier au pied des glaciers de Rosenlaui et des Grindelwald, dans le canton de Berne. Au contraire, si la roche est gneissique, granitique ou serpeiitineuse , c'est-à-dire très-dure , les stries seront moins profondes et moins marquées, comme on peut s'en assurer aux glaciers de TAar, de Zermatt et de Chamonix. Le poli sera le même dans les deux cas, et il est souvent aussi parfait que celui des marbres qui ornent nos édificos.

c Les stries gravées sur les roclnMs qui contiennent ces glaciers sont en frénéral, horizontales ou parallèles à la surface. Toutefois, aux rétrécissements des valk^es, ces stries se redressent et se rapprochent de la verticale. Il ne faut point s'en étonner. Forcé de franchir un détroit, le {rlacier se relève sur les bords et remonte le long des flancs de la montagne ([ui lui barre le passage. C'est ce qu'on voit admirablement près des chalets de la Stieregg, étroit défilé que le glacier inférieur deGrindehvald est obli^'-é de franchir avant de s'épancher dans la vallée de môme nom. Sur la rive droite du glacier, les stries sont inclinées de 45** à riiorizou : sur la rive gauche, celui-ci s'élève quelquefois jusqu'anx forêts voisines, et entraine de grosses mottes de terre chargées de touffes de rhododendions tt de bouquets d'aunes, de bouleaux et de sapins. Les roches tendres ou feuilletées sont brisées et démolies par la force prodigieuse du glacier. Les roches dures lui résistent; mais la surface de ces roches, aplanie, usée, polie et striée, témoigne assez de l'énorme pression qu'elles ont eu à supporter. C'est ainsi qu'au glacier de l'Aar, le pied du promontoire sur lequel s'élève le pavillon de M. Agnssiz est ]ioli sur une grande hauteur, et sur la face tournée vers le haut de la vallée j'ai observé des stri«'s inclinées d»* 6^". La glace redressée contre cet escarpement semblait vouloir l'escalader : mais le roc de granit tmait hon, elle glacier était obligé de le coutounitM* leutement.

« Kn résumé, la pi'ession considérable d'im placier, jointe à scn mon-

vement de progression, agit à la fois sur le fond et sur les flancs de la vallée qu'il parcouit. Il polit tous les rochers assez résistants pour n'être pas démolis par lui , et leur imprime souvent une forme particulière et caractéristique. En détruisant toutes les aspérités de ces rochers, il en nivelle la surface et les arrondit en amont, tandis qu'en aval ils conservent quelquefois leurs formes abruptes, inégales et raboteuses. On comprend, en effet, que l'effort du glacier porte principalement sur le côté tourné vers le cirque d'où il descend , de même que les piles d'un pont sont plus fortement endommagées en amont qu'en aval par les glaçons que le fleuve charie pendant l'hiver. Vu de loin , un groupe de rochers ainsi arrondis rappelle l'aspect d'un troupeau de moutons; de là le nom de roches moutonnéts que de Saussure leur a donné et qui leur est resté *. »

II est un autre phénomène qui joue un grand rôle dans l'histoire des glaciers actuels, et de ceux qui couvraient autrefois la Suisse : nous voulons parler des fragments, souvent énormes, de rochers que les glaciers transportent et entraînent dans leur mouvement de progression.

Les cimes des Alpes sont exposées à des dégradations continuelles. Formées de roches granitiques, roches éminemment altérables par Faction de Tair et de Teau, elles se désagrégenf, et tombent souvent en morceaux plus ou moins volumineux.

« Les masses de neige, dit M. Gh. Martins, qui pèsent sur les Alpes pendant l'hiver, la pluie qui s'infiltre entre leurs couches pendant Pété, l'action subite des eaux torrentielles, celle plus lente, mais plus puissante encore, des affinités chimiques, dégradent, désagrègent et décomposent les roches les plus dures. Leurs débris tombent des sommets dans les cirques occupés par les glaciers, sous forme d'ébouleraents considérables accompagnés d'un bruit effrayant et de grands nuages de poussière. Même au cœur de l'été, j'ai vu ces avalanches de pierre se précipiter du haut des cimes du Schreckhorn, et former sur la neige immaculée une longue traînée noire composée de blocs énormes et d'un nombre immense de fragments plus petits. Au printemps, une fonte rapide de neiges de l'hiver engendre souvent des torrents accidentels d'une violence extrême. Si la fusion est lente, l'eau s'insinue dans les moindres fissures des rochers, s'y congèle et fend les masses les plus réfractaires. Les blocs détachés des montagnes ont quelquefois des dimensions gigantesques ; on en trouve dont la longueur atteint 20 mètres, et ceux qui mesurent 10 mètres dans tous les sens ne sont pas rares daos: les Alpes". » • \

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