‹ La terre avant le déluge (volume 2)Chapitre 8 sur 53 · CLASSES. DE GENRES · texte numérisé non relu

CLASSES. DE GENRES

/ „ I Infusoire.

• PROTOZOAraES. ... '

Éponge.

4* Embranchement. } i CoraiL

/ Polype \

ZOOPHYTES. ] ' Méduse.

Oursin.

ECBINODSRMES .

Holothurie.

(lig. 31) est une espèce d'annélide du même terrain; on peut encore placer ici des GraphtoHles.

Les différents ordres de la classe des mollusques avaient

Fig. 39. Triaaclous Pongerardi. (G. N.)

Fig. 28. Ogygia Guettardi. (G. N '.)

Fig. 30. Paradoxides spiaolosus. (1/2 G. NO

déjà de nombreux représentants. Parmi les mollusques céphalopodes (qui sont formés de deux parties distinctes, ont le corps et la tété armés de bras ou tentacules, et dont le poulpe . de nos jours peut donner une idée), vivaient les Gyroceras^ le Lituites cornu-arietis (fig. 32). Le genre Belleropfwn représen-

1. Les lettres G. N. qui accompagnent les figures signifient grandeur naiureUe, et les cliiffres les fractions de cette grandeur.

tait, entre autres, les mollusques gastéropodes, qui, comme le

Fig. 31. Nereites cumbriensis. (1/2 G. N.)

Limaçon, rampent sur une partie charnue placée sous le ventre.

Parmi les mollusques lamellibranches, dont THuître est le

type, qui manquent de tète et sont presque toujours dépour-

Fig. 32. Litoites cornu-arieUs. (l/J G. N.) Fig. 33. Hemicosmites pyriformis. (I/J G.N.

VUS de motilité, il existait alors tout un genre, le genre Orthonota. Il y avait aussi d'autres genres appartenant aux mollusques brachiopodes et bryozoaires. Parmi les zoophytes, on doit citer le genre Hemicosmites : la ligure 33 représente une espèce de ce genre, V Hemicosmites pyriformis.

Les mers contenaient quelques plantes marines d'une organisation inférieure : c'étaient des sortes de varechs, que Fon a rapportés aux genres ButlirotephiSy Palœophicus et Sphcnothallus.

Le terrain silurien inférieur existe en France, dans le Lan-

juedoc, dans les environs de Neffiez et de Bédarrîeux, ainsi que sur le grand masaif de la Bretagne. On le retrouve en Anglcierre, en Bohême, en Espagne, en Russie, etc., comme aussi lans le nouveau monde. Des calcaires, des grès, des schistes ardoises d'Angers) entrent dans sa composition minéralogique.

Période silurienne supérieure. — {WenlocketLudlotvh^s formation les géologues anglais.) — Pendant la sous-période silurienne lupérieure, les mers contiennent quelques genres de poissons nconnus à Fépoque silurienne inférieure, un grand nombre le Trilobites, qui atteignent alors leur maximum de dévelop-

ig. 34. Calymene Blumenbachii. (G- N)

Fig. 35. Pentamenis Knightii. (1/3 G. N

g. 36. Orlhis ruslica. (G. N.)

Fig. 37. Halysites labyrinlhica. (G. N.

ement, entre autres le Calymene Blumenbachii (fig. 34) ; des hragmoceras, des Brachiopodes, parmi lesquels nous citerons

le Peniamerus Knightii (Kg. 35) et YOrthis ntstica (fig. 36) ; quelques Polypiers, comme VHalysites labyrinthica (fig. 37). Deux crustacés d'une forme très-bizarre et qui ne ressemble

Fig. 38. Pterygotos bUobos. (1/2 0. N.)

Fig. 39. Earyptenu remipes. (a. N.)

point d'ailleurs à celle des Trilobiles , ont été trouvés dans le terrain silurien de rAmérique et de TAnglcterre : le Ptery-

golus bilobus (fig. 38) et VEurypierus remipes (fig. 39). Ces Crustacés habitaient peut-être les eaux douces. La plupart des Trilobites, avons-nous déjà dit, pouvaient se

rouler en boule comme nos Cloportes, sans doute pour se soustraire à l'attaque d'un ennemi.

On peut représenter, comme le montre la figure 40, un de ces Trilobites, le Calymene BlumenbQchii, enroulé sur lui-même.

Les mers étaient déjà abon- , ,.. damment peuplées à la fin de la

Fig. 40. Calymene Blumenbachii, -^ •

enroulé sor lui-même. (0. N.) péHode silurienue supérieure , car les naturalistes connaissent aujourd'hui plus de 1500 espèces végétales et animales appartenant à l'ensemble de la période silurienne.

Parmi les plantes marines, on a trouvé dans le terrain qui correspond à cette sous-période, quelques espèces d'algues que Ton rapporte au genre Fucoides.

Fig. 41. Plantes de a période silurienne. 1 et 2. Algues. (G. N.) — 3 et 4. Lycopodes. (G. N.)

Nous représentons dans la figure 41 quelques plantes de celte période d'après les empreintes qu'on en a retrouvées.

Le terrain silurien se retrouve en France dans les départements de la Manche, du Calvados, de la Sarthe, etc. ; en Angleterre, en Espagne, en Allemagne (bords du Rhin); en Bohême, où il est très-développé, surtout aux environs de Prague; en Suède, où il comprend toute l'île de Gothland; en Norvège, en Russie, etc. On le retrouve dans les deux Amériques, surtout aux environs de New- York *.

Nous ajouterons, pour caractériser le terrain silurien considéré dans son ensemble, qu'il est de tous les terrains le plus disloqué. Il ne laisse jamais apparaître, dans les pays où on le trouve, que des lambeaux échappés aux nombreuses éruptions qui l'ont traversé depuis les premiers âges. Ses couches, originairement horizontales, sont relevées, contournées, plissées, quelquefois même verticales, comme dans les ardoisières d'Angers. Aie. d'Orbigny a rencontré dans les Andes de l'Amérique l'étage silurien , avec ses fossiles , à la hauteur de 5000 mètres au-dessus de la mer. Quels énormes soulèvements du sol ont été nécessaires pour porter ces fossiles à une telle élévation I

A l'époque silurienne, les mers occupaient encore la terre presque tout entière; elles couvraient la plus grande partie de l'Europe : tout l'espace compris depuis l'Espagne jusqu'aux monts Ourals était sous les eaux. Il y avait seulement en France deux fies émergées : l'une formée des terrains granitiques de la Bretagne et de la Vendée actuelle, l'autre constituée par le grand plateau central et composée des mêmes terrains. La partie nord de la Norvège, de la Suède et de la Laponie russe formait une vaste surface continentale. En Amérique, les terres émergées étaient plus nombreuses. Dans l'Amérique septentrionale, une île s'étendait du 50« au 68* degré de latitude, dans la partie qui porte aujourd'hui le nom de Nouvelle^Bre-

I. Dans le Languedoc, où la formation silurienne a été découverte et étudiée par MM. GrafT et Fournet, ces obsen'atcurs ont reconnu, le long de la base de î'Espinouse, les schistes chloriteux, verts et primordiaux, surmontés de leurs ardoises, qui deviennent d'autant plus pures que Ion s'éloigne davantage de ce massif granitique et gneissique pour se rapprocher de la vallée du Jour. C'est sur ces couches que repose le système silurien, lequel s'enfonce vers la plaine, sous les terrains Fecondaire et tertiaire.

tagne. Une autre tle dessinait les côtes actuelles des États-Unis sur l'océan Pacifique, du 32' au 52* degré de latitude, c*est-à> dire la Californie, l' Youtah et TOrégon actuels. Dans TAmérique méridionale , sur Focéan Pacifique , le Chili formait une tle allongée. Sur TAtlantique, la partie du Brésil contenue entre les 10* et 30* degrés de latitude s*élevait au-dessus des eaux. Enfin, dans la région de Téquateur, la Guyane formait un dernier tlot sur la vaste mer qui couvrait encore toutes les autres parties du monde.

Sur la carte placée en regard de cette page, on a représenté les terrains qui s'élevaient au-dessus des eaux pendant la période silurienne, dans la partie de l'Europe qui devait un jour former la France. On voit qu'à cette époque la mer couvrait l'emplacement actuel de notre pays, à l'exception d'une partie de la Bretagne et du plateau central d'Auvergne, qui formaient deux fies sur le vaste océan primordial.

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PÉRIODE DEVONIENNE. 87

PÉRIODE DEVONIENNE.

On désigne une autre période historique de la terre sous le nom de devonienncy parce que le terrain qui correspond à cette période apparaît très-nettement et avec beaucoup d'étendue dans le Devonshire, en Angleterre.

Les continents récemment déposés par les mers s'enrichirent, pendant la période devonienne, de quelques espèces végétales et animales d'une organisation plus complexe que celles qui avaient apparu sur le globe primitif. On suivra sans doute avec intérêt, dans cet ouvrage, les progrès successifs que présente l'organisation des êtres à mesure que la terre avance en âge, et, pour ainsi dire, s'éloigne de son berceau. Le Créateur semble s'appliquer sans cesse à produire des espèces vivantes de plus en plus achevées. Nous avons vu , pendant la période silurienne, la vie éclore et l'organisation débuter par des plantes d'un ordre tout à fait inférieur, par des algues et des lycopodes, par des zoophytes, des articulés, des mollusques. Nous verrons, à mesure que notre globe vieillit, l'organisation se compliquer sans cesse. Les vertébrés, représentés par de nombreux poissons, viendront après les zoophytes, les articulés et les mollusques. Apparaîtront ensuite les reptiles; puis les mammifères et les oiseaux; jusqu'à ce qu'enfin Dieu fasse sortir de ses mains son suprême ouvrage , l'Homme, le roi de la terre, qui a pour signe et pour agent de sa supériorité, l'intelligence, cette flamme céleste, émanation de Dieu*.

1. U est bon de remarquer que, tout en débutant par des sortes d'essais, des tentatives d'organisation, la nature y procédait sur une très-grande échelle. Les crustacés sont en nombre déjà considérable dans les terrains siluriens. Les mollusques qui portent le nom de GoniatùeSy et que nous verrons apparaître dans cette période, présentent une organisation déjà passablement compliquée, comme Test d'ailleurs celle de tous les mollusques de la famille des Ammonidées dont les Gonialites font partie, et ils sont répandus dans les terrains devoniens avec une prodigieuse prodigalité. Dans les Pyr^ées, par exemple, le marbre

La figure 42 représente une vue idéale de la terre pendant la période devonienne. C'est une vaste mer, couverte de quelques Ilots. Sur les rochers, se traînent les articulés et les mollusques propres à cette époque. On voit, échoué sur le rivage, le corps d*un gros poisson cuirassé. L'un des tlots est couvert d'un groupe d'arbustes {Âsterophyllilts coranata) mêlés à des plantes presque herbacées qui ressemblent à des mousses, quoique les véritables mousses n'aient apparu que bien plus tard.

La végétation est encore ici humble dans son développement, car les arbres de haute futaie font complètement défaut; les Astérophyllites, simples arbustes, élèvent seuls vers le ciel une tige grêle et élancée. La lumière, encore trop pâle, vu la demiopacité de l'atmosphère, ne permettait guère que le développement d'une végélation essentiellement cellulaire, lâche et vasculaire. Des cryptogames, dont nos champignons actuels peuvent nous donner l'idée, devaient former la plus grande partie de cette végétation primitive ; mais en raison de la mollesse de leur tissu, de leur peu de consistance, de l'absence de fibres ligneuses, les vestiges de ces premières plantes ne sont pas venus jusqu'à nous.

Les formes végétales propres à la période devonienne différaient beaucoup, on le voit, de celles qui appartiennent à l'époque actuelle. Les plantes de celte période tenaient à la fois des mousses et des lycopodes, végétaux cryptogamiques d'un ordre inférieur et qui manquent de fleurs apparentes. Les lycopodes sont des végétaux herbacés qui ne jouent qu'un rôle secondaire dans la végétation actuelle du globe; mais, dans les premiers temps de la création organique, ils avaient la prédominance dans le règne végétal, tant par la dimension des individus que par la variété et le nombre de leurs espèces.

de Campaii; dont la couche n'a pas moins de quarante mètres de puissance, n'est pour ainsi dire qu'une pAte calcaire dans laquelle les Goniatites sont entassas les uns sur les autres comme des figues dans leurs caissons. Celte disposition permet de calculer approximativement le nombre de ces animaux que doit contenir un bloc de dimension déterminée. En partant dp cette donnée, M. Êlie de Bcaumont a trouvé qu'une couche de ce calcaire qui n'aurait qu'un mètre d'épaisseur sur un myriamètre carré de superficie, en renferme vingtsept mille milliards.

PÉRIODE DEVONIENNE. 91

L'arbuste élégant qui porte le nom d'Aslerophyllites coronaia, et que Ton voit sur la planche 42, doit être rangé dans une famille, aujourd'hui complètement anéantie, appartenant a cette division des Dicotylédones qui comprend maintenant les ConifèreSy ou arbres verts, et les Cycadées, Les feuilles aiguës des Astérophyllites s'étalaient en rayons de cercle, sur des rameaux verticillés.

Nous représentons dans la figure 43 trois espèces végétales

Fig. 43. Plantes de la période devonienne. 1. Algaes. — 2. Zostera. — 3. Psilophyton. (G. N.)

aquatiques propres à la période devonienne : ce sont des Fucoîdes (algues), des Zostera et le Psilophylon,

Jetons maintenant un rapide coup d'œil sur les animaux appartenant à cette période.

La classe des Poissons tenait alors le premier rang par son importance; mais la structure de ces animaux était bien différente de celle de nos poissons actuels. Il étaient pourvus d'une sorte de cuirasse ; de là leur nom de poissons gancddes.

c est-à-dire cuirassés. On possède de nombreux échantillons du Plericlithys cornutus^ poisson bizarre, dont le corps, revêtu dune grande carapace à plusieurs pièces, portait une trèspetite tête, munie de deux nageoires en forme d'ailes.

Nous représentons dans la lig. 44 le Ptericluhys cornutus, en même temps que deux autres poissons de la même période, le Coccosteus et le Ceplyilasph. Le Pterichlhys était entièrement cui-

Fig. 44. Poissons de la période devonienne. i. C0€C08t«D8 (i/3 G. N.); 2. Pterichtbys (1/4 G. N); 3. Cephalaspis (1/4 O. N.).

rnssé; le Coccosteus n'était défendu que dans la moitié supérieure de son corps, par une cuirasse; le Cephalaspis n'était protégé que dans la partie antérieure du corps.

D'autres poissons ne présentaient pas une cuirasse à proprement parler, mais seulement des écailles très-résistantes qui enveloppaient leur corps entier. Tels étaient YAcanihodes^ le Clvnatius et le Diplacanlhus, que nous représentons sur la flgure 45.

On trouve encore dans cette période, des Annélides tubicoles, animaux vermiformes, protégés extérieurement par une enveloppe testacée, qui se montrent ici pour la première fois, et sont représentés par le genre Serpuk ; des crustacés (Argès).

PÉRIODE DEVONIENNE.

Les Trilobites sont encore assez nombreux, surtout à la base des terrains correspondant à cette période. On y trouve un

Fig. 45. Poissons de la période devonieiine. 1. Acanthodes. — 2. Climatias. — 3. Diplacanthos.

grand nombre d'espèces de mollusques dont les brachiopodes forment plus de la moitié. On peut dire de cette période que

Fig. 46. Atrypa relicularis.

Fig. 47. Clymenia Sedgwicki.

c'est le règne des brachiopodes; ils y revêtent des formes extraordinaires, et leurs espèces sont en nombre immense

9'k LA TERRE AVANT LE DÉLUGE.

Parmi les plus curieux, citons rénorme Strigocephalus Bartiniy le Davidsonia Verneuiliiy VUnciles gryphus^ la CcUceola safidalmai mollusques aux formes bizarres, qui s'éloignent de tout ce que nous connaissons. Parmi les plus caractéristiques de ces mollusques sont en première ligne VAtrypa reticularis (fig. 46), les Spirigera concentrica^ la Leplxna Murchisoni. On commence à rencontrer des Productifs subaculeatus. Citons aussi le Clymenia Sedgwicki{ùg.kl).

De beaux céphalopodes dont faisaient partie les GoniatiUs^ voisins du genre des Ammonites qui caractérisent Tèpoque secondaire, vivaient pendant la période devonienne.

Parmi les nombreux Radiaires de cette époque, il faut citer

Fig. 48. Cupressocrinus crassus.

en première ligne Tordre des Crinoïdes. Nous représentons, comme exemple, le Cupressocrinus crassus (fig. 48).

Les Encrines, nom sous lequel on désigne souvent tous ces animaux, vivaient attachés dans les lieux rocailleux, au milieu des bancs les plus profonds, la bouche en haut, attendant leur proie, et ressemblant à des arbustes de pierre. En effet, leur corps était ordinairement composé de cinq bras, lesquels s'ouvraient ou s'étalaient pour saisir la proie. Ce corps était porté sur une tige composée de nombreuses articulations, et qui était attachée au sol par une sorte de racine. C'est pour rappeler cette iixité au sol et la facilité de pouvoir ouvrir et fermer ses bras comme le calice d'une ileur, que l'on a quelquefois donné aux Encrines le nom vulgaire de fleurs de pierre.

Les Encrines vivaient déjà à l'époque silurienne ; il existait

PÉRIODE DEVONIENNE. 95

dans les mers de cetle époque un genre tout entier appartenant à Tordre des Encrines et que nous avons signalé : c'était le genre HemicosmUes. Le nombre des Crinoïdes augmente beaucoup dans les mers de la période devonienne. Il diminue à mesure que Ton s'éloigne de cette période géologique, et de nos jours deux genres seulement représentent ces animaux, dont les formes ont été si nombreuses et si variées dans les mers primitives.

Terrain devonien. — Le terrain devonien se compose de schistes, de grès et de calcaires divers. Il existe dans le nord, dans Touest, dans le midi de la France, et en Belgique, en Russie, en Espagne, en Amérique, etc. Il constitue le vieux grès rougey très-répandu en Angleterre, et le terrain dit de grauivacke.

Les terrains devoniens renferment les plus anciens dépôts de combustibles connus. Telles sont probablement les houilles qui sont exploitées en France dans les départements de la Ix)ire- Inférieure et de Maine-et-Loire, et en Espagne, dans les Asturies.

Nous venons de dire que le terrain devonien se compose de grès, de schistes et de calcaires. La présence des grès et des schistes argileux dans ce terrain n'aura rien qui surprenne le lecteur, mais la présence de la chaux pourra, à bon droit, Tétonner : le fait, dans tous les cas, exige une explication.

Dans les substances minérales dont nous avons parlé jusqu'ici comme composant notre globe, on n'a vu figurer encore que le granit, c'est-à-dire le mélange de silicates de potasse, de soude et de magnésie qui forment cette roche fondamentale*. C'est, avons-nous dit, aux dépens des composés constituants du granit que se sont formés les grès, les argiles et les schistes de terrains primitifs et siluriens. Le nom de chaux n'a pas été prononcé jusqu'ici. C'est qu'en effet le carbonate de chaux, les composés calcaires, se montrent à peine dans les

I. Déjà le terrain silurien renferme, il est vrai, des bancs calcaires d'une grande puissance. Cette remarque pourrait donc se reporter jusqu'à la période antérieure.

premières assises minérales de notre globe. Toutefois, a parlir des périodes silurienne et devonienne, le carbonate de chaux fait partie essentielle de ces terrains. Quelle est l'origine de ce carbonate de chaux? D'où provenait cette substance qui apparaît en quantité déjà si notable dans les terrains devoniens?

Les fractures et dislocations de l'écorce solide du globe étaient extrêmement fréquentes pendant ses premiers âges. Ce n'était pas seulement du granit liquéfié qui s'épanchait à travers ses énormes fissures ; il s'en échappait aussi des eaux bouillantes, tenant en dissolution du bicarbonate de chaux, mêlé quelquefois de bicarbonate de magnésie. De véritables fleuves calcaires jaillissaient ainsi de l'intérieur du globe, ce grand et inépuisable réservoir qui a fourni tout ce que la surface de la terre présente aujourd'hui à nos regards. Comme la mer couvrait alors presque toute l'étendue de la sphère terrestre, ces fleuves d'eaux bouillantes calcaires se déchargeaient nécessairement dans ses ondes. C'est ainsi que les mers, primitivement dépourvues de composés calcaires, furent chargées de sels de chaux à partir des périodes silurienne et devonienne. C'est par la même raison que les terrains formés plus tard par les dépôts des mers ont présenté, à partir de cette période, beaucoup de carbonate de chaux. Le même phénomène continuant de se produire après la période devonienne, nous verrons les terrains calcaires augmenter en nombre et en importance dans la suite des âges géologiques dont nous présenterons le tableau. Pendant les périodes jurassique et crétacée, ces dépôts couvriront, sur la terre entière, des espaces immenses, ils formeront des terrains d'une épaisseur de plusieurs centaines de mètres. Le phénomène de l'irruption d'eaux thermales chargées de sels de chaux était à son origine pendant les périodes silurienne et devonienne: aussi avons-nous dû le mettre en relief dans ce chapitre.

M. Leymerie, de Toulouse, a donné une autre explication de l'origine des masses de carbonate de chaux qui existent dans les terrains de notre globe*.

1. De rorigine et du mode de formation du calcaire et de la dolomic. Communication faite à V Académie de Toulouse, le 21 avril 1864.

PÉRIODE DEVONIENNK. 97

Selon M. Leymerie, — et nous devons ajouter que Corditr élait arrivé, de son côté, à la même pensée, — les eaux des mers primitives contenaient déjà de la chaux, à l'état de chlorure de calcium. Vers les époques que nous considérons, c'est-à-dire vers la période silurienne, et ensuite dans la période devonienne, il se fit de Tintérieur du globe, à travers des fractures et des dislocations de sa surface, de vastes irruptions d'eaux thermales chargées de carbonate de soude. Ces eaux contenant du carbonate de soude s'étant mêlées aux eaux de la mer, alors très-chargées (dans cette hypothèse) de chlorure de calcium, il se fil entre ces deux sels une double décomposition chimique, d'où résulta d'une part du carbonate de chaux insoluble dans Feau, et d'autre part du chlorure de sodium soluble.

Ainsi se seraient formés les dépôts de carbonate de chaux amorphe et pulvérulent qui, transportés par les courants, se seraient déposés en divers lieux, formant de véritables terrains.

La même théorie rend compte de la formation du carbonate de magnésie, en admettant que les mers de cette époque renfermassent du chlorure de magnésium.

Cette théorie porte, il faut le reconnaître, un caractère de simph'cité bien séduisant.

ro^^^rt^rTj^

A la période devonienne succède, dans Thistoire de notre globe, la période carhanifere. C'est dans les terrains qui ont pris naissance à cette époque, que nous trouvons aujourd'hui la houille * ou charbon de terre.

La houille, comme on va le voir, est la substance même des végétaux qui ont vécu dans ces temps reculés. Ensevelis sous d'énormes épaisseurs de roches, ces végétaux s'y sont conservés jusqu'à nos jours, après s'être modifiés dans leur nature intime et leur aspect extérieur. Ayant perdu un certain nombre de leurs éléments constitutifs, ils se sont transformés en une sorte de charbon, imprégné de ces substances bitumineuses ou goudronneuses qui sont les produits ordinaires de la décomposition lente des matières organiques-

Ainsi, la houille qui alimente nos usines et nos fourneaux, qui est l'agent fondamental de notre production industrielle et économique, la houille qui sert à chauffer nos demeures, et qui fournit le gaz employé pour nous éclairer, cette houille est la propre substance des plantes qui composaient les forêts, les herbages et les marécages de l'ancien monde, à une époque que la chronologie humaine ne saurait assigner avec précision. Nous ne dirons pas, avec quelques personnes qui croient que tout dans la nature a été fait à l'intention de l'homme, et qui se font ainsi une idée bien incomplète du vaste ensemble de la création, nous ne dirons pas que les végétaux de l'ancien monde n'ont vécu et ne se sont multipliés que pour préparer un jour à l'homme ses agents de production économique et industrielle. Il faudrait, en effet, regretter

1. Le nom de houille vienld'un \ieux mot saxon : huUa, qui servait à désigner, chez les Allemands, ce genre de combustible.

alors que ce précieux héritage de la vie du monde ancien ne se rencontre le plus souvent qu'à des profondeurs inaccessibles à nos atteintes. Mais nous ferons admirer à nos jeunes lecteurs le pouvoir de la science moderne, qui, après un intervalle de temps si prodigieusement reculé, sait découvrir l'origine précise de ces substances végétales, et signaler, avec la plus grande exactitude, les genres et les espèces auxquels ont appartenu des plantes dont aucun représentant identique n'existe aujourd'hui sur la terre.

Le caractère fondamental de la période que nous allons étudier, c'est l'immense développement d'une végétation qui couvrait alors le globe tout entier. L'épaisseur considérable des terrains qui représentent aujourd'hui cette période, les accidents variés qu'on observe dans ces terrains partout où on les rencontre, portent à penser que cette phase historique est peut-être celle qui a le plus longtemps duré.

Arrêtons-nous un instant pour donner une idée exacte du caractère général qu'a dû présenter notre planète pendant la période carbonifère. Une chaleur excessive, une humidité extrême, tels étaient alors les attributs de l'atmosphère. Les congénères des espèces auxquelles appartiennent les végétaux de la période carbonifère, ne vivent aujourd'hui que sous les brûlantes latitudes des tropiques, et les énormes dimensions que nous présentent ces mêmes végétaux à l'état fossile, prouvent, d'autre part, que Tatmosphère devait alors être saturée d'humidité. Le voyageur Livingstone, qui, de nos jours, a fait à l'intérieur de l'Afrique de si importantes observations, nous a appris que des pluies continuelles, jointes à une chaleur intense, sont le caractère climatérique des parties de l'Afrique équatoriale où se plaît la végétation puissante et touffue que Ton y admire.

Circonstance remarquable, cette température élevée, jointe à cette humidité constante, n'était point spécialement propre à certaines régions du globe : la chaleur était la même à toutes les latitudes. Depuis les régions équatoriales jusqu'à cette lie Melville (dans l'Océan glacial arctique), où de nos jours les frimas sont éternels; depuis le Spitzberg jusqu'au centre de l'Afrique, la flore carbonifère présente uneidendité presque.

lOû LA TERRE AVANT LE DÉLUGE.

complète. Quand on trouve à peu près les mêmes fossiles au Groenland et dans la Guinée, quand on voit les mêmes espèces végétales aujourd'hui éteintes se rencontrer, avec le même degré de développement, à Téquateur et au pôle arctique, on est bien forcé de reconnaître qu'à celte époque la température du globe était la même partout. Ainsi, ce que nous nommons aujourd'hui le climat était inconnu pendant les temps géologiques : il n'y avait qu'un seul climat pour le globe entier. Ce n'est que plus tard, c'est-à-dire à l'époque tertiaire, par les progrès du refroidissement du globe, que le froid a commencé de se faire sentir aux deux pôles terrestres.

D'où provenait celte uniformité de température qui a lieu de nous étonner aujourd'hui? Elle tenait à l'excessive chaleur du globe. La terre était encore si chaude par elle-même, que sa température propre primait, rendait superflue et inappréciable la chaleur que lui envoyait l'astre central, c'est-àdire le soleil.

Une particularité établie avec moins d'exactitude que la précédente est relative à la composition chimique de l'air pendant la période carbonifère. En voyant la masse énorme de végétaux qui couvraient alors le globe, et s'étendaient d'un pôle à l'autre, en considérant la grande proportion de carbone et d'hydrogène qui existe dans la houille, toujours remplie de matières bitumineuses, on a cru pouvoir en inférer que l'atmosphère de cette époque devait être beaucoup plus riche en acide carbonique que l'atmosphère de nos jours. On a même voulu expliriuer par la forte proportion de gaz acide carbonique qui aurait existé dans l'air atmosphéririue, le petit nombre d'animaux, ou du moins d'animaux aériens, qui vivaient alors. C'est là une pure induction manquant de preuves. Rien ne prouve que l'atmosphère terrestre pendant la période carbonifère fut plus riche en acide carbonique que celle de nos jours. Comme on ne peut émettre ici que de vagues conjectures, on ne saurait professer avec contiance l'opinion que l'air atmosphérique, pendant cette période, fût plus riche en acide carbonique que celui que nous respirons.

Ce qu'on peut faire remarquer avec certitude, comme carac- .4è$e frappant dans la végétation du globe pendant cette phase

de son histoire, c'est le développeraent prodigieux que présentaient alors les espèces végétales.

Les Fougères, qui, de nosjoursetdansnos climats, ne sentie plus souvent que des herbes vivaces, se présentaient quelquefois, pendant la période carbonifère, sous la forme d'espèces d'un port très-élevé.

Tout le monde connaît ces herbes marécageuses, à tiges cylindriques, creuses, cannelées, articulées, dont les articles sont munis de gaines membraneuses, dentées, et qui portent les noms vulgaires de Prêle, Queue de cheval ; leurs fructifications forment, parleur ensemble, un chaton, composé de plusieurs cercles d'écaillés portant à leur face inférieure des sacs pleins de sporeSj lesquelles, par leur évolution, reproduisent la plante mère. Ces humbles prèles étaient représentées, pendant la période houillère, par des arbres herbacés, sortes d'immenses asperges de 7 à 8 mètres d'élévation et de 1 à 2 décimètres de diamètre. Leurs troncs, cannelés longitudinalement et divisés dans le sens transversal par des lignes d'articulation, nous ont été conservés : ils portent le nom de Calamités.

Nos Lycopodes actuels sont d'humbles plantes, le plus souvent rampantes : elles n'atteignent pas 1 mètre de haut. Or, les Lycopodiacées de l'ancien monde étaient des arbres de 25 à 30 mètres d'élévation; c'étaientles Lepidodendronsqui peuplaient les foréts.Leurs ftuillesatteignaientquelquefois un demi-mètre de long et leur tronc avait jusqu'à 1 mètre de diamètre; tel était le Lepidodendron carinatum. Une autre Lycopodiacée de cette époque, le Lomatophloyos crawicau/e, avait aussi des dimensions colossales. Les Sigillaria dépassaient quelquefois la hauteur de 30 mètres. Les fougères herbacées^ alors prodigieusement abondantes, croissaient à l'ombre de ces arbres gigantesques.C'est la réunion de cesarbresde haute tailleetd'arbusles qui formait les immenses forêts de la période carbonifère

Quoi de plus surprenant que l'ensemble de cette exubérante végétation I ces Sigillariées immenses qui dominaient les forêts; ces Lepidodendrons à la tige élancée et flexible ; ces Lomatophloyosy qui offraient l'image d'arbres /ier/>a(;c5 à taille gigantesque, garnis de feuillets verdoyants ; ces Calamités de 10 moires de hauteur ; ces élégantes fougères arborescentes, au feuillage

aérien et aussi finement découpé que de la dentelle; ces fougères herbacées, au feuillage indéfiniment accidenté! Rien ne saurait nous donner aujourd'hui Tidée de ce prodigieux et immense revêtement d'une verdure immuable qui couvrait la terre d'un pôle à l'autre, sous une température brûlante et la même partout.

Dans l'épaisseur de ces forêts inextricables, les plantes parasites se suspendaient aux troncs des grands végétaux en touffes ou en guirlandes, comme les lianes de nos forêts équatoriales. C'étaient presque toutes de jolies fougères, des Sphmopuris, des Hymenophyllites ; elles s'attachaient aux tiges des grands arbres, comme les Orchidées et les Broméliacées de nos jours.

Les bords des eaux étaient couverts de plantes diverses, aux feuilles légères et vertîcillées, appartenant peut-être aux Dicotylédones : VAnnularias fertiliSy les SphenophyllUes et les Astero^ phyllUes,

Combien cette végétation, tout à la fois puissante par les dimensions des individus et par les immenses espaces qu'elle occupait, bizarre dans ses formes, et généralement simple dans son organisation, était différente de celle qui embellit aujourd'hui la terre et charme nos regards ! Elle avait certainement pour privilège la grandeur, la force et la croissance rapide; mais combien elle était peu riche en espèces! combien elle était uniforme dans son aspect ! Aucune fleur ne parait encore le feuillage et ne variait le ton des forêts. Une verdure éternelle couvrait les branches des fougères, des lycopodesetdes prêles, qui composaient en grande partie la végétation de cette époque, formée d'une quantité innombrable d'individus, mais réduite à très-peu d'espèces, appartenant surtout aux types inférieurs de la végétation, c'est-à-dire aux cryptogames. Aucun fruit apparent, propre à servir à la nourriture, n'apparaissait sur les rameaux. C'est assez dire que les animaux terrestres n'existaient pas encore. Les mers seules avaient de nombreux habitants; le règne végétal occupait exclusivement la terre, qui ne devait que plus tard se couvrir d'animaux à respiration aérienne et complète. Seulement quelques insectes ailés, des coléoptères, orthoptères et névroptères, animaient les airs, en y promenant leurs couleurs diaprées.

Pour quels yeux, pour quelle pensée , pour quels besoins grandissaient ces forêts solitaires? Pour qui ces majestueux et infinis ombrages? Pour qui ces spectacles sublimes? Quels êlres mystérieux contemplaient ces merveilles? Question insoluble, et devant laquelle s'abîme et se tait notre raison impuissante.

Pour décrire avec exactitude la période carbonifère, il faut la distinguer en deux sous-périodes : la sous-période du calcaire car6onî/2r6, qui adonné naissance à d'importants dépôts marins, et la sous-période houillère, qui est spécialement continentale, l/une et l'autre de ces sous-périodes ont laissé dos dépôts de matière combustible ; mais c'est surtout dans la seconde que ces dépôts abondent et peuvent être exploités pour les besoins de l'industrie humaine.

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