SOU&-PÉRIODE DU CALCAIRE CARBONIFERE
La végétation qui couvrait les nombreuses îles de la mer carbonifère, consistait en fougères, équisétacées, lycopodiacées et dicotylédones gymnospermes.
Les Annularia et les Sigillaria appartiennent à des familles complètement éteintes de ce dernier embranchement.
Les Annularia étaient de petites herbes qui nageaient à la surface des eaux douces; leurs feuilles étaient verticillées en grand nombre à chaque articulation de la lige et des rameaux. Les Sigillaria étaient, au contraire, de très- grands arbres, à tronc simple, surmonté d'un panache de feuilles étroites et retombantes, à écorce souvent cannelée, présentant des impressions, ou cicatrices, laissées par les anciennes feuilles, et qui ressemblaient à des sceaux (sigillum) : de là leur nom. La figure 49 représente l'écorce d'un de ces Sigillaria qui se rencontrent si souvent dans les mines de houille : la figure 50, le tronc du même végétal.
Les Stigmaria, d'après plusieurs paléontologistes, étaient des
cryptogames à l'ructiGcation souterraine. On n'en connaît que les
Fig. 49.
Kcorcc du Sigillaria Isvigata. (1/2 G. N.)
rf- m <^
Fig. 50.
Tronc d'un Sigillaria. (1/ioU. N.)
Fig. 51. Sli^jmaria. (l/'20 G. N.) Y\z. oî. Tronc de Cdlaniiles. (l;5 G. N )
ionguesracines(lig. 51),quiportaientles organes reproducteurs.
PÉRIODE GARBONIFKKK.
Les végétaux gigantesques qui ont reçu le nom de Calamités abondaient dans la période du calcaire carbonifère, comme
*'/et, ,
Fig. 53. Calamitc restaurée. (lO à 12 mètres.)
dans la période suivante. Li ligure 52 représente le tronc de l'un de ces Calamités, les prèles gigantesques de l'ancien monde.
Nous représentons dans la figure 53 une de ces prèles gigantesques, ou Calamité de l'époque houillère, restaurée d'après M. Eugène Deslongchamps.
Cet arbre, à la tige herbacée , est représenté ici avec ses frondes (feuilles) et ses organes de fructification. Les Calamités se développaient comme nos asperges , par une tige souterraine, d'où partaient de distance en distance, des jets nouveaux, comme on Ta représenté sur la figure 53, où deux gros bourgeons sortent de terre.
Deux arbres énormes remplissaient les forêts de cette période : c'étaient le Lepidodendron carinatum et le ÏJOfixala'
phloyos crassicauU. Tous deux appartiennent à la famille de nos Lycopodiacées actuelles , qui ne renferment aujourd'hui, comme on Ta dit plus haut, que des espèces de très-petite taille.
Le tronc desLomatophloyos était rameux ; ses rameaux se terminaient par des touffes épaisses de feuilles linéaires et charnues.
Les Lepidodendrons avaient des tiges cylindriques bifurquées. Les branches prenaient leur évolution par dichotomie, c'est-à-dire en se divisant continuellement en deux jusqu'au sommet. L'extrémité de ces branches se terminait par une fructification en forme de cône garni d'écaillés linéaires, auxciuelles on a donné le nom de lepidostrobm. Cependant plusieurs de ces rameaux étaient stériles et se terminaient simplement par des frondes (feuilles) allongées.
Fig. 54. Lepidodendron Sternbcrgii.
La figure 54 représente le Lepidodendron Stembergii, te) qu'on le trouve sous les schistes, dans les houillères de Swina, en Bohême. La figure 55 représente le môme arbre avec ses rameaux et les traces de ses organes de fructification.
La figure 56 représente une portion de branche , garnie de ses feuilles, du Lepidodendron elegans.
Fig. 58. Lepidodendron elegans. (0. N.) Fig. 55. Lepidodendron Sternbergif. (i/6 G. N).
M. Eugène Deslongchamps a bien voulu tracer la restauration du Lepidodendron Stej-nbergii, que nous représentons sur
la ligure 57, et qui montre cet arbre entier avec sa tige, ses rameaux, ses frondes et ses organes de fructitication.
Fig. 57. Lepidod'^nilron restauré (12 mèlres;.
Les fougères composaient une grande partie de la végétation pendant la période du calcaire carbonifère. Nous mettons sous
les yeux du lecteur (fig. 58) la restauration d'une fougère arborescente, et d'une fougère herbacée de cette période. Parmi les nombreuses espèces de fougères de la période du
Fi^. 58. Fongère restaurée.
(1 et 2, Fougères arhorescenUs ; 3 et 4, Fougères herbacées.)
calcaire carl.onifère, il faut citer, comme la plus caractéristique, le Sphenopieris laxus.
l,es mers do cette époque renfermaient un grand nombre de
zoophytes, près de 900 espèces de mollusques, quelques crustacés et des poissons.
On peut citer parmi les poissons, les genres Psammodus et Coccosteusy dont les dents étaient massives, insérées au palais, et propres à broyer; les Holoptychius et les àlegalichthys.
Les mollusques étaient en majeure partie des brachiopodes de grandes dimensions. Les Productus atteignent ici un développement exceptionnel ; nous citerons seulement le Productus Martini (fig. 59) et les Productus semi-reticuiatus et giganteus. Il y
Fig. 59. Fig. 6«.
Productus Martini, (tli G. N.) spirifer trigonalis. (1/2 G. N.)
Fig. 61.
Spirifer glaber. (1/2 G. N.)
Fig. r.2.
Bellerophon costatus. (1/2 G. N
Fig. 63. Fig. 64.
Orthoceras. (1/2 G. N.) Ooniatites evolutus. (O. N.)
avait de gros Spirifer^ comme les Spirifer trigonalis (fig. 60) et glaber (fig. 61). La Terehraiula hastata nous a été conservée avec les bandes colorées qui ornaient la coquille de l'animal vivant. Les Bellerophon, gastéropodes dont la coquille, enroulée symétriquement sur elle-même, rappelle les Nautiles actuels de petite taille, mais n'est pas cloisonnée, étaient alors représentés par plusieurs espèces, entre autres par le Bellerophon costatus (fig. 62). Parmi les céphalopodes vivaient lesOrthoceras (fig. 63), qui ressemblent à des Nautiles droits et rétrécis, et les Goniatites (Goniatites evolutus, fig. 64), genre voisin des Ammonites, dont il sera bientôt et souvent question.
Les crustacés sont rares dans le terrain du calcaire carbonifère : ce sont les derniers Trilobites {PhilUpsia) qui s'éteignent dans ce terrain. Quant aux zoophytes, ils consistaient surtout
Flg. 65. Platycrinas triacanihodactylus. (G. N.)
Uthottrotion basaltiforme.
Fig. 67.
Lonsdaleia floriformis.
Fig. 68.
Fosolina cylindrica.
en crinoides et polypiers. Les Encrines étaient représentés par les genres PUuycrinui (fig. 65) et Cyathocrinus; on y trouve des mollusques bryozoaires.
Parmi les polypiers on compte les genres LWiostrotion (Lithostrotion basaltiformey fig. 66), Lonsdaleia (Lonsdaleia floriformiSj fig. 67), Amplexus corallo'ides. Parmi les mollusques bryozoaires, les genres Fenestrella et Polypora. Enfin un groupe d'animaux qui joueront un rôle très-important et seront trèsabondamment représentés dans les couches des dernières périodes géologiques, vivaient déjà dans les mers de la période carbonifère : nous voulons parler des Foraminifères^ animaux microscopiques, non agrégés, à Texistence individuelledistincte, et composés d'un corps entier, ou divisé en segments, recouvert d'une enveloppe ordinairement testacée {Fusulina cylindrica^ fig. 68). Ces petits êtres, qui ont formé des bancs énormes et des terrains entiers pendant les périodes jurassique et crétacée, ont commencé d'apparaître pendant la période qui nous occupe.
La planche 69 représente, grâce à l'artifice d'une sorte d'aquarium idéal, (|uelques espèces dominantes de la population des mers pendant la période du calcaire carbonifère. A droite est une tribu de polypiers, aux reflets d'un blanc éclatant; les espèces représentées sont, en partant du bord, le Lasmocyathus, le Chxtetes et le Ptlypora. Le mollus(|ue qui habite l'extrémité du tube allongé et conique en forme de sabre, est un Aploceras, Il semble préparer la venue de l'Ammonite, car si cette coquille allongée était enroulée sur elle-même, elle ressemblerait à TAmmonite ou au Nautile.
Au milieu du premier plan sont le Bellerophon huUcus, le Nautilus Koninckii et un Productus,a\oc les nombreux piquants qui partent de l'intérieur et de l'extérieur de la coquille.
A gauche sont d'autres jiolypiers : le ChoneteSj à la surface étalée et munie de petits pi(iuants, et le Cyathophyllum^ qui forme des tip:es droites et cylindriques; des encrines {Cyalhûcrivs et Platycrius) enroulent autour d'un tronc darbre, ou laissent flotter dans l'eau leur tige flexueuse. Des poissons {Amblypterus) s'agitent au milieu de ces ùtres, dont la plupart sont entièrement immobiles, et fixés, comme des plantes, au rocher sur lequel ils se sont développés.
Le reste de cette planche nous montre une série d'îlots élevés sur une mer tranquille. Tn de ces îlots est occupé par une
forêt où se dessinent au loin les formes générales de la grande végétation de cette époque.
Terrain du calcaire carbonifère. — Le terrain formé par les dépôts des mers pendant la période du calcaire carbonifère est important à connaître en ce qu'il renferme de la houille, bien qu'en quantité beaucoup moindre que le terrain houiller. Il est essentiellement formé d'un calcaire compacte, d'une couleur grise, bleuâtre ou noirâtre. Le choc du marteau en fait exhaler une odeur fétide, due à la matière organique modifiée des mollusques et des zoophytes dont il renferme encore des débris très-reconnaissables.
Le calcaire carbonifère forme, dans le nord de l'Angleterre, de hautes montagnes ; aussi a-t-il reçu dans ce pays le nom de calcaire de montagne. On l'appelle encore mèiallifère^ à cause des richesses minérales qu'il recèle dans le Derbyshire et le Cumberland. Ce terrain existe en Russie, dans le nord de la France et en Belgique, où il fournit ces marbres communs connus sous les noms de marbres de Flandre et de petit granit. Ces marbres sont exploités dans d'autres localités, telles que Regnevillo (Manche), soit pour la fabrication de la chaux, soit comme pierre d'ornement. Une des variétés du marbre exploité à Regneville, noire, à grandes veines jaunes, est fort belle.
En France, le calcaire carbonifère^ avec ses grès, ses conglomérats, ses schistes et ses calcaires, est largement développé dans les Vosges, dans le Lyonnais et dans le Languedoc. Souventen contact avec les syénites et les porphyres, il a été nonseulement bouleversé sur divers points, mais encore métomorpkosi d'une foule de manières à cause de la variété des roches qui entrent dans sa constitution.
Aux États-Unis, le terrain du calcaire carbonifère occupe une assez grande place derrière les AUeghanys. On le retrouve aussi dans la Nouvelle-Hollande.
En vertu de leur ancienneté, relativement aux calcaires secondaires et tertiaires, les terrains du calcaire carbonifère sont généralement plus accidentés. La vallée de la Meuse, de Namur jusqu'à Chockier, au-dessus de Liège, est creusée dans celte formation, dont les relèvements lui donnent, surtout sur la rive gauche, un caractère des plus pittoresques.
SODS-PÉRIODE HOUILLÈRE
Cette période terrestre est caractérisée d*une manière bien remarquable par l'abondance et Tétrangeté de la végétation qui couvrait alors les parties continentales du globe. Sur tous les points de la terre , au moins depuis les tropiques jusqu'à Téquateur, celte flore présentait, comme nous l'avons dit, une uniformité frappante. En la comparant aux flores actuelles, un savant botaniste français, M. Ad. Brongniart, est arrivé à conclure qu'elle a de grandes analogies avec notre flore des îles équatoriales et de Ta zone torride , dans lesquelles le climat maritime et l'élévation de la température existent au plus haut degré. Il est donc à croire que les îles étaient très-nombreuses à celte époque , et que les parties du sol émergées formaient une sorte d'immense archipel sur l'Océan général.
C'est aux belles recherches de M. Ad. Brongniart que nous devons de connaître très-exactement la flore houillère. Elle se composait de grands arbres, souvent herbacés, mais surtout de petits végétaux dont renseml)le devait former un gazon épais et serré, à demi noyé dans des marécages d'une étendue presque sans limites. M. Brongniart a signalé, comme propres à cette période, cinq cents espèces de végétaux appartenant aux familles que nous avons déjà vues poindre à l'horizon devonien, mais qui atteignent ici un développement prodigieux. Absence presque complète des dicotylédones ordinaires et des monocotylédones; prédominance des cryptogames, en particulier des fougères , des lycopodiacées et des équisétacées : formes insolites et actuellement détruites dans ces mêmes familles ; quelques dicotylédones gymnospermes, formant un genre de Conifères complètement disparu, nonseulement actuellement , mais dès la fin de la période houillère : tels sont les grands traits caractéristiques de la flore houillère, et en général de la période de transition.
La végétation de l'époque houillère différait absolument de celle d'aujourd'hui ; les conditions climatériques de ces temps
reculés du globe font d'ailleurs comprendre les caractères qui distinguent cette végétation primitive. Des pluies continuelle^ et une chaleur intense, une lumière douce, voilée par des brouillards permanents , engendraient cette végétation toute particulière dont on chercherait vainement l'analogue de nos jours. Si l'on voulait toutefois se faire une idée, par une localité moderne, du climat et de la végétation propres à la phase géologique qui nous occupe, il faudrait se transporter par la pensée dans certaines ties ou sur le littoral de Tocéan Pacifique, et, par exemple, dans Tile de Chiloé, où il pleut pendant trois cents jours de l'année et où le soleil est caché par des brouillards permanents. La végétation de cette lie peut donner une idée approximative de celle qui a couvert le globe terrestre pendant la période houillère. Dans cette île, des fougères arborescentes forment en partie des forêts; à leur ombre, croissent des fougères herbacées s'élevant à 1 mètre au-dessus d'un sol presque entièrement marécageux, et qui donne asile à une masse de cryptogames, rappelant ainsi les grands traits de la flore houillère.
Cette flore était, comme nous l'avons dit, uniforme et pauvre en genres botaniques, comparée à l'abondance et à la variété des genres actuels ; mais les familles peu nombreuses qui existaient alors renfermaient beaucoup plus d'espèces qu'elles n'en offrent maintenant dans les mêmes contrées. Ainsi, les fougères fossiles du terrain houiller, en Europe, comprennent environ deux cent cinquante espèces, tandis que l'Europe n*en produit actuellement que cinquante. Les dicotylédones gymnospermes, qui maintenant ne comprennent en Europe que vingt- cinq espèces, en renfermaient alors plus de cent vingt.
Parmi les espèces végétales caractéristiques du terrain houiller, nous signalerons les suivantes :
Dans la famille des fougères, le Neuropteris heterophylîa (fig. 70) , VOdontopteris Schlotheimii (fig. 71), lePecopteris aquilina (fig. 72), le Sphenoptej-is Hxninghausii (fig. 73).
Dans la famille des lycopodiacées, le Lepidodendron Stembergii^ déjà signalé dans le terrain du calcaire carbonifère, le Lepidodendron crenatum (fig. 74), et le Lepidodendron elegàns (Og. 75).
Dans la famille des équisétacées, les Calamités Stu>komi (fig. 76) , et les Calamités cannxformis (Og. 77).
[ilinUlHl I FTiffifItfflliïilIllIJii liïrlf' 1 1 WJL
Fip. 71. OdontopterisSchlolheimii. (G. N.)
F g. 73. Pecopterisaqoilina. (G N.
Dans la famille des sigillariécs, les Sigillaria lœvigata (fig, 78), et pachyderma (fig. 79).
Dans la famille des astérophyllitées, YAnnularia brevifolia
Pis- 7S* ap^tBopterit Haninghauiii.
Fîg. 74. fiooree de Lepidodeniron crenatum.
Kig. 7«. Tige de Calamités Suckovii. (i/îio. N.)
Fig. 75. Rftmeu de Lepidodcndron e!cgans. ce. N.)
F g. 77. Tronc de Cal mites cannaefornis. (1/3 G. N.)
(flg. 80), le SphenophyUum dmtalum et l'Asterophyllites foliosà (fig. 81).
Fig. 78. Sigillaria Isvigata. (l/i G. N.) Fig. 79. Sigillaria pachydemuL (l/S O. N.)
Fig. 80. Annularia brevifolia.
Flg. 81. Asterophyllites foliosa. (G. N.)
Nous représentons dans la figure 82 la restauration de l'un de ces Asterophyllites, le SphenophyUum, d'après M. Eug. Deslong-
champs. Celarbreherbacéy comme lesCalamites, devait présenter l'aspect d'une immense asperge. On le voit représenté ici avec ses rameaux et ses frondes, qui ressemblent à des feuilles de
Fig. 82. Sphenopbyllum restauré. (8 à 9 mètres.)
gincko. Le bourgeon» ainsi que le représente la figure, est terminal, au lieu d'être auxiliaire, comme dans certains Calamités. Si, pendant la période houillère, le règne végétal était à son
apogée, le règne animal, au contraire, était très-pauvre. On a découvert, en Amérique et en Allemagne, les restes, consistant en portions de squelette et empreintes de pas, d'un reptile qui a reçu le nom d'Archegosaurus. La figure 83 représente la tête et le cou de V Archegosaurus minora trouvé en 1847 dans le bassin houiller de Saarbruck, ville située entre Strasbourg et Trêves.
Fig. 83. Archegosaurus minor (tête et con). (1/2 6. N.)
On peut citer encore, parmi les rares animaux de cette période, quelques poissons analogues à ceux du terrain dévonien (Holoptychius et Megalichihys), lesquels sont armés de mâchoires et de dents énormes. Quelques insectes ailés venaient s'adjoindre à ce mince cortège d'êtres vivants.
11 est donc vrai de dire que les immenses forêts et les marécages remplis d'arbustes et de végétaux herbacés, qui formaient, sur les nombreuses îles de cette époque, un tapis épais et touffu, étaient presque vides d'animaux.
On a essayé de reproduire l'aspect de la nature pendant cette période sur la planche 84, qui représente un marécage et une forêt de la période houillère. On y voit une végétation courte et serrée, une sorte de gazon composé de fougères herbacées et d'équisétacécs. Divers arbres de haute futaie s'élèvent audessus de cette végétation lacustre.
Voici l'indication exacte des espèces végétales représentées
sur cette planche, qui a été exécutée, comme la précédente, sous la direction de M. Eugène Deslongchamps.
A droite se voient les troncs nus d'un Lepidodendron et d'un Sigillaria; une fougère arborescente se dresse entre ces deux troncs. On voit au pied de ces grands arbres, une fougère herbacée et un Stigmaria, qui étend dans l'eau ses longues racines ramifiées et pourvues de spores reproducteurs.
A gauche, le tronc nu d'un Sigillaria^ arbre dont le feuillage est encore inconnu, un Sphenophyllum et un Conifère. Il est difficile de préciser l'espèce de cetle dernière famille, dont les empreintes sont, comme chacun a pu le reconnaître, trèsabondantes sur les houilles.
On voit en avant de ce groupe deux troncs brisés ou renversés de Lepidodendron et de Sigillana^ mêlés à un amas de végétaux en voie de décomposition, et qui vont former un riche humus, sur lequel se développera bientôt toute une nouvelle génération de plantes. Des fougères herbacées et des bourgeons de CalamUe sortent de l'eau du marécage.
Dans l'eau se voient aussi les poissons propres à la période houillère, et le reptile aquatique Archegosaurus^ montrant sa tête longue et pointue, la seule partie du corps de cet animal que l'on ait encore trouvée. Des bourgeons de Calamité sorlent aussi de l'eau du marécage ; un Stigmaria y étend ses racines. Lesjolies i45ferop4i/Wîto dressent au-dessus de Teau, au premier plan, leurs tiges finement découpées.
Une futaie composée de Lepidodendrons et de Calaynites forme l'arrière-plan du tableau.
Mode de formation des couches de houille. — La houille, avonsnous dit, n'est autre chose que le résultat de la décomposition partielle des plantes qui couvraient laterre pendant une période géologique qui a été d'une durée immense. Personne aujourd'hui ne met en doute cette origine. On trouve fréquemment, dans les mines de houille, de menus débris de ces plantes mêmes dont les troncs et les feuilles caractérisent le terrain houillei*, ou carbonifère. Plus d'une fois on a rencontré, au milieu d'un banc de houille, d'immenses troncs d'arbres. C'est ce que l'on a vu, par exemple, dans la mine de houille du
Treuil, à Saint-Etienne. La figure 85 reproduit un dessin qui a été pris par H. Ad. Brongniart dans cette mine ; les arbres
Fig. 85. Mine du Treuil, à Saiot-Étienne.
(Lepidodendrons) ne sont pas mêlés à la houille même, mais à la couche de terrain qui la recouvre.
En Angleterre, dans rAmérique du Nord, on a trouvé de même des arbres entiers traversant les couches de houille» ou qui leur étaient superposés.
«Dans ianouillèrc de Parkfield-Colliery, dit M. Lyell, dans le Staffordshire méridional, on a mis à découvert, en 1854, sur une surface de quelques centaines de mètres, une couche de houille qui a fourni plus de soixante-treize troncs d'arbres garnis encore de leurs racines. Quelques-uns de ces troncs mesuraient plus do 3 mètres de circonférence ; leurs racines formaient en partie une couche de houille épaisse de 25 centimètres, reposant sur un lit d^argile de 50 milimètres, audessous duquel était une seconde forêt superposée à une bande de
houille de 60 centimètres à 1 mètre 50 centimètres. Au-dessous existait uue troisième forôt avec de gros troncs de Lepidodendrons^ de Calainites et d'autres arbres*. »
Dans la baie de Fundy (Nouvelle-Ecosse), M. Lyell a trouvé, sur une épaisseur de houille de 400 mètres, 68 niveaux difTérents, présentant les traces évidentes de plusieurs sols de forêts dont les troncs d'arbres étaient encore garnis de leurs racines.
Nous chercherons à établir ici avec beaucoup de soin la véritable origine géologique de la houille, afin de ne laisser aucun doute dans l'esprit de nos lecteurs sur une question aussi importante.
Pour expliquer la présence de la houille au sein de la terre, il n'y a que deux hypothèses possibles. Ces débris végétaux peuvent résulter de Tenfouissement de plantes qui auraient été amenées de loin et transportées par les fleuves ou les courants maritimes, en formant comme d'immenses radeaux, qui seraient venus s'échouer en diflerents lieux, et auraient été plus tard recouverts par des terrains nouveaux ; — ou bien les plantes qui composent la houille sont nées surplace : elles résulteraient, dans cette seconde hypothèse, de la décomposition, accomplie sous terre, d'une masse accumulée de végétaux qui sont nés et qui ont péri dans les lieux mêmes où on les trouve. Examinons chacun de ses deux systèmes d'explication.
Les couches de houille peuvent-elles résulter du transport par les eaux et de l'enfouissement dimmenses radeaux formés de troncs d'arbres? Cette idée a contre elle la hauteur énorme qu'il faudrait supposer à ces radeaux pour en faire des couches de bouille aussi épaisses que celles dont les lits successifs composent nos mines de charbon. Si l'on prétend, en eflet, en considération le poids spéciOque du bois et son contenu en carbone, on trouve que les dépôts houillers actuels ne peuvent être que les 7 centièmes environ du volume primitif du bois et autres matières végétales qui leur ont donné naissance. Si l'on tient compte, en outre, des nombreux vides résultant nécessairement d'un entassement irrégulier de débris dans le radeau supposé, on reconnaît que la houille, qui a été formée par des plantes d'un poids spécifique peu considérable, ne peut guère
]. Ccur» élémentaire de géologiey t. II, p. 59.
représenter que les 5 centièmes de Tépaisseur du radeau hypothétique qui aurait produit cette même houille. Une couche de charbon de terre de 5 mètres d'épaisseur, par exemple, aurait exigé d'après cela un radeau d'une épaisseur de 95 mètres. De tels radeaux ne pourraient flotter ni dans nos rivières, ni dans une grande partie de nos mers, par exemple dans la Manche, ni sur la côte orientale de TAmérique du Sud, etc. D'ailleurs, ces accumulations de bois n'auraient jamais pu s'arranger assez régulièrement pour former ces couches de charbon parfaitement stratifiées et d'une épaisseur égale sur des étendues de plusieurs kilomètres, que l'on voit, dans la plupart des gisements houillers, se succéder par superposition, séparées par des bancs de grès ou d'argile. Et même en admettant une accumulation lente et graduelle de débris végétaux, comme cela peut arriver à l'embouchure des fleuves, ces végétaux n'auraient-ils pas été alors noyés dans une grande quantité de limon et de terre? Or, dans la plup3.rt des couches de houille, la proportion des matières terreuses ne dépasse pas 15 pour 100. Si nous invoquons enfin le parallélisme remarquable que l'on observe dans les différents lits du terrain houil- 1er, et la belle conservation qu'on y admire des empreintes des parties végétales les plus délicates, il restera démontré que ces formations se sont opérées avec une tranquillité parfaite. Nous sommes donc forcé de conclure que la houille résulte de la fossilisation des végétaux opérée surplace, c'est-à-dire dans les lieux mêmes où ces végétaux ont vécu *^
Pour comprendre entièrement le phénomène de la transformation en houille des forêts et des plantes herbacées qui remplissaient les marécages de l'ancien monde, il est une dernière considération à présenter. Pendant la période houillère, l'une des plus anciennes de l'histoire du globe, la croûte terrestre, alors à peine consolidée, ne formait qu'une enveloppe trèsélastique, en raison de son immense étendue, et qui reposait sur la masse liquide intérieure. Cette croûte élastique était agi-
1. Nous ne saurions d'après cela considérer que comme très-inexacte la donnée d'après la']ucl)e M. Unger représente, dans une des planches de son Mande primitif, un déluge houiller. Une tranquillité parfaite caractéiise, au contraire, celte période, et c'est introduire une vue complètement en opposition avec les faits que de placer à cette -époque un cataclysme géologique.
tée par des mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement de la masse liquide interne, qui était soumise encore, comme le sont nos mers actuelles, à Tattraction lunaire et solaire, ce qui donnait naissance à des sortes de marées souterraines, pouvant produire, à des intervalles plus ou moins éloignés, de grands affaissements du sol. C est peut-être par un de ces aiïaissements que les forêts et les grandes masses végétales de Tèpoque houillère se trouvaient submergées, et que les herbes et arbustes, après avoir couvert un certain temps la surface de la terre, finissaient par être noyés sous les eaux. Après cette submersion, de nouvelles forêts se développaient dans le même lieu. Par un nouvel affaissement, ces forêts s'enfonçaient à leur tour sous les eaux. C'est probablement par la succession de ce double phénomène : l'enfouissement des plantes et le développement sur le môme terrain de masses nouvelles, que les énormes amas de plantes à demi décomposées qui constituent la houille, se sont accumulés pendant une longue série de siècles.
La houille a-t-elle été produite par des grands végétaux, par exemple par les grands arbres des forêts de cette époque, tels que les Lepidodendrons, Sigillarias, Calamités et Sphenophyllums? Cela est peu probable. Plusieurs dépôts houillers ne contiennent aucun vestige des grands arbres d^ la période houillère, mais seulement des fougères herbacées et autres plantes de petite taille. Il est donc présumable que la grande végétation a été à peu près étrangère à la formation de la houille, ou du moins elle n'a joué dans cette fossilisation qu'un rôle accessoire. Il y avait pendant la période houillère, comme de nos jours, deux végétations simultanées : l'une formée d'arbres de haute futaie; l'autre herbacée, aquatique, se développant sur des plaines marécageuses. C'est cette dernière végétation qui a dû surtout fournir la matière de la houille, de même que ce sont les plantes herbacées des marais qui alimentent nos tourbières actuelles, cette sorte de houille contemporaine.
Quel genre de modifications ont dû subir les végétaux de l'ancien monde, pour arriver à cet état de masse charbonneuse et chargée de bitume qui constitue la houille? Les plantes submergées durent présenter d'abord une masse légère et spongieuse, complètement analogue à la tourbe actuelle de nos
marécages. En séjournant sous les eaux, ces masses végétales y subirent une pourriture partielle, une fermentation, dont les diverses phases chimiques sont malaisées à définir. Ce qu'on peut affirmer toutefois, c'est que la décomposition, la fermentation des tourbes de l'ancien monde, s'accompagna de la production de beaucoup de carbures d'hydrogène, gazeux ou liquides. Telle est l'origine des carbures d'hydrogène qui imprègnent la houille, et celle des huiles goudronneuses dont sont pénétrés les schistes bitumineux. Cette émission de gaz hydrogène bicarboné dut même se continuer aprèsl'enfouissement des couches de tourbe sous les terrains qui vinrent les recouvrir.
C'est le poids et la pression de ces terrains qui ont donné à la houille la densité considérable qui la distingue, et son état de forte agrégation.La chaleur émanée du foyer intérieur du globe, et qui se faisait encore sentir à sa surface, dut aussi exercer une grande influence sur le résultat final. C'est à ces deux causes, c'est-à-dire à la pression et au plus ou moins grand échauffement par le foyer terrestre central, que l'on doit attribuer les différences qui existent dans la nature minéralogique des différentes houilles, à mesure que l'on s'élève de la base du terrain liouiller vers les dépôts supérieurs. Les couches inférieures sont plus sèches et plus compactes que les supérieures, parce que leurminéralisationaété complétée sous l'influence d'une température plus élevée, et en même temps d'une pression plus forte.
Une expérience qui a été tentée pour la première fois, en 1833, à Sain-Bel, reprise ensuite par M. Gagniard de la Tour, et qui a été complétée à Saint-Ëtienne, en 1858, met tout à fait en évidence le mode de formation de la houille : on a réussi à produire artificiellement de la houille très-compacte en exerçant sur du bois et autres matières végétales la double influence de la chaleur et de la pression.
L'appareil qui a été employé pour cette expérience, à Saint- Etienne, par M. Baroulier, permet d'exposer des matières végétales, enveloppées d'argile humide et fortement comprimées, à des températures longtemps soutenues, comprises entre 200 et 300^ Cet appareil, sans être absolument clos, met obstacle à l'échappement des gaz ou des vapeurs, de sorte que la décomposition des matières organiques s opère dans un milieu saturé
PÉRIODE UAKBONIFEUE. 131
(lliumidité, et sous une pression qui s'oppose à la dissociation des élcmènts dont elles se composent. En plaçant dans ces conditions de la sciure de bois de diverse nature, on a obtenu des produits dont Taspect et les propriétés rappellent tantôt les houilles brillantes, tantôt les houilles ternes. Ces différences tiennent d'ailleurs aux conditions de Texpérience, ou à l'essence du bois employé; aussi paraissent-elles exi)liquer la formation des houilles slriéesy ou composées d'une succession des veinules alternativement éclatantes et mates.
Quand on comprime des tiges et des feuilles de fougère entre (les lits d'argile ou de pouzzolane, elles se décomposent par cette seule pression, et forment sur ces blocs un enduit charbonneux et des empreintes tout à fait comparables aux empreintes végétales des blocs de houille. Ces dernières expériences, qui ont été faites pour la première fois par un physicien anglais, M. Tyndall, nous font comprendre le mode de formation de la houille afix dépens des végétaux de lancien monde.
Terrain /iowt7/er.'— Passons à la description du terrain houiller actuel.
Ce terrain se compose de couches successives, plus ou moins
puissantes, composées de grès divers, nommés grès houillers, d'argiles ou de schistes, parfois bitumineux et inflammables,
enCn de houille. Ces trois roches forment entre elles desslraus, dont rensemble peut alterner jusqu'à cent cinquante fois. Le carbonate de fer peut être considéré comme roche constituante de ce terrain; il est tellement répandu, conjointement avec la houille, sur certains points de l'Angleterre, qu*il alimente la plus grande partie des hauts fourneaux de fer de la Grande- Bretagne, il faut noter pourtant qu'en France ce fer carbonaU /i//iow/e ne constitue que des rognons très-intermittents, de sorte qu'il a fallu chercher d'autres minerais pour subvenir aux besoins des fonderies qui avaient été établies en prenant pour base les gisements houillers de l'Angleterre.
La figure 86 donne une idée de la disposition habituelle de la houille, qui se trouve enclavée entre deux couches horizontales et parallèles d'argile schisteuse, mêlée de rognons de carbonate de fer. C'est une disposition très-fréquente dans les mines de houilled'Angleterre. Le bassin houiller de TAveyron, en France, offre une disposition analogue.
La présence fréquente du carbonate de fer dans les gisements de houille est une des circonstances les plus heureuses pour l'industrie métallurgique. Quand on trouve réunis dans.leméme lieu le minerai de fer et le combustible, on peut établir à peu de frais les usines pour l'extraction et l'exploitation simultanée de la fonte et du fer; c'est ce qui existe dans les bassins houillers de l'Angleterre, et de la France à un moindre degré, c'està-dire seulement à Saint-Étienne et à Alais.
Voici quelle est, dans les divers pays du globe, l'étendue des terrains houillers accessibles à l'exploitation de l'homme. Cette étendue est :
Kilom. carrés.
Pour TAmérique du Nord, de 500 000
Pour l'Angleterre, de 10 000
Pour la France, de 2 5C0
Pour la Belgique, de 1 275
Pour la Prusse rhénane et Sarrcbruck, de. . . . 2 400
Pour la Westphalie, de 650
Pour la Bohême, de 1 000
Pour la Saxe, de 75
Pour les Asturies, en Espagne, de • . . 500
Pour la Russie, au plus de 250
PÉRIODE CARBONIFiÏRE. 133
Le sol américain contient donc beaucoup plus de terrain houiller que l'Europe : il possède 1 kilomètre carré de terrain houiller pour 15 kilomètres carrés de surface. Mais hâtonsnous d'ajouter que les immenses richesses houillères de l'Amérique sont restéesjusqu'ici fort peu productives. Voici, en effet, le produit annuel que donne l'exploitation des houillères en Amérique et en Europe. Le tableau qui suit est tiré de l'ouvrage de M. A. Burat sur les Minéraux lUUes.
BASSINS HOUILLERS PRINXIPAUX. PRODUCTION ANNUELLF.
du pays de Galles >^ Tonnen.
du Deibyshire
Iles Britanniques ...{ du Staffordsliire }. . . . 65 000 000
de Newcastle
de rÉcossc
des Alleghanys . .
c, , rr ■ ) du Tennessee et de la Pensyl- . ,n/%ArtA/^/^
Etats-Unis < '' y 10 000 000
^ vanie ^
de rillinois
du couchant de Mons
'^""■9- ^dïcSroi:::::::. ::::::::>•••• «°°°°°^
de Liège
du Nord et du Pas-de-Calais. \
de la Loire j
France { de Saôneet-Loire [ 6 000 000
de FAllier i
du Gard ]
de Sarrebruck J
Prmee,Aiien,aj.e.' J« Jj ^jjj^';;;;;;;;;;;;;;;;- .. .. eocoooo
[ de Tharand en Saxe )
Autriche I de la Bohônae I 900 000
p \ des Asturies i raa aaa
de TAndalousie.
On voit que les États-Unis ne viennent qu'au deuxième rang pour la production houillère.
Le bassin houiller de la Belgique et du nord de la France forme une zone presque continue depuis Liège, Namur, Char- Icroi et Mons jusqu'à Valenciennes, Douai et Béthune. Les couches de houille y sont au nombre de cinquante à cent dix, et d'une épaisseur comprise entre 0'",25 et 2 mètres.
Les quelques bassins houillers qui sont dispersés au-dessous
des terrains secondaires du centre et du midi de la France, offrent des couches moins nombreuses, plus épaisses et moins régulièrement stratifiées. Les deux bassins de Saône-et-Loire, dont les principaux centres d'exploitation sont le Greuzot, Blanzy, Montchanin, Épinac, ne renferment pas plus de dix couches; mais, parmi ces couches, il en est qui atteignent 10 30 et même 40 mètres d'épaisseur, comme à Montchanin. Le bassin houillerde la Loire est celui qui contient la plus grande épaisseur totale de couches de houille. Ces couches y sont au nombre de vingt-cinq.
Après ceux du Nord, de Saône-et-Loire et de la Loire, les principaux bassins de la France sont les bassins de TAllier, où se trouvent les couches puissantes exploitées à Commentry et Bezenet; le bassin de Brassac, qui commence au confluent de TAllier et de TAlagnon; le bassin de l'Aveyron, connu par les exploitations de Decazeville et d'Aubin; le bassin du Gard et de la Grand'-Combe. Outre ces bassins principaux, il en est un grand nombre de petits moins importants, et dont Texploita-
Fig. 87. Plissement «les couches de houille.
tion fournit annuellement à la France 6 à 7 millions de tonnes de houille.
Les couches de houille sont rarement dans la position où elles ont été produites, qui est l'horizontalité. Elle sont, en général, très-tourmentt'es, par suite des nombreuses dislocations
qu'elles ont subies. On les voit rompues par des failles contournées, parfois repliées sur elles mômes en zigzag. La figure 87 est un exemple des plissements qui affectent tout Tensemble des couches houillères du bassin de la Belgique et du nord de la France, plissements qui permettent, comme on le voit, aux puits verticaux qui servent à l'extraction de la houille de traverser plusieurs fois les mômes couches.
PERIODE PERMIENNE.
La terre continuant à se refroidir, des fractures se produisirent dans l'épaisseur de sa croûte consolidée. Par les larges ouvertures demeurées béantes à la suite de ces ruptures, les matières liquides ou visqueuses, renfermées au-dessous de la couche consolidée, se firent jour, et s'élevèrent lentement à l'extérieur, en formant des dômes, ou éminences, qui offraient asscx. exactement l'aspect d'un dé à coudre. La syénite et le porphyre sont les substances qui furent alors mises au jour.
Les montagnes porphj riques et syénitiques qui, à la fin de la période de transition, s'élevèrent de l'intérieur du globe, étaient brûlantes, et leur surface étaitpar conséquent impropre encore à la végétation. Elles se dressaient donc arides et nues, sur la terre, couverte en d'autres pariies de la riche végétation de l'époque houillère ^
Sur le dernier plan de la figure 9 2 (p. 140), qui représente une vue idéale de la terre pendant la période permienne, on voit une série de ces dômes de porphyre et de syénite récemment soulevés. Du milieu de la mer s'élance une masse d'eau vaporisée par la chaleur émanée des porphyres et des syénites; elle forme une sorte de trombe de vapeur. Arrivée à une certaine hauteur, cette vapeur d'eau se condense et retombe en pluie. Enlin, comme Tévaporation de si grandes masses d'eau s accompagne nécessairement d'un énorme dégagement d'électricité, c'est au milieu des éclats de tonnerre et des brillantes lueurs des éclairs que se produisaient ces imposantes scènes du monde primitif.
Pendant la période permienne, les espèces végétales et ani-
1. Notons pourtant que déjà avant la période houillère des porphyres avaient surgi ; on trouve quelquefois leurs débris roulés dans les conglomérats inférieurs du système charhonncux.
PÉRIODE PERMIENNE.
maies étaient à peu près les mêmes que celles qui sont propres à la période horuillère. M. Ad. Brongniart a trouvé les formes de la flore permienne intermédiaire entre les formes de la période carbonifère et celles de la période qui va suivre.
Comme plantes caractéristiques de la végétation permienne, nous citerons parmi les Fougères, le Sphenopteris dichotoma, le Pecopleris MartinsH, le Nevropteris tenuifoUa; parmi les Équisétacées, le Calamités gigàs; parmi les Lycopodiacées, le Lepidodendron elangatum; parmi les Astérophyllitées, VAnnulana florihunda; parnâ les Conifères, les Walchia Schlotheimii et hypnoides (fig. 88 et 89), qui ressemblent beaucoup aux Araucarias
Fig. M. Wal€hia Schlotheimii. (G. N.)
Fig. 89. Rameau et frucUncations de Walchia hypnoîdes. (G. N)
de l'époque actuelle par leurs tiges, leurs feuilles et leurs fruits; parmi les Nœggerathiées, grands arbres d'une famille intermédiaire entre les Cycadées et les Conifères, le Nœggerathia expansa^ dont la figure 90 représente un rameau fossile.
Les Psaronius étaient de grands arbres qui, avec les Nœgge^ ralhia, composaient alors la haute végétation.
Les mers permiennes, outre les animaux en très-petit nombre qui sont caractéristiques de la période houillère, renfermaient surtout un genre de reptiles assez semblable à nos Crocodiles : c'était le Protorosaurus.
Dans ces mers étaient encore de nombreuses espèces de poissons ganoïdes et placoïdes {Palxoniscus, Platysomus), etc. ; plu-
sieurs espèces de mollusques et surtout des bracbiopodes. Mentionnons des Spirifer, notamment le Spirifer undulatus et
Fig. 90. Empreintes de feuille de Nœggerathia expansa. (G. N.)
les derniers Productus, parmi lesquels les Productus horridus (fig. 91) et aculeuus sont les plus caractéristiques. Un autre
Fig. 91. Productus horridus. (1/2 G. N.)
genre voisin qui appartient aussi à la famille des Productidées, le genre Sirophalosia, était hérissé de longues épines sur toute sa surface. L'espèce la plus répandue, la Slropïwlosia Schlothei-
PÉRIODE PERMIENNE. 141
mii, abonde en Thuringe, en Angleterre et en Russie. Signalons enfin Tapparîtion de quelques huftres, mais encore en Irès-petit nombre. Le Fenestrella représente les mollusques bryozoaires. Il y avait aussi quelques zoophytes qui n'avaient pas apparu jusqu'alors*
La planche 9.2 représente une vue idéale de la terre pendant la période permienne. Au fond est un rideau de montagnes porphyriques et syéniliques récemment soulevées, et pour ainsi dire encore fumantes. A gauche une éruption de matières gazeuses et d'eau vaporisée. Sur la rivage, à droite, s'élèvent les grands végétaux propres à cette période, c'est-à-dire desLepidodendrons, des Calamités, des Fougères herbacées et le Walchia, restauré d'après sa ressemblance avec notre Araucaria giganfea moderne. Au bord de la mer, et mis à découvert par la marée basse, on aperçoit les mollusques et zoophytes propres à cette période, tels que des Produclus, des Spirifer et des Encrincs. Les jolies plantes, nommées Asterophyllites^ que nous avons signalées dans la période carbonifère, se voient dans l'eau, non loin du rivage.
Terrain permien. — Nous venons d'esquisser la physionomie de la terre à l'époque permienne. Quels sont les gîtes, la puissance, la constitution minéralogique du terrain qui s'est formé par les dépôts des mers de cette période?
On divise le terrain permien en trois étages, qui sont, en allant de bas en haut :
!• Le nouveau grès rouge; 2» le zechstein; S"* le grès des Vosges.
Le nouveau grès rouge, dont Tépaisseur moyenne est de 100 à 200 mètres, existe dans une grande partie de l'Allemagne, en Angleterre, dans les Vosges, etc. ; il ne renferme que de rares fossiles : ce sont des troncs silicifiés de Conifères, quelques em preintes de Fougères et de Calamités.
Le zechstein (pierre démine), terrain ainsi appelé par les Allemands à cause des nombreux gisements métallifères que Ton rencontre dans ses diverses couches, ne présente, en France, que quelques lambeaux insignifiants ; mais il atteint en Allemagne et en Angleterre une épaisseur de 150 mètres. Il se compose de calcaires magnésien , argilifère, bitumineux : ce
dernier est noirâtre et fclide. Les roches subordonnées sont des marnes, du gypse et des schistes bitumineux inflammables, qui se rencontrent en grandes proportions dans le pays de Mansfeld en Thuringe, parmi les minerais de cuivre gris argentifère et plombifère, largement exploités dans cette contrée. Plusieurs de ces schistes cuprifères sont remarquables en môme temps par les nombreux poissons fossiles qu'ils renferment. Aussi nomme-t-on en Thuringe ces schistes Kupferschieftr.
Le zechstein renferme les fossiles, animaux et végétaux, dont nous avons parlé plus haut.
Le grès des Vosges j habituellement coloré en rouge, et dont l'épaisseur peut aller jusqu'à 100 ou 150 mètres, compose toute la partie septentrionale des montagnes des Vosges, où il forme d'assez nombreuses sommités plates, qui sont les témoins d'un ancien plateau entamé par les eaux courantes. 11 ne contient que quelques rares débris de végétaux.
La France, l'Angleterre, l'Allemagne ne présentent que des affleurements très-peu nombreux du terrain permien, si on les compare à l'inmiense étendue que ce terrain occupe dans la partie orientale de la Russie d'Europe. C'est du nom de la province de Penn, qui forme une grande partie de la Russie d'Europe, que Ton a tiré le nom de permien, pour la période et pour le terrain ((ui nous occupe. Ce terrain, qui se compose, dans cette partie de la Russie, d'une puissante alternance de calcaires, de marnes et de grès, renferme des Productus, des Fougères et même des reptiles et des poissons analogues à ceux du zechstein de l'Europe occidentale. On trouve dans le même terrain du gypse et du sel gemme, affleurant le sol, et que l'on exploite en grand*.
11 ne nous reste, pour terminer ce qui concerne la période permienne, qu'à signaler l'étendue géographique des mers et des continents ii cet âge du globe.
1. En France, le lorrain pcimien se confolid parfois, p:ir ses schistes, avec les schistes supérieurs du terrain houiller, et devient p;ir cela môme une cause de déception pour les mineurs qui travaillent s»ir celte c niche, s'imaginant être près de la houille. 11 convient donc que celle circonstance soit expliquée d ins ks trailés de géologie*
PÉRIODE PERMIENNE. 143
Les mers couvraient alors une partie de la place occupée aujourd'hui par la chaîne des Vosges ; elles s^étendaient par la Bavière rhénane et le grand- duché de Bade, jusqu'en Saxe et en Silésie. Elles communiquaient avec l'Océan, qui occupait le centre de l'Angleterre, et la Russie.
Dans le reste de l'Europe, les continents ont peu varié depuis les périodes primitive, devonienne et houillère. En France, le plateau central formait une gi'ande île qui s'étendait vers le sud, probablement jusqu'au delà des Pyrénées ; une autre lie se composait du massif breton. En Angleterre et en Russie, les continents s'élargissent considérablement vers l'est. Enfin, il parait qu'à la fin de l'époque carbonifère le continent belge vosgien s'étendait depuis les départements du Pas-de-Calais et du Nord, en France, traversant toute la Belgique, jusque bien au delà du Rhin.
Après avoir décrit VÉpoque de transition^ nous allons entrer dans l'étude d'une époque nouvelle de l'histoire de notre globe, celle qui a reçu des géologues le nom d'Époque secondaire. Mais avant d'aborder cette époque, il sera l)on de jeter un coup d'œil en arrière, pour résumer les 'faits dont le lecteur vient d'acquérir la connaissance.
C'est dans l'époque de transition que les plantes et les animaux apparurent pour la première fois, avons-nous dit, sur notre globe un peu refroidi. C'est alors que dominaient dans les mers, que régnaient, pour nous servir de l'expression consacr«!e, les poissons connus sous le nom de ganoïdes (de yavo;, éclat), à cause du poli de la carapace ou des écailles qui couvraient leur corps, et qui étaient souvent aussi compliquées que bizarres ; — les Trilobites, curieux crustacés qui naissent et disparaissent à jamais avec l'époque de transition ; — une quantité immense de mollusriues céphalopodes et brachiopodes; — les Encrines, animaux de l'organisation la plus curieuse, sortes de fleurs minérales qui sont un des plus gracieux ornements de nos collections paléontologiques.
Mais parmi tous ces êtres, ceux qui dominaient, ceux qui
étaient véritablement les rois du monde organisé, c'étaient les poissons, et surtout ces poissons ganoïdes, dont rien ne rappelle Torganisation dans les êtres vivants actuels, et qui, pourvus d'une sorte de cuirasse résistante, semblaient avoir reçu de la nature ce moyen de protection, pour assurer leur existence, et leur permettre de triompher de toutes les causes de destruction qui les 'menaçaient dans l'océan de Tancien monde.
A Tépoque de transition, la création vivante était dans son état d'enfance. Aucun mammifère ne troublait de ses cris la tranquillité des vallons ou des forêts ; aucun oiseau n'avait encore déployé ses ailes. Point de mammifères, ainsi point d'instinct maternel ; aucune de ces douces affections qui sont, chez les animaux, comme les précurseurs de l'intelligence, comme une expression du cœur qui annonce une prochaine révélation de l'esprit. Point d^oiseaux, ainsi point de chantres des airs. Les poissons, les mollusques et les crustacés silencieux sillonnaient les profondeurs des mers ; l'immobile zoophyte y vivait de la vie obscure et presque inconsciente de ces êtres imparfaits. Sur les continents on ne trouvait que des reptiles fangeux et de petite taille, avant-coureurs de ces monstrueux sauriens qui devaient apparaître dans l'époque secondaire.
La végétation, pendant l'épofjue de transition, était surtout composée de plantes appartenant aux ordres inférieurs. Bien qu'elle comptât quelques végétaux élevés dans l'organisation, c'est-à-dire des Dicotylédones, c'étaient les cryptogames, les fougères, les lycopodes et les équisétacées , parvenus alors à leur maximum de développement, qui formaient la grande masse de la végétation.
Rappelons encore dans ce court résumé que, pendant l'époque dont nous venons de tracer le tableau, ce que Ton nomme aujourd'hui les climats n'existait pas. Les mêmes plantes et les mêmes animaux vivaient alors au voisinage des pôles comme à l'équateur. Puisqu'on trouve aujourd'hui dans les terrains de transition des régions glaciales du Spitzberg et de l'ile Melville presque les mêmes fossiles que l'on rencontre dans ces mêmes terrains situés sous la zone torride, il faut en conclure que la température était, à cette époque, uniforme sur tout le globe,
PÉRIODE PERMIENNE. 145
et que la chaleur propre de la terre annulait et rendait inappréciable rinfluence calorifique du soleil.
Pendant cette même époque, le refroidissement progressif du globe occasionna de fréquentes ruptures et dislocations du sol; la croûte terrestre, en s'entr'ouvrant, livra passage aux roches dites ignées ^ au granit, ensuite aux porphyres et aux syénites, qui surgirent lentement à travers ces immenses fissures, et formèrent des montagnes granitiques et porphyriques, ou simplement des fentes, qui se remplirent plus tard d'oxydes et de sulfures métalliques et formèrent ce que Ton nomme des Filons. Ces commotions géologiques, qui durent provoquer, non sur l'étendue entière du globe, mais seulement en certains lieux particuliers, de grands mouvements du sol, paraissent avoir été plus fréquentes à la fin de l'époque de transition, dans le moment qui forme le passage entre cette époque et l'époque secondaire, c'est-à-dire entre la période permienne et la période triasique.
Il entre dans notre plan de considérer à part les phénomènes éruptifs, et de n'étudier qu'à la fin de cet ouvrage les roches dites éruptives, qu'il est avantageux, pour la clarté de l'exposition, de réunir en un seul et même groupe.
Les convulsions, les bouleversements qui agitaient la surface de la terre, ne s'étendaient pas néanmoins, notons-le bien, à sa circonférence entière ; ces effets étaient restreints et locaux. C'est donc à tort que l'on admettrait, avec plusieurs géologues modernes, que les dislocations du sol, que les agitations de la surface du globe, se sont propagées dans les deux hémisphères, et ont eu pour résultat d'y détruire tous les êtres vivants. La faune et la flore de la période permienne ne diffèrent pas beaucoup de la flore et de la faune de la période houillère; ce qui montre bien qu'aucune révolution générale n'est venue ébranler la terre entre ces deux périodes. Ici, comme dans les cas analogues, il est donc inutile de recourir à aucun cataclysme pour expliquer le passage d'une période à l'autre. N'a-t-on pas vu de nos jours des espèces animales s'éteindre et disparaître sansla moindre révolution géologique ? Sans parler des Castors, si abondants il y a deux siècles sur les bords du Rhône et dans les Cévennes, qui vivaient encore à Paris,aumoyen âge, dansla
petite rivière de la Bièvre \ et dont l'existence est maintenant inconnue dans ces diverses contrées, on peut citer beaucoup d'exemples d'animaux perdus depuis des temps peu éloignés des nôtres. Tels sont les DinomU et VÉpiomis^ oiseaux colossaux de la Nouvelle-Zélande et de Madagascar, et le Dronte (Didus), qui vivait encore à Tlle-de-Prance en 1626. VUrsus spelxus^ le Cervus megaceros, le Bos primîgenius^ sont des espèces d'Ours, de Cerf et de Bœuf contemporains de l'homme, et qui sont éteintes aujourd'hui. Nous ne connaissons plus le Cerf à bois gigantesque que les Romains ont flguré sur leurs monuments, et qu'ils faisaient venir d'Angleterre en raison des qualités de sa chair. Le Sanglier dCÉrymanthey si répandu dans l'antiquité, ne flgure point parmi nos races actuelles, pas plus que les Crocodiles etlacunosus laciniatus, trouvés par Geoffroy Saint-Hilaire dans les catacombes de l'ancienne Egypte. Plusieurs races animales figurées sur les mosaïques de Palestrine, gravées et peintes avec des espèces actuellement vivantes, ne se retrouvent nulle part de nos jours, pas plus que les Lions à crinière frisée qui existaient autrefois en Syrie, et peut-être même dans la Thessalie et le nord de la Grèce. Fra-t-on supposer des révolutions géologiques pour expliquer toutes ces disparitions d'animaux, qui ne sont évidemment que des extinctions naturelles? De ce qui se passe de nos jours, il faut conclure, pour en revenir à notre sujet, à ce qui s'est passé aux temps antérieurs à l'apparition de l'homme, et restreindre dans une juste mesure cette idée des cataclysmes successifs du globe, dont on a tant abusé après Cuvier; si l'illustre naturaliste, s'est montré admirable de génie dans l'anatomie comparée, il ne saurait être considéré comme géologue, car il n'a jamais porté par luimême son attention sur cette science.
1. Bièvre est le nom que les écrivains du moyen âge donnent au castor : rivière de Bièvre signifiait donc à cette époque rivière du castor.