PÉRIODE CRÉTACÉE INFÉRIEURE
De nombreux reptiles, quelques oiseaux, parmi lesquels de grands échassiers appartenant aux genres PaUeomis ou Cimoliornis, des mollusques nouveaux en quantités considérables, et des zoophytes extrêmement variés, composaient la riche faune terrestre de la craie inférieure. Jetons un coup d'œil sur les plus importants de ces animaux, qui ne subsistent aujourd'hui pour nous que par quelques fragments mutilés, véritables médailles de l'histoire de 'notre globe, médailles à demi effacées
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par les siècles, et qui consacrent seules le souvenir des âges disparus. Découvert en 1832dansla forêt fossile de Tilgate, l'^Wojaure
(Ciii. oaûpot, lézard des boisj paraît avoir eu environ 8 mètres de longueur. On a déjà vu cet énorme saurien représenté, avec le Téléosaure, sur la planche 160, page 195.
Ce qu'on a trouvé de l'Hyléosaure se réduit à une série d'os longs et pointus, qui devaient- former sur son échine une frange dure et à demi ossifiée, semblable aux épines cornées qui surmontent le dos de ces reptiles des temps actuels qui ont reçu le nom à'Iguams. Des fragments de grandes plaques osseuses, que l'on a trouvés mêlés aux mêmes débris , étaient probablement logés dans la peau de cet animal, et lui formaient une espèce de cuirasse.
Le Mégalosaure, dont la première apparition se rapporte aux plus anciennes couches de la série jurassique, se retrouve en-
Fig. 19J. Mlcboire du Mégaloaaure. (l/ï G. N.)
core à la base des terrains crétacés. C'était un énorme lézard, porté sur des pattes un peu élevées. Sa longueur allait jusqu'à 15 mètres. Cuvier le considérait comme tenant tout à la fois, par sa structure, de l'Iguane et du Monitor, reptile actuel propre aux régions de l'Inde. Le Mégalosaure était un saurien probablement terrestre. La structure compliquée et merveilleusement agencée de ses dents, prouve qu'il était essentiellement Carnivore. Il se nourrissait de reptiles de taille médiocre, tels que les Crocodiles, les Tortues, que l'on trouve à l'état fossile dans les mêmes couches.
La figure 193 représente la pièce osseuse la plus importante
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que l'on possède du Mégalosaure : c'est un fragment de mâchoire inférieure, qui supporte plusieurs dents. La forme de cette rnSchoire montre que la tête se terminait en avant par un museau droit, mince et aplati sur les côtés, comme celui du Gavial ou Crocodile de ITnde.
Les dents du Mégalosaure étaient parfaitement en rapport avec la fonction de destruction dévolue à cette bête redoutable ; elles paraissent tenir à la fois du couteau, du sabre et de la scie. Verticales d'abord, elles prenaient, avec l'âge de l'animal, une courbure en arrière, qui leur donnait la forme d'une serpette. Après avoir insisté sur quelques autres particularités des robustes dents du Mégalosaure, Buckland ajoute :
• Avec des dents ainsi construites, de façon à couper de toute la longueur de leur bord concave, chaque mouvement des mâchoires produit l'effet combiné d'un couteau et d'une scie, en même temps que le sommet opère une première incision comme le ferait la pointe d'un sabre à double tranchant. La courbure en arrière que prennent les dents à leur entier accroissement rend toute fuite impossible à la proie une fois saisie, de la même manière que les barbes d'une flèche rendent son retour impraticable. Nous retrouvons donc ici les mêmes arrangements que l'habileté humaine a mis en ceuvre dans la fabrication de plusieurs des instruments qu'elle emploie. ■
L'Iguanodon était un lézard plus gigantesque encore que le Mégalosaure ; c'est le plus colossal de tous les sauriens qui aient vécu dans l'ancien monde : il avait jusqu'à 16 mètres de long. La forme et la disposition de ses dénis, jointes à l'existence d'une corne osseuse surmontant l'extrémité de son museau, le rapprochent, -ou pour mieux dire l'identifient, comme espèce, avec notre Iguane actuel, le seul reptile qui soit pourvu d'une corne sur le nez. Il n'y a donc aucun doute sur l'entière ressemblance de ces deux êtres. Mais, tandis que notre Iguane actuel est à peine long d'un mètre, son congënère fossile avait seize fois cette dimension. On ne peut se défendre d'un sentiment d'étonnement quand on voit, par un exemple si frappant et si net, la disproportion de taille qui eiiste entre les énormes reptiles des créations anciennes et ceux de l'époque actuelle.
L'Iguanodon portait, avons-nous dit, une corne sur son mu-
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seau. L'os de sa cuisse dépassait en grosseur celui desjplus grands éléphants : il avait 1 mètre et demi de long et 8 centimètres de circonférence. La forme des os de ses pieds démontre qu'il était organisé pour une locomotion terrestre; et son système dentaire, qu'il était herbivore.
Les dents (flg. I94), qui sont les organes les plus importants et les plus caractéristiques de l'animal tout entier, j ne sont point logées, chez l'Iguanodon, ' dans des alvéoles distincts, comme chez les Crocodiles, mais fixées à la face interne de l'os dentaire, c'est-à-dire à l'intérieur du palais, comme cela a lieu chez les Lézards. La place qu'occupent les bords de ces dents, tranchants et en forme de scie, leur mode de courbure, p^g ,,,.
les points où elles deviennent plus lar- nenidenEuanodon. (g.m.) ges ou plus étroites, en font des espèces de pinces ou de cisailles, tout à fait propres à couper et à déchirer les plantes coriaces et résistantes dont on a retrouvé les débris ensevelis avec les restes de ce reptile '.
Le mot Iguanodon, du mot grec iSoût, dent, signifie animal aux dents d'Iguane.
Passons à la faune marine de la période crétacée inférieure.
Dans les mers crétacées vivaient de nombreux poissons, parmi lesquels on peut citer pour l'étrangeté de leurs formes, le Beryx Lewesiensis et VOsmeroïdes Manlelli.'Lai figure 195 représente ces deux poissons restaurés, c'est-à-dire rétablis tels qu'ils devaient être dans l'état de vie.
h'Odontaspis est un genre nouveau de poisson qui mérite aussi d'être cité.
Les mers crétacées inférieures étaient remarquables, au point de vue zoologique, par le grand nombre d'espèces et la multiplicité des formes génériques qu'affectent les mollusques