PRÉFACE. VII
Le sentiment d'une insatiable curiosité possède l'dme aux premiers temps de la vie ; le besoin, le désir de savoir s'éveille avec la raison. Ce désir, naturel à tous les âges, est bien plus vif pendant la jeunesse. Vide alors de toutes connaissances, notre esprit est impatient d'en acquérir, et il se jette avec ardeur sur toutes les nouveautés qu'on lui présente. Il y aurait évidemment grand avantage à profiter de cette disposition pour infuser dans un jeune esprit des notions et des vérités utiles. Or l'étude de la nature répond parfaitement à cet objet. C'est un travail qui n'occasionne aucune fatigue, qui s'accompagne au contraire d'un véritable attrait, et qui est à la portée de tous, puisqu'il n'est point empêché par la différence des langues ou des nationalités.
En s'habituant à regarder, en cherchant à comprendre les spectacles grands et petits de la création, en lisant dans ce livre admirable de la nature, ouvert à tous les yeux et pourtant si peu lu, l'enfant ornera son esprit de connaissances usuelles et pratiques; il apprendra à admirer dans ses merveilles, dans l'infiniment grand coiame dans l'infiniment petit, le divin Auteur de toutes choses ; il mettra son âme en état de recevoir avec efficacité la fructueuse semence de la religion, de la science, de la philosophie et de la morale. Et, dernier avantage qui, pour être négatif, n'en a pas moins de prix à nos yeux, il écartera de son- esprit le poison, c'est-à-dire les féeries, la mythologie, les légendes, et tout l'attirail suspect du merveilleux enfantin, qu'il vienne de Perrault et consorts, ou qu'il soit l'héritage du paganisme de l'antiquité.
Nous avons voué notre existence à la tâche, difficile sans doute, mais assurément féconde en douces satisfactions, de répandre dans la masse du public contemporain le goût des études scientifiques. Ce que nous avons fait jusqu'à ce jour pour les intelligences toutes formées, nous voulons le tenter
■dovGooi^Ic
m PRÉFACE,
maintenant pour les intelligences naissantes. Fortement pénétré des immenses avantages que présente dans le jeune âge l'étude ou le simple examen de la nature, et de la nécessilé de mettre de très-bonne heure tes esprits dans le chemin des vérités scientifiques, nous avons formé le projet de composer, pour l'instruction et la distraction de la jeunesse, un ensemble d'ouvrages didactiques sur l'histoire naturelle. . Nous donnons le titre général de Tableau de la nature à une série de livres élémentaires que nous nous proposons de publier à la un de chaque année, sur les différentes parties des sciences naturelles. Le mot de tableau est ici bien justifié, car il ne s'agit point de traités purement scientifiques, mais de vues rapides de la nature, accompagnées de représentations pittoresques destinées à mettre sous les yeux des jeunes lecteurs tes principaux objets et les principales scènes du monde organisé.
Nous consacrerons deux volumesà la description de la terre. Dans le premier, que nous publions aujourd'hui sous ce titre : La terre avant le déluge, nous feisons connaître les étals successifs par lesquels a passé notre globe pour arriver à sa forme, à son état actuel, et nous décrivons les différentes générations d'animaux et de plantes qui ont précédé la création contemporaine.
Le volume suivant : La terre et les mers, sera une sorte de géographie physique, contenant la description du globe actuel. Les volumes qui viendront après seront consacrés à l'étude des Plantes, des Animauw et de VHomme. Dans un autre volume, qui aura pour titre : le Monde invisible, ou les merve^es du microscope, nous ferons connaître les organismes inférieurs, animaux et végétaux, qui échappent à la vue par leur petitesse, et qui ne peuvent s'étudier qu'avec le secours du grossissement optique.
■dovGooi^Ic
PRÉFACE. ïx
Va volume spécial, ayant pour titre le Ciel, sera consacré à
Gser la situation qu'occupe notre planète dans le monde solaire,
et à décrire l'ensemble des astres qui brillent à nos yeux dans
la sérénité des nuits.
]1 est UD recueil qui a fait l'admiration et le bonheur de nos aïeux : c'est le Speetacie de la nature, de l'abbé Pluche. Composé par UD homme de goût, qui était en même temps bon naturaliste, réunissant la solidité du fond scientifique à l'agrément littéraire, le Spectacle de la nature, qui forme huit volumes in-18, n'a pas cessé d'être réimprimé pendant tout le dix-huitième siècle. La génération actuelle ignore jusqu'au nom de cet ouvrage, qui ne se trouve plus que dans les vieilles bibliothèla longue faveur dont il a joui pen- "oure que, même à cette époque où •e si peu comprises, si peu recheridait à un besoin réel, et qu'un recueil ité à la jeunesse toutes les branches des sciences naturelles, est appelé à rendre de grands services dans l'éducation.
Selon le goût du dix-huitième siècle, le Spectacle de la nature est composé de dialogues ou d'entretiens, système d'exposition que Fontenelle avait mis à la mode. Nous n'avons pas balancé à rejeter cette forme surannée, qui a le tort, selon nous, d'être un continuel obstacle à la clarté du style. La fiction qui consiste à introduire sur la scène divers personnages, et à mettre dans leur bouche la description des phénomènes scientifiques, nous a toujours paru fausse, puérile et allant directement contre le but à atteindre. Rien, selon nous, ne doit se jeter à la traverse de la démonstration ou du développement d'un fait naturel, sur lequel il importe de maintenir l'attention du lecteur, sans cesse dirigée, et d'où la détournent, sans aucun profit, tous ces vains artifices. Au milieu des continuelles,
■dovGoot^Ic