ÉCHINODERMES
Flg. UJI. iiuciiiu im>Uj(aleniB.
Ananchytes ovala; — MicrasUr cor anguiniim; — Hemiasler
DiqiKcdovGoOl^IC
PEHIODE CRÉTACÉE. SU
bucardiwn; — Go/erites albogaterus (fig. 237); — ffemiasler Fourneli; — Cîdaris Forckamm^; — Palêsocotna FmUn^ergii (flg. 238).
Fig. 138. Palieocoinis Faalamber^. (O. N ) POLYPIERS.
Fig. 3Î9. Miaodrina Pyreaaica. (t/l 0. H.) CycoUiies elliplicai — Thecosmiliarudis; — Enallocœnia ramosa;
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Synhelia Skarpeana
— Meandrina , Pyrenaica (fig. 239); (fig. 240),
FOBAMINIPÈRES.
Orbiloides média (fig. 241 ) ; — LUuola nautiloidea (fig. 242) ; — Flabellitta rugosa ( fig. 243 ).
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AMORPHOZOAIRES.
Cosànopora cupuUformis {Hg. 2(i4); — Camerospongia fungiformisiûg. 245).
Parmi les êtres nombreux qui peuplaient la mer crétacée supérieure, il en est un qui, par son organisation, ses proportions et l'empire despotique qu'il devait exercer au sein des eaux, est certainement le plus digne de notre attention. Nous voulons parler du Mosasaure, qui a été longtemps connu sous le nom de grand animal de Maêstrichl , parce qu'on a trouvé ses débris ,près de cette ville, dans les dépôts les plus modernes du terrain crétacé.
C'est en 1780 que l'on découvrit dans les carrières de Maéstricht la tête du grand saurien que chacun peut voir aujourd'hui au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Cette pièce célèbre dérouta toute la science des naturalistes. à une époque où la connaissance des êtres anciens était encore dans son enfance. Les uns y voyaient la tête d'un Crocodile, d'autres celle d'une Baleine ; les mémoires et les brochures pleuvaient sans faire jaillir la lumière. 11 fallut tous les efforts d'Adrien Camper, joints à ceux de notre immortel Cuvier, pour assigner sa véritable place zoologique à l'animal de Maéstrkht.
La controverse sur ce beau fossile a trop occupé les savants de la fin du derhier siècle et du commencement du nôtre pour que nous ne la rappelions pas ici .
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Maêstricht est une ville de la Hollande, bâtie aux bords de la Meuse. Aux portes de cette ville, dans les collines qui bordent le côté gauche, ou occidental de la Meuse, au milieu d'un massif calcaire qui correspond à l'étage de notre craie de Meudon et renferme les mêmes fossiles, il existe une carrière de pierre k bâtir qui s'étend jusqu'à la ville de Liège. Cette carrière est remplie de produits marins fossiles , souvent d'un grand volume.
De tous ces débris fossiles, ceux qui durent attirer le plus les yeux des ouvriers occupés à l'extraction de la pierre, et mériter l'attention des étrangers, ce furent assurément les os du gigantesque animal dont il va être question. L'un des curieux qu'attiraient habituellement dans cette carrière la vue et la découverte de ces étranges vestiges, était un officier de la garnison de Maëstricht , nommé Drouin. Il achetait aux ouvriers les ossements, à mesure que la pioche les dégageait de la carrière , et il finit par se former ainsi une collection que l'on citait avec admiration dans Maëstricht. En 1766, le Musée britannique, ayant eu vent de cette curiosité, l'acheta, et la fit transporter à Londres.
Excité par la bonne fortune de Drouin, le chirurgien de la garnison, nommé Hoffmann, se mit en devoir de recueillir à son tour un musée semblable , et il eut bientôt formé une collection beaucoup plus riche encore que celle de Drouin, C'est en 1780 que. notre officier acheta aux ouvriers la magnifique tôte fossile , longue à elle seule de 2 mètres , qui devait tant exercer la sagacité des naturalistes.
Hoffmann , toutefois , ne jouit pas longtemps de sa précieuse trouvaille : le chapitre de l'église de Maëstricht fit valoir, avec plus ou moins de fondement, certains droits de propriété, et, en dépit de toute réclamation, la tête du grand crocodile de Maëstricht, comme on l'appelait déjà, passa aux mains du doyen du chapitre, nommé Goddin.
Ce dernier jouissait en paix de son trophée antédiluvien, lorsqu'un incident imprévu vint bientôt changer les choses.
Cet incident n'était rien moins que le bombardement de Maëstricht, en 1793, suivi, en 1794, de la prise tfe cette ville par jtléber, h la tète de l'année du Nord,
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L'année du Nord ne s'était pas mise en campagne pour conquérir des crânes de crocodile, mais il y avait dans son étatmajor un savant qui s'était réservé cette pacifique conquête. Ce savant , c'était Paujas de Saint-Fond , qui fut le prédécesseur de Cordier dans la chaire de zoologie au Jardin des Plantes. Faujas de Saint-Fond s'était fait attacher à l'armée du Nord en qualité de commissaire des sciences, et nous soupçonnons qu'en sollicitant cette mission, notre naturaliste couchait quelque peu en joue la fameuse tête du crocodile de la Meuse.
Quoi qu'il en soit, Maëstricht étant tombé aux mains des Français, Faujas n'eut rien de plus pressé que de réclamer pour la France le précieux fossile , qui fut emballé avec tous les soins dus à une relique âgée de plusieurs milliers de siècles, et expédié à notre Muséum d'histoire naturelle.
Dès l'arrivée du fossile, Faujas s'en empara , et entreprit sur le crocodile de Maëstricht un travail qui, dans sa pensée, devait le couvrir de gloire. Il commença la publication d'un ouvrage intitulé : La montagne de Saint-Pierre de Maëstricht, contenant la description de tous les objets fossiles trouvés dans la carrière flamande , et surtout celle du grand animal de Maésiricht. Il voulait à toute force prouver que cet animal était bien un crocodile.
Malheureusement pour la gloire de Faujas, un savant de la Hollande avait pris les devants dans la même étude. C'était Adrien Camper, flls d'un grand anatomîsle de Leyde, Pierre Camper, mort en 1789. Avant la prise de Maëstricht et l'enlèvement du fossile par le commissaire français, Pierre Camper avait acheté , aux héritiers du chirurgien Hoffmann , diverses parties du squelette de l'animal retiré de la montagne Saint- Pierre. Il avait même publié, en 1786, dans les Transactions philosophiques de Londres, un mémoire dans lequel il classait cet animal parmi les baleines; mais comme on le rangeait alors, d'un avis unanime, parmi les crocodiles, et qu'aucun doute ne s'était encore élevé sur cette origine, l'assertion du célèbre anatomiste parut une étrangeté, et ne convainquit personne.
A la mort de son père, Adrien Camper reprit l'examen du squelette de l'animai de Maislricht, et dans un travail que Cu-
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viercite avec admiration, il fixa les idées restées jusque-là si flottantes. Adrien Camper prouva que ces pièces ne provenaient ni d'un poisson, ni d'une baleine, ni d'un crocodile, mais bien d'un genre particulier de reptiles sauriens qui avait de grands rapports avec l'iguane d'une part, et le moniior de l'autre. Si bien qu'avant que Faojas de Saint-Fond eût achevé la publication de son ouvrage sur la Monlagne de Saint-Pierre, le travail d'Adrien Camper avait paru et changé toutes les idées à cet égard.
Ce qui n'empêcha pas Paujas de continuer d'appeler son animal le Crocodile de Maèstrichl, et même d'annoncer, quelque temps après, que « M. Adrien Camper s'était rangé à cette opinion. » — ■ Cependant, ajoute Cuvier, U y a aussi loin du crocodile à l'iguane, et ces deux animaux diffèrent autant l'un de l'autre par les dents, les os et les viscères, qu'il y a loin du singe au chat et de l'éléphant au cheval. >
Ce travail de Faujas de Saint-Fond est d'ailleurs rempli de vues inexactes et de fausses analogies. Cuvier, dans son beau Mémoire sur Vani-mal de Maéstricht, traite fort mal ce naturaliste, qu'il affecte de nommer avec ironie « cet habile homme, * Guvi:-!r, dont le génie ne répugnait pas, à ce qu'il parait, aux jeux de mots,' appelait souvent, dans ses entretiens familiers, le prédécesseur de Cordier « M. Faujas sans fond. >
Le beau mémoire de Cuvier, en confirmant toutes les vues d'Adrien Camper, a restitué d'une manière invariable l'individualité de cet être surprenant, qui a reçu plus tard le nom de Mosasaure, c'est-à-dire Saurien ou Lézard de la Meuse. Il résulte des études de Camper et de Cuvier que ce reptile de l'ancien monde formait un genre intermédiaire entre la tribu des Sauriens à langue extensible et fourchue, qui comprend le Moniior et les Lézards ordinaires , et les Sauriens à langue courte , et dont le palais est armé de dents, tribu qui embrasse les Iguanes et les Anolis. Il ne tenait aux Crocodiles que par les liens généraux qui réunissent entre elles toutes les familles des Sauriens.
La longueur totale de cet animal était de 8 mètres; sa mâchoire seule avait l mètre. L'ensemble de son squelette est celui d'un Monitor, mais les caractères ostéologiques se sont modifiés pour constituer celui d'un animal marin.
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On se fait difficilement l'idée d'un Lézard organisé pour vivre et se mouvoir avec énergie et rapidité au sein des eaux ; mais l'étude du squelette de cet animal va nous révéler ce mécanisme anatomique.
Les vertèbres du Mosasaure sont concaves en avant et convexes en arrière ; elles s'adaplent entre elles au moyen d'une articulation orbiculaire, qui leur permet d'exécuter aisément des mouvements de flexion dans tous les sens. Depuis le milieu du dos jusqu'à l'extrémité de la queue , ces vertèbres sont dépourvues de ces apophyses articulaires qui sont indispensables pour assurer la solidité du tronc chez les animaux terrestres : elles ressemblent, sous ce rapport, aux vertèbres des Dauphins. Cette organisation était tout à fait propre à rendre la natation facile. La queue, comprimée dans le sens latéral, en même temps qu'épaisse dans le sens vertical, constituait un aviron droit, court et solide, d'une grande puissance. Un os en chevron était solidement fixé au corps de chaque vertèbre caudale, de la même manière que dans les poissons, ce qui avait pour but de donner une plus grande vigueur a la queue. Enfin, les extrémités de l'animal n'étaient pas conformées en façon de pattes, mais en rames pareilles à celles de l'ichthyosaure, du plésiosaure et de ta baleine.
]. TéU du MosBsaorus Camperi. (I/S G. N.)
On voit, d'après la figure 246, quelesmâchoiresduMosasaure sontarméesdedents nombreuses entièrementpleines et soudées
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i52 EPOQUE SECONDAIRE.
à ]eurs alvéoles par une base osseuse, large et solide; et de plus, qu'un appareil dentaire particulier, quoique de même organisation, occupe la voûle palatine, comme cela a lieu chez certains serpents et certains poissons où ces dents, dirigées en arrière comme les barbes d'une flèche, s'opposent à ce que la proie puisse leur échapper. Cette disposition prouve la destination destructive de ce saurien vorace,
Sans doute les dimensions de ce Léi^rd aquatique ont de quoi nous surprendre; sa taille était bien monstrueuse pour un reptile. Mais nous avons déjà vu l'Ichthyosaure avoir les dimensions de notre baleine, le Téléosaure atteindre lO mètres de long, l'Iguanodon et le Mégalosaure agrandissant dans des proportions décuples les formes de notre Iguane actuel. Nous trouverons dans l'époque tertiaire un Cerf (le SivatheriumJ grand comme un Éléphant, et un Paresseux (le Megalherium) grand comme un Rhinocéros. Dans toutes ces formes colossales, nous ne devons voir autre chose que l'agrandissement d'un type, qu'une différence dans les dimensions. Mais les lois qui président à l'organisation chez tous ces êtres restent les mêmes. Ces animaux gigantesques n'étaient point des erreurs de la nature, des moiisiruosités, comme on est trop souvent tenté de les appeler, mais bien des types uniformes par leur structure, et accommodés par leurs dimensions au milieu dans lequel Dieu les avait jetés.
La planche 247 représente une vue idéale de ta terre pendant ta période crétacée supérieure. Dans la mer nage le Mosasaure ; des mollusques, des zoophytes et autres animaux propres à cette période, se voient sur la plage. La végétation, qui semble annoncer celle de nos jours, est composée ici de Fougères et de Ptérophyllums, mêlés à des Palmiers, à des Saules et à des arbres dicotylédones d'espèces analogues à celles de notre époque. Des Algues, alors fort abondantes, composent la végétation du rivage.
Nous avons dit que la flore terrestre de la sous-période crétacée supérieure était identique à celle de la craie inférieure. La flore marine de ces deux époques comprenait quelques végétaux d'organisation inférieure, c'est-à-dire des Algues, des
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Conferves, des Naïadées. Signalons, parmi les Algues, les espèces suivantes ; Conferviies fasciculata, Chondrites ManteUi, Sargassites Hyvghianus ; et parmi les Naïadées : Zoslenies Orbigniana, Zoslerites lineata, etc.
Les Conferviies sont des fossiles que l'on rapporte, mais avec quelque doute, aux algues filamenteuses qui comprennent le grand groupe des Conferves. Ces plantes étaient formées de filaments simples ou rameux, diversement entre-croisés ou subdivisés, et offrant des traces de cloisons transversales.
Les Chondrites sont des algues fossiles à fronde épaisse, rameuse, pinnatifide ou dichotome, à divisions cjlindroïdes lisses, voisines des Chondruns Dumontta et Halymmia, parmi les genres vivants.
Enfin les Sargassîles ont été vaguement rapportés au genre Sargossum, si abondants dans les mers équatoriales. Ces algues se distinguent par une tige filiforme, rameuse, portant des appendices foliacés, réguliers, souvent pétioles et tout à fait semblables à desfeuiileset des vésicules globuleuses pédicellées.
Terrain crétacé supérieur. — Les roches qui représentent actuellement la période crétacée supérieure, se divisent assez naturellement en trois assises : les assises turonûnne, sênonknne et danienne.
La première, ou l'assise turonienne, tire son nom de Turonia (Touraine), parce que cette province possède le plus beau type de ce terrain, depuis Sauraur jusqu'à Monlrichard. La composition minéralogique de cette assise nous présente des craies marneuses, grises et fines (à Vitry- le- François), de la craie entièrement blanche, à grains très-fins, un peu argileuse et pauvre en fossiles {dans l'Yonne, l'Aube, la Seine-Inférieure) ; des craies tufau, grenues, blanches ou jaunâtres, remplies de paillettes de mica et renfermant des Ammonites {dans la Touraine et une partie de la Sarthe); des calcaires blancs, gris, jaunes ou bleuâtres, renfermant des Hippurites et des Radiolites.
La deuxième assise, ou assise sénonienne, tire son nom de
l'antique Smones. La ville de Sens est, en effet, située précisé-
■ ment au milieu de la partie de cet étage la mieux caractérisée.
Épernay, Meudon, Sens, Vendôme, Royan, Cognac, Saintes,
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Maëstrichl, sont des types de cet étage sénonien dont la puissance, dans le bassin de Paris, en y comprenant l'assise turonienne, s'élève à près de 500 mètres, comme l'ont prouvé les débris rapportés par la sonde pendant le forage du puits artésien de Grenelle.
L'étage sénonien forme sur beaucoup de nos pays l'horizon crétacé le plus vulgaire par sa nature minéralogique : on le trouve, en effet, sous la forme de craie blanche, fine, marneuse ou non, souvent remplie par des bancs de rognons siliceux, dans tout le nord et l'est du bassin anglo-parisien, en France, en Angleterre, au sud de la Rnssie. Mais [à la partie occidentale du bassin anglo-parisien (à Tours, à Saint-Christophe, département de Loir-et-Cher), cet étage est formé de craie jaune ou cklorilée, remplie de polypiers et de débris de coquilles; dans les Basses-Pyrenées et les Basses-Alpes, d'une craie marneuse grise; dans les Gorbières, soit d'argUe noirâtre, soit de grès ferrugineux, etc. On voit que sa structure minéralogique ne laisse pas que d'être assez variable.
La troisième assise, ou assise danienne, qui occupe le sommet de l'échelie des formations crétacées, est particulièrement développée à Maëstricht, dans l'île de Seeland (Danemark), où elle est représentée par un calcaire compacte, légèrement jau- ■ nâtre, exploité pour les constructions de la ville de Taxoé. Elle est à peine représentée dans le bassin de Paris, à Meudon et à Laversines (Oise), par un calcaire blanc, souvent grumelé, connu sous le nom de calcaire pisoUlhique. C'est dans cet étage qu'on a trouvé, outre d'autres espèces de mollusques ou de polypiers, le Nautilus danîcus.
On rapporte au type danien le calcaire sableux jaunâtre de Maëstricht. Outre des mollusques, des polypiers, des bryozoaires, ce calcaire renferme des débris de poissons, de tortues et de crocodiles. Mais ce qui a rendu cette roche à jamais célèbre, c'est qu'elle'a servi de gisement au grand animal de Maëstricht, à ce Mosasaure dont nous avons parlé plus haut.
Après la période géologique dont nous venons de tracer la phyionomie naturelle, l'Europe était loin d'offrir la configura- . tion qu'elle présente maintenant. La carte placée en regard de
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PÉRIODE CRÉTACÉE. 2b7
cette page représente les continents qui existaient après les dépAts laissés par les mers crétacées, c'est-à-dire pendant les mers tertiaires. On voit que dans la partie de l'Europe qui devait plus tard être la France, cette région consistait alors en une presqu'île formée par la Bretagne, la basse Normandie, le Haine et la Vendée, réunie par le Poitou au plateau central, et qui, depuis les Cévennes, s'étendait jusqu'aux Ardennes en s'adossant aux Vosges. L'emplacement de la Flandre, de la Picardie, de la Champagne, des environs de Paris, de la haute Normandie et de la Touraine était encore sous les eaux. La mer s'étendait aussi sur la région qui forme aujourd'hui le midi de la France. Une bande de terrain jurassique réunissait, au nord, la France à l'Angleterre : on a représenté sur la carte cette liaison de territoire par une ligne ponctuée. Nous verrons plus tard cette ligne de jonction disparaître, et la France s'isoler de l'Ile anglaise par la submersion de celte langue de terre.
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Une création organique nouvelle va se montrer à l'époque tertiaire ; presque tous les animaux vont changer. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette génération renouvelée, c'est l'apparition de la grande classe des mammifères.
Pendant l'époque de transition, les crustacés et les poissonis dominaient dans le règne animal ; pendant l'époque secondaire, la terre appartenait aux reptiles ; pendant l'époque tertiaire, les rois du globe seront les mammifères. Ces animaux n'arrivent pas en petit nombre, ni h intervalles éloignés : dans le même moment, on voit vivre sur la terre une grande quantité de ces êtres, encore, pour ainsi dire, inédits.
Si nous écartons les marsupiaux, mammifères imparfaits, qui remontent à la période jurassique, les premiers mammifères créés furent les pachydermes. Cet ordre d'animaux tint longtemps le premier rang; il représenta presque à lui seul les mammifères pendant la première des trois périodes qui composent l'époque tertiaire. Dans la seconde et la troisième période apparurent des mammifères appartenant à des espèces maintenant disparues et qui étaient aussi curieuses par leurs proportions énormes que par la singularité de leur structure. La plupart des espèces créées pendant la dernière période de l'époque tertiaire vivent encore aujourd'hui. Des reptiles nouveaux, et, parmi ces êtres, des Salamandres grandes comme des Crocodiles, s'ajoulent, pendant les trois périodes de l'époque tertiaire, à la classe des mammifères. Pendant la même époque apparurent des oiseaux, mais bien moins nombreux
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que les mammifères : ceux-ci chanteurs, ceux-là rapaces, d'autres domestiques, ou plutôt qui paraissent attendre le joug et la domestication de l'hôte suprême de la terre.
Les mers étaient peuplées d'un nombre considérable d'êtres de toutes classes, presque aussi variés que de nos jours. Mais n'allez plus chercher dans les mers tertiaires ces Ammonites, ces Bélemnites, ces Hippurites, qui avaient rempli les mers de l'époque secondaire et s'y étaient multipliés avec une si étonnante prorusion. Désormais les mollusques à coquilles ressembleront, par leurs formes, à ceux de nos jours.
Ce qu'il faut surtout remarquer pendant l'époque tertiaire, c'est la prodigieuse extension qu'y prennent les animaux : la vie animale est alors dans son plus complet développement. Des mollusques à coquilles de dimensions microscopiques, les Foraminifêres etlesNumraulites, encombrent les mers, et s'y pressent en rangs si serrés, que les débris agglomérés de leurs coquilles formeront un jour des terrains de centaines de mètres d'épaisseur. C'est le plus extraordinaire épanouissement de la vie animale qui ait encore apparu dans la série de la création.
La végétation présente, pendant l'époque tertiaire, des caractères tout aussi nettement tranchés. La flore tertiaire se rapproche, et quelquefois s'identifie presque, avec celle de nos jours. La classe des végétaux dicotylédones s'y montre dans son développement complet : c'est l'époque des fleurs. La surface de la terre est embellie par les couleurs diaprées des fleurs et des fruits qui leur succèdent. Les blancs épis des Graminées se détachent sur la verdure de prairies sans limites ; ils semblent provoquer le développement des insectes, qui alors, en effet, se multiplient singulièrement. Dans les bois remplis d'arbres à fleurs, aux cimes arrondies, comme nos Chênes et nos Bouleaux, les oiseaux augmentent en nombre. L'atmosphère, qui s'est puriûée et débarrassée du voile de vapeurs qui n'avait cessé de la couvrir jusque-là, permet à ces animaux, aux organes pulmonaires si délicats, de vivre et d'aecrottre leurs espèces.
Pendant l'époque tertiaire, l'influence de la chaleur centrale de globe cessa de se faire sentir, en raison de l'épaisseur toujours croissantede la croûte terrestre. Par l'influence de lâcha-
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leur solaire, les climats purent se dessiner sur les diverses latitudes. La température de la terre était alors à peu près celle de notre zone torride actuelle, mais à cette époque le froid commence de se faire sentir aux deux pôles.
Des pluies abondantes continuaient pourtant à verser sur le continent d'énormes quantités d'eaux, qui se ressemblèrent en fleuves importants. Ce fut alors que des dépôts des eaux douces commencèrent à se former en grand nombre, et que des fleuves, par leurs atterrissements, purent déposer de nouveaux terrains. C'est, en efl'et, à partir de l'époque tertiaire que l'on voit se succéder des couches alternantes contenant des êtres organiques marins et des êtres propres aux eaux douces. C'est à la fin de cette époque que les continents et les eaux prirent les places respectives que nous leur voyons, et que la surface de la terre reçut sa forme actuelle.
L'époque tertiaire embrasse trois périodesbien distinctes. Les noms d'iocène, miocène et pliocène ont prévalu pour la désignation de ces périodes, ^'oici l'étymologie de ces trois noms : éocène (Iwî, aurore; Kttyât récent); miocène ((t"ov, moins; xaivôç, récent); pliocène (iiIeïov, plus; xaivôï, récent); ce qui veut à peu près dire que ces trois périodes sont plus ou moins éloignées de l'aurore des temps actuels. En grec, comme en français, ces dénominations sont d'un sens forcé et incorrect, mais l'usage les a consacrées.
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Pendant cette période, la terre ferme a gagné en étendue sur le domaine des mers. Sillonnés de fleuves et de rivières, les continents ofTrent, çà et là, de grands lacs. Les paysages de cette époque ofTraient le curieux mélange que nous avons signalé dans la période précédente, c'est-à-dire réunissaient la végétation des temps primitifs à celle de nos jours. A côté des Bouleaux, des Aunes, des Chênes, des Charmes, des Ormes et des Noyers, se dressaient de hauts Palmiers, d'espèces aujourd'hui disparues, comme les Flabellana et les Palmacites. 11 existait beaucoup d'arbres verts (Conifères) qui appartenaient la plupart à des genres aujourd'hui subsistants, comme les Sapins, les Pins, les Ifs, et surtout des Cyprès , des Thuyas, des Genévriers, etc.
Les Cupanioides, parmi les Sapindacées; les Cucumites, parmi les Cucurbitacées, espèces analogues à nos bryones pour le port, grimpaient le long du tronc des arbres, et formaient autour de leurs rameaux des guirlandes aériennes.
Les Fougères étaient représentées par les genres PecopterU, Txniopleris, AspUnium, Potypodites.
Des Mousses, des Hépatiques formaient une humble mais élégante et vivace végétation , à côté des plantes terrestres, souvent ligneuses, que nous venons de signaler.
Des Prèles et des Chara croissaient dans les marais, les rivières et les étangs.
Ce n'est pas sans quelque surprise que l'on voit apparaître ici un certain nombre de plantes de notre époque, qui semblent avoir le privilège de servir d'ornement et de décors aux tranquilles cours d'eau. Citons, parmi ces gracieuses contemporaines, le Macre ou Châlaigne d'eau [Trapa nataju), qui étale sur l'eau ses belles rosettes de feuilles vertes et dentelées, et dont
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PERIODE ÉOGÈNE. 265
les pétioles sont Tusiformes, comme pour soutenir et faire flotter les feuilles ; son fruit est une noix dure, coriace, à quatre cornes épineuses, et qui renferme une graine farineuse bonne à manger; —les Potamots (Potamogeion), dont les feuilles plus ou moins larçes, souvent linéaires ou capillaires, forment d'épaisses touffes de verdure qui offrent aux poissons une nourriture et un abri ; — les Nymphéacées,' qui épanouissent k côté de feuilles larges, arrondies, échancrées à leur base et appliquées à la surface de l'eau, tantôt les fleurs jaunes du Nénufar, tantôt les fleurs blanches du IfymphcEa.
t La période tertiaire inférieure, dit M, Lecoq dans sa Géographie botanique, nous rappelle entièrement les paysages tropicaux de l'époque actuelle, dans les lieux où l'eau et la chaleur impriment ensemble à la végétation une force et une majesté inconnues dans nos climats. Les Algues, qui déjà à la fin de la période crayeuse peuplaient les eaux marines, se montrent sous des formes encore plus variées au commencement des dépâts tertiaires, quand ils ont lieu sous les eaux marines. Des Hépatiques et des Mousses croissent dans les lieux humides; de jolies Fougères, comme les Pecopteris , les T(pniopteris et l'Equ'setum bttllare, Pomel., vivent encore dans les lieux frais et humectés. Les eaux douces sont remplies de fiayades, de Chara, de Potamogetott, de Caaiiniles, de Zoslerites et i'Halochloris. Leurs feuilles nageantes ou submergées, comme celles de nos plantes aquatiques, recèlent des légions de mollusques, dont les débris sont aussi arrivés jusqu'à nous.
■ De très-nombreux Conifères vivent pendant celte époque. M. Brongniart en énumère quarante et une espèces, qui pour la plupart nous ramènent aux formes actuelles des Pins, des Cyprès, des Thuyas, des Genévriers, des Sapins, des Ifs et des Épbédra.
« Des Palmiers se mêlaient à ces groupes d'arbres verts ; les Flabellaria Parisiensis, Brongn.,F. rhapi/o/ia, Stem., F. moxima, Unger, et des Palmaciles, étalaient leurs larges couronnes près de magnifiques Higtea, Malvacées sans doute, arborescentes comme plusieurs d'entre elles le sont de nos jours dans les climats très-chauds.
• Des plantes grimpantes, telles que les Cacumiles variabilis, Brongn., les nombreuses espèces de CupanicUdes appartenant, l'une aux Cucurbitacées, les autres aux Sapindacées, enlaçaient leurs tiges autour des troncs sans doute ligneux de Légumineuses variées.
a La famille des Bétulacëes, des Cupulifères montraient la forme alors nouvelle des Qvercus; des Juglandées, des Ulmacëes se mêlaient aux Protéacées, reléguées aujourd'hui dans l'hémisphère austral. Des DermalophyiUtes, conservées dans le succin, paraissent appartenir à la famille des Éricinées, et le Tropa Aretura!, Unger, du groupe des OEnothérées, flottait sur les eaux peu profondes où végétaient les Chara et les Potamogeion.
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( Cette flore nombreuse comprend plus de 300 espèces, dont lk3 appartiennent aux Dicotylédones, 33 aux Monocotylédones et 33 aui Cryptogames.
■ Les arbres y dominent comme dans la période précédente ; mais le grand nombre des plantes aquatiques s'accorde avec les faits gëologikjues qui placent à cette époque les lacs étendus qui divisaient les continents, et la présence de vastes baies marines qui pénétraient dans les terres, »
n ne faut pas oublier de faire remarquer qu'à l'époque tertiaire toute l'Europe renferiiiait,un grand nombre de ces régé-
Fig. 3iS, Rimesu cTEacaliptai rratauré.
taux aujourd'hui confinés dans la Nouvelle-Hollande, et qui donnent un aspect si étrange à ce pays, qui semble, tant pour les végétaux que pour les animaux, avoir conservé sous sa chaude latitude les derniers vestiges des créations organiques propres au globe primitif. Toute la famille des Protéacées, qui
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PÉRIODE ÉOCENE. 261
comprend les Banhsia, les Hokea, le Gerilea protea, existait en Europe pendant l'époque tertiaire. La famille des Mimosées, qui comprend les Acacias, les Ingas, et qui se trouve aujourd'hui confinée dans l'hémisphère austral, abondait en Europe pendant la même période géologique.
Comme types des arbres dicotylédones de cette époque nous
ng. MO. BuncBU fructifère de Banktia restsuré.
présenterons ici la hguic restaurée d'un rameau d'Eucalyptui (fig. 248) d'après les impressions retrouvées dans les terrains de cette époque, et celle d'un rameau fructifère de Banksia (fig. 249) d'une espèce qui diffère de celle de nos jours. Des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des poissons,
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ses EPOQUE TERTIAIRE.
des insectes, des mollusques forment la faune continentale de l'époque éocène. Dans les eaux des lacs, profondément sillonnées à leur surface par le passage de volumineux Pélicans, vivent des mollusques, comme desPhyses, des Limnëes, des Planorbes, et nagent des Tortues, comme les Trionyx et les Ëmides. Des Bécasses font leur retraite parmi les joncs qui bordent le rivage. Des Hirondelles de mer voltigent au-dessus des eaux, ou courent sur la grève; des Chouettes se cachent dans les troncs caverneux des vieux arbres ; de gigantesques Busards planent dans les airs pour épier leur proie ; tandis que de lourds Crocodiles se traînent lentement dans les hautes herbes des marais. Tous ces animaux, propres aux continents, ont été retrouvés sur le sol de la France h côté de troncs renversés de Palmiers. La température de notre pays était donc beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les mammifères qui vivaient alors sous la latitude de Paris n'habitent maintenant que les contrées les plus chaudes du globe.
Les pachydermes sont les premiers mammifères qui aient apparu dans la période éocène, et ils y tiennent le premier rang par l'importance et le nombre des espèces. D'autres genres de mammifères les suivent : ce sont des chéiropières (Chauvessouris), des marsupiaux, des rongeurs. Mais bien des genres de mammifères font encore défaut; et, remarque importante, ceux qui dominent dans la création actuelle sont à peine représentés pendant la période éocène. Les ruminants, qui, dans les animaux de nos jours, forment l'ordre le plus nombreux ■ parmi les mammifères, n'existaient pas alors. Les Bœufs, Cerfs, Moutons, Chèvres, Antilopes, qui peuplent nos plaines, nos forêts et nos montagnes, n'avaient pas encore apparu. Les Chevaux manquaient; ils ne devaient apparaître qu'à la fin de l'époque tertiaire. Les insectivores, auxquels appartiennent le Hérisson, la Taupe et la Musaraigne, n'ont pas été trouvés dans les terrains qui correspondent à cette période. Tandis que, dans la création actuelle, les pachydermes ne forment qu'une petite partie de la totalité des mammifères, ils constituaient, pendant la période éocène, plus de la moitié des mammifères ; et les rongeurs, qui, de nos jours, pullulent partout, n'étaient représentés alors que par quelques rares espèces. Ainsi l'ordre pro-
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PERIODE ÉOGÈNE. ï«â
gressif de la création apparaît bien manifestement dans l'apparition successive des Mammifères sur le monde ancien.
Nous ne présenterons pas ici les figures de tous les vertébrés fossiles dont nous venons d'énumérer les genres ; nous nous
KIg. a>l. Tnperlilio Pariii«i>is. (0. N.)
contenterons de citer comme exemples les plus remarquables : parmi les oiseaux, le curieux fossile connu sous le nom d'Oiseau de Montmartre {fig. 250); parmi les mammifères, la Chauve-
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souris fossile désignée sous le nom de Vesperlilio Parisieruis {fig. 251); parmi les reptiles, le Crocodile qui porte le nom à'AUigalor de l'Ue de Wight (Toliapicus) [fig. 252); parmi les
Fig. Qii. vacbaire deTAlligator de l'tle de Wlgbt. Hfî G. N.)
tortues, le Trionyx (fig. 253), dont il existe un bel exemplaire au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Fig. 'it3. Trionyï, ou Tortue de l'époque Urtiaj». (1/S G, NO
La prédominance numérique des pachydermes ' parmi les mammifères fossiles de la période éocène, le grand nombre de