Commeniarii Academiie Pettriburgiue , mi
sentait une disposition que l'on n'a trouvée sur aucun animal connu : elle était armée de quatre bois, dont deux au haut du front, et les deux autres, plus grands, plantés à la région des sourcils. Ces quatre bois, très-divergents, devaient donner à ce cerf colossal un aspect des plus étranges. La figure 297 re-
présente le Sivalherium restauré, tout autant qu'on peut le faire pour un animai dont on ne possède que la tête.
Comme pour riraliser avec ces gigantesques mammifères, un grand nombre de reptiles vivaient encore sur les continents, bien que cette classe d'animaux eût beaucoup perdu du rôle important qu'elle jouait à l'époque secondaire.
De tous les reptiles qui appartiennent à la période pliocène, un seul nous occupera : c'est la Salamandre. Nos Salamandres actuelles sont des batraciens amphibies, à la peau nue, qui ont à peine une longueur de 50 centimètres; la Salamandre de l'époque tertiaire avait les dimenaons d'un Crocodile.
■dovGooi^Ic
La découverte de la Salamandre fossile a valu à l'histoire de la géologie une page assez piquante, donl nous ne priverons pas nos lecteurs. Le squelette de ce Reptile a été longtemps considéré comme celui d'une victime humaine du déluge {homo ilUuvii lestis). 11 fallut tous les efforts de Camper et deCuvier pour rayer ce préjugé de l'esprit du vulgaire et de celui des savants.
Sur la rive droite du Rhin, non loin de Constance, un peu au-dessus de Stein, et près du village d'M!ningen, en Suisse, existent de belles carrières de calcaire schisteuï. En raison des produits variés qu'elles renferment, ces carrières, qui appartiennent à l'époque tertiaire, ont été plusieurs fois décrites par les naturalistes, entre autres par Horace de Saussure, dans le troisième volume de ses Voyages da^ts les Alpes.
En 1725, on trouva dans ces carrières, inci-usté dans un bloc, un squelette, remarquablement conservé. Scheuchzer, célèbre naturaliste suisse, qui alliait à ses études scientifiques les travaux du théologien , fut appelé pour prononcer sur la nature de cette relique des anciens âges. Il crut reconnaître dans ce squelette celui d'un homme, et sa conviction sur ce point se traduisit bientôt par les élans d'un véritable enthousiasme. En 1726, il donna, dans les Tratisaclions philosophiques de Londres, la description de ces restes fossiles, et en 1731, il en flt l'objet d'une dissertation spéciale, qui avait pour titre : Homo diluvii testis (ÏHomme témoin du détuyc). Cette dissertation était accompagnée de la figure sur bois de VHomme témoin du déluge. Scheuchzer revint sur ce sujet dans un autre de ses ouvrages, Physica sacra^ .
< Il est certain, éurivait-il, que ce schib^te contient une moitié, ou peu s'en faut, du squelette d'un homme ; que la substance même des os, et, qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles que les chairs, y sont incorporées dans la pierre; en un mot, que c'est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux. La figure nous montre le Contour de l'os frontal, les
I. Bible en etUimprs où la jAysinlogie fphyst'ca taera) dei merveitUs naturelle! mentionn^M dans >et saintes Èeritures st trouve eiptiquit et tUTnontr^e, par J. F. Schauchzpr. Ulm, 1731.
■dovGooi^Ic
PÉRIODE PLIOOÈNK. 319
orbites^avec les ouvertures qui livrent passage aux gros nerfs de la cinquième paire. On y voit des débris du cerveau, du sphénoïde, ào h
Fig. us. Andrias Schcucbieri. (l/( G. N.j
a fragment notable de l'os maxillaire, el des vestiges
ovGooi^Ic
Et notre pieux auteur de s'écrier, en prenant cette fois la forme lyrique ■
D'un vieux dainiiË déplorable charpente, ^ Qu"à ton aspect le pécheur se repente ' !
Le lecteur a sous les yeux la iigure du fossile du schiste d'OTningen {fig. 298). Il est évidemment impossible de trouver dans ce squelette ce que voulait y voir l'enthousiaste savant, et l'on peut apprécier, par cet exemple, à quelles erreurs peuvent quelquefois conduire l'aveuglement d'une opinion préconçue et l'esprit de système. Comment un naturaliste aussi éminent que Scheuchzer pouvait-il trouver dans cette tète énorme et dans ces membres supérieurs la moindre ressemblance avec les parties osseuses de l'homme?
Le Préadamite {prédécesseur d'Adam), l'Homme témoin du déluge, fit grand bruit en Allemagne, et personne n'osa contester l'opinion émise par le naturaliste suisse, sous sa double autorité de théologien et de savant. C'est ainsi que, dans son Traiié des pétrifications, publié en 1758, Gesner décrit avec admiration le fossile d'CHningen, qu'il attribue, avec Scheuchzer, à l'homme antédiluvien.
Pierre Camper fut le seul qui osât s'élever contre l'opinion alors universellement professée en Allemagne. S'élant transporté à (SEningen, en 1787, pour y étudier le célèbre animal fossile, il n'eut pas de peine à se convaincre de l'erreur de Scheuchzer. Il reconnut que ce squelette était celui d'un reptile. Camper lui-même se trompa néanmoins sur la famille de reptiles à laquelle il fallait rapporter le prétendu témoin du déluge; il le prit pour un saurien. - Un lézard pétriflé, écrivit Camper, peut-il passer pour un homme ! <•
C'est à Cuvier qu'il appartenait de ranger dans sa véritable famille le fossile d'(^ningen. Dans un mémoire sur ce sujet, Cuvier démontra que ce squelette avait appartenu à un de ces batraciens amphibies qui portent le nom de Salamandre.
t Prenez, disait Cuvier dans ce mémoire, un squelette de salamandre
îvGoQt^Ic
PÉRIODE PLIOCÈNE. 3ït
et placez-le à côté du fossile, sans vous laisser détourner par la différence de grandeur, comme vous le pouvez aisément en comparant un dessin de salamandre de grandeur naturelle avec le dessin du fossile réduit au sixième de sa grandeur, et tout s'e^spliquera delamanièrelaplus claire, n Je suis persuadé même, ajoutait notre grand naturaliste dans une édition postérieure de ce mémoire, que si l'on pouvait disposer du fos sile, et y chercher un peu plus de détails, on trouverait des preuves encore plus nombreuses dans les faces articulaires des vertèbres, dans celles de la mâ,choire, dans les vestiges de très-petites dents, et jusque dans les parties du labyrinthe de l'oreille. »
Et il invitait les propriétaires ou dépositaires du précieux fossile à procéder à cet examen.
Notre grand naturaliste eut la satisfaction de faire Iui-mêm& l'examen qu'il demandait pour la confirmation de ses vues. Se trouvant à Harlem, il demanda au directeur du Musée de faire creuser la pierre qui contenait le prétendu homme fossile, afin d'y mettre à découvert les os qui pouvaient encore y rester cachés. L'opération se fit en présence du directeur du Musée et d'un autre naturaliste. Un dessin du squelette de la Salamandre avait été placé près du fossile, par Cuvier. II eut la satisfaction de reconnaître qu'à mesure que le ciseau creusait la pierre, quelqu'un des os que ce dessin avaitannoncés d'avance apparaissait au jour.
Dans les sciences naturelles, il y a peu d'exemples de triomphe aussi éclatant, il y a peu de démonstrations aussi frappantes de la certitude des méthodes d'observation et d'induction sur lesquelles repose la paléontologie.
Pendant la période pliocène, des oiseaux d'espèces très-nombreuses, et qui vivent encore de nos jours, animaient les immenses solitudes que l'homme ne remplissait pas encore : des Vautours, des Aigles, des Cathartes, parmi les rapaces j et parmi les autres genres d'oiseaux, des Goélands, des Hirondelles, des Pies, des Perroquets, des Faisans, des Coqs, des Canards, etc.
Jetons un coup d'œil sur la Faune marine de la période pliocène.
C'est pendant cette périodequeles mers se sont peuplées pour la première fois de Cétacés, ou mammifères marins. Les genres Dauphinel Balxnodon appartiennentàla période qui nous occupe.
■dovGoot^Ie
La science est très-peu avancée dans la connaissance des espèces fossiles appartenant au genre des Dauphins et des Baleines. Quelques ossements de Dauphin, trouvés en différents lieux de la France, ont appris seulement que les espèces anciennes difîèrent de celles de nos jours.
La même remarque peut être faite pour le Narval, ce cétacé si remarquable par sa longue dent en forme de corne, animal qui fut de tout temps un objet de curiosité.
Les Baleines que l'on trouve dans les terrains correspondant àlapériodeéocène, différaient peu des Baleines actuelles; mais les observations que l'on a pu faire sur ces gigantesques débris des animaux de l'ancien monde, sont trop peu nombreuses pour que l'on ait pu en tirer une conclusion précise. Il est certain loutefoisque les Baleines fossiles difl^rent de la Baleine actuelle par certains caractères tirés des os du crâne.
La découverte d'un énorme fragment de Baleine fossile, faite à Paris, en 1779, dans la cave d'un marchand de vin de la rue Dauphine, fit une certaine sensation. La science prononça, sans trop d'hésitation, sur la véritable origine de ces ossements; mais le public eut quelque peine à comprendre l'existence d'une Baleine dans la rue Dauphine.
C'est en faisant pratiquer des fouilles dans sa cave que le oiarchand de vin fit la découverte dont il s'agit. On rencontra sous la pioche, enfouie dans une argile jaunâtre, une énorme pièce osseuse. L'extraction complète âece morceau eût présenté de grandes difficultés. Peu empressé de pousser plus loin ses recherches, notre homme se contenta de faire enlever, à l'aide du ciseau, une portion de cet os monstrueux. La pièce ainsi détachée pesait à elle seule 227 livres. Elle fut exposée chez le marchand de vin, où un grand nombre de curieux vinrent la voir.
Un naturaliste de cette époque, Lamanon, qui l'examina, conjectura qu'elle appartenait à la tête d'un cétacé. Quant à la pièce elle-même, elle fut achetée pour le musée de Teyler, à Harlem, où elle est encore.
11 n'existe au Muséum d'histoire naturelle de Paris qu'une copie de l'os du cétacé de la rue Dauphine, qui a reçu le nom scientifique de BaUenodon Lamanoni. L'examen de cette figure conduisit Cuvier à reconnaître que cet os a appartenu à une
oy'Gooi^Ic
DmiizMs.GoO'^Ic
.ds.Goo>^Ic
espèce de Baleine antédiluvienne, qui différait non-seulement des espèces vivantes, mais encore de toutes les espèces connues jusqu'ici.
Depuis l'observation de Lamanon, d'autres ossements de Baleine ont été découverts dans le sol de différents pays, mais les études de ces fossiles ont toujours laissé à désirer. En 1806, une Baleine fo^sile fut déterrée à Monte-Pulgnasco par M. Cortesi ; une autre fut trouvée en Ecosse. En 1816, on découvrit également de nomnreux os du même animal dans une petite vallée formée par un ruisseau se rendant à la Ghiavana, l'un des affluents du Pô. Mais aucune élude rigoureuse ne fut entreprise au sujet de ces ossements.
Cuvier a établi, parmi les cétacés fossiles, un genre particulier qu'il désigne sous le nom de Ziphivs. Les animaux qui portent ce nom ne peuvent s'identifier ni aux Baleines, ni aux Cachalots, ni aux Hyperoodons. Ils tiennent dans l'ordre des cétacés la place que les Palœotliériuras et les Anoplothériums occupent dans l'ordre des Pachydermes, ou celle que le Mégathérium et le Mégalonyx occupent dans l'ordre des édentés. Les Ziphius vivent encore aujourd'hui dans la Méditerranée.
Les espèces de mollusques caractéristiques, c'est-à-dire qui servent à distinguer cette période de toutes les autres, sont nombreuses : nous citerons les plus connues. Telles sont :
Cardiumhians(ûg. 3O0); — Panopxa Aldrovandi (fig, 301); — PeclenJacobxus; — Fitsus conlrarius {fig. 302); — Murex alveolatus (fig. 303); — Cyprsacoccinelloides; — foluto tambertii{fig.304); — Chenopus pespeîicani (fig. 308); — Buccinum priewalicum.
■dovGoOt^Ie
T^rain pliocène. — On donne en Angleterre le nom de crap et en Italie celui de terrain subnpennin, aux dépôts formés pendant la période pliocène. Ces terrains, très-remarquables dans le comté de SulTolk, consistent en une sMe de couches marines de sable quartzeux, colorées en rougeSlre par des matières ferrugineuses.
F%.a02. Hg. 30S. Fig.3l».
FoanEConlrarius. ChenopuaPespelicani. VoluU Lïmbarti
Cl/2 G- N.) CC.N.) (lAG.N.)
L'étage du crag forme, sur divers points de l'Europe, par exemple à Anvers (Belgique), de grandes accumulations. En France, on cite ceux de Carcntan et de Perpignan, et l'on croit 1 e reconnaître dans le hassin du Rhône. Le plus puissant dépôt de ce genre, composé d'argile et de sable alternant avec des marnes et des calcaires arénifères, constitue les collines subapenniaes, qui s'étendent sur les versants de la chaîne des Apenliins. Cet étage se retrouve au val d'Amo supérieur, que nous
avons déjà cilé. On a même signalé sa présence sur une grande étendue jusque dans la Nouvelle- Hollande. Enfin les sept collines de Rome paraissent composées en partie de couches marines tertiaires appartenant à la période pliocène.
La planche 305 représente une vue idéale de la terre pendant l'époque pliocène et sous les latitudes d'Europe. Au fond du tableau, une montagne, récemment soulevée, rappelle les agitations qui, pendant cette période, ont bouleversé le sol, en faisant apparaître une partie des montagnes actuelles. La végétation est presque identique à celle de nos jours. On y voit réunis les animaux les plus importants de cette période, tant pour les espèces fossiles que pour celles qui existent encore aujourd'hui.
Nous avons montré, dans une série successive de cartes, l'étendue des continents résultant des dépôts marins, dans la partie de l'Europe qui devait former la France. A la fin de la période qui vient de nous occuper, et par suite des dépéts laissés par les mers de l'époque tertiaire, le continent français se trouva formé tel qu'il existe actuellement. La carte placée à la page 329 représente donc les divers terrains qui forment le relief du sol dans la France actuelle. Elle a été dressée d'après les documents scientifiques les plus exacts, et notamment d'après la Carte géologique de France, due aux travaux de MM. Dufrénoy et iSlie de Beaumont, exécutés par l'ordre du gouvernement et avec le concours des ingénieurs de l'État.
Après la carte géologique de la France, nous plaçons une seconde carte qui représenl* l'étendue et la nature géologique des terrains qui composaient l'Europe à la fin de l'époque tertiaire. Gomme l'Europe n'a éprouvé aucun changement depuis l'époque tertiaire jusqu'à nos jours, ni dans l'étendue de ses divers continents, ni dans la composition des terrains qui formaient dès cette époque le relief du sol, elle n'est autre chose que la Carte géologique de FEurope actuelle. Dressée sur les documents scientifiques les plus exacts, cette carte sera consultée par le lecteur avec intérêt et profit.
■dovGoot^Ie
.ds.Goo>^Ic
ds.Goo'^Ic
.ds.Goo>^Ic
DmiizMs.GoO'^Ic
( TABizAu se. LA SÀHm,
oyGoot^Ie
. PAR LOUIS nCUlER)
:::,.0d:-,GOOl^IC
.ds.Goo>^Ic
ds.Goo'^Ic
.ds.Goo>^Ic
L'époque quaternaire de l'histoire de notre globe commence après l'époque tertiaire et se continue jusqu'à nos jours.
La tranquillité de notre globe ne sera trouMée, pendant la durée de cette dernière époque, que par quelques cataclysmes dont la sphère sera restreinte et locale, et par un trouble pas sager qui surviendra dans sa température : les déluges et la période glaciaire, voilà deux premières particularités remarquables que va nous présenter cette époque. Mais le fait qui domine l'époque quaternaire, et en même temps toutes les phases que nous a présentées jusqu'ici l'histoire de la terre , c'est rapparition de l'homme, œuvre culminante et suprême du Créateur de l'univers.
Dans cette dernière phase de l'histoire de la terre, nous établirons, en conséquence, ces trois divisions chronologiques :
1" Les déluges de l'Europe ;
2' La période glaciaire ;
3° La création de l'homme et le déluge asiatique.
Avant d'exposer les trois ordres d'événements divers qui remplissent l'époque quaternaire, nous avons à présenter le tableau du règne organique, c'est-à-dire des espèces végétales et animales propres à cette époque.
Nous n'entrerons dans aucun développement particulier pour ce qui concerne les plantes. La végétation de l'époque quaternaire n'est autre, en effet, que "celle de notre époque; cette flore, c'est la flore de nos jours.
Ce que nous venons dédire pour es végétaux de l'époque
oyGoot^Ie
quaternaire, ou actuelle, nous pouvons le répéter pour les animaux. La création animale de l'époque quaternaire est celle que l'homme voit vivre et s'agiter sous ses yeux. Nous aurions donc supprimé toute description de ces animaux, si quelques espèces appartenant à la création quaternaire n'avaient déjà disparu. Ces espèces dès maintenant éteintes, ces animaux dont la race, contemporaine des animaux actuels, est pourtant aujourd'hui effacée de la terre, nous sommes obligé de les décrire, comme nous avons décrit les espèces éteintes appartenant aux âges antérieurs. Elles ne sont pas nombreuses d'ailleurs, et se réduisent dans notre hémisphère aux suivantes : Mammouth (Elephas primigenius), Rhinocéros {Rhinocéros tichorhinus), Ours {Ursus spelxtis), Tigre gigantesque {Felis spelxa), Hyène (Hyena spelxa). Bœuf {Bos priscus et primigenius). Cerf (Cermis megaceros), auxquelles il faut joindre le Dimmis et l'Epiornis, parmi les oiseaux. En Amérique existaient aussi, pendant l'époque quaternaire, des édentés de taille colossale et d'une structure toute particulière, le Megatherium, le Megalonyx et le Myiodon. Nous allons passer en revue ces animaux anté-diluviens, en commençant par ceux de notre hémisphère.
la figure 306 représente le squelette du Mammouth. Sa taille dépassait celle des plus grands Éléphants actuels, car il avait de S à 6 mètres de hauteur. La courbure en demi-cercle de ses monstrueuses défenses, qui atteignent jusqu'à 4 mètres de longueur, différencie le Mammouth de l'Éléphant actuel des Indes. La forme de ses dents permet de le distinguer facilement de son congénère fossile, le Mastodonte. Tandis que les dents du Mastodonte sont surmontées d'éminences ou de tubérosités en forme de mamelons, les dents du Mammouth, semblables en cela à celles de l'Éléphant actuel, présentent une large surface unie, surmontte seulement de sillons réguliers à large courbure. >
Les dents (fig. 307), chez le Mammouth comme chez l'Éléphant actuel, sont au nombre de quatre seulement, deux à chaque mâchoire, si l'animal est adulte. Sa tête allongée, son Iront concave, sa mâchoire courbe et tronquée en avant, caractérisent encore le Mammouth.
n a été facile, comme on le verra plus loin, de connaître les
■dovGooi^Ic
formes générales, la structure de cet animal, et jusqu'à sa peau. On sait, à n'en pas douter, qu'il était revêtu de poils longs et serrés, et qu'une crinière flottait sur son cou et le
Fig. 3M. Squ«l«lle du Hammoulti (Bltphat primigenini/.
long de son épine dorsale. Sa trompe ressemblait à celle de l'Éléphant actuel des Indes. Son corps était plus lourd, et ses
jambes plus courtes que celles de ce dernier animal, dont il avait d'ailleurs les mœurs et les habitudes.
Blumenbach a donné au Mammouth ou Eléphant fossile le nom spécifique à'Eiephas primigenivs.
■dovGoot^Ic
Le Mammouth ou Éléphant fossile {fig. 308J est, sans aucun doute, le plus important de tous les-animauxde l'ancien monde reconstitués, ressuscites, pour ainsi dire, par la science moderne. Aussi ne devons-nous pas cra'ndre de nous étendre un peu longuement sur les prinqpanx traits de son histoire, qui
auront d'ail leurs l'avantage de nous donner l'explication de plusieurs faits consignés dans les annales de différents peuples.
A toutes les époques, et presque dans tous les pays, le hasard a fait découvrir dans le sol des ossements d'Éléphant. Pline nous a transmis la tradition, recueillie par l'historien Théophraste, qui écrivait 320 ans avant Jésus-Christ, de l'existence d'ossements, ou d'ivoire fossile {ebur fossile), dans le sol de la Grèce'.
Comme certains os de l'Éléphant ont quelque ressemblance
1, Tluopkratus auclor est, ei ebvr fouiU candido et nigro colore invtniri, etossa è terra nasei, invenirique lapides osseos , lib, XXXVI, cap. xiiï. «Thépbcaste nous assure que l'on a trouvé.de l'Ivoire fossile noir et l)laDC,aip3i que des os transformés en pieri'es; ces os étaient nés de la terre, s
avec ceux de l'homme, on les a souvent pris pour des os humains. Dans les premiers temps de l'histoire, les grands ossements que l'on déterrait accidentellement, passaient pour avoir appartenu à des demi-dieux ou à des héros. On y vit plus tard des restes de géants. Nous avons déjà parlé de l'erreur qui fit prendre, chez les Grecs, une rotule d'Éléphant pour celle d'Ajax. C'est également à des os d'Éléphant fossile qu'il faut attribuer le géant dont parle Pline', et qui fut mis à découvert par un tremblement de terre. On doit encore rapporter à la même origine le prétendu corps d'Oreste, long de 7 coudées (4 mètres), qui fut découvert à Tégée par les Spar- .tiates'; celui d'Astérius, fils d'Ajax, découvert dans l'île de Ladée, et long de lO coudées, selon Pausanias, entin les grands os qui furent trouvés dans l'Ile de Rhodes et dont parle Phlégon de Tralles',
On remplirait des volumes rien qu'avec les histoires de prétendus géants trouvés dans d'anciens tombeaux. Au reste, ces livres existent, et sont même assez nombreux dans la littérature du moyen âge ; ils ont pour titre : Gigantologie. Tous les faits, plus ou moins réels, tous les récits, véridiques ou imaginaires, rassemblés dans ces recueils, peuvent s'expliquer par la découverte accidentelle d'os d'Éléphant, plutôt que de tout autre animal de notre époque ou de l'ancien monde.
On trouve répétée dans toutes les Gigantotogie-i l'histoire du prétendu géant découvert, au quatorzième siècle, à Trapani, en Sicile, dont parle Boccace, et qu'on ne manqua point de prendre pour Polyphème ; ainsi que l'histoire du géant trouvé, au seizième siècle, selon Fasellus, dans les environs de Palerme. Le même auteur cite d'autres parties de la Sicile, comme Melilh, entre Leontium et Syracuse, Garine, à 12 milles de Païenne, Calatrasi, Petraha, etc., où l'on déterrades os de géants.
Le P. Kircher parle de trois autres géants trouvés en Sicile, et dont il ne restait de bien complet que les dents*.
En 1577, un ouragan ayant déraciné un chêne près du cloître