OtiemenU fossiles, loma I, p. 87-93, in
3. Commentarii de l'Académie de Pétersbourg pour 1TT3, tome XVi:,
p. bn.
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Cuvier, dans son ouvrage sur les Ossements fossiles^, donne une longue liste des lieux de la Russie dans lesquels on a fait les plus intéressantes découvertes de débris d'Éléphants.
Plus on avance vers le nord de la Russie, plus les gisements d'Éléphants fossiles deviennent abondants et étendus.
Malgré les témoignages, souvent renouvelés, d'un grand nombre de voyageurs , on a peine à croire à ce qui a été écrit touchant certaines îles de la mer Glaciale avoisinant les pôles. Voici, par exemple, ce que dit le rédacteur du Voyage de BUling, concernant quelques fies de la mer Glaciale situées au nord de la Sibérie, vis-à-vis les rivages qui séparent l'embouchure de la Lena de celle de l'indigirska :
t Toute l'Ile (ia plus voisine du continent, elle a trente-sii lieues de long), excepté trois ou quatre petites montagnes de rochers, est un mélange de sabie et de :glace. Aussi lorsque le dégel fait tomber une partie du rivage, on trouve en abondance des os de Mammouth. Toute l'Ile, ajoute-t-il, suivant l'expression de l'ingénieur, est formée des os de cet animal extraordinaire, de cornes et de crânes de buffles ou d'un animal qui lui ressemble, et de quelques cornes de Rhinocéros ',
La Nouvelle -Sibérie et l'tle de Lachou ne sont, pour la plus grande partie , qu'une agglomération de sable , de glace et de dents d'Éléphant. A chaque tempête, la mer jette sur la plage de nouvelles quantités de défenses de Mammouth.
Les habitants de la Sibérie font un fructueux commerce de cet ivoire fossile. Tous les ans, on voit, pendant l'été, d'innombrables iiarques de pêcheurs se diriger vers les îles à ossements, et, pendant l'hiver, d'immenses caravanes prendre la même route, dans des traîneaux attelés de chiens. Tous ces convois reviennent chargés de défenses de Mammouth, pesant chacune de 150 à 400 livres.
L'ivoire fossile retiré des glaces du Nord s'importe en Chine et en Europe, où on le consacre aux mêmes usages que l'ivoire ordinaire, qui est fourni, comme on le sait, par deux animaux irivants, l'Éléphant et l'Hippopotame d'Afrique.
Les îles à ossements du nord de la Russie sont exploitées de-
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puis cinq cents ans pour l'importation de l'ivoire en Chine, et depuis cent ans pour l'importation en Europe. On ne voit pas néanmoins que le rendement de ces mines étranges ait jamais diminué. Quel nombre de générations accumulées ne suppose pas une telle profusion de défenses et d'ossements!
L'abondance des débris d'Éléphants fossiles dans les steppes de la Russie a fait naître, chez les peuples de celte contrée, une légende, d'origine fort ancienne. Les Russes du Nord croient que ces ossements proviennent d'un énorme animal qui vivait, comme la taupe, dans des trous creusés sous terre. Cet animal, disent les Russes , ne peut supporter la lumière ; il meurt dès qu'il aperçoit le jour.
C'est en Russie que l'Éléphant fossile a reçu le nom de Mammoui ou de Mammouth, et ses défenses celui de cornes de Mammout. Pallas avance que ce nom est tiré du mot mamma , qui signifie terre dans quelque idiome tartare. Selon d'autres auteurs, ce nom proviendrait du mot arabe bekemol, qui, dans le livre de Job, désigne un grand animal inconnu; ou de l'épithète me/iemot, que les Arabes ont coutume d'ajouter au nom de l'Éléphant quand il est de très-grande taille.
Une circonstance assez curieuse, c'est que cette même légende d'un animal vivant exclusivement sous terre existe chez les Chinois, qui désignent sous le nom de lien-schu le prétendu animal souterrain. On lit le passage suivant dans la grande Histoire naturelle qui fut composée en Chine au seizième siècle :
I L'animal nommé tien-schu, dont il est déjà parlé dans l'ancien ouvrage sur le cérémonial intitulé Ly-ki (ouvrage du cinquième siècle avant Jésus-Christ), s'appelle aussi tyn-schaou yn-schu, c'est-à-dire la souris qui se cache. Il se tient continuellement dans des cavernes souterraines; il ressemble à une souris, mais égale en grandeur un buffle ou un bœuf. II n'a point de queue, sa couleur est obscure- Il est très-fort et se creuse des cavernes dans les lieux pleins de rochers et de forêts, o
Un autre écrivain, cité dans le même passage, s'exprime
t Le tyn scftu ne se tient que dans des endroits obscurs et non fréqiientés. 11 meurt sitôt qu'il voit les rayons du soleil ou de la lune ; ses pieds sont courts à proportion de sa taille, ce qui fait qu'il marche mal. Sa queue est longue d'une aune chinoise. Ses yeux sont petits et son
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cou courbe. Il est fort stupide et paresseux. Lors d'une inondatioQ aux enviroDs du fleuve Tam-schuann-tuy (en l'année 1571) il se montra beaucoup de tyn-schu dans la plaine ; ils se nourrissaient des racines de la plante fu-kia. >
L'existence, en Chine, des os et des défenses du Mammouth est suffisamment confirmée par le récit d'un ancien voyageur russe, Isbrant Ides, qui, en 1692, parcourut l'empire chinois. Dans l'extrait que nous allons rapporter, du récit de ce voyageur, on remarquera le fait, bien surprenant, de la découverte d'une tête et d'un pied de Mammouth qui s'étaient conservés dans la glace avec toutes leurs chairs.
■ C'est dans les montagnes qui sont au nord-est de cette rivière (le Kata) qu'on trouve, dit ce voyageur, les dents et les os de Mammouth; on en trouve aussi sur les rivages dû fleuve lenizea, des rivières de Trugan, Mungazea, Lena, aux environs de la ville de lakutskoi, et jusqu'à !a mer Glaciale. Toutes ces rivières passent au travers des montagnes dont nous venons de parler et, dans le temps du dégel, elles ont des cours de glaces si impétueux, qu'elles arrachent des monttignes, et roulent avec leurs eaux des masses de terre d'une grandeur prodigieuse. L'inondation finie, ces masses de terre restent sur leurs borda, et la sécheresse les faisant fendre , on trouve, au milieu, des dents de Mammouth et quelquefois des Mammouths tout entiers. Un voyageur qui venait à la Chine avec moi et qui allait tous les ans à la recherche des dents de Mammouth, m'assura avoir trouvé une fois, dans une pièce de terre gelée, la tête entière d'un de ces animaux dont la chair était corrompue ; que les dents sortaient du museau comme celles des Éléphants, et que ses compagnons et lui eurent beaucoup de peine à les arracher, aussi bien que quelques os de la tête, et entre autres celui du cou, lequel était encore comme teint de sang ; qu'enfin, ayant cherché plus avant dans la même pièce de terre, il y trouva un pied gelé d'une grosseur monstrueuse qu'il porta à la ville de Tragan. Ce pied avait, à ce que le voyageur m'a dit, autant de circonférence qu'un gros homme au milieu du corps.
c Les gens du pays ont diverses opinions au sujet de ces animaux. Les idolâtres, comme Les lakoutes , les Tunguses et les Ostiakes, disent que les Mammouths se tiennent dans des souterrains fort spacieux dont ils ne sortent jamais; qu'ils peuvent aller çà et Là dans ces souterrains, mais que, dès qu'ils ont passé dans un lieu, le dessus de la caverne s'élève et ensuite s'abime, formant en cet endroit un précipice profond ; ils sont aussi persuadés qu'un Mammouth meurt aussit<)t qu'il voit la lumière, et soutiennent que c'est ainsi que périssent ceux qu'on trouve morts sur les rivages des rivières voisines de leurs souterrains, oil ces animaux s'avancent inconsidérément.
■ Les vieux Russes de Sibérie croient que les Mammouths ne sont
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autre chose que des Éléphants, guoioue les dénis que Ton trouve soient un pru plus recourbées et plus serrées dans la mâchûire que celles de cet derniers aniinaux. Avant le déluge, disent-ils, le pays était fort chaud, et il y avait quantité d'Éléphants, lesquels flottèrent sur les eauz jusqu'à récoulement et s'enterrèrent ensuite dans le limon. Le climat était devenu très-froid après cette grande catastrophe, le limon gela et avec lui les corps d'Eléphants, lesquels se conservent dans la terre sans corruption jusqu'à ce que le dégel les découvre. >
Ce récit pourra sembler suspect à quelques lecteurs. On a quelque peine à croire à cette tête et à cette jambe retirées des glaces avec les chairs et la peau, quand on songe qu'il s'agît d'un animal dont l'espèce a disparu de notre globe depuis plus de dix mille ans. L'assertion d'Isbrant Ides, qui voyageait en 1692, a donc besoin d'être conûrmée par des témoignages d'une date plus récente. Ces témoignages ne manquent point.
En 1800, un naturaliste russe, Gabriel Sarytschew, voyageait dans le nord de la Sibérie. Étant parvenu non loin de la mer Glaciale, il trouva sur les bords de l'Alasœia, rivière qui se jette dans celte mer, le cadavre entier d'un Mammouth environné de glace. Le corps était dans un état complet de conservation, car le contact permanent des glaces Tavait préservé de toute putréfaction. On sait qu'à la température de 0 degré et au-dessous , les substances animales ne se putréfient point; si bien que, dans nos ménages , on pourrait conserver indéfiniment la viande des animaux de boucherie, le gibier ou le poisson, en les maintenant sous une couche de glace. C'est ce qui était arrivé pour le Mammouth que Gabriel Sarytschew découvrit sur la rivière glacée de l'Alasœia, et qui avait été mis à nu par l'action du courant de ce fleuve. Le Ilot, creusant la berge, avait dégagé de la glace, où était emprisonné depuis des milliers d'années, le monslrueux Pachyderme, qui se trouvait presque debout sur ses quatre pieds. Le corps, dans un état complet de conservation, renfermait encore ses chairs, ainsi que toute la peau, à laquelle de longs poils adhéraient en certaines places.
Le naturaliste russe Adams fit, en 1806, une découverte tout aussi extraordinaire que la précédente. Nous emprun-
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terons le récit de ce fait à|un passage des Mémoires (Commemarii) de l'Académie de Pitersbourg, qui a été traduit par Guvier en ces termes :
• En 1793, un pécheur tongouse remarqua sur les bords de la mer Glaciale, près de l'embouchure de la LËna, au milieu des glaçons, un bloc informe qu'il ne put reconnaître. L'année d'après il aperçut que cette masse était un peu plus dégagée, mais il ne devinût point encore ce que ce pouvait être. Vers la fin de l'été suivant, le flanc tout entier de l'animal et une de ses défenses étaient distinctement sortis des glaçons. Ce ne fut que la cinquième année que les glaces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer à la cflte sur un banc de sable. Au mois de mars 180Ï, le pôcheur enlevâtes défenses, dont il se défit pour une valeur de cinquante roubles. On e.nécuta, à cette occasion, un dessin grossier de l'animal.
I Ce ne fut que deui ans après et la septième année de la découverte, que M. Adams, adjoint de l'Académie de Pétersbourg, et professeur à Moscou, qui voyageait avec le comte Golovkin, envoyé par la Russie en ambassade à la Chine, ayant été informé à Iakoutsk de cette découverte, se rendit sur les lieux. Il y trouva l'animal déjà fort mutilé. Les lakoutes du voisinage en avaient dépecé les chairs pour nourrir leurs chiens. Des bétes féroces en avaient aussi mangé ; cependant le squelette se trouvait encore entier à l'exception du pied de devant. L'épine du dos, une omoplate , le bassin et les restes des trots extrémités étaient encore réunis par les ligaments et par une portion de la peau. L'omoplate manquante se retrouva à quelque distance. La tête était couverte d'une peau sèche. Une des oreilles, bien conservée, était garnie d'une touffe de crins : on distinguait encore la prunelle de l'œil. Le cerveau se trouvait dans le crâne, mais desséché; la lèvre inférieure avait été rongée, et la lèvre supérieure détruite laissait voir les mâcheiières. Le cou était garni d'une longue crinière. La peau était couverte de crins noirs et d'un poil ou laine rougeâtre ; ce qui en restait était si lourd, que dix personnes eurent beaucoup de peine à le transporter. On retira, selon M. Adams, plus de trente livres de poils et de crins, que les ours blancs avaient enfoncés dans le sol humide, en dévorantjles chairs. L'animal était mâle ; ses défenses étaient longues de plus de neuf pieds en suivant les courbures , et sa tête, sans les défenses, pesait plus de quatre cents livres.
« M. Adams mît le plus grand soin à recueillir ce qui restait de cet échantillon unique d'une ancienne création; il racheta ensuite les défenses k Iakoutsk. L'empereur de Russie, qui a acquis de lui ce précieux monument moyennant la somme de huit mille roubles , l'a fait déposer à l'Académie de Pétersbourg.
c On a encore connaissance, ajoute Cuvier, d'individus pareils.
• M. Tilesius avait reçu, en 1805, et envoyé à M, Biumenbach, un faisceau de poils arrachés par un nommé Patapof, d'un cadavre de Mammouth, près des bords de la mer Glaciale. >
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Les chiens et autres animaux voraces avaient dévoré les chairs du Mammouth trouvé aux bords de la mer Glaciale. Adams transporta sesosàPétersbourget en formate plus beau squelette A'elephas primigeniits qui existe aujourd'hui. Ce squelette figure au Musée de Pétersbourg. A côté du squelette de ce Mammouth fameux, on a placé celui d'un Eléphant actuel des Indes, puis le corps d'un autre Éléphant actuel revêtu de sa peau, pour faire apprécier aux visiteurs les rapports de grandeur entre le Mammouth et l'Eléphant de nos jours. La figure 309 représente la salle du Musée de Pétersbourg qui contient ces trois pièces intéressantes'.
On ne saurait douter , après de tels témoignages , de l'existence, dans les glaces du Nord, de restes encore entiers de Mammouth. Ces animaux auront péri subitement; saisi par la glace, au moment de leur mort, leur cadavre aura été préservé de la putréfaction par la persistance et l'action continue du froid. Si l'on suppose qu'un de ces animaux soit tombé accidentellement dans les crevasses du glacier, on s'expliquera que son corps , enseveli tout aussitôt sous une glace éternelle , ait pu s'y maintenir Intact pendant des milliers d'années.
Dans l'ouvrage de Cuvier sur les Ossements fossiles, on trouve une longue et munitieuse énumération des régions diverses de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, etc., qui, de nos jours, ont fourni des os ou des défenses de Mammouth. Nous nous bornerons à citer comme spécimen deux de ces observations :
( En octobre 1816, dit Cuvier, il fut trouvé à Canstadt * un dépôt trèsremarquable, que le roi Frédéric I'^ fit déblayer et recueillir avec le plus grand soin. On assure même que la visite qu'y fit ce prince, si ardent pour tout ce qui avait quelque grandeur, contribua & la maladie dont il mourut peu de jours après. Un officier, M. Natter, avait commencé quelques recherches. En vingt-quatre heures on mit à découvert vingt
1- Las curieux pourront aller voir, au Muséum d'iiisloire naturelle de Paris, un morceau de peau, de la laine et quelques poils du Mammouth trouvé par Adams aui bords de la Lena. Ce fragment de peau ressemble k un carré de caoutchouc ou de cuir; les poils et la laine sont fauves ou noirs, rudes et longs. Les deui bocaux qui renferment ces curieuses reliques se trouvent daus la galerie haute du bîtîment affecté aux collections de géologie armoire VUI n- 1501 et 1502.
2. C'est îaméme ville oiU'on avait déjà découvert, en 1100, des i Mammouth, comme nous l'avons rapporté page 'i'M.
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et une dents ou parties de dents et un grand nombre d'os. Le roi ayant ordonné de continuer les fouilles, dès le deuxième jour on trouva un groupe de treize défenses placées les unes près des autres et avec quelques màchelières, comme si on les y avait entassées exprès. C'est alors que le roi s'y transporta, et ordonna d'enlever le tout avec l'argile qui l'enveloppait, et en conservant à chaque objet sa position. La plus grande des défenses, quoiqu'elle- eût perdu sa pointe et sa racine, était encore longue de huit pieds sur un pied de diamètre. On trouva aussi plusieurs défenses isolées; une quantité de mâcbelières depuis deux pouces jusqu'à un pied de longueur ; quelques-unes adhéraient encore à des portions de mâchoires. Tous ces morceaux étaient mieux conservés que ceux de 1700, ce qu'on attribue à la profondeur de leur gisement, et peut-être à une antre nature du sol. Les défenses étaient en général fort courbées. 11 se trouvait dans le même dépât, comme en 1700, des os de cheval, de cerf, une quantité de dents de rhinocéros, des dents que l'on jugea d'ours, et un échantillon que l'on crut pouvoir attribuer au tapir. L'endroit où s'est faite cette découverte se nomme Seelberg et est à environ six cents pas de la ville de Ganstadt, mais de l'autre côté du Hecker.
f Tous les bassins des grandes rivières d'Allemagne ont donné des os d'éléphant comme les endroits que nous venons de nommer; et d'abord pour continuer le dénombrement de ceux qu'ont fourob les vallées qui aboutissent au Rhin , Ganstadt n'est pas le seul Heu de celle du Necker et des vallons qui s'y rendent où l'on ait fait de pareilles découvertes. *
Cuvier rappelle ensuite les différentes parties de l'Allemagne où l'on a fait , après cette époque, des découvertes du même genre.
De toutes les parties de l'Europe, celles -où l'on a rencontré le plus d'ossements d'Eléphants fossiles, c'est la vallée de l'Arno supérieur, dans le Piémont. On trouva là un véritable cimetière d'Eléphants. Leurs ossemente étaient autrefois si communs dans cette vallée, que les paysans les employaient pêle-mêle avec les pierres, pour construire les murs et les maisons. Depuis qu'ils en connaissent le prix, ils les mettent en réserve pour les vendre aux voyageurs.
Les ossements et défenses de Mammouth se rencontrent en Amérique, aussi bien que dans notre hémisphère. Cuvier énumère les différentes parties de l'Amérique où les débris du Mammouth ont été trouvés , seuls ou mêlés à ceux du Mastodonte. Nous ne le suivrons pas dans cet exposé. Nous ajouterons seulement un fait postérieur à ceux qui ont été fournis par l'illustre naturaliste.
Le capitaine russe Kotzebue a trouvé des ossements de Mam-
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mouth sur la côte nord de l'Amérique, Ces ossements y sont tellement communs , que ses matelots en brûlèrent plusieurs morceaux à leurs feux, Adalbert de Chamisso, naturaliste, qui accompagnait Kotzebue, apporta en Europe une défense longue de 4 pieds et large de 5 pouces dans son plus grand diamètre.
Il est assez étrange que les Indes orientales, c'est-à-dire l'un des deux pays qui sont aujourd'hui, avec l'Afrique , les seuls asUes de la race des Éléphants, soient la seule contrée du globe où l'on n'ait pas découvert d'ossements fossiles de ces animaux.
En résumé , et d'après la longue énumération qui précède, on voit que, pendant la dernière période géologique dont nous esquissons l'histoire, le gigantesque Mammouth habitait toutes
Fie- 311. Téle d'Ursus speLieus. .
les régions du globe terrestre. Or, les contrées qui conviennent à la race actuelle de nos Éléphants sont l'Afrique et l'Inde, c'est-à-dire des régions au chmat brûlant. 11 faut conclure de là que la température terrestre était, à l'époque où ces animaux ont vécu, singulièrement plus élevée que de nos jours. Parmi les carnivores antédiluviens, l'un des plus redoutables était certainement YUsus spelieus (Ours des cavernes). Cette espèce était d'un cinquième, ou même d'un quart, plus grande que celle de nos Ours bruns. Elle était aussi plus trapue. On en possède beaucoup de squelettes longs de 3 mèlres et hauts de 2 mètres. L'Ursus spelxus abondait en France, en Belgique, en Allemagne, etc. Il y était si répandu, que les dents d'Ours
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antédiluviens ont fait longtemps partie, comme nous l'avons dit plus haut , de la matière médicale , sous le nom de Licorne
fossile.
La figure 311 représente la tête de ï'Urms speUcus.
En même temps que VUrsus spelxus, vivait en Europe un carnassier, le Felis spelxa ou Tigre gigantesque. Double de taille du tigre actuel, cet animal réunissait les caractères du lion et ceux du tigre. Ses restes, qu'on ne rencontre que rarement, assignent à l'animal vivant une longueur de plus de 4 mètres et une taille qui dépasse celle des plus grands de nos taureaux.
Les Hyènes aujourd'hui vivantes appartiennent à deux espèces : Ylfyènc rayée et VHyène tachetée. Cette dernière présente une si grande conformité de structure avecl'Hyènede l'époque quaternaire, que Cuvier a cru pouvoir désigner cette dernière sous le nom d'Hyène tachetée fossile. Elle est seulement un peu plus grande que celle qui vit de nos jours,
La figure 3 1 2 représente la tête de l'Hyxna spelaa.
Fig. 31S. Tête d'Hyœmi >pfl[œs.
Le Cheval remonte à l'époque quaternaire ou aux derniers temps de l'époque tertiaire. On trouve ses débris fossiles dans les mêmes terrains que ceux du Mammouth et du Rhinocéros. Il ne se distingue de nos Chevaux actuels que par sa taille, qui éiait plus petite. Les débris du Cheval fossile sont excessivement abondants dans les terrains quaternaires, non-seulement en Europe, mais encore en Amérique. Le Cheval sauvage a donc existé dans le Nouveau-Monde. On sait pourtant qu'à l'arrivée des Espagnols, les Chevaux étaîentinconnusen Amérique. Cette
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espèce s'y était éteinte, et sa disparition ne saurait, en aucune manière, être attribuée à l'action de l'homme.
Les Bœufs de l'époque quaternaire étaient sinon identiques, au moins très-voisins de nos espèces actuellement vivantes : c'étaient les Dos priscus, primigenius et Pallasii, Le premier, à jambes grêles, à front bombé plus large que haut, différait peu de l'Âuroch, dont il se distinguait pourtant par une taille plus élevée et par des cornes plus grandes. On trouve les débris du Bos priscus en France, en Italie, en Allemagne, en Russie, en Amérique.
Le Bos primigenius serait, selon Cuvier, la souche de nos Bœufs domestiques.
Le Bos Pallasii, trouvé en Sibérie et en Amérique, ressemble beaucoup au Buffle musqué du Canada.
Dans les mêmes lieux où se trouvent les os des Bœufs fossiles, on a trouvé les restes de diverses espèces de Cerfs. La question paléontologique des Cerfs est fort obscure ; il est souvent diflicile de déterminer si les restes d'un Cerf appartiennentà une espèce éteinte ou actuelle. Ce doute ne peut exister toutefois pour le Cerf à bois gigantesque (Cervus megaceros), un des plus magnilîques animaux antédiluviens.
Les débris du Cervus megaceros (fig. 313) se trouvent fréquemment en Irlande, dans les environs de Dublin, plus rarement en France, en Allemagne, en Pologne, en Italie. Intermédiaire entre le Cerf et l'Élan, le Ceri'wsîHepacerostenaitde l'Élan par ses proportions générales et par la forme de son crâne, mais se rapprochait du Cerf par sa taille et la disposition de sesbois.
Si les magniOques bois qui tiécoraientsa tête donnaient â cet animal un aspect imposant, ils devaient, d'un autre c6té, le gêner beaucoup dans sa marche à travers les épaisses forêts de l'ancien monde. La longueur de ces bois est d'au moins 3 mèlres; ils sont tellement divergents que, mesurés d'une extrémité â l'autre, ils laissent un écartement de 3 à 4 mètres.
Les squelettes du Cervus megaceros se trouvent en Irlande, dans les dépôts et tufs calcaires qui s'étendent sous les immenses tourbières, ou dans la tourbe même, près de Curragh.
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3Sa ÉPOQUE QUATERNAIRE;
lisse présentent en monceaux accumulés dans un petit espace, presque tous dans la même attitude, la tête haute, le cou tendu, les bois renversés et rabattus sur le dos, comme si l'animal, subitement enfoui dans un terrain marécageux, se fût efforcé, jusqu'au moment de sa mort, de chercher de l'air respirable.
Il existe au cabinet de géologie de la Sorbonne un magnifique squelette complet de Cerws megaceros. Deux autres squelettes, aussi complets, se trouvent à Londres et à Vienne.
Passons maintenant aux grands édentés propres à l'Amérique. Le Glyptodon, le Mégathérium, le Mylodon et le Megalonyx, n'ont jamais eu d'autre patrie que l'Amérique. Ils ap-
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partiennent à l'ordre des édentés, ordre caractérisé surtout par l'absence de dents sur le devant de la bouche. L'appareil masiicateur des édentés ne se compose que des molaires et des canines ; quelquefois même les dents manquent complètement. Aussi ces animaux se nourrissent-ils principalement d'insectes ou de feuilles tendrefe. Les Tatous, les Pangolins et les Fourmiliers sont des exemples de cet ordre d'animaux. On peut ajouter, pour les mieux caractériser encore, que leurs ongles prennent un grand développement, et entourent, en grande partie, l'extrémilé des doigts. Les édentés semblent ainsi établir le passage zoologique entre les mammifères onguiculés et les mammifères ongulés, dont l'extrémité du doigt est entourée par un sàbot, comme on le voit chez les pachydermes et les ruminants.
Le Glyptodon, qui apparut pendant la période quaternaire, appartient, parmi les édentés, à la famille des Tatom. Les animaux de cette famille offrent, comme caractère particulier et bien remarquable, un test écailleux et dur, composé de compartiments semblables à de petits pavés, recouvrant leur tête, leur corps et souvent leur queue. Ce sont des mammifères qui semblent enfermés dans une écaille de tortue.
Le Glypiodon (fig. 291 ) se rapprochait beaucoup des Dasypus ou Tatous. Il avait seize dents à chaque mâchoire. Ces dents sont creusées latéralement de deux sillons larges et profonds, qui en divisent la surface molaire en trois portions : de là le nom de Gtyptodon. Le pied de derrière était massif et présentait des phalanges unguéales courtes et déprimées. L'animal était enveloppé et protégé par une cuirasse , ou carapace solide, composée de plaques. Ces plaques, vues en dessous, paraissent hexagonales et sont unies par des sutures dentées ; en dessus elles représentent des sortes de doubles rosettes.
Le Clyptodon clavipes vivait dans les pampas de Buenos-Ayres. Il n'avait pas moins de 2 mètres de longueur.
Le Schislopleuron ne diffère pas assez du Glypiodon pour que l'on puisse en faire un genre à part; ce n'est sans doute qu'une espèce du genre Glypiodon. La différence entre ces deux animaux ne repose que dans la structure de la queue : massive chez le premier, elle est composée chez le second d'une dizaine d'an-
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neaux. Pour le reste, organisation et habitudes, tout est identique. Le Schùtopleuron était, comme le Glyptodon, un animal herbivore, se nourrissant de racines et de débris végétaux.
T\e.3»t, GI]rDtodaDelaiipu.(l/3aG.N.)
La figure 291 représente le Glyptodon ctavipcs à l'état de squelette ; la figure 292 représente le Schistopkuron typus restauré, c'est-à-dire à l'état de vie.
.Fig. 2n. Schialopleuran tfiiua. (1/2D G. H.)
C'était, au premier abord,un être bizarre, extraordinaire que le Megalherium ou Animal du Paraguay Si l'on jette les yeux sur son squelette.qui fut retrouvé dans le Paraguay, à Buenos-Ayres,
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en 1788, et qui existe aujourd'hui dans un état parfait de conservation au Muséum de Madrid, on sera frappé de sa structure lourde, insolite, gauche et bizarre dans son ensemble et dans toutes ses parties. Cet animal appartient à l'ordre actuel des paresseux. Tout le monde a lu, dans BufFon, la description du Paresseux, et, d'après le grand écrivain, on se représente ce quadrupède comme étant, de tous les animaux, celui qui a reçu en partage l'organisation la plus vicieuse, comme un être auquel la nature a interdit toute jouissance, et qui n'a vu le jour que pour la fatigue et la misère.
L'idée exprimée par BufTon manquait pourtant de justesse. L'examen attentif de l'Animal du Paraguay prouve que l'organisation de cet être antédiluvien ne saurait être considérée comme gauche ni bizarre, eu égard au genre de vie de son individu. Les particularités d'organisation qui rendent les mouvements du Paresseux si lourds et si pénibles à la surface du sol, lui viennent, au contraire, merveilleusement en aide pour vivre sur les arbres, dont les feuilles lui servent exclusivement de nourriture. De même, si l'on considère le Megatherium comme ayant été créé pour fouiller la terre et se nourrir de racines des arbres et des arbustes, chacun des organes de sa lourde charpente paraîtra parfaitement approprié à son genre de vie et bien adapté à l'objet spécial qui lui a été assigné par la nature.
On doit placer le Megatherium entre notre Paresseux et notre Tatou actuel. Comme le premier, il se nourrissait exclusivement de feuilles d'arbres ; comme le second, il fouillait profondément le sol, pour y trouver à la fois sa nourriture et son abri.
Le Megatherium était aussi gros qu'un Éléphant ou qu'un Rhinocéros de la plus grande espèce. Son corps avait 4 mètres de longueur et 2 mètres et demi de hauteur. Jetons un coup d'œil sur chacun des organes principaux de son squelette (fig. 293).
Sa tête ressemble beaucoup â celle du Paresseux. L'os trèslarge qui descend de l'arcade zygomatique, le long de la joue, devait fournir une puissante insertion aux muscles moteurs de la mâchoire. La partie antérieure du museau est tellement dé-
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veloppée, tellement criblée de trous pour le passage des nerfs et des vaisseaux, qu'il devait exister là, non pas une trompe, qui aurait été inutile à un animal muni d'un cou assez long, mais un groin analogue à celui du Tapir.
Sa mâchoire étant dépourvue de dents incisives, le Megatherium devait se nourrir d'herbes et de racines ; la structure de ses dents molaires prouve qu'il n'était point camivore. Chacune
Flg. 38Ï. SquelBlta du Mégalhérium. (I/SO G. H.)
de ses dents ressemble à l'une des nombreuses denticules qui constituent la molaire composée de l'Eléphant.
Les vertèbres du cou, bien que puissantes, ont peu de volume en comparaison de celles de l'extrémité opposée du corps, car la tête est relativement légère et dépourvue de défenses. Lea vertèbres lombaires prennent un accroissement correspondant à l'agrandissement énorme du bassin et des membres inférteurs. Les vertèbres de la queue sont énormes. Si on ajoute & ces organes osseux les muscles, les tendons et le tégument qui
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les recouvraient, on est conduit à admettre que la queue du ifegatherium n'avait pas moins de 60 centimètres de diamètre. Il est probable que, comme les Tatous, le MegatheHum se servait de sa queue pour supporter le poids énorme de son corps. Ce même organe devait aussi jouer un rôle formidable comme arme de défense, ainsi que cela alieu chez les Pangolinset cliez les Crocodiles.
Les pattes antérieures devaient avoir environ 1 mètre de long et le tiers de large. Elles formaient un instrument puissant pour fouiller la terre jusqu'aux plus grandes profondeurs où s'enfoncent les racines des végétaux. Les pieds antérieurs posaient sur le sol dans toute leur étendue. Solidement appuyé en arrière sur ses deux pieds postérieurs et sur sa queue, placé en avant sur l'un des pieds antérieurs, l'animal employait le pied antérieur libre à creuser la terre, pour déraciner les arbres. Les doigts des pieds antérieurs étaient, à cet effet, munis d'ongles gros et puissants, qui prenaient une position oblique par rapport au sol, de la même façon que les ongles fouisseurs de la taupe.
La solidité et l'étendue du bassin étaient énormes chez l'Animal du Paraguay. Ses immenses os iliaques sont presque à angle droit avec la colonne vertébrale. Leurs bords externes sont éloignés l'un de l'autre de plus d'un mètre et demi, disposition en rapport avec le mode de station de l'animal. Le fémur est trois fois plus épais que chez l'Éléphant, et les diverses particularités que présente la structure de cet os paraissent avoir eu pour but de fournir à toute sa charpente une solidité extrême par des proportions courtes et massives. Les deux os de lajambe sont, comme le fémur, courts, épais et solides; ils présentent de plus cette circonstance, qu'on ne rencontre que chez les Tatous et les Chtamyphores, animaux fouilleurs, d'être soudés entre eux par leurs extrémités.
L'organisation anatomique de ces membres dénote une locomotion lourde, lente et difficile, mais offre le support le plus solide et le plus admirablement combiné pour le poids d'une créature énorme et sédentaire, sorte de machine fouilleuse vivante, presque immobile et d'une puissance incalculable.
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En résumé, le Megatherium (Gg. S9^) excédait en volume tous les édentès actuellement existanis. II avait la tête et les épaules du Paresseui; ses pieds et sesjambes offraient réunis les caractères des Fourmiliers, des Tatous et des Chlamyphores. D'une taille énorme, puisqu'il avait 2 mètres et demi de hauteur, ses pieds étaient armés de griffes gigantesques. Sa queue lui servait de moyen de support et d'instrument de défense.
Flg. Mi. Heg&Uiérïum restauré.
Un animal ^bâti dans d'aussi massives proportions ne'pouvait évidemment ni grimper ni courir; sa démarche devait être d'une lenteur excessive. Mais fallait-il des mouvements rapides à un être uniquement occupé à creuser la terre, pour y chercher des racines, et qui, par conséquent, changeait rarement de place? Avait-il besoin d'agilité pour ftiir ses ennemis, puisqu'il pouvait renverser le Crocodile d'un seul coup de sa queue î A l'abri des atteintes des autres animaux, ce robuste herbivore
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devait vivre paisible et respecté dans les parages solitaires de l'Amérique.
Comme le Megatherivm, le Mylodon (fig. 295) tenait de trèsprès aux Paresseux. Il habitait aussi exclusivement le Nouveau- Monde. Plus petit que le Megatkerium, H n'en différait guère que par la forme de ses dents. Ces oi^anes n'étaient pas similaires et ne présentaient que des molaires à surface usée, plane, indiquant que l'animal se nourrissait de végétaux, pro-
Fig. 2ti. Hflodon robustns.
bablement de feuilles et de tendres bourgeons. Comme le Mylodon présente à la fois des sabots et des griETes à chaque pied, on a pensé qn'il formait un lien entre les animaux onguiculés et les animaux ongulés. On en connaît trois espèces, qui vivaient toutes trois dans les pampas de Buenos-Ayres.
Sur les indications de l'illustre Washington, l'un des premiers et des plus honorables présidents de la république des Etats-Unis, M. JeETerson, signala, dans une caverne de l'État de Virginie, les restes d'une espèce de Paresseux gigantesque.
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dont un squelette complet fut plus tard découvert au Mississipt, dans un état si complet de conservation que les cartilages, encore adhérents aux os, n'étaient point putréfiés. Jefferson appela cette espèce Megalonyx. Cet animal avait de grands rapports avec le Paresseux. Sa taille dépassait celle du plus grand Bœuf. Le museau pointu, les mâchoires armées de dents cylindriques, les membres antérieurs beaucoup plus longs que les postérieurs, l'articulation du pied oblique sur lajambe, deux doigts gros, courts, armés d'ongles longs très-forts, le doigt index plus grêle, armé d'un ongle moins puissant, la queue forte et solide, tels sont les traits saillants de l'organisation du Megalonyx, dont les formes étaient un peu moins lourdes que celles du Megatherium.
Nous avons réuni dans la planche 296 les grands édentés qui habitaient exclusivement l'Amérique pendant l'époque quaternaire. Le Glyptodon, le Mégathérium, le Mylodon, auxquels se joint le Mastodonte. Un petit singe macaque, YOrtffpi- Ihecus, qui avait commencé d'apparaître dès la période miocène, se suspend aux arbres de ce paysage, dont la végétation est semblable à celle des régions actuelles de l'Amérique équatoriale.
Telles sont les espèces de grands mammifères les plus communes et les plus caractéristiques de l'époque quaternaire que nousavions à signaler. Nous mentionnerons maintenant parmi les oiseaux le gigantesque Dinornis de la Nouvelle-Zélande. Si l'on en juge par le tibia, qui a 1 mètre de long, et par ses œufs, qui sont beaucoup plus grands que ceux de l'Autruche, sa taille devait être extraordinaire pour un oiseau.
La figure 297 représente le Dinornis restauré.
Quant à VÈpiomis, on n'a trouvé à l'état fossile que son œuf.
Nous avons essayé de représenter, dans la figure 298, l'aspect de la terre en Europe pendant l'époque que nous venons de décrire. L'Ours est placé à l'entrée de sa caverne, pour rappeler à la fois et son genre de vie et l'origine de son nom paléontologiquB {Ursus spelxus. Ours des cavernes); il achève de ronger les os d'un Éléphant. Au-dessus de la caverne, l'Hyène
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ÉPOQUE QUATERNAIRE. 38a
(Bj/M7ia tpelxa) guette, d'un œil farouchç, le moment de disputer ces restes à son redoutable rival. Des Cerfs aux grands ■ boit, mêlés à d'autres animaux de cette époque, courent dans le vallon, que remplissent des arbres et arbustes, formant une v^étatJon identique à celle de nos jours. Des montagnes, récemment soulevées, se voient k l'horizon; elles sont recouvertes d'un manteau de neige glacée, pour rappeler l'arrivée
Fig- 197. Dinomia.
prochaine de cette période glaciaire qui va bientôt se manifester, et qui, en refroidissant d'une manière inopinée une partie de la terre, doit provoquer le rapide anéantissement des Mammouths et des Rhinocéros tichorhinus, et effacer leur race de la surface du globe.
Tous les ossements fossiles appartenant aux grands mamnu-
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fëres que nous venons de décrire, se rencontrent dans les terrains de l'époque quaternaire; mais les plus abondants de tous sont ceux de l'Éléphant et du Cheval. L'extrême profusion d'os de Mammouth enfouis dans les couches supérieures de notre globe n'est surpassée que par la prodigieuse quantité d'ossements de Cheval que recèlent ces mêmes couches. La singulière abondance des restes de ces deux animaux prouve que pendant l'époque quaternaire la terre donnait asile à d'immenses troupeaux d'Éléphants et de Chevaux. 11 est probable que d'un pôle à l'autre, de l'équateur aux deux extrémités de l'axe du globe, la terre formait une sorte de prairie sans limites, et qu'un immense tapis de verdure recouvrait partout sa surface. Des pâturages aussi abondants étaient nécessaires pour suffire à l'entretien de cette prodigieuse' quantité d'herbivores de grande taille et à leur incessante reproduction.
L'esprit peut à peine se représenter ces plaines immenses et verdoyantes du monde primitif, animées par la présence du nombre infini de leurs habitants. Par une température brûlante, des pachydermes aux formes monstrueuses, mais aux allures paisibles, se promenaient dans les hautes herbes, composées de graminées de toutes sortes; des Cerfs de la pius grande taille, la tête ornée de bois gigantesques, escortaient la lourde phalange des Mammouths, tandis que des Chevaux, aux formes petites et ramassées, galoppaient ou gambadaient dans ces magnifiques horizons de verdure, dont nul œil humain ne' contemplait encore l'agreste sérénité.
Cependant tout n'était pas joie et tranquillité dans ces tableaux champêtres de l'ancien monde : de voraces et redoutables carnassiers faisaient une guerre acharnée à ces troupeaux inofTensifs. Le Tigre et le Lion, l'Hyène farouclie, l'Ours et le Chacal y choisissaient leur facile proie.
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Les terrains terliaires, en plusieurs parties plus ou moins étendues de l'Europe, sont recouverts d'une couche de débris hétérogènes qui remplit les vallées. Cette couche est composée d'éléments très-divers, mais provenant toujours de fragments détachés des roches environnantes. Les érosions qui se remarquent au bas des collines, et qui ont agrandi les vallées déjà existantes, la masse de remblais accumulés en un même point, et qui sont formés de malériauï roulas, c'est-à-dire usés par la continuité du frottement pendant un long transport, tout indique que ces dénudalions du sol, ces déplacements des corps les plus lourds à de grandes distances, sont dus à l'action violente et subite d'un large courant d'eau. Un flot immense a été lancé soudainement à la surface des terres ; il a tout ravagé sur son passage, il a raviné profondément le sol, entraînant et poussant devant lui les débris de toutes sortes qu'il emportait dans sa course désordonnée. On donne le nom scientitique de diluvium au terrain remué et bouleversé qui, par son hétérogénéité, accuse à nos yeux le rapide passage de l'impétueux courant des eaux, et l'on désigne par le nom vulgaire de diiuge le phénomène en lui-même.
A quelle cause attribuer ce subit et temporaire envahissement des continents par un courant d'eau rapide, mais passager? Au soulèvement d'une vaste étendue de terrain, à la formation d'une montagne dans le voisinage ou dans le bassin même des mers. Le terrain, subitement élevé par un mouvement de bas en haut de l'écorce terrestre, ou par un plissement, une ride formés à sa surface, a, par contre-coup, violemment agité les eaux, c'est-à-dire les parties mobiles de notre globe. Par cette brusque impulsion, ces eaux ont été lancées dans l'intérieur des terres ; elles ont produit dans les plaises de terribles inoa-
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dations ; elles ont, pour un moment, couvert le sol de leurs ondes furieuses, mêlées aux débris des terrains dévastés par leur envahissement subit. Le phénomène a été brusque, mais court, comme le phénomènede plissement de lécorce terrestre, comme le soulèvement de la montagne ou de la chaîne de montagnes qui l'avait provoqué ; mais il s'est renouvelé à plusieurs reprises, témoin les vallées à étages des environs de Lyon et aussi celle de la Durance. Ces étages indiquent autant de lames successives. En outre, les déplacements des I locs minéraux, de leur situation normale sont le témoignage, aujourd'hui parfaitement reconnaissable, de ce grand phénomène.
Il y a eu, sans doute, pendant les époques antérieures à l'époque quaternaire, des déluges tels que nous venons de les décrire. Les montagnes et chaînes de montagnes qui se sont formées par suite de plissements ou de fractures de la croûte solide du globe, effet de son refroidissement et de l'aciion incessante des feux souterrains, ont dû provoquer de semblables irruptions momentanées des eaux. Le fait est démontré pour les terrains houillers. On trouve quelquefois dans ces terrains des conglomérats* empâtés de blocs énormes. On en voit de beaux spécimens dans la vallée de Gier.
Cependant les témoignages visibles de ce phénomène, les preuves de cette dénudation, de ce ravinement do sol, les poudingues ou conglomérats, ne sont nulle part aussi accusés que dans les couches superposées, de loin en loin, aux terrains tertiaires, qui portent le nom géologique de diluvium et que l'oii voit représentés sur le tableau colorié du frontispice de cet ouvrage. Le phénomène complet des déluges, tel que noiis l'avons considéré, peut donc être regardé comme spécialement propre à l'époque quaternaire.
Gomme nous le disions au début de ce chapitre, deux déluges fort distincts se sont succédé dans notre "hémisphère pendant l'époque quaternaire. On peut distinguer les déiix déluges de l'Europe et celui de VAsie. Les deux déluges européens
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sont antérieurs h l'apparition de l'honiine; le déluge asiatique a été postérieur h l'homme, et la race humaine, alors aux premiers temps de son existence, a eu certainement à souffrir de ce cataclysme.
Nous n'avons k parler, dans ce chapitre, que des deux déluges européens.
Le premier a sévi dans le nord de l'Europe. Il fut provoqué par le soulÈvement des montagnes de la Norvège. Partant de la Scandinavie, le flot s étendit et porta ses ravages dans les régions qui forment aujourd'hui la Suède et la Norvège, la Russie d'Europe et le nord de l'Allemagne. Le déluge Scandinave a couvert d'un manteau deterrain meuble toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale.
Comme les régions au milieu desquelles s'opéra le soulèvement montagneux, comme les mers qui environnaient ces grands espaces, étaient en partie gelées et couvertes de glaces, vu leur élévation et leur voisinage du pôle, le flot liquide qui traversa subitement ces contrées entraînait dans ses ondes une masse énorme de glaçons. Le choc de ces blocs solides d'eau congelée dut contribuer à accroître l'étendue et l'intensité des ravages occasionnés par ce violent cataclysme, que nous représentons dans la planche 3t6.
Les preuves physiques de ce délvge du nord de l'Europe résultent pour nous de l'immense manteau de terrain meuble qui couvre aujourd'hui toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale. On a trouvé sur ce dépôt et dans son intérieur une foule de blocs que l'on désigne sous le nom caractérisiique et significatif de blocs erratiques, et qui sont souvent d'un volume considérable. Tel est, par exemple, le bloc de granit que l'on a trouvé en Russie et qui a servi à former le piédestal de la statue de Pierre le Grand à Pétersbourg. Dans l'intérieur de la Russie, dont le sol estformé par le terrain de transition (terrain permien)', la présence de ce bloc de granit ne peut s'expliquer que par son transport sur les glaces, entraînées elles-mêmes par un courant diluvien. Tel est encore un autre bloc de granit du poids de 300 000 kilogrammes, qui fut
Voir la carte géologique de l'Europe, p. aî9.
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trouvé sur le sable dans les plaines septentrionales de la Prusse et dont on a fait une immense coupe pour le Mus^e de Berlin.
Le roi Gustave-Adolphe, tué en 1632, à la bataille de Lutzen, fut enterré sous le dernier bloc erratique descendu en Allemagne.
On a élevé en Allemagne au géologue Léopold de Buch un monument avec un bloc erratique venu de la Norvège.
Ces btocs erratiques que l'on rencontre dans les plaines de la Russie, de la Pologne, de la Prusse, et même de certaines parties orientales de l'Angleterre, sont composés, comme on vient de le voir par les deux exemples que nous venons de citer, de roches absolument étrangères à la région où ils gisent actuellement. Appartenant aux terrains primitifs de la Norvège, ils ont été entraînés, portés et protégés par les glaces à l'époque du déluge du Nord. Quelle immense force d'impulsion primitive avaient dû recevoir ces énormes blocs pour traverser la mer Baltique et arriver à la place où les contemplent aitjourd'hui les regards surpris du géologue ou du penseurl
Le deuxième déluge européen a été le résultat de la formation et du soulèvement des Alpes. 11 a rempli de débris et de terrains meubles toutes les vallées de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, dans une circonférence ayant pour centre les Alpes. On peut encore distinguer aujourd'hui des eiîets de deux ordres différents, résultant de l'action puissante des masses d'eau violemment déplacées par ce gigantesque soulèvement. D'abord, de larges sillons ont été creusés par des eaux diluviennes, qui ont formé dans ces points des vallées profondes. Ensuite, ces vallées ont été comblées par des matériaux empruntés aux montagnes et transportés dans la plaine. Ces matériaux consistent en cailloux roulés, en limons argilosableux, ordinairement calcarifères et ferrifères. Ce double effet se montre, avec plus ou moins de netteté, dans toutes les grandes vallées du centre et du midi de la France. La vallée de la Garonne est, à cet égard, pour ainsi dire classique. Aussi en donnerons-nous, comme exemple, une description sommaire.
A partir de la petite ville de Muret, il existe, sur la rive gauche de la Garonne, trois niveaux successifs, plans tous les
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trois, dont le plus ioférieur est celui de la vallée proprement dite, et dont le plus élevé correspond au plateau de Saint-Gaudens. Ces trois niveaux sont parfaitement marqués dans le pays toulousain, qui présente d'une façon remarquable le phénomène diluvien. La ville de Toulouse repose elle-même sur une légère éminence de terrain diluvien. Les plateaux contrastent, par leur forme diluvienne plane, avec les collines mamelonnées de la Gascogne ou du Languedoc. Ils sont essentiellement constitués par une couclie de gravier et de cailloux roulés ou ovalaires, mêlés et recouverts d'un dépét sableux et terreux. Ces cailloux sont constitués principalement par des quartzites bruns ou noirs extérieurement, par des parties dures de grès noirs anciens et de grès rouges. La terre meuble qui accompagne les cailloux et le gravier est un mélange argilo^-sableux d'une couleur rougeâtre ou jaunâtre, à cause de l'oxyde de fer qui entre dans sa composition. Dans la vallée proprement dite, on retrouve les cailloux des plateaux associés à quelques autres espèces minérales plus rares aux niveaux supérieurs. Des dents de Mammouth ou de Rhinocéros lichorhinus ont été trouvées en divers points sur les bords de cette vallée.
Les petites vallées, tributaires de la vallée principale, paraissent avoir été creusées secondairement, en partie dans le dépét diluvien, et leurs alluvions, essentiellement terreuses, ont été formées aux dépens du terrain tertiaire et du diluvium lui-même.
Le temple antique du Parthénon, en Grèce, s'élève sur une éminence de terrain diluvien.
Dans la vallée du Rhin, en Alsace et dans plusieurs parties isolées de l'Europe, domine une sorte particulière de diluvium .il consiste en un limon d'un gris jaunâtre, composé d'une matière argileuse, mélangée de carbonate de chaux, de sable quartzeux et micacé et d'oxyde de fer. Ce limon, que les géologues désignent sous le nom de lehm ou lœss, atteint, en quelques pays une épaisseur considérable. Il est très-reconnaissable aux environs de Paris. Il s'élève un peu à droite et i gauche, au-dessus de la base des montagnes de la forêt Noire et des Vosges.
Les fossiles que renferment les dépôts diluviens en général
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■ consistent en coquilles terrestres, lacustres ou fluvtatiles, ac tuellement vivantes pour la plupart, auxquelles il faut joindre les restes des mammifères dont nous avons déjà signalé l'existence à l'époque quaternaire.
Nais ces restes, on les retrouve souvent accumulés en quan tités extraordinaires dans des espaces ou cavités connues sous le nom de cavernes ou de brèches osseuses, qui, de tout temps , ont fixé l'attention des savants et des personnes étrangères à la science. Il ne sera pas hors de propos de résumer ici l'état actuel de nos connaissances concernant les cavernes à ossements et les brèches osseuses.
Cavernes à ossements. — Les cavernes à ossements ne sont pas de simples cavités creusées dans le roc, à quelques pieds de profondeur. Elles consistent ordinairement en une série de grottes nombreuses, communiquant entre elles par d'étroites ouvertures, qu'on ne peut franchir qu'en rampant, et qui s'étendent souvent à des distances considérables. Il en existe au Mexique qui ont une longueur de plusieurs lieues. L'une des plus remarquables de l'Europe est celle de Gailenreuth, en Pranconie (Wurtemberg). Le Harz contient plusieurs belles cavernes,- entre autres la caverne de Baumann, d'où l'on a retiré beaucoup d'ossements. La caverne de Kirkdale], située à 40 kilomètres d'York, a été explorée avec grand soin par le géologue Bucktand, qui en a fait le sujet d'une monographie intéressante'.
Un naturaliste moderne, visitant la caverne d'Adelsberg, en Camiole, parcourut une suite de chambres étendues dans la même direction sur une longueur de 3 lieues. La rencontre d'un lac l'empêcha de pousser plus loin ce voyage de découvertes souterraines.
Les parois intéiieures des cavernes à ossements sont, en gtînéral, arrondies, sillonnées, et présentent des traces de l'action ôrosive des eaux. Ces caractères échappent souvent à l'observateur, parce que les parois de ces cavernes sont recouvertes par des revêtements de calcaire concrétionné en stalactites et