‹ La terre avant le déluge (volume 4)Chapitre 11 sur 55 · EXEMPLES CLASSES. DE GENRES · texte numérisé non relu

EXEMPLES CLASSES. DE GENRES

, i Holothurie.

I Ëchinodermes ] Astérie.

( Oursin.

i ( Méduse.

V Acalèphes ; Béroé

4e Embranchement. ] \ Actinie.

< Polypes < Corail.

ZOOPHYTES. ] | Hydre.

/ Volvoce.

Infusoires | Enchelys

Spongiaires J

Monades.

Éponge.

Spongille

le Varadoxides spinolosus (fig. 30). Le Nereltes cumbriensis

Fig. 28. Ogygia Guettardi. (G.N.1) Fig. 30. Paradoxides spinolosus. (1/2 G. N.)

(fig. 31) est une espèce d'annélide du même terrain; on peut encore placer ici des Graphtolites.

Les différents ordres de la classe des mollusques avaient déjà de nombreux représentants. Parmi les mollusques céphalopodes (qui sont formés de deux parties distinctes, ont le corps et la tête armés de bras ou tentacules, et dont le poulpe de nos jours peut donner une idée), vivaient les Gyroceras, le Limites cornu-arietis (fig. 32). Le genre Bcllerophon représen-

I. Les lettres G. N. qui accompagnent les figures signifient grandeur naturelle, et les chiffres les fractions de cette grandeur.

tait, entre autres, les mollusques gastéropodes, qui, comme le

Fig. 31. Nereites cumbriensis. (i/2 G. N.)

Limaçon, rampent sur une partie charnue placée sous le ventre.

Parmi les mollusques lamellibranches, dont l'Huître est le

type, qui manquent de tête et sont presque toujours dépour-

Fig. 32. Lituites cornu-ar.etis. (.1/3 G. N.) Fig. 33. Hemicosinites pyrilormis. (,1/3 G. N.)

vus de motilité, il existait alors tout un genre, le genre Orthonota. 11 y avait aussi d'autres genres appartenant aux mollusques brachiopodes et bryozoaires. Parmi les zoophytes, on doit citer le genre Hemicosmites : la figure 33 représente une espèce de ce genre, YHemicosmites pyriformîs.

Les mers contenaient quelques plantes marines d'une organisation inférieure : c'étaient des sortes de varechs, que l'on a rapportés aux genres Buthrotephis. Palœophicus et Sphcnothallus .

Le terrain silurien inférieur existe en France, dans le Lar-

guedoc, du côté de Neffiez et de Bédarrieux, ainsi que sur le grand massif de la Bretagne. On le retrouve en Angleterre, en Bohême, en Espagne, en Russie, etc., comme aussi dans le nouveau monde. Des calcaires, des grès, des schistes (ardoises d'Angers) entrent dans sa composition minéralogique.

Période silurienne supérieure. — (Werilock et Ludlowh's formation des géologues anglais.) — Pendant la sous-période silurienne supérieure, les mers contenaient quelques genres de poissons inconnus à l'époque silurienne inférieure, un grand nombre de Trilobites, qui atteignent alors leur maximum de dévelop-

Fig. 34. Caiymene 1 lumenbachii. [C.N.)

Fi£. 35. Pentamerus Ktiiglilii (1/3 G. N.)

et

Orthis rustica. (G. N

Fig. 37. Halysites labyrinthica. (G. N.)

pement, entre autres le Calymenc Dlumenbachii (fig. 34); des Phrugmoceras, des Brachiopodes, parmi lesquels nous citerons

le Pmtamerus Knighlii (fig. 35) et YOrthis rustica (fîg. 36); quelques Polypiers, comme YHalysites labyrinthica (fig. 37). Deux crustacés d'une forme très-bizarre et qui ne ressemble

Fig. 38. Pterygotus bilobus. (1/2 G. N.)

Fig. 39. Eurypterus remipes. (G. N.)

point, d'ailleurs, à celle des Trilobites, ont été trouvés dans le Jerrain. silurien de l'Amérique et de l'Angleterre : le Ptery-

gotus bilobus(ûg. 38)etYEurijpterus remipes (fig. 39). Ces Crustacés habitaient peut-être les eaux douces. La plupart des Trilobites, avons-nous déjà dit, pouvaient se

rouler en boule comme nos Cloportes, sans doute pour se soustraire à l'attaque d'un ennemi.

On peut représenter, comme le montre la figure 40, un de ces Trilobites, le Calymene Blurnenbachii, enroulé sur lui-même.

Les mers étaient déjà abondamment peuplées à la fin de la pé-

Fig. 40. Calymene Blumenbachii,

enroule sur îui-mème. (g. n.) riode silurienne supérieure, car les naturalistes connaissent aujourd'hui plus de 1500 espèces végétales et animales appartenant à l'ensemble de la période silurienne.

Parmi les plantes marines, on a trouvé dans le terrain qui correspond à cette sous-période, quelques espèces d'algues que l'on rapporte au genre Fucoïdes.

Fig. 4i- Plantesjde la période silurienne. 1 et 2. Alguts (G. N.; — 3 et 4. Lycopodes. (6. N.)

Nous représentons dans la figure 41 quelques plantes de cette période d'après les empreintes qu'on en a retrouvées.

Le terrain silurien se retrouve en France dans les départements de la Manche, du Calvados, de la Sarthe, etc.; en Angleterre, en Espagne, en Allemagne (bords du Rhin); en Bohême, où il est très-développé, surtout aux environs de Prague; en Suède, où il comprend toute l'île de Gothland ; en Norvège, en Russie, etc. On le retrouve dans les deux Amériques, surtout aux environs de New-York1.

Nous ajouterons, pour caractériser le terrain silurien considéré dans son ensemble, qu'il est de tous les terrains le plus disloqué. Il ne laisse jamais apparaître, dans les pays où on le trouve, que des lambeaux échappés aux nombreuses éruptions qui l'ont traversé depuis les premiers âges. Ses couches, originairement horizontales, sont relevées, contournées, plissées, quelquefois même verticales, comme dans les ardoisières d'Angers. Aie. d'Orbigny a rencontré dans les Andes de l'Amérique l'étage silurien, avec ses fossiles, à la hauteur de 5000 mètres au-dessus de la mer. Quels énormes soulèvements du sol ont été nécessaires pour porter ces fossiles à une telle élévation!

A l'époque silurienne, les mers occupaient encore la terre presque tout entière; elles couvraient la plus grande partie de l'Europe : tout l'espace compris depuis l'Espagne jusqu'aux monts Ourals était sous les eaux. Il y avait seulement en France deux îles émergées : l'une formée des terrains granitiques de la Bretagne et de la Vendée actuelles, l'autre constituée par le grand plateau central et composée des mêmes terrains. La partie nord de la Norvège, de la Suède et de la Laponie russe formait une vaste surface continentale. En Amérique, les terres émergées étaient plus nombreuses. Dans l'Amérique septentrionale, une île s'étendait du 50e au 68e degré de latitude, dans la partie qui porte aujourd'hui le nom de Nouvdle-Bre-

1. Dans le Languedoc, où la formation silurienne a été découverte et étudiée par MM. Graff et Fournet, ces observateurs ont reconnu le long de la base de ï'Espinouse, les schistes chloriteux, verts et primordiaux, surmontés de leurs ardoises, qui deviennent d'autant plus pures que l'on s'éloigne davantage de ce massif granitique et gneissique pour se rapprocher de la vallée du Jour. C'est sur ces couches que repose le système silurien, lequel s'enfonce vers le plaine, sous les terrains secondaire et tertiaiie

tagne. Une autre île dessinait les côtes actuelles des Etats-Unis sur l'océan Pacifique, du 32e au 52e degré de latitude, c'est-àdire la Californie, l'Youtah et l'Orégon actuels. Dans l'Amérique méridionale, sur l'océan Pacifique, le Chili formait une île allongée. Sur l'Atlantique, la partie du Brésil contenue entre les 10e et 30e degrés de latitude, s'élevait au-dessus des eaux. Enfin, dans la région de l'équateur, la Guyane formait un dernier îlot sur la vaste mer qui couvrait encore toutes les autres parties du nouveau monde.

Sur la carte placée en regard de cette page, on a représenté les terrains qui s'élevaient au-dessus des eaux pendant la période silurienne, dans la partie de l'Europe qui devait un jour former la France. On voit qu'à cette époque la mer couvrait l'emplacement actuel de notre pays, à l'exception d'une partie de la Bretagne et du plateau central d'Auvergne, qui formaient deux îles sur le vaste océan primordial.

PERIODE DEVONIENNE. 67

PERIODE DEVONIENNE.

On désigne une autre période historique de la terre sous le nom de devonienne, parce que le terrain qui correspond à cette période apparaît très-nettement et avec beaucoup d'étendue dans le Devonshire, en Angleterre.

Les continents récemment déposés par les mers s'enrichirent, pendant la période devonienne, de quelques espèces vé gétales et animales d'une organisation plus complexe que celles qui avaient apparu sur le globe primitif. On suivra sans doute avec intérêt, dans cet ouvrage, les progrès successifs que présente l'organisation des êtres à mesure que la terre avance en âge, et, pour ainsi dire, s'éloigne de son berceau. Le Créateur semble s'appliquer sans cesse à produire des espèces vivantes de plus en plus achevées. Nous avons vu, pendant la période silurienne, la vie éclore et l'organisation débuter pardes plantes d'un ordre tout à l'ait inférieur, par des algues et des lycopodes, par des zoophytes, des articulés, des mollusques. Nous verrons, à mesure que noire globe vieillit, l'organisation se compliquer sans cesse. Les vertébrés, représentés par de nombreux poissons, viendront après les zoophytes, les articulés et les mollusques. Apparaîtront ensuite les reptiles; puis les mammifères et les oiseaux , jusqu'à ce qu'enfin Dieu fasse sortir de ses mains son suprême ouvrage, l'Homme, le roi de la terre, qui a pour signe et pour agent de sa supériorité, l'intelligence, cette flamme céleste, émanation de Dieu1.

1. 11 est bon de remarquer que, tout en débutant par des sortes d'essais, des tentatives d'organisation, la nature y procédait sur une très-grande échelle. Les crustacés sont en nombre déjà considérable dans les terrains siluriens. Les mollusques qui portent le nom de Goniatites, et que nous verrons apparaître dans cette période, présentent une organisation déjà passablement compliquée comme l'est d'ailleurs celle de tous les mollusques de la famille des Ammonidées dont les Goniatites font partie, et ils sont répandus dans les terrains devoniens avec une prodigieuse prodigalité. Dans les Pyrénées, par exemple, le marbre

La figure 42 représente une vue idéale de la terre pendant la période devonienne. C'est une vaste mer, couverte de quelques îlots. Sur les rochers, se traînent les articulés et mollusques propres à cette époque. On voit, échoué sur le rivage, le corps d'un gros poisson cuirassé. L'un des îlots est couvert d'un groupe d'arhustes (Asterophylliles coronata) mêlés à des plantes presque herbacées qui ressemblent à des mousses, quoique les véritables mousses n'aient apparu que bien plus lard.

La végétation est encore ici humble dans son développement, car les arbres de haute futaie font complètement défaut; les Astérophyllites, simples arbustes, élèvent seuls vers le ciel une tige grêle et élancée. La lumière, encore trop pâle, vu la demiopacité de l'atmosphère, ne permettait guère que le développement d'une végétation essentiellement cellulaire, lâche et vasculaire. Des cryptogames, dontnos champignonsactuelspeuvent nous donner l'idée, devaient former la plus grande partie de cette végétation primitive; mais en raison de la mollesse de leur tissu, de leur peu de consistance, de l'absence de libres ligneuses, les vestiges de ces premières plantes ne sont pas venus jusqu'à nous.

Les formes végétales propres à la période devonienne différaient beaucoup, on le voit, de celles qui appartiennent à l'époque actuelle. Les plantes de cette période tenaient à la fois des mousses et des lycopodes, végétaux cryptogamiques d'un ordre inférieur et qui manquent de fleurs apparentes. Les lycopodes sont des végétaux herbacés qui ne jouent qu'un rôle secondaire dans la végétation actuelle du globe:, mais, dans les premiers temps de la création organique, ils avaient la prédominance dans le règne végétal, tant par la dimension des individus que par la variété et le nombre de leurs espèces.

île Campan, dont la couche n'a pas moins de quarante mètres de puissance, n'est pour ainsi dire qu'une pâte calcaire dans laquelle les Goniatites sont entassés les uns sur les autres comme des figues dans leurs caissons. Cette disposition permet de calculer approximativement le nombre de ces animaux que doit contenir un bloc de dimension déterminée. En partant de cette donnée, M. Élie de Beaumont a trouvé qu'une couche de ce calcaire qui n'aurait qu'un mètre d'épaisseur sur un myriamètre carré de superficie, en renferme vingtsept mille milliards.

PERIODE DEVONIENNE

L'arbuste élégant qui porte le nom d'Astcrophyllites coronata, et que l'on voit sur la planche 42, doit être rangé dans une famille, aujourd'hui complètement anéantie, appartenante cette division des Dicotylédones qui comprend maintenant les Conifères, ou arbres verts, et les Cycadées. Les feuilles aiguës des Astérophyllites s'étalaient en rayons de cercle, sur des rameaux verticillés.

Nous représentons dans la ligure 43 trois espèces végétales

Fig. 43. Plantes de la période devonienne. 1. Algues. — 2. Zostera.— 3. Psilophyton. (G. IN.)

aquatiques propres à la période devonienne : ce sont des Fucoïdes (algues), des Zostera et le Psilophyton.

Jetons maintenant un rapide coup d'oeil sur les animaux appartenant à cette période.

La classe des Poissons tenait alors le premier rang par son importance ; mais la structure de ces animaux était bien différente de celle de nos poissons actuels. Ils étaient pourvus d'une sorte de cuirasse; de là leur nom de poissons ganoïdes,

c'est-à-dire cuirassés. On possède de nombreux échantillons du Plerichlys cornutus, poisson bizarre dont le corps, revêtu d'une grande carapace à plusieurs pièces, portait une trèspetite tète, munie de deux nageoires en forme d'ailes.

Nous représentons dans la fig. 44 le Ptericlilhys cornutus, en même temps que deux autres poissons de la même période, le Coccostcus et le Cephalaspis. Le Pterichthys était entièrement cui-

Fig. 44. Poissons de la période devonienne, 1. Coccosteus (1/3 G. N.); 2. Pterichthys (1/4 G. N.); 3- Cephalaspis (1/4 G. N.).

rassé; le Coccosteus n'était défendu que dans la moitié supérieure de son corps, par une cuirasse; le Cephalaspis n'était protégé que dans la partie antérieure du corps.

D'autres poissons ne présentaient pas une cuirasse, à proprement parler, mais seulement des écailles très-résistantes qui enveloppaient leur corps entier. Tels étaient YAcanlhodes, le Climatius et le Diplacanihus, que nous représentons sur la figure 45.

On trouve encore, dans cette période, des Annclides tubicoles, animaux vermiformes, protégés extérieurement par une enveloppe testacée, qui se montrent ici pour la première fois, et sont représentés par le genre Serpule; des crustacés (Argès).

PERIODE DEVONIENNE.

Les Trilobites sont encore assez nombreux, surtout à la base des terrains correspondant à cette période. On y trouve un

Fig. 45. Poissons de la période devonienne. 1. Acanthodes. —2. Climatius. — 3. Diplacanthus.

grand nombre d'espèces de mollusques dont les brachiopodes forment plus de la moitié. On peut dire de cette période que

Fig. 46. Atrypa reticularis.

Fig. 47. Clymenia Sedgwicki.

c'est le règne des brachiopodes ; ils y revêtent des formes extraordinaires, et leurs espèces sont en nombre immense.

Parmi les plus curieux, citons l'énorme Strigocephalus Burtini, le Davidsonia Verneuilii, YUncites gryphus, la Calceola sandalina, mollusques aux formes bizarres, qui s'éloignent de tout ce que nous connaissons. Parmi les plus caractéristiques de ces mollusques sont en première ligne YAtrypa reticularis (fig. 46), les Spirigera concentrica, la Leptœna Murchisoni. On commence à rencontrer des.Produclus subaculealus. Citons aussi le Clymenia Segwicki (fig. 47).

De beaux céphalopodes dont faisaient parlie les Goniatites, voisin du genre des Ammonites qui caractérisent l'époque secondaire, vivaient pendant la période devonienne.

Parmi les nombreux Radiaires de cette époque, il taut citer

Fig. 48. Cupressocrinus crassus.

en première ligne l'ordre des Crinoïdes. Nous représentons, comme exemple, le Cupressocrinus crassus (fig. 48).

Les Encrines, nom sous lequel on désigne souvent tous ces animaux, vivaient attachés dans les lieux rocailleux, au milieu des bancs les plus profonds, la bouche en haut, attendant leur proie, et ressemblant à des arbustes de pierre. En effet, leur corps était ordinairement composé de cinq bras, lesquels s'ouvraient ou s'étalaient pour saisir la proie. Ce corps était porté sur une tige composée de nombreuses articulations, et qui était attachée au sol par une sorte de racine. C'est pour rappeler cette fixité au sol et la facilité de pouvoir ouvrir et fermer ses bras comme le calice d'une fleur, que l'on a quelquefois donné aux Encrines le nom vulgaire de fleurs de pierre.

Les Encrines vivaient déjà à l'époque silurienne; il existait

PERIODE DEVONIENNE. 75

dans les mers de cette époque un genre tout entier appartenant à l'ordre des Encrines et que nous avons signalé : c'était le genre Hemicosmites. Le nombre des Crinoïdes augmente beaucoup dans les mers de la période devonienne. Il diminue à mesure que l'on s'éloigne de cette période géologique, et de nos jours deux genres seulement représentent ces animaux, dont les formes ont été si nombreuses et si variées dans les mers primitives.

Terrain devonien. — Le terrain devonien se compose de schistes, de grès et de calcaires divers. Il existe dans le nord, dans l'ouest, dans le midi de la France, et en Belgique, en Russie, en Espagne, en Amérique, etc. Il constitue le vieux grès rouge, très-répandu en Angleterre, et le terrain dit de grauwacke.

Les terrains devoniens renferment les plus anciens dépôts de combustibles connus. Telles sont probablement les houilles qui sont exploitées en France dans les départements de la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire, et en Espagne, dans les Asturies.

Nous venons de dire que le terrain devonien se compose de grès, de schistes et de calcaires. La présence des grès et des schistes argileux dans ce terrain n'aura rien qui surprenne le lecteur, mais la présence de la chaux pourra, à bon droit, l'étonner : le fait, dans tous les cas, exige une explication.

Dans les substances minérales dont nous avons parlé jusqu'ici comme composant notre globe, on n'a vu figurer encore que le granit, c'est-à-dire le mélange de silicates de potasse, de soude et de magnésie qui forment cette roche fondamentale *. C'est, avons-nous dit, aux dépens des composés constituants du granit que se sont formés les grès, les argiles et les schistes des terrains primitifs et siluriens. Le nom de chaux n'a pas été prononcé jusqu'ici. C'est qu'en effet le carbonate de chaux, les composés calcaires, se montrent à peine dans les

1. Déjà le terrain silurien renferme, il est vrai, des bancs calcaires d'une grande puissance. Cette remarque pourrait donc se reporter jusqu'à la période antérieure.

premières assises minérales de notre globe. Toutefois, à partir des périodes silurienne et devonienne, le carbonate de chaux fait partie essentielle de ces terrains. Quelle est l'origine de ce carbonate de chaux? D'où provenait cette substance qui apparaît en quantité déjà si notable dans les terrains devoniens? Les fractures et dislocations de l'écorce solide du globe étaient extrêmement fréquentes pendant ses premiers âges. Ce n'était pas seulement du granit liquéfié qui s'épanchait à travers ses énormes fissures; il s'en échappait aussi des eaux bouillantes, tenant en dissolution du bicarbonate de chaux, mêlé quelquefois de bicarbonate de magnésie. De véritables fleuves calcaires jaillissaient ainsi de l'intérieur du globe, ce grand et inépuisable réservoir qui a fourni tout ce que la surface de la terre présente aujourd'hui à nos regards. Comme la mer couvrait alors presque toute l'étendue de la sphère terrestre, ces fleuves d'eaux bouillantes calcaires se déchargeaient nécessairement dans ses ondes. C'est ainsi que les mers, primitivement dépourvues de composés calcaires, furent chargées de sels de chaux à partir des périodes silurienne et devonienne. C'est par la même raison que les terrains formés plus tard par les dépôts des mers, ont présenté, à partir de cette période, beaucoup de carbonate de chaux. Le même phénomène continuant de se produire après la période devonienne, nous verrons les terrains calcaires augmenter en nombre et en importance dans la suite des âges géologiques dont nous présenterons le tableau. Pendant les périodes jurassique et crétacée, ces dépôts couvriront, sur la terre entière, des espaces immenses, ils formeront des terrains d'une épaisseur de plusieurs centaines de mètres. Le phénomène de l'irruption d'eaux thermales chargées de sels de chaux était à son origine pendant les périodes silurienne et devonienne : aussi avons-nous dû le mettre en relief dans ce chapitre.

PERIODE CARBONIFERE 77

'ÉRIODE CARBONIFÈRE.

A la période devonienne succède, dans l'histoire de notre globe, la période carbonifère. C'est dans les terrains qui ont pris naissance à celte époque, que nous trouvons aujourd'hui la houille1 ou charbon de Urre,

La houille, comme on va le voir, est la substance même des végétaux qui ont vécu dans ces temps reculés. Ensevelis sous d'énormes épaisseurs de roches, ces végétaux s'y sont conservés jusqu'à nos jours, après s'être modifiés dans leur nature intime et leur aspect extérieur. Ayant perdu un certain nombre de leurs éléments constitutifs, ils se sont transformés en une sorte de charbon , imprégné de ces substances bitumineuses ou goudronneuses qui sont les produits ordinaires de la décomposition lente des matières organiques

Ainsi, la houille qui alimente nos usines et nos fourneaux, qui est l'agent fondamental de notre production industrielle et économique, la houille qui sert à chauffer nos demeures, et qui fournit le gaz employé pour nous éclairer, cette houille est la propre substance des plantes qui composaient les forêts, les herbages et les marécages de l'ancien monde, à une époque que la chronologie humaine ne saurait assigner avec précision. Nous ne dirons pas, avec quelques personnes qui croient que tout dans la nature a été fait à l'intention de l'homme, et qui se font ainsi une idée bien incomplète du vaste ensemble de la création, nous ne dirons pas que les végétaux de l'ancien monde n'ont vécu et ne se sont multipliés que pour préparer un jour à l'homme ses agents de production économique et industrielle. Il faudrait, en effet, regretter

1. Le nom de houille vient d'un vieux mot saxon : huila, qui servait à désigner, chez les Allemands, ce genre de combustible.

alors que ce précieux héritage de la vie du monde ancien ne se rencontre le plus souvent qu'à des profondeurs inaccessibles à nos atteintes. Mais nous ferons admirer à nos jeunes lecteurs le pouvoir de la science moderne, qui, après un intervalle de temps si prodigieusement recule, sait découvrir l'origine précise de ces substances végétales, et signaler, avec la plus grande exactitude, les genres et les espèces auxquels ont appartenu des plantes dont aucun représentant identique n'existe aujourd'hui sur la terre.

Le caractère fondamental de la période que nous allons étudier, c'est l'immense développement d'une végétation qui couvrait alors le globe tout entier. L'épaisseur considérable des terrains qui représentent aujourd'hui cette période, les accidents variés qu'on observe dans ces terrains partout où on les rencontre, portent à penser que cette phase historique est peut-être celle qui a le plus longtemps duré.

Arrêtons-nous un instant pour donner une idée exacte du caractère général qu'a dû présenter notre planète pendant la période carbonifère. Une chaleur excessive, une humidité extrême, tels étaient alors les attributs de l'atmosphère. Les congénères des espèces auxquelles appartiennent les végétaux de la période carbonifère, ne vivent aujourd'hui que sous les brûlantes latitudes des tropiques, et les énormes dimensions que nous présentent ces mêmes végétaux à l'état fossile, prouvent, d'autre part, que l'atmosphère devait alors être saturée d'humidité. Le voyageur Livingstone, qui, de nos jours, a fait à l'intérieur de l'Afrique de si importantes observations, nous a appris que des pluies continuelles, jointes à une chaleur intense, sont le caractère climatérique des parties de l'Afrique équatoriale où se plaît la végétation puissante et touffue que l'on y admire.

Circonstance remarquable, cette température élevée, jointe à cette humidité constante, n'était point spécialement propre à certaines régions du globe : la chaleur était la même à toutes les latitudes. Depuis les régions équatoriales, jusqu'à cette île Melville (dans l'Océan glacial arctique) où de r.os jours les frimas sont éternels ; depuis le Spitzberg jusqu'au centre de l'Afrique, la flore carbonifère présente une identité presque

PERIODE CARBONIFERE. 79

complète. Quand on trouve à peu près les mêmes fossiles au Groenland et dans la Guinée, quand on voit les mômes espèces végétales aujourd'hui éteintes se rencontrer, avec le même degré de développement, à l'équateur et au pôle arctique, on est bien forcé de reconnaître qua cette époque la température du globe était la même partout. Ainsi, ce que nous nommons aujourd'hui le climat était inconnu pendant les temps géologiques : il n'y avait qu'un seul climat pour le globe entier. Ce n'est que plus tard , c'est-à-dire à l'époque tertiaire, par les progrès du refroidissement du globe, que le froid a commencé de se faire sentir aux deux pôles terrestres.

D'où provenait cette uniformité de température qui a lieu de nous étonner aujourd'hui? Elle tenait à l'excessive chaleur du globe. La terre était encore si chaude par elle-même, que sa température propre primait, rendait superflue et inappréciable la chaleur qui lui envoyait l'astre central, c'est-à-dire le soleil.

Une particularité établie avec moins d'exactitude que la précédente est relative à la composition chimique de l'air pendant la période carbonifère. En voyant la masse énorme de végétaux qui couvraient alors le globe, et s'étendaient d'un pôle

l'autre, en considérant la grande proportion de carbone et d'hydrogène que existe dans la houille, toujours remplie de i îatières bitumineuses, on a cru pouvoir en inférer que l'atmosphère de cette époque devait être beaucoup plus riche en acide carbonique que l'atmosphère de nos jours. On a même voulu expliquer par la forte proportion de gaz acide carbonique qui aurait existé dans l'air atmosphérique, le petit nombre d'animaux, ou du moins d'animaux aériens, qui vivaient alors. C'est là une pure induction manquant de preuves. Rien ne prouve que l'atmosphère terrestre pendant la période carbonifère fût plus riche en acide carbonique que celle de nos jours. Comme on ne peut émettre ici que de vagues conjectures, on ne saurait professer avec confiance l'opinion que l'air atmosphérique, pendant cette période, fût plus riche en acide carbonique que celui que nous respirons.

Ce qu'on peut faire remarquer avec certitude, comme caracère frappant dans la végétation du globe pendant cette phase

de son histoire, c'est le développement prodigieux que présentaient alors les espèces végétales.

Les Fougères, qui, de nos jours et dans nos climats, ne sont le plus souvent que des herbes vivaces, se présentaient, quelquefois, pendantla période carbonifère, sous la forme d'espèces d'un port très-élevé.

Tout le monde connaît ces herbes marécageuses, à tiges cylindriques, creuses, cannelées, articulées, dont les articles sont munis de gaines membraneuses, dentées, et qui portent les noms vulgaires de Prêle, Queue de cheval; leurs fructilications forment, par leur ensemble, un chaton, composé de plusieurs cercles d'écaillés portant à leur face inférieure des sacs pleins de spores, lesquelles, par leur évolution, reproduisent la plante mère. Ces humbles prêles étaient représentées, pendant la période houillère, par des arbres herbacés, sortes d'immenses asperges de 7 à 8 mitres d'élévation et de l à 2 décimètres de diamètre. Leurs troncs, cannelés longitudinalement et divisés dans le sens transversal par des lignes d'articulation, nous ont été conservés : ils portent le nom de Calamités.

Nos Lycopodes actuels sont d'humbles plantes, le plus souvent rampantes : elles n'atteignent pas 1 mètre de haut. Or, les Lycopodiacées de l'ancien monde étaient des arbres de 25 à 30 mètres d'élévation; c'étaient les Lepidodendrons qui peuplaient les forêts. Leurs feuilles atteignaient quelquefois un demi-mètre de long et leur tronc avait jusqu'à 1 mètre de diamètre ; tel était le Lepidodendron carinatum. Une autre Lycopodiacée de cette époque, le Lomatophloyos crassicaule, avait aussi des dimensions colossales. Les Sigillaria dépassaient quelquefo s 1j hauteurde 30mètres. Les fougères herbacées, alors prodigieusement abondantes, croissaient à l'ombre de ces arbres gigantesques. C'est la réunion de ces arbres de haute taille et d'arbustes qui formait les immenses forêts de la période carbonifère.

Quoi de plus surprenant que l'ensemble de cette exubérante végétation ! ces Sigillariées immenses qui dominaient les forêts ; ces Lepidodendrons à la tige élancée et flexible; ces Lomatophloyos, qui offraient l'image d'arbres herbacés à taille gigantesque, garnis de feuillets verdoyants; ces Calamités de 10 mètres de hauteur ; ces élégantes fougères arborescentes, au feuillage

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