SOUS-PERIODE DU LIAS
Des zoophytes, des mollusques, des poissons d'une organisation particulière, mais surtout des reptiles d'une grandeur et d'une structure extraordinaires, donnent aux mers de l'époque liasique un intérêt et des traits tout particuliers. C'est alors qu'ont apparu ces énormes sauriens dont les dimensions et les formes nous offrent, sous le plus étrange aspect, les animaux de l'ancien monde.
1 . Lias est le nom que les carriers anglais donnent à un calcaire argileux particulier au terrain jurassique.
Parmi les zoophytes propres à la sous-période du lias , nous citerons YAsterialombricalis(fig. 107), et le Palœocoma Fustembergii (fig. 108), qui constitue un genre peu éloigné de celui de nos Étoiles de mer, dont il rappelle les formes radiées.
Le Pentacrinus fasciculosus est un autre zoophyte de cette époque, qui décore avec élégance les collections de paléontologie. Il appartient à l'ordre des Crinoïdes, qui est représenté Fig.io7.Asteriaiombricaiis.(G.N.)(lans l'époque actuelle par la Pentacrine tête de Méduse, rare et délicat zoophyte de nos mers. La figure 109 représente ce beau zoophite fossile.
Fig. 108. Palœocoma Fustembergii. (G. N.)
Les Huîtres qui avaient vu le jour, mais par un très-petit nombre d'espèces, dans la période précédente, augmentent [en nombre dans les mers basiques. Citons parmi les premières
huîtres du monde ancien, et comme caractéristique de cette période, YOstrea arcuata (fig. 110).
Fig. 109. Pentacrinus fasciculosus ( 1/2 G. N.)
Fig. ilo. Ostrea arcuata (1/2 G. N.)
Les Ammonites, curieux genre de mollusques, tout à fait spécial à l'époque secondaire et complètement disparu de nos jours, s'étaient montrées pour la première fois dans la période du trias; mais elles n'y figuraient qu'en nombre très-petit, et comme aux premiers débuts de leur création. C'est à la période
jurassique que les Ammonites appartiennent en propre et d'une manière caractéristique. Il est nécessaire de donner ici une idée exacte de ce genre important de mollusques de l'ancien monde.
Les Ammonites ' étaient des mollusques céphalopodes à coquille circulaire enroulée en spirale dans un même plan, et divisée en une série de cavités. Le corps de l'animal n'occupait que la plus extérieure des cavités de la coquille ; les autres étaient vides. Un tube traversait toutes ces cavités, en partant de la première. Ce tube avait pour objet de rendre l'animal plus léger ou plus lourd. L'Ammonite pouvait, à volonté, introduire de l'eau dans ce conduit, ou l'en expulser, ce qui lui donnait le moyen de s'élever au-dessus de l'eau, ou de descendre dans ses profondeurs. Le .Nautile de nos jours est pourvu de la même et curieuse organisation : c'est l'animal qui rappelle le mieux l'Ammonite des temps géologiques.
Les coquilles étant les seuls débris qui nous restent des Ammonites, on n'a pas toujours une idée exacte de l'animal qui vivait dans la première cavité de cette coquille. Il sera donc
Figure 111. Ammonite restaurée.
utile de mettre ici sous les yeux du lecteur l'image restaurée de ce mollusque. La figure 111 représente l'Ammonite vivante.
1. Le nom d'ammonite est tiré de la ressemblance rie ces coquilles avec les espèces de cornes à bélier qui ornaient le frontispice îles temples de Jupiter A mmon, et les bas-reliefs des statues de ce dieu du paganisme.
On voit que ce curieux animal ressemblait, comme nous le disions plus haut, au Nautile de nos jours. Semblable à une petite nacelle, l'Ammonite flottait à la surface des eaux : c'était, comme le Nautile actuel, un esquif animé. Quel curieux aspect devaient présenter les mers primitives, couvertes d'une masse innombrable de ces mollusques de toute grandeur, qui voguaient avec prestesse à la poursuite de leur proie, sur la surface des flots !
Les Ammonites présentent dans la période jurassique une variété infinie de dimensions et de formes, parmi lesquelles beaucoup sont d'une extrême élégance. Nous représentons ici quelques-unes des Ammonites caractéristiques du lias : Y Ammonites bifrons (fig. 112), Y Ammonites Nodotianus (fig. 113),
Fig. 112.
Ammonites bifrons. (1/2 G. N.)
ïig 113.
Ammonites Nodotianus. (1/3 G. N.
Fig. 114.
Ammonites bisulcatus. (1/5 G. N»)
Fig. 115.
Ammonites margantatus. (1/2 G. N.)
Y Ammonites bisulcatus, appelée aussi Ammonites Bucklandi (fig. 114), et Y Ammonites margaritatus (fig. 115).
Les Bélemnites, mollusques céphalopodes d'une organisation très-curieuse, apparaissent en grand nombre, et pour la première fois, dans la période jurassique. On ne possède de ce mollusque qu'un osselet analogue à celui des Seiches et des Calmars, et que l'on pourrait, au premier abord, prendre pour une baguette pétrifiée. Ce simple et muet débris est bien loin de nous donner l'idée exacte de ce qu'était l'animal des temps primitifs qui a reçu le nom de Bélemnite. Ce petit os allongé , le seul vestige qui nous reste, n'était que la partie terminale, enveloppée de chair, du corps de la Bélemnite. Différant en cela de l'Ammonite, qui flottait à la surface de la mer, la Bélemnite nageait au fond des eaux.
On voit sur la figure 116 la Bélemnite vivante, en d'autres termes, et selon le langage des paléontologistes, restaurée, d'après les travaux de Buckland et du célèbre naturaliste anglais
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Fig. 116. Bélemnite restaurée.
Owen. On a marqué d'une teinte un peu plus noire la partie terminab de l'animal pour indiquer la place de l'os qui seul représente aujourd'hui pour nous cet être fossile.
On se formera une idée assez exacte de ce mollusque en se représentant notre Seiche actuelle. La Bélemnite, comme la Seiche, sécrétait une matière noire, liquide, une sorte d'encre ou de sépia. On a retrouvé à l'état fossile la poche contenant l'encre desséchée de la Bélemnite, et un géologue a pu se donner la joie d'exécuter un dessin avec cette sépia, âgée de millions d'années 1
Parmi les Bélcmnites caractéristiques de la période du lias, nous citerons les Bclemniles acutus, pistilliformis (fig, 117), et sulcatus (fig. 118).
Citons encore, parmi les mollusques, le Plagiostoma giganteum
Fig. 117. Flg. 118.
Belemnitespistiliformis. Eelemnites sulcatus.