‹ La terre avant le déluge (volume 4)Chapitre 33 sur 55 · I. Commeninrii Académies Petersburgicee · texte numérisé non relu

I. Commeninrii Académies Petersburgicee

sentait une disposition que l'on n'a trouvée sur aucun animal connu : elle était armée de quatre bois, dont deux au haut du front, et les deux autres, plus grands, plantés à la région des sourcils. Ces quatre bois, très-divergents, devaient donner à ce cerf colossal un aspect des plus étranges. La ligure 297 re-

Fig %SI Sivatheniim restauré

présente le Sivatherium restauré, tout autant qu'on peut le faire pour un animal dont on ne possède que la tète.

Comme pour rivaliser avec ces gigantesques mammifères, un grand nombre de reptiles vivaient encore sur les continents, bien que cette classe d'animaux eût beaucoup perdu du rôle important qu'elle jouait à l'époque secondaire.

De tous les reptiles qui appartiennent à la période pliocène, un seul nous occupera : c'est la Salamandre. Nos Salamandres actuelles sont des batraciens amphibies, à la peau nue, qui ont à peine une longueur de 50 centimètres; la Salamandre de l'époque tertiaire avait les dimensions d'un Crocodile.

La découverte de la Salamandre fossile a valu à l'histoire de la géologie une page assez piquante, dont nous ne priverons pas nos lecteurs. Le squelette de ce Reptile a été longtemps considéré comme celui d'une victime humaine du déluge (homo diluvii teslis). 11 fallut tous les efforts de Camper et de Cuvier pour rayer ce préjugé de l'esprit du vulgaire et de celui des savants.

Sur la rive droite du Rhin, non loin de Constance, un peu au-dessus de Stein, et près du village d'OEningen, en Suisse, existent de belles carrières de calcaire schisteux. Eh raison des produits variés qu'elles renferment, ces carrières, qui appartiennent à l'époque tertiaire, ont été plusieurs fois décrites par les naturalistes, entre autres par Horace de Saussure, dans le troisième volume de ses Voyages dans les Alpes.

En 1725, on trouva dans ces carrières, incrusté dans un bloc, un squelette, remarquablement conservé. Scheuchzer, célèbre naturaliste suisse, qui alliait à ses études scientifiques les travaux du théologien, fut appelé pour prononcer sur la nature de cette relique des anciens Ages. Il crut reconnaître dans ce squelette celui d'un homme, et sa conviction sur ce point se traduisit bientôt par les élans d'un véritable enthousiasme. En 1726, il donna, dans les Transactions philosophiques de Londres, la description de ces restes fossiles, et en 1731, il en fit l'objet d'une dissertation spéciale, qui avait pour titre : Homo diluvii teslis (l'Homme témoin du déluge). Cette dissertation était accompagnée de la figure sur bois de YHomme témoin du déluge. Scheuchzer revint sur ce sujet dans un autre de ses ouvrages, Physica sacra1.

a II est certain, écrivait-il, que ce schiste contient une moitié, ou peu s'en faut, du squelette d'un homme; que la substance même des os, et, qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles que les chairs, y sont incorporées dans la pierre ; en un mot, que c'est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux. La figure nous montre le contour de l'os frontal, les

1. Bible en estampes où la physiologie (physica sacra) des merveilles naturelles mentionnées dans 'es saintes Écritures se trouve expliquée et démontrée, par J. F. Scheuchzer. Ulm, 1731.

orbites avec les ouvertures qui livrent passage aux gros nerfs de la cinquième paire. On y voit des débris du cerveau, du sphénoïde, de la

Fig. 298. Andnaa Scheuchzeri. (1/5 G. N.;

racine du nez, un fragment notable de l'os maxillaire, et des vestiges du foie. »

Et notre pieux auteur de s'écrier, en prenant cette fois la forme lyrique ■

D'un vieux damné déplorable charpente, Qu'à ton aspect le pécheur se repente ' !

Le lecteur a sous les yeux la figure du fossile du schiste d'OEningen (fig. 298). Il est évidemment impossible de trouver dans ce squelette ce que voulait y voir l'enthousiaste savant, et l'on peut apprécier, par cet exemple, à quelles erreurs peuvent quelquefois conduire l'aveuglement d'une opinion préconçue * et l'esprit de système. Comment un naturaliste aussi éminent que Scheuchzer pouvait-il trouver dans cette tête énorme et dans ces membres supérieurs la moindre ressemblance avec les parties osseuses de l'homme?

Le Prêadamite (prédécesseur d'Adam), l'Homme témoin du déluge, fit grand bruit en Allemagne, et personne n'osa contester l'opinion émise par le naturaliste suisse, sous sa double autorité de théologien et de savant. C'est ainsi que, dans son Traité des pétrifications, publié en 1758, Gesner décrit avec admiration le fossile d'OEningen, qu'il attribue, avec Scheuchzer, à Y homme antédiluvien.

Pierre Camper fut le seul qui osât s'élever contre l'opinion alors universellement professée en Allemagne. S'étant transporté à OEningen, en 1787, pour y étudier le célèbre animal fossile, il n'eut pas de peine à se convaincre de l'erreur de Scheuchzer. Il reconnut que ce squelette était celui d'un reptile. Camper lui-même se trompa néanmoins sur la famille de reptiles à laquelle il fallait rapporter le prétendu témoin du dé' luge; il le prit pour un saurien. « Un lézard pétrifié, écrivit Camper, peut-il passer pour un homme ! »

C'est à Cuvier qu'il appartenait de ranger dans sa véritable famille le fossile d'OEningen. Dans un mémoire sur ce sujet, Cuvier démontra que ce squelette avait appartenu à un de ces batraciens amphibies qui portent le nom de Salamandre.

« Prenez, disait Cuvier dans ce mémoire, un squelette de salamandre

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