TABLEAU DE I
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L'époque quaternaire de l'histoire de notre globe commence après l'époque tertiaire et se continue jusqu'à nos jours.
La tranquillité de notre globe ne sera troublée, pendant la durée de cette dernière époque, que par quelques cataclysmes dont la sphère sera restreinte et locale, et par un trouble pas sager qui surviendra dans sa température : les déluges et la période glaciaire, voilà deux premières particularités remarquables que va nous présenter cette époque. Mais le fait qui domine l'époque quaternaire, et en môme temps toutes les phases que nous a présentées jusqu'ici l'histoire de la terre, c'est l'apparition de l'homme, œuvre culminante et suprême du Créateur de l'univers.
Dans cette dernière phase de l'histoire de la terre, nous établirons, en conséquence, ces trois divisions chronologiques :
1° Les déluges de l'Europe;
2° La période glaciaire;
3° La création de l'homme et le déluge asiatique.
Avant d'exposer les trois ordres d'événements divers qui remplissent l'époque quaternaire, nous avons à présenter le tableau du règne organique, c'est-à-dire des espèces végétales et animales propres à cette époque.
Nous n'entrerons dans aucun développement particulier pour ce qui concerne les plantes. La végétation de l'époque quaternaire n'est autre, en effet, que celle de notre époque; cette flore, c'est la flore de nos jours.
Ce que nous venons de dire pour es végétaux de l'époque
quaternaire, ou actuelle, nous pouvons le répéter pour les animaux. La création animale de l'époque quaternaire est celle que l'homme voit vivre et s'agiter sous ses yeux. Nous aurions donc supprimé toute description de ces animaux, si quelques espèces appartenant à la création quaternaire n'avaient déjà disparu. Ces espèces dès maintenant éteintes, ces animaux dont ia race, contemporaine des animaux actuels, est pourtant aujourd'hui effacée de la terre, nous sommes obligé de les décrire, comme nous avons décrit les espèces éteintes appartenant aux âges antérieurs. Elles ne sont pas nombreuses d'ailleurs, et se réduisent dans notre hémisphèi e aux suivantes : Mammouth (Elcphas primigenius), Rhinocéros (Rhinocéros tichorh'mus), Ours (Ursus spelxus), Tigre gigantesque (Felis spclxa), Hyène (Hyena spelxa), Bœuf (Bos priscus et primigenius), Cerf (Cervus megaceros), auxquelles il faut joindre le Dinornis et YEpiornis, parmi les oiseaux. En Amérique existaient aussi, pendant l'époque quaternaire, des édentés de taille colossale et d'une structure toute particulière, le Megathcrium, le Megalonyx et le Mylodon. Nous allons passer en revue ces animaux anté-diluviens, en commençant par ceux de notre hémisphère. La figure 306 représente le squelette du Mammouth. Sa taille dépassait celle des plus grands Éléphants actuels, car il avait de 5 à 6 mètres de hauteur. La courbure en demi-cercle de ses monstrueuses défenses, qui atteignent jusqu'à 4 mètres de longueur, différencie le Mammouth de l'Éléphant actuel des Indes. La forme de ses dents permet de le distinguer facilement de son congénère fossile, le Mastodonte. Tandis que les dents du Mastodonte sont surmontées d'éminences ou de tubérosités en forme de mamelons, les dents du Mammouth, semblables en cela à celles de l'Éléphant actuel, présentent une large surface unie, surmontée seulement de sillons réguliers à large courbure.
Les dents (fig. 307), chez le Mammouth comme chez l'Éléphant actuel, sont au nombre de quatre seulement, deux à chaque mâchoire, si l'animal est adulte. Sa tête allongée, son front concave, sa mâchoire courbe et tronquée en avant, caractérisent encore le Mammouth.
Il a été facile, comme on le verra plus loin, de connaître les
formes générales, la structure de cet animal, et jusqu'à sa peau. On sait, à n'en pas douter, qu'il était revêtu de poils longs et serrés, et qu'une crinière flottait sur son cou et le
Fig. 306. Squelette du Mammouth (Elcphas j'rimigeniusj.
long de son épine dorsale. Sa trompe ressemblait à celle de l'Éléphant actuel des Indes. Son corps était plus lourd, et ses
IFig. 307. Dents du Mammouth.
jambes plus courtes que celles de ce dernier animal, dont il avait d'ailleurs les mœurs et les habitudes.
Blumenbach a donné au Mammouth ou Eléphant fossile le nom spécifique d'Elephas primigenivs.
Le Mammouth ou Éléphant fossile (fig. 308) est, sans aucun doute, le plus important de tous les animaux de l'ancien monde reconstitués, ressuscites, pour ainsi dire, par la science moderne. Aussi ne devons-nous pas craindre de nous étendre un peu longuement sur les principaux traits de son histoire, qui
Fiy. 6u». Mammouth restaure.
auront d'ailleurs l'avantage de nous donner l'explication de plusieurs faits consignés dans les annales de différents peuples.
A toutes les époques, et presque dans tous les pays, le hasard a fait découvrir dans le sol des ossements d'Éléphant. Pline nous a transmis la tradition, recueillie par l'historien Théophraste, qui écrivait 320 ans avant Jésus-Christ, de l'existence d'ossements, ou d'ivoire fossile (ebur fossile), dans le sol de la Grèce1.
Comme certains os de l'Éléphant ont quelque ressemblance
1. Theophratiis nuctor est, et ebur fossile cmuUdo et nigro colore inveniri et ossa e terra nasci, invenirique lapides osseos, lib. XXXVI cap xxix «Thé' phraste nous assure que l'on a trouvé de l'ivoire fossile noir et blanc, ainsi que des os transformés en pierres; ces os étaient nés de la terre. »
avec ceux de l'homme, on les a souvent pris pour des os humains. Dans les premiers temps de l'histoire, les grands ossements que l'on déterrait accidentellement, passaient pour avoir appartenu à des demi-dieux ou à des héros. On y vit plus tard des restes de géants. Nous avons déjà parlé de l'erreur qui fit prendre, chez les Grecs, une rotule d'Éléphant pour celle d'Ajax. C'est également à des os d'Éléphant fossile qu'il faut attribuer le géant dont parle Pline1, et qui fut mis à découvert par un tremblement de terre. On doit encore rapporter à la même origine le prétendu corps d'Oreste, long de 7 coudées (4 mètres), qui fut découvert à ïégée par les Spartiates2; celui d'Astérius, fils d'Ajax, découvert dans l'île de Ladée, et long de 10 coudées, selon Pausanias, enfin les grands os qui furent trouvés dans l'île de Rhodes et dont parle Phlégon de Tralles3.
On remplirait des volumes rien qu'avec les histoires de prétendus géants trouvés dans d'anciens tombeaux. Au reste, ces livres existent, et sont même assez nombreux dans la littérature du moyen âge ; ils ont pour titre : Gigantologie. Tous les faits, plus ou moins réels, tous les récits, véridiques ou imaginaires, rassemblés dans ces recueils, peuvent s'expliquer par la découverte accidentelle d'os d'Éléphant, plutôt que de tout autre animal de notre époque ou de l'ancien monde.
On trouve répétée dans toutes les Gigantologics l'histoire du prétendu géant découvert, au quatorzième siècle, à Trapani, en Sicile, dont parle Boccace, et qu'on ne manqua point de prendre pour Polyphème; ainsi que l'histoire du géant trouvé, au seizième siècle, selon Fasellus, dans les environs de Palerme. Le même auteur cite d'autres parties de la Sicile, comme Melilli, entre Leontium et Syracuse, Garine, à 12 milles de Païenne, Calatrasi, Petralia, etc., où l'on déterra des os de géants.
Le P. Kircher parle de trois autres géants trouvés en Sicile, et dont il ne restait de bien complet que les dents4.
En 1577, un ouragan ayant déraciné un chêne près du cloître