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Ainsi, l'action des infiltrations aqueuses, suivies de la gelée, la décomposition chimique que subit le granit sous l'influence de l'air humide, dégradent, désagrègent les roches qui constituent les montagnes encaissantes des glaciers. Des blocs, de dimensions quelquefois considérables, tombent souvent au pied de ces montagnes, à la surface du glacier. S'il était immobile, ces débris s'accumuleraient à sa base, et y formeraient un amas de ruines amoncelées sans ordre; mais la progression lente, le déplacement continuel du glacier, amènent dans la distribution de ces blocs un certain arrangement. Les blocs tombés sur ses bords participent à son mouvement et marchent avec lui. Mais d'autres éboulements arrivent, pour ainsi dire, chaque jour ; dès lors ces nouveaux débris se mettent à la suite des premiers, et tous, réunis, forment une file de matériaux qui longent le bord du glacier. Ces traînées régulières de rochers portent le nom de moraines. Quand les rochers tombent sur les deux bords du glacier, provenant alors de deux montagnes qui encaisssent ce glacier, il y a deux traînées ou deux files parallèles de débris : on nomme cette double traînée moraines latérales. Il y a aussi des moraines médianes qui se forment lorsque deux glaciers viennent à confluer de manière que la moraine latérale droite de l'un s'adosse à la moraine latérale gauche de l'autre. Enfin, il y a des moraines [rontalesou. terminales qui ne reposent pas sur les glaciers, mais à leur point de terminaison dans les vallées, et qui sont dues à l'accumulation des blocs tombés de l'escarpement terminal du glacier et arrêtés par un obstacle.
La figure 318 représente un glacier de la Suisse actuelle. On y voit réunies les particularités physiques et géologiques propres à ces masses énormes d'eaux congelées ; les moraines y sont latérales, c'est-à-dire formées d'une double file de matériaux.
Transportés lentement à la surface du glacier, tous les blocs de rochers des moraines conservent sans altération leurs formes originelles; le tranchant de leurs arrêtes n'est jamais altéré par ce transport doux et presque insensible. Les agents atmosphériques pourraient seuls entamer ou détruire ces roches. Les blocs formés de roches dures et résistantes conservent donc, à peu de chose près, la forme et le volume qu'ils
avaient après leur chute à la surface du glacier. Mais il n'en est pas de même des blocs et des débris enclavés entre la roche et le glacier, soit sur son fond, soit sur ses parois latérales. Quelques-uns, sous l'action puissante et continue de ce gigantesque laminoir, se réduisent en un impalpable limon; d'autres sont taillés à facettes; d'autres sont arrondis et présentent une foule de stries entre- croisées dans tous les sens. Ces cailloux striés ont une grande importance pour l'étude de l'ancienne extension des glaciers : ils témoignent, là où on les rencontre, de l'existence de glaciers antérieurs; car le glacier façonne, use, strie les cailloux, tandis que l'eau ne les strie pas : elle les polit, elle les arrondit, elle en efface même les stries naturelles.
Ainsi, les blocs volumineux transportés à de grandes distances de leur véritable gisement géologique, c'est-à-dire les blocs erratiques selon le terme consacré, les surfaces polies et striées, les éminences moutonnées, les moraines, entin les cailloux usés, polis, taillés à facettes, sont des traces physiques des glaciers en mouvement, et leur présence seule donne au naturaliste la preuve suffisante qu'un glacier a autrefois existé dans les lieux où on les rencontre.
Le lecteur comprendra maintenant comment on peut, de nos jours, reconnaître l'existence d'anciens glaciers dans les différents lieux du monde. Partout où l'on trouvera à la fois des blocs erratiques et des moraines, partout où l'on observera en même temps des traces consistant en roches polies et striées dans le même sens, on pourra prononcer avec certitude sur l'existence d'un glacier pendant les temps géologiques. Prenons quelques exemples.
Dans les Alpes, à Pravolta, en se dirigeant vers le mont Santo- Prime, on trouve, sur un terrain calcaire, le bloc granitique que nous représentons dans la figure 319. Ce bloc erratique existe, avec des milliers d'autres, sur les pentes de la montagne. Il a environ 18 mètres de long, 12 de large et 8 de hauteur. Ses arêtes ne sont nullement endommagées. Des stries parallèles se remarquent le long des roches environnantes. Tout cela démontre avec évidence qu'un glacier se prolongeait autrefois dans cette partie des Alpes, où l'on n'en voit
plus aujourdhui. C'est donc un glacier qui, dans son mouvement de progression, a porté et déposé là cette énorme fardeau. Dans les montagnes du Jura, sur la colline de Fourvières, à Lyon, éminence calcaire, on trouve des blocs de granit, évi-
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Fig. 319. Bloc erratique des Alpes.
demment détachés des Alpes, et qui ont été charriés jusque-là par les glaciers de la Suisse.
La figure théorique 320 met en évidence le mode de transport et de dépôt de ces blocs. A représente, par exemple, le sommet des Alpes ; B, les montagnes du Jura, ou la colline de Fourvières, à Lyon. Aux temps géologiques, le glacier ABC s'étendait depuis les Alpes jusqu'à la montagne B. Les débris granitiques qui se détachaient des montagnes alpines tombaient à la surface du glacier. Le mouvement de progression de ce glacier transporta ces blocs jusqu'à la sommité B. Plus tard, quand
la température du globe s'est relevée, et que les glaces se sont fondues, les blocs DE ont été tranquillement déposés dans les lieux où on les trouve, sans qu'ils aient eu à souffrir la moindre atteinte, le moindre cboc, dans ce singulier transport.
On trouve aujourd'hui les traces très-reconnaissables des anciens glaciers des Alpes fort loin de leurs limites actuelles. Des amas de débris de toutes grosseurs, comprenant des blocs à angles tranchants, se trouvent dans les plaines de la Suisse. On voit souvent des blocs perchés sur des points des Alpes situés bien au-dessus des glaciers actuels, ou dispersés dans toute la plaine qui sépare les Alpes du Jura, ou même repo-
Fig. 320. Transport et dépôt des blocs granitiques par les glaciers.
saut, dans un équilibre incroyable, vu leur grande masse, à une hauteur considérable sur le flanc oriental de cette chaîne de montagnes. C'est à l'aide de ses indices que le géologue a pu retrouver , jusqu'àdes distances extrêmement éloignées, les traces des anciens glaciers des Alpes, les suivre dans tout leur parcours, fixer leur point d'origine et leur point d'arrêt. C'est ainsi qu'on a constaté que l'humble mont de Sion, renflement mollassique situé au nord de Genève, était le point où venaient converger trois grands glaciers antédiluviens : celui du Rhône, qui remplissait tout le bassin du Léman, ou lac de Genève; celui de l'Isère, qui débouchait par les lacs d'Annecy et du Bourget; et celui de l'Arve, qui avait pour berceau la vallée de Chamonix.
Voici, d'après M. G. de Mortillet, qui a étudié avec grand soin cette question géologique, quelles étaient l'étendue et la situation des anciens glaciers des Alpes.
Sur le versant septentrional existait le glacier du Rhin, qui occupait tout le bassin du lac de Constance et s'étendait jusque
sur les parties limitrophes de l'Allemagne ; — celui de la Linth, qui s'arrêtait à l'extrémité du lac de Zurich : cette ville est hàtie sur sa moraine terminale ; — celui de la Reuss, qui a couvert le lac des Quatre-Cantons des blocs arrachés aux cimes du Saint-Gothard; — celui de YAar, dont les dernières moraines couronnent les collines des environs de Berne; — celui de YArve et celui de Y Isère, qui débouchaient par les lacs d'Annecy et du Bourget; — celui du Rhône, le plus important de tous. C'est ce dernier glacier qui a porté sur les flancs du Jura, à la hauteur de 1 040 mètres au-dessus du niveau de la mer, les blocs erratiques. Le glacier du Rhône prenait naissance dans toutes les vallées latérales formées par les deux chaînes parallèles du Valais. Il remplissait le Valais et s'étendait dans la plaine comprise entre les Alpes et le Jura, depuis le fort de l'Écluse, près de la perte du Rhône, jusque dans les environs d'Aarau.
Les débris de roches transportés par la mer de glace qui occupait toute la plaine suisse, prenaient, vers le nord, la direction de la vallée du Rhin. Du côté opposé, le glacier du Rhône, après avoir atteint la plaine suisse, obliquait vers le sud, recevait le glacier de l'Arve, puis celui de l'Isère, passait entre le Jura et les montagnes de la Grande-Chartreuse, recouvrait la Bresse, presque tout le Dauphiné, et venait se terminer aux environs de Lyon.
Sur le versant méridional des Alpes, les anciens glaciers, d'après la carte qui en a été dressée par M. G. de Mortillet, occupaient toutes les grandes vallées, à partir de celle de la Doire, à l'ouest, jusqu'à celle du Tagliamento, à l'est.
a Le glacier de la Doive, dit M. de Mortillet, dont nous abrégeons beaucoup le texte, débouchait dans la vallée du Pô, tout près de Turin. Celui de la Doire-baltée débouchait dans la plaine d'Ivrée, où il a laissé un magnifique hémicycle de collines qui formaient sa moraine terminale. Celui de la Toce venait se heurter, dans le bassin du lac Majeur, contre le glacier du Tessin, et se jetait dans la vallée du lac d'Orta, à l'extrémité méridionale duquel se trouvent ses moraines terminales. Celui du Tessin remplissait le bassin du lac Majeur et s'étalait entre Lugano et Varèse. Celui de VÀdda remplissait le bassin du lac de Côme et venait s'étaler entre Mendrizio et Lecco, en décrivant un vaste demi-cercle. Celui de YOglio se terminait un peu au delà du lacd'Iseo. Celui de VAdige, ne pouvant continuer son trajet par Roveredo, où la vallée devient trèsétroite, allait remplir l'immense bassin du lac de Garde : a Novi, il a
laissé une magnifique moraine dont le Dante a parlé dans son Inferno. Celui de la Brenta s'étendait sur le plateau de cette commune. La Drave et le Tatjliamento avaient aussi leurs glaciers. Enfin, les glaciers occupaient toutes les vallées des Alpes autrichiennes et bavaroises1. »
On trouve dans plusieurs autres contrées de l'Europe des traces de l'existence d'anciens glaciers. Les Pyrénées, la Corse, le Jura, les Vosges, etc., ont été positivement occupés, pendant les temps géologiques, par ces vastes plaines de glace. Le glacier de la Moselle était le plus considérable des Vosges : recevant de nombreux affluents, il avait 36 kilomètres de long et 2 kilomètres de large ; sa moraine frontale la plus inférieure, qui est située un peu au-dessous de Remiremont, n'a pas moins de 2 kilomètres de longueur.
Mais le phénomène d'extension des glaciers, que nous venons d'étudier dans les Alpes, ne s'est pas produit seulement clans le centre de l'Europe. Les mêmes traces de leur ancienne existence s'observent dans tout le nord de l'Europe, dans la Russie, l'Islande, la Prusse, l'Angleterre, l'Irlande, une partie de l'Allemagne, le nord et même quelques points du midi de l'Espagne, etc. On trouve en Angleterre des blocs granitiques qui proviennent des montagnes de la Norvège. Évidemment, ces blocs sont descendus le long d'un glacier qui s'étendait du pôle nord del'Europe jusqu'à l'Angleterre. Ils ont, de cette manière, franchi la mer Baltique et la mer du Nord, et sont venus se joindre aux débris analogues apportés par le premier déluge, le déluge du Nord, dont il a été question plus haut, et dont il est difficile de distinguer avec exactitude dans ce cas particulier les origines respectives. En Prusse, les mêmes traces sont appréciables. Il faut les rapporter aux deux phénomènes de l'extension des anciens glaciers et du déluge du Nord.
Ainsi, pendant l'époque quaternaire, les glaciers, aujourd'hui limités aux régions polaires, ou aux lieux montagneux d'une altitude considérable, descendaient fort loin de leurs limites actuelles ; leurs nappes immenses et uniformes, vaste linceul de la vie organique, couvraient alors une partie de l'Europe.
M. Edouard Collomb, à qui l'on doit de nombreuses re-
1. Carie des anciens glaciers des Alpes, in-8", 1860, p. 8-10.
cherches sur les anciens glaciers, a bien voulu dresser pour notre ouvrage la carte placée en regard de cette page, et qui résume l'état de nos connaissances actuelles sur l'extension des glaciers en Europe pendant l'époque quaternaire. Les géologues verront assurément avec intérêt ce travail, le premier qui ait encore été tenté pour représenter graphiquement l'état actuel de nos connaissances sur l'extension des anciens glaciers en Europe '. M. Collomb, dans la note que nous nous bornons à
1. Voici les principaux éléments scientifiques qui ont été consultés et mis à profit par M. Edouard Collomb pour le tracé de cette caite.
Espagne et Pyrénées. — Dans la Sierra Nevada, au sud de l'Espagne, l'existence des anciens glaciers a été constatée en premier lieu par M. F. Schimper, célèbre naturaliste voyageur, auteur du grand travail sur les végétaux fossile du grès des Vosges, aujourd'hui professeur à Strasbourg, en compagnie d'un naturaliste de Mulhouse, M. Dollfus-Ausset, qui a commencé en 1863 la publication des premiers volumes d'un ouvrage vraiment momumental sur les glaciers actuels. Depuis cette époque, M. Ë. Collomb lui-même, qui a exploré l'Espagne en vue d'un travail géologique sur ce pays, a visité trois fois cette chaîne, et a constaté les mêmes faits.
Le premier observateur qui ait reconnu l'existence d'anciens glaciers dans les Pyrénées, est un géologue d'un grand renom, M. de Charpentier, mort il y a quelques années. Depuis, d'autres géologues ont constaté les mêmes faits, et M. É. Collomb, dans ces dernières années, a plusieurs fois exploré lui-même toute la chaîne des Pyrénées à ce point de vue.
Pour la chaîne Cantabrique, suite des Pyrénées, les indications ont été fournies verbalement à M. É. Collomb par M. Casiano de Prado, inspecteur général des mines en Espagne.
Angleterre, Ecosse et Irlande. — Des données excellentes ont été empruntées à l'ouvrage publié par M. Lyell, en 1863, sur l'Antiquité de l'homme (Anliquity of Man), non traduit encore dans notre langue. M. Lyell ne donne point de carte, mais il a soin d'indiquer les auteurs anglais qui ont étudié les régions dans lesquelles il admet l'existence d'anciens dépôts glaciaires.
Vosges et forêt Noire. — M. Collomb a publié une carte des anciens glaciers des Vosges; M. Hoggard et autres géologues ont publié des travaux qui oui depuis longtemps jugé la question.
Alpes. — Presque tous les géologues suisses, depuis M. de Charpentier, se snnt occupés de l'ancienne extension des glaciers des Alpes. On a choisi, pour fixer la limite des anciens glaciers du côté de la France, les travaux de, MM. Lory, Benoit, etc. Pour la partie sud des Alpes sur le versant italien, on s'est conformé à la carte récemment publiée par M. de Mortillet, que nous citons plus haut. Pour la partie nord et le centre, M. É. Collomb a fait usage d'un document précieux, c'est une carte inédite de M. le professeur Morlot, de Lausanne, où sont tracées des limites fort exactes. Pour la partie des Alpes qui se bifurque en Autriche, les renseignements publiés jusqu'à ce jour n'ont pas le même caractère de certitude. Le tracé de ce côté ne peut donc être considéré que comme approximatif.
France centrale. — M. Collomb avait eu l'idée de signaler l'existence des anciens glaciers dans la France centrale. Mais, d'après M. Lecoq, juge compétent pour tout ce qui concerne le plateau central de ia France, et d'après M. Ch. Martins, bien qu'il soit probable que ces régions ont été envahies par des glaciers, à l'époque quaternaire, les observations faites sur le terrain, l'absence des stries
reproduire, commente et explique en ces termes cette Carte des anciens glaciers.
t On peut diviser en deux régions orographiques l'espace occupé p;ir les anciens glaciers quaternaires : 1° la région du Nord, depuis le 52e ou 55e degré de latitude jusqu'au pôle boréal; 2° la région de l'Europe centrale et en partie méridionale.
« La région du Nord qui a été couverte par les anciens glaciers comprend toute la Péninsule Scandinave, la Suède et la Norvège, puis une partie de la Russie occidentale à partir du Niémen au Nord en décrivant une courbe qui passe près des sources du Dnieper et du Volga en se dirigeant jusqu'au bord de l'océan Glacial. Cette région comprend encore l'Islande, puis l'Ecosse, l'Irlande, les îles qui en dépendent, enfin une grande partie de l'Angleterre.
« Cette région est bordée sur tout son périmètre par une large bande de 2 à 5 degrés de largeur, sur laquelle on reconnaît l'existence de blocs erratiques du Nord ; elle comprend la région moyenne de la Russie d'Europe, comme la Pologne, une partie de la Prusse, du Danemark, et vient se perdre en Hollande à la hauteur du Zuiderzée; elle entame la partie sud de l'Angleterre, et l'on en trouve un lambeau en France, sur la lisière du Cotentin.
« Les anciens glaciers de l'Europe centrale se composent d'abord du grand massif des Alpes. A l'ouest et au nord, ils s'étendaient dans la
de rochers et de véritables moraines, ne permettent pas d'appuyer cette assertion de données certaines. En l'absence de preuves suffisantes, on a dû laisser en blanc le massif central de la France.
Chaîne des Karpathcs. — ■ Les données ont été fournies par M. le professeur Ch. Martins, qui les tient lui-même d'un naturaliste voyageur, M. Lalanne.
Caucase. — Les renseignements ont été donnés libéralement à M. É. Collomb par un savant voyageur russe, M. Abich, habile dessinateur, qui a recueilli dans ces montagnes des vues et des coupes géologiques prouvant incontestablement l'existence des anciens glaciers.
Nord de l'Europe. — Les savants géologues de Copenhague, de Christiana et de Stockholm sont maintenant à peu près tous d'accord pour reconnaître . d'après les observations d'un grand nombre de voyageurs anglais, allemands et suisses qui ont exploré cette contrée, que d'anciens glaciers ont couvert la Péninsule Scandinave tout entière, et une partie du Danemark et de la Russie.
La limite de la teinte bleu foncé indiquant les anciens glaciers qui passent dans l'intérieur de la Russie n'a pas la même garantie de certitude, parce qu'elle n'a pas été encore bien étudiée et qu'elle traversé un pays de grandes plaines dans lesquelles les accidents géographiques sont rares, et où par conséquent les dépôts glaciaires, c'est-à-dire les moraines et les stries de roches, sont difficiles à reconnaître sur le terrain.
Quant à la limite bleu clair qui marque la trace d'arrêt des blocs erratiques delà Scandinavie, elle a été très-exactement définie par trois illustres voyageurs, M. de Verneuil (de l'Institut) et MM. Murchison et Keyserling, qui ont fait figurer cette ligne sur leur belle carte géologique de la Russie d'Europe.
Ajoutons que cette carte, une fois dressée par l'auteur, a été soumise par lui à plusieurs géologues de Paris et de la province, très-compétents dans la matière, entre autres à M. d'Archiac, Dauhrée, Ch. Marlins, Delesse. Lory, etc., qui ne l'ont point désapprouvée.
vallée du Rhône jusqu'à Lyon; puis, en dépassant la ligne de faite du Jura, ils passaient près de Bâlc, couvraient le lac de Constance, s'étendaient au delà en Bavière et en Autriche. Sur le versant sud des Alpes, ils contournaient le sommet de la mer Adriatique, passaient près d'Udinet,
couvraient Peschiera, Solferino, Gôme, Varèse, Ivrée, s'allongeaient jusque près de Turin et venaient se terminer dans la vallée de la Stura, près du col de Tende.
« Dans les Pyrénées les anciens glaciers ont occupé toutes les principales vallées de cette chaine, soit du versant français, soit du versant espagnol, surtout les vallées du centre qui comprennent celles de Luchon, d'Aure, de Baréges,de Cauterets, d'Ossau, etc. Dans la chaine Cantabrique, prolongement des Pyrénées, on a reconnu aussi l'existence d'anciens glaciers.
« Dans les Vosges et la forêt Noire, ils ont couvert toute la partie sud de ces montagnes. Dans les Vosges, les traces principales se trouvent dans les vallées de Saint-Amarin , de Giromaguy, de Munster, de la Moselle, etc.
« Dans les Karpathes et dans le Caucase, on a reconnu aussi l'existence d'anciens glaciers très-étendus.
« Dans la Sierra Nevada au sud de l'Espagne, montagnes de 3500 mètres, les vallées qui descendent du Picacho de Veleta et du Mulhacen ont été, à l'époque quaternaire, encombrées par d'anciens glaciers. »
Ce qui s'est produit dans notre hémisphère s'est présenté d'une manière plus grandiose encore en Amérique. Le phénomène glaciaire paraît même avoir pris, dans cette partie du inonde, une extension et une gravité bien supérieures a ce qui s'est passé en Europe.
Pour expliquer l'existence permanente de ce manteau de glace qui recouvrait des contrées aujourd'hui florissantes, il n'est pas d'ailleurs nécessaire de faire intervenir l'hypothèse d'un froid extraordinaire. Un abaissement de quelques degrés de la température moyenne du lieu a pu suffire à produire cet effet général. Voici comment s'exprime, à ce sujet, M. Ch. Martins :
« La température moyenne de Genève est de 9°, 5. Sur les montagnes environnantes, la limite des neiges perpétuelles se trouve à 2700 mètres au-dessus de la mer. Les grands glaciers de la vallée de Chamonix descendent à 1550 mètres au-dessous de cette ligne. Cela posé, supposons que la température moyenne de Genève s'abaisse de 4° seulement et devienne par conséquent 5", 5. Le décroissement de la température avec la hauteur étant de 1° pour 183 mètres, la limite des neiges éternelles s'abaissera de 750 mètres et ne sera plus qu'à 1955 mètres au-dessus de la mer. On accordera sans difficulté que les glaciers de Ghimonix des-
cendraienl au-dessous de cette nouvelle limite d'une quantité au moins égale à celle qui existe entre la limite actuelle et leur extrémité inférieure. Or. actuellement le pied de ces glaciers est à 1150 mètres audessus de l'Océan ; avec un climat plus froid de 4°, il sera de 750 mètres plus bas, c'est-à-dire au niveau de la plaine suisse. Ainsi donc l'abaissement de la ligne des neiges éternelles suffirai! pour faire descendre le glacier de l'Arve jusqu'aux environs de Genève.... Le climat, qui a favorisé le développement prodigieux des glaciers, n'a rien dont nous ne puissions nous faire une idée fort exacte; c'est le climat d'Upsal, de Stockholm, de Christiana, et de la partie septentrionale de l'Amérique dans l'État de New-York.... Diminuer de quatre degrés la température moyenne d'une contrée pour expliquer une des plus grandes révolutions du globe est à coup sûr une des hypothèses les moins hardies que la géologie se soit permises*. »
En prouvant que les glaciers ont couvert pendant un certain temps une partie de l'Europe, qu'ils se sont étendus depuis le pôle nord jusqu'au nord de l'Italie et au Danube, nous avons suffisamment établi la réalité de cette période glaciaire, qu'il faut considérer comme un épisode curieux, autant que certain, de l'histoire de la terre. Une telle masse de glaces ne pouvait couvrir le sol sans que la température de l'air fût abaissée au moins de quelques degrés au-dessous de 0°. Mais la vie organique est incompatible avec une telle température. C'est donc à cette cause qu'il faut attribuer la disparition de quelques espèces animales et végétales, en particulier la mort des Rhinocéros et des Éléphants, qui, avant ce subit et extraordinaire refroidissement du globe, paraissent s'être confinés, par bandes immenses, dans l'Europe septentrionale, dans cette Sibérie où l'on trouve aujourd'hui de si prodigieuses quantités de leurs restes.
Le fait que nous avons raconté de la découverte de cadavres entiers de Rhinocéros et d'Eléphants, encore couverts de leurs poils et garnis de leurs chairs, vient à l'appui de l'hypothèse que nous venons de développer de l'existence d'une période glaciaire. Cuvier a dit, en parlant des cadavres de ces quadrupèdes que la glace a saisis et qui se sont conservés jusqu'à nos jours, avec leur peau, leurs poils et leurs chairs :
« S'ils n'eussent été gelés aussitôt que tués, la putréfaction les aurait décomposés. Et d'un autre côté, cette gelée éternelle n'occupait pas aupara-