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Après les terribles tourmentes de l'époque primitive, après ces ébranlements grandioses du règne minéral, la nature semble se recueillir dans un sublime silence, pour procéder au grand mystère de la création des êtres vivants.
Durant l'époque primitive, la température était trop élevée pour permettre à la vie d'apparaître sur le globe. Les ténèbres d'une épaisse nuit couvraient ce berceau du monde. L'atmosphère était, en effet, tellement chargée de vapeurs de toute nature, que les rayons du soleil étaient impuissants à en percer l'opacité. Sur ce sol brûlant et dans cette constante nuit, la vie organique ne pouvait se manifester. Aucune plante, aucun animal n'existait donc alors sur la terre silencieuse. Aussi ne s'est-il déposé, dans les mers de cette époque, que des couches sans fossiles.
Cependant notre planète se refroidissait toujours, et d'autre part, la continuité des pluies purifiait son atmosphère. Dès lors, les rayons d'un soleil moins voilé purent arriver à sa surface; sous leur bienfaisante influence, la vie ne tarda point à éclore. « Sans la lumière, a dit l'illustre Lavoisier, la nature était sans vie ; elle était morte et inanimée. Un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu à la surface de la terre l'organisation, le sentiment et la pensée. » Nous allons, en effet, assister à la création des êtres vivants. Nous allons voir sur la terre, dont la température était à peu près alors celle de notre zone équatoriale, naître quelques plantes et quelques animaux. Ces premières générations seront remplacées par
d'autres, d'une organisation plus élevée, jusqu'à ce qu'enfin le dernier terme de la création, l'homme, doué de cet attribut suprême qui s'appelle l'intelligence, apparaisse sur la terre.
« Le mot de 'progrès, que nous croyons propre à l'humanité, et même aux temps modernes, disait M. Albert Gaudry dans une leçon publique faite en 1863, sur les animaux de l'ancien monde, a été prononcé par Dieu le jour où il a créé le premier organisme vivant. »
Les plantes ont-elles apparu avant les animaux ? On l'ignore ; mais tel a été sans doute l'ordre de la création. Il est certain que dans les sédiments des premières mers et dans les vestiges qui nous restent des premières périodes de la vie organique sur le globe, c'est-à-dire dans les schistes argileux et dans les grauwackcs qui les recouvrent, on trouve à la fois des plantes et des animaux, et même des animaux à organisation assez avancée. Mais, d'un autre côté, pendant la plus grande partie de l'époque de transition, en particulier dans la période carbonifère, les plantes sont en nombre infiniment considérable, et les animaux terrestres se montrent à peine ; ce qui peut faire croire que les plantes ont précédé les animaux. Remarquons d'ailleurs que, par leur nature celluleuse, leur tissu lâche et composé d'éléments très-altérables par l'air, les premières plantes ont dû se détruire facilement sans laisser subsister aucun vestige matériel. 11 a donc pu exister dans ces temps primitifs du globe un nombre immense de végétaux dont il ne reste aujourd'hui aucune trace pour nous.
C'est dans les eaux que la vie a commencé d'éclore. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'aux premiers temps de notre globe, les eaux couvraient la plus grande partie de sa surface. C'est dans ce milieu que s'est accompli le mystère divin de la première apparition de la vie. Quand les eaux furent assez refroidies pour permettre l'existence des êtres organisés, la création s'exerça, et elle s'exerça avec une puissance extrême, car elle se manifesta par l'apparition d'espèces nombreuses et trèsdifférentes.
Les restes organiques les plus anciens appartiennent aux mollusques brachiopodes : en particulier au genre Lingule, qui existe encore dans les mers actuelles ; aux Trilobites ,
famille de crustacés exclusivement propre à cette première époque ; puis viennent les Orthocératites, les Productus et les Térébratules , genre de mollusques. Les polypiers, qui ont apparu de très-bonne heure, ont traversé tous les âges et se sont conservés jusqu'à nos jours.
En même temps que ces animaux, des végétaux d'ordre inférieur ont laissé leurs empreintes sur les schistes : ce sont des Algues, plantes aquatiques. Quand les continents se sont un peu agrandis, on voit apparaître des espèces végétales aériennes et d'un port plus élevé : des équisétacées et des fougères herbacées.
Nous allons passer en revue toutes ces espèces organiques, en étudiant les périodes qui composent l'époque de transition.
Nous distinguerons trois périodes dans l'époque de transition : les périodes silurienne, devonienne et carbonifère.
La première période de l'époque de transition est désignée par les géologues sous le nom de silurienne. Expliquons d'abord ce nom. La nomenclature, c'est-à-dire la langue scientifique, est fort imparfaite en géologie ; elle ne possède aucune convention précise. On se borne, en effet, à désigner les terrains ou les périodes géologiques, d'après le nom des localités dans lesquelles prédomine ce terrain, ou dans lesquelles il a été étudié pour la première fois. La désignation de période silurienne, par exemple, a été donnée par le naturaliste anglais Murchison à la période qui va nous occuper, parce que le terrain formé par les sédiments maritimes pendant cette période est très-étendu dans le Shropshire, en Angleterre, région qui fut habitée autrefois par les Silures, peuplade celtique qui combattit avec gloire lors de l'invasion de la Grande-Bretagne par les Romains. Le lecteur trouvera sans doute cette règle de nomenclature incommode et bizarre ; quoi qu'il en soit, et cette explication étant donnée une fois pour toutes, abordons l'histoire de la période silurienne.
La figure 27 représente une vue idéale de la terre pendant la période silurienne. Des mers immenses et peu profondes laissent à nu, çà et là, des récifs sous-marins, couverts d'Algues, et fréquentés par divers mollusques et animaux articulés. Un pâle soleil, qui perce avec difficulté la lourde atmosphère du monde primitif, éclaire les premiers êtres vivants sortis des mains du Créateur, organisations souvent rudimentaires, et d'autres fois assez avancées pour indiquer le progrès vers des êtres plus achevés.
La période silurienne (si l'on en écarte les couches inférieures à Lingules, dites cambriennes, encore peu connues) doit être distinguée, pour l'exactitude de la description scien-
tifique , en deux sous -périodes : l'inférieure et la supérieure.
Période silurienne inférieure. — C'est pendant la période silurienne inférieure qu'ont apparu sur la terre les premières plantes et les premiers animaux1. Le terrain silurien inférieur renferme les vestiges certains d'un assez grand nombre d'espèces animales, ce qui prouve que les mers étaient déjà assez peuplées. Dans les couches dites à Lingules, on trouve les pre-
1. Comme la notion de l'ordre, des classes et des embranchements auxquels les animaux appartiennent, reviendra très-fréquemment dans le cours de cet ouvrage, nous croyons nécessaire de placer sous les yeux du lecteur le tableau synoptique de la classification des animaux. Tout le monde sait bien ce que c'est qu'un mammifère, un oiseau, un reptile, mais tout le monde ne se rend pas compte de la place d'un oursin, d'un polypier, d un crabe ou d'une araignée dans la série zoologique. Nous aurons à chaque instant à invoquer et à citer les noms des embranchements et des classes auxquelles ces animaux appartiennent ; le tableau de la distribution méthodique des animaux sera donc ici extrêmement utile.
M. Milne Edwards, dans son Cours élémentaire d'histoire naturelle (Zoologie), adopte la distribution suivante des animaux en quatre embranchements, dont l'ensemMe forme vingt-cinq classes. Cette classification a été proposée par Cuvier, quant à l'ensemble, et modifiée dans beaucoup de ses parties, surtout pour les animaux inférieurs, par les zoologistes modernes.
Voici le tableau que nous extrayons, en l'abrégeant, de l'ouvrage de M. Milne Edwards.