TERRAIN QUATERNAIRE, OU MODERNE
Nous nous proposons d'exposer les transformations successives que la terre a subies pour arriver à son état actuel; en d'autres termes, nous allons parcourir, en nous plaçant au double point de vue historique et descriptif, les diverses époques qui peuvent être distinguées dans la formation graduelle de la terre, séjour actuel et domaine de l'homme.
Ces époques, qui correspondent à la formation des grands groupes de terrains dont nous venons de donner le tableau, sont les suivantes :
1° Époque primitive;
2° Époque de transition ;
3° Époque secondaire ;
4° Époque tertiaire ;
5° Époque quaternaire.
Nous ferons connaître les créations vivantes qui ont peuplé la terre à chacune de ces époques, et qui ont disparu par une cause que nous aurons à rechercher. Nous décrirons les plantes et les animaux propres à chacune de ces grandes phases de l'histoire du globe. Toutefois, nous ne passerons pas entièrement sous silence la description du terrain déposé par les eaux, ou lancé par éruption pendant chacune de ces époques; nous donnerons une idée sommaire des caractères minéralogiques et
des fossiles caractéristiques propres à chaque terrain. Ce que nous allons entreprendre, c'est donc l'histoire de la formation de notre globe, et la description des principaux terrains qui le composent actuellement, avec un coup d'œil rapide jeté sur les diverses générations d'animaux et de plantes qui se sont succédé et remplacées sur la terre depuis le début de la vie organique jusqu'à l'apparition de l'homme.
La théorie que nous allons développer, et qui considère la terre comme un soleil éteint, comme une étoile refroidie, comme une nébuleuse passée de l'état de gaz à l'état solide, cette belle conception qui relie d'une manière si brillante la géologie à l'astronomie, appartient au mathématicien français Laplace, l'immortel auteur de la Mécanique céleste.
Nous avons admis, en commençant, que le centre de la terre est encore, de nos jours, porté à environ 195 000°, température qui dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir. On n'aura aucune peine à admettre que, par une chaleur si excessive, toutes les matières qui entrent aujourd'hui dans la composition de notre globe fussent réduites, à l'origine, à l'état de gaz ou de vapeurs. Il faut donc se représenter notre planète primitive comme un agrégat de fluides aériformes, comme une matière entièrement gazeuse. Et si l'on réfléchit que les substances portées à l'état de gaz occupent un volume dix-huit cents fois plus grand qu'à l'état solide, on en conclura que cette masse gazeuse devait être d'un volume énorme : elle devait être aussi grosse que le soleil, lequel est quatorze cent mille fois plus gros que la terre actuelle.
On a essayé, dans la figure 20, de donner une idée des différences de volume qui existent entre la terre actuelle et sa masse gazeuse primitive. L'un des deux globes, B, représente le volume de la terre à son état gazeux primitif; Lautre, A, le volume de la terre passée à l'état solide : c'est donc une simple
comparaison de grandeur que l'on a voulu mettre en relief par cette figure géométrique.
Portée à une température excessive, la masse gazeuse qui constituait alors la terre, brillait dans l'espace comme brille aujourd'hui le soleil, comme brillent à nos yeux, dans la sérénité des nuits, les étoiles fixes et les planètes (fig. 21).
Circulant autour du soleil, selon les lois de la gravitation universelle, cette masse gazeuse incandescente était néces-
Fig. 20. Volumes comparatifs de la terre à l'état de gaz et de la terre actuelle. A volume de la terre actuelle; B volume de la terre à son état gazeux primitif.
sairement soumise aux lois qui régissent les autres substances matérielles. Elle se refroidissait, elle cédait graduellement une partie de sa chaleur aux régions glacées des espaces interplanétaires au milieu desquelles elle traçait le sillon de sa flamboyante orbite. Par suite de ce refroidissement continuel, et au bout d'un temps dont il serait impossible de fixer, même approximativement, la durée, l'astre primitivement gazeux arriva à l'état liquide : il diminua alors considérablement de volume.
La mécanique nous enseigne qu'un corps liquide entretenu à l'état de rotation prend Ja forme sphérique : c'est ainsi que la terre prit la forme sphéroïdale qui lui est propre, comme à la plupart des corps célestes '.
La terre n'est pas seulement soumise à un mouvement de translation autour du soleil ; tout le monde sait qu'elle exécute, •en même temps, un mouvement de révolution sur son axe, mouvement uniforme qui produit pour nous l'alternance régulière des jours et des nuits. Or, la mécanique a établi, et l'expérience confirme cette prévision théorique, qu'une masse liquide en mouvement ( par suite de la variation de la force centrifuge sur ses différents diamètres) se renfle vers l'équateur de la sphère et s'aplatit vers ses pôles, c'est-à-dire aux deux extrémités de son axe. C'est en vertu de ce phénomène que la terre, lorsqu'elle était à l'état liquide, se renfla à l'équateur, s'aplatit à ses deux pôles, et de la forme primitivement sphérique, passa à celle d'un ellipsoïde aplati à ses deux extrémités.
Ce renflement à l'équateur et cet aplatissement vers les pôles sont la preuve la plus directe que l'on puisse invoquer de l'état primitivement liquide de notre planète. Une sphère solide et non élastique, une bille d'ivoire par exemple, aurait beau tourner pendant des siècles sur son axe, sa forme n'en serait nullement changée ; mais une bille liquide ou de consistance pâteuse, se renflerait alors dans son milieu et s'aplatirait aux extrémités de son axe. C'est en s'appuyant sur ce principe, c'est-à-dire en admettant la fluidité primitive du globe terrestre, que Newton avait annoncé à priori le renflement de la terre à l'équateur, son aplatissement aux pôles, et qu'il avait même fixé par avance le degré de cet aplatissement. La mesure directe de cette dépression et de cet allongement vint bientôt prouver l'exactitude des prévisions du célèbre géomètre anglais. En 1736, Maupertuis, Clairaut, Camus et Lemonnier, auxquels on adjoignit l'abbé Outhier, qui travaillait depuis longtemps à l'Observatoire de Paris, furent envoyés
1. Voir, clans les traités de physique, les belles expériences dues à M. Plateau, qui prouvent que tout corps liquide soumis à la seule force de l'attraction prend la forme sphérique.
en Lapon ie par l'Académie des sciences. L'astronome suédois Celsius les accompagna, et leur fournit les meilleurs instruments de mesure et d'arpentage. En même temps, l'Académie des sciences envoyait aux régions équatoriales la Condamine et Bouguer. Les mesures prises sur les lieux, par ces observateurs, établirent l'existence du renflement équatorial et de la dépression polaire ; il résulta môme de ces mesures que l'aplatissement de la terre aux pôles était sensiblement plus fort que Newton ne l'avait estimé d'après ses calculs.
A la suite du refroidissement partiel de la massé terrestre, toutes les substances gazeuses qui la composaient n£ passèrent pas sans exception à l'état liquide ; quelques-unes demeurèrent à l'état de gaz ou de vapeurs, et formèrent, autour du sphéroïde terrestre, une enveloppe, ou atmosphère (du grec &•{«><;, vapeur, acpaîpa, sphère : sphère de vapeurs). Mais on se ferait une idée bien inexacte de l'atmosphère qui enveloppait le globe à cette période reculée, si on la comparait avec son atmosphère actuelle. L'étendue de la masse gazeuse qui enveloppait la terre primitive devait être immense; elle atteignait sans doute jusqu'à la lune. Elle contenait, en effet, à l'état de vapeurs, la masse énorme des eaux qui forment nos mers actuelles, réunies à toutes les matières qui conservent l'état gazeux à la température que présentait alors la terre incandescente. Nous n'exagérons rien en disant que cette température était alors de 2000°. L'atmosphère participait à cette température, et par suite de cette chaleur excessive, la pression qu'elle exerçait sur le globe devait être infiniment plus considérable que celle qu'elle exerce aujourd'hui. Aux gaz qui composent l'air atmosphérique actuel (l'azote, l'oxygène et l'acide carbonique), à des masses énormes de vapeurs d'eau, venaient s'ajouter d'immenses quantités de matières minérales, métalliques ou terreuses, réduites à l'état de gaz, et maintenues à cet état par l'effroyable température de cette gigantesque fournaise. Les métaux, les chlorures métalliques alcalins et terreux, le soufre, les sulfures, et même les terres à base de silice, d'alumine et de chaux, tout cela devait exister sous forme de vapeurs, dans l'atmosphère du globe primitif. Il est à croire que les différentes substances qui composaient cette atmosphère s'étaient rangées autour de la terre dans
l'ordre de leur densité. La première couche, la plus voisine du globe, était formée des vapeurs les plus pesantes, comme celles des métaux, du fer, du platine, du cuivre, mêlées sans doute à des nuages de fines poussières métalliques provenant de la condensation partielle de la vapeur de ces métaux. Cette première zone, la plus lourde, la plus épaisse, était d'une entière opacité, quoique la surface de la terre lût encore rouge de feu. Par-dessus venaient les matières vaporisables, telles que les chlorures métalliques et les chlorures alcalins, en particulier le chlorure de sodium ou sel marin, le soufre et le phosphore, ainsi que les combinaisons volatiles de ces corps. La zone supérieure devait contenir les matières plus facilement vaporisables, telles que l'eau en vapeur, unie aux corps naturellementvgazèux, comme l'oxygène, l'azote et l'acide carbonique. Cet ordre de superposition ne devait pas toutefois se maintenir constamment. Malgré leur densité inégale, ces trois couches devaient souvent se mêler : de formidables ouragans, des ébullitions violentes, devaient fréquemment abaisser, déchirer, soulever et confondre ces zones incandescentes.
Quant au globe lui-même, sans être autant agité que sa brûlante et mobile atmosphère, il n'en était pas moins en proie à de perpétuelles tempêtes, occasionnées par les mille actions chimiques qui s'accomplissaient dans sa masse liquide. D'un autre côté, l'électricité résultant de ces puissantes actions chimiques opérées sur une étendue sans bornes devait provoquer d'effroyables détonations électriques. Les éclats du tonnerre ajoutaient donc à l'horreur de ces scènes primitives, dont aucune imagination, dontaucun pinceau humain ne saurait tracer le tableau, et qui constituaient ce sinistre chaos dont l'histoire légendaire de tous les peuples nous a transmis la tradition.
C'est ainsi que notre globe circulait dans l'espace, traînant à sa suite le panache enflammé de son atmosphère multiple, impropre à la vie et impénétrable encore aux rayons du soleil, autour duquel il traçait sa courbe gigantesque.
La température des régions planétaires est infiniment basse: on ne peut pas l'évaluer, selon Laplace, à moins de 100° audessous de 0. Les régions glaciales que traversait dans sa course uniforme le globe incandescent, devaient nécessairement le
refroidir. Peu à peu et d'abord superficiellement, la terre, un peu refroidie, prit une consistance pâteuse.
Il ne faut pas oublier qu'en raison de son état liquide la terre obéissait alors, dans toute sa masse, à cette action de flux et de reflux qui provient de l'attraction de la lune et du soleil, et qui ne peut s'exercer aujourd'hui que sur les mers, c'est-à-dire sur les parties liquides et mobiles de notre globe. Ce phénomène du flux et du reflux auquel obéissaient ses molécules liquides et mobiles, accéléra singulièrement les préludes de la solidification de la masse terrestre. Elle arriva ainsi graduellement à cette sorte de consistance que présente le fer de nos usines, quand on le retire de la fournaise, pour le porter sous le laminoir.
Par les progrès du refroidissement, il se produisit des couches de substance concrète, qui d'abord flo, isolées à la surface de la matière demi-liquide, mais qui unirent par se souder, et par former des bancs continus, comme on voit de nos jours les glaces des mers polaires, rapprochées par l'agitation des flots, s'attacher, se souder l'une à l'autre, et finir par constituer des banquises plus ou moins mobiles.
C'est par l'extension de ce dernier phénomène à la surface entière du globe que s'opéra la solidification totale de sa surface. Une croûte solide, encore d'une faible épaisseur, et d'une très-médiocre résistance, enveloppa ainsi la terre, recouvrant de toutes parts les parties intérieures encore liquides, et dont la solidification ne devait se faire que beaucoup plus tard, puisqu'elle est loin d'être terminée de nos jours.
On évalue l'épaisseur de la couche de notre globe actuellement solidifiée à environ 12 lieues (48 kilomètres). Comme le rayon terrestre moyen est de 1584 lieues de 4 kilomètres, on voit que les parties solidifiées de notre planète ne représentent qu'une bien faible fraction de sa masse totale.
On peut exprimer d'une façon vulgaire, mais juste, les rapports actuels de grandeur entre les parties encore liquides et les parties concrètes de la terre. Si l'on se figure la terre commeune orange, l'épaisseur d'une feuille de papier appliquée sur cette orange représentera à peu près exactement l'épaisseur de la croûte solide qui enveloppe aujourd'hui notre globe.
La figure 22 montre avec exactitude les rapports entre l'épais-
Fig. 21. Volumes relatifs de l'écorce solide et de la masse liquide du globe.
seur de ce que l'on nomme, par une expression très-juste,
l'écorce terrestre, et ses parties internes encore liquides. La sphère terrestre ayant 1584 lieues de rayon, par conséquent 3168 lieues de diamètre, l'écorce solide a seulement, avonsnous dit, 12 lieues d'épaisseur, ce qui représente ^hi de diamètre, ou t^j du rayon terrestre pour la partie consolidée ; c'est ce rapport qui a été indiqué sur la figure 22.
Déterminer même approximativement le temps que la terre mit à se refroidir, de manière à permettre la solidification d'une croûte extérieure ; vouloir fixer la durée des transforma-
Fig. 23. Formation des montagnes granitiques primitives.
tions dont nous venons de présenter le tableau, serait une tâche impossible.
La première croûte terrestre formée comme nous venons de l'indiquer, ne pouvait résister aux vagues de cet océan de feu intérieur qu'abaissaient et que soulevaient tour à tour le flux et le reflux quotidien déterminés par l'attraction de la lune et du soleil. Aussi, qui pourrait imaginer les déchirements effroyables, les gigantesques débordements qui en résultèrent? Qui oserait peindre les sublimes horreurs de ces premières et mystérieuses convulsions du globe? Des torrents de matières liquides, mêlées de gaz, soulevaient et perçaient la croûte ter-
restre, encore très-peu résistante; de larges crevasses revendaient, et par ces ouvertures béantes s'élançaient des flots de granit liquide qui venaient se solidifier au dehors. C'est ainsi que se formèrent les premières montagnes. C'est ainsi que s'élancèrent à travers les fractures des parties solidifiées les premiers filons, véritables injections de matières éruptives provenant des parties intérieures du globe, qui traversent les terrains primitifs, et constituent pour nous aujourd'hui de pré-
Fig. 24. Filon métallique.
cieux gisements de métaux divers, tels que le cuivre, le zinc, l'antimoine et le plomb.
La figure 23 représente la formation d'une montagne granitique primitive par l'éruption de la matière granitique interne se faisant jour à travers une fracture du globe. La figure 24 représente la structure intérieure d'un filon. Dans ce dernier cas, la fracture du globe n'est qu'une fente, que viennent bientôt remplir des injections de matières, souvent de nature diverse, qui, en cristallisant, remplissent totalement la ca-
pacité de cette fente, ou faille, ou bien y laissent des vides, autrement dit des géodes, par suite de la contraction de l'ensemble.
Toutes les éruptions de granit ou d'autres substances lancées de l'intérieur de la terre, et qui viennent remplir ses fentes et ses crevasses, longitudinales ou obliques, ne s'élèvent pas jusqu'au sol. C'est ce qui se passe lorsque les fentes qui se sont produites dans l'épaisseur de la masse terrestre n'arrivaient pas
Fig. 25. Éruption de granit.
elles-mêmes au jour. La figure 25 représente une éruption de granit à travers un terrain sédimentaire : le granit provenant de la partie centrale du globe est venu remplir les fentes et fractures qui se sont produites dans l'intérieur de ces terrains ; mais il n'atteint pas jusqu'au niveau du sol.
Sur la terre, d'abord parfaitement ronde et unie, il se forma donc, dès les premiers temps, des boursouflures, des éminences, des rides, des plis, des crevasses, qui changèrent son premier aspect; son aride et brûlante surface était partout hérissée d'éminences rugueuses, ou sillonnée de fenlcs énormes.
Cependant notre globe continuait à se refroidir. Un moment arriva où, par les progrès de son refroidissement, sa température ne fut plus suffisante pour maintenir à l'état de vapeurs les énormes masses d'eau qui flottaient suspendues et vaporisées dans son atmosphère. Ces vapeurs passèrent à l'état
liquide, et sur le sol tombèrent alors les premières pluies. Faisons remarquer que c'étaient de véritables pluies d'eau bouillante, car, en raison de la pression très-considérable de l'atmosphère, l'eau condensée et liquide se trouvait portée à une température bien supérieure à 100°.
La première goutte d'eau qui tomba sur la surface encore
brûlante du globe terrestre, marqua dans son évolution une
période toute nouvelle, et dont il importe d'analyser avec soin
les effets mécaniques ou chimiques. Le contact des eaux avec
la surface consolidée du globe ouvre la série des modifications
dont la science peut entreprendre l'examen avec une certaine
confiance, ou du moins avec plus d'éléments positifs d'appré-
ion que l'on n'en possède pour cette période du chaos dont
^ns de peindre quelques traits, et dans laquelle on est
lisser une assez grande part à l'imagination et à lïn-
terpi ion- personnelles.
Les premières eaux qui vinrent tomber, à l'état liquide, sur le globe un peu refroidi, ne tardèrent pas à être de nouveau réduites en vapeurs, par l'élévation de sa température. Plus légères que le reste de l'atmosphère, ces vapeurs s'élevaient jusqu'aux limites supérieures de cette atmosphère, là, elles se refroidissaient en rayonnant vers les régions glaciales de l'espace ; elles se condensaient de nouveau, et retombaient, à l'état liquide, sur le sol, pour s'en dégager encore à l'état de vapeur, et retomber ensuite à l'état de condensation. Mais tous ces changements d'état physique de l'eau ne pouvaient se faire qu'en soutirant des quantités considérables de chaleur à la surface du globe, dont ce va-et-vient continuel hâta beaucoup le refroidissement: sa chaleur allait ainsi graduellement se perdre et s'évanouir dans les espaces célestes.
Ce phénomène s'étendant peu à peu à toute la masse des vapeurs d'eau qui existaient dans l'atmosphère, des quantités d'eau liquide de plus en plus fortes couvrirent la terre. Et comme la vaporisation de tout liquide provoque un dégagement notable d'électricité, une quantité énorme de fluide électrique résultait nécessairement de la vaporisation de si puissantes masses d'eau. Les éclats du tonnerre, les fulgurantes lueurs
des éclairs, accompagnaient donc cette lutte extraordinaire des éléments (fig. 26).
Combien de temps dura ce combat suprême de l'eau et du feu, au bruit incessant du tonnerre? Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'un moment vint où l'eau fut triomphante. Après avoir couvert de vastes étendues à la surface de la terre, elle finit par occuper et couvrir entièrement cette surface.
Ainsi, à une certaine époque, aux débuts pour ainsi dire de son évolution, la terre a été recouverte, dans toute son étendue, par les eaux : l'Océan était universel. A partir de ce moment commença pour notre globe une période régulière, interrompue seulement par les révoltes du feu intérieur qui couvait sous son enveloppe, imparfaitement consolidée.
Pour se rendre compte des actions complexes, tant mécaniques que chimiques, que les eaux, encore brûlantes, durent exercer sur l'écorce solide du globe terrestre, il faut savoir quelle était la composition de cette écorce. La roche qui forme les premières assises, la grosse charpente de la terre, et sur laquelle repose toute la série des autres terrains, c'est le granit.
Qu'est-ce que le granit, comme roche minéralogique ? C'est une réunion de silicates à base d'alumine, de potasse et de soude : le quartz, le feldspath et le mica forment, par leur simple agrégation sans aucun ciment, le granit, qui n'est qu'un mélange de ces trois minéraux.
Le quartz (quarzum des Romains) est de la silice plus ou moins pure, souvent cristallisée. Le feldspath est une matière cristalline, blanche, composée de silicate d'alumine et de silicate de potasse ou de soude : le feldspath potassique se nomme orthose; le feldspath sodique, albite. Le mica est un silicate d'alumine et de potasse contenant de la magnésie et de l'oxyde de fer; il tire son nom du latin micare, briller, reluire.
Le granit (de l'italien grano, grain, en raison de sa structure en apparence grenue) est donc une roche complexe, formée de feldspath, de quartz et de mica, et dont les trois éléments sont cristallisés. On appelle gneiss (mot tiré de la langue saxonne)
une variété de granit composée, comme celte dernière roche, de feldspath et de mica, mais dans laquelle le mica prédomine; sa structure feuilletée fait quelquefois désigner le gneiss sous le nom de granit stratifié.
Le feldspath qui entre dans la composition du granit, est un minéral que l'eau froide ou bouillante, et l'acide carbonique de l'air, détruisent, décomposent facilement. L'action chimique de l'eau et de l'air, l'action chimique et mécanique des eaux chaudes qui composaient l'océan universel des temps primitifs, modifièrent profondément la nature des roches granitiques qui formaient le fond de ces mers. Les pluies bouillantes <mi tombaient sur les pics montagneux et les aiguilles graniles torrents d'eau qui se précipitaient le long de dans les vallées, désagrégeaient les silicates aiv^. stituent le feldspath et le mica. Leurs débris
finirent par iormer des bancs immenses d'argile et de sable quartzeux; ce furent là les premiers terrains modifiés par l'action de l'air et des eaux, et les premiers sédiments déposés par la mer.
Les argiles provenant de cette décomposition des roches leldspathiques et micacées participaient de la température encore brûlante du globe ; elles éprouvèrent un commencement de fusion ; et plus tard, quand elles vinrent à se refroidir, elles prirent, par une espèce de demi-cristallisation, cette structure feuilletée que l'on désigne sous le nom de structure schisteuse (du grec ff/^roç, facile à diviser, ou <rx.î<7T£iv, diviser) et dont les ardoises, qui se séparent naturellement en minces feuillets, donnent une idée très-exacte
Ainsi se formèrent les premières argiles et les roches schisteuses. C'est pour cela qu'une épaisse couche de schistes, premiers sédiments connus, repose immédiatement sur les terrains d'origine ignée.
A la fin de cette première phase, le globe terrestre était donc recouvert, sur presque toute sa surface, d'eaux chaudes et vaseuses, produisant des mers peu profondes. Quelques îlots, dressant çà et là leurs pics granitiques, formaient sur ces mers, remplies de débris terreux en suspension, une sorte d'archipel-
Pendant une longue suite de siècles, la croûte solide du globe augmenta d'épaisseur en raison des progrès de la solidification de la matière liquide sous-jacente déterminée par son refroidissement. Cependant cet état de tranquillité ne pouvait être durable. La partie solide du globe avait encore trop peu de consistance pour résister à la pression des gaz et de la matière liquide qu'elle enveloppait et comprimait par sa croûte élastique. Les vagues de cette mer intérieure triomphèrent plus d'une fois de la faible résistance de cette enveloppe. Il se fit alors d'énormes dislocations du sol. D'immenses soulèvements de la croûte solide élevèrent le fond des mers, et firent ainsi surgir des montagnes, qui, cette fois, n'étaient plus exclusivement granitiques, mais se composaient, en outre, de ces roches schisteuses qui s'étaient déposées sous les eaux.
D'un autre côté, la terre, en continuant de se refroidir, se rétractait, et ce retrait, c'est-à-dire cette diminution de volume, était, comme nous l'avons expliqué plus haut, une cause de dislocation de sa surface. Il se produisit alors, dans la continuité de l'écorce du globe, des ruptures considérables ou de simples fissures. Ces fissures se remplirent plus tard par des jets de la matière liquide qui occupe l'intérieur du globe, c'està-dire de granit cruptif, et de composés métalliques divers. Elles livrèrent aussi passage à des torrents d'eaux bouillantes chargées de sels minéraux, de silice, de bicarbonates de chaux et de magnésie, qui se mélangèrent aux eaux du vaste océan primitif, et qui, en se déposant bientôt sur les fonds de ces mers, vinrent accroître la masse des substances minérales du globe.
Ces irruptions de matière granitique ou métallique, et ces vastes épanchements d'eaux minérales à travers l'écorce solide fracturée, se sont reproduits plusieurs fois pendant l'époque primitive. Il ne faut donc pas être surpris de voir les terrains anciens presque toujours disloqués, réduits à une faible étendue, et souvent interrompus par des filons contenant des métaux, des oxydes métalliques, tels que les oxydes de cuivre et d'étain, ou des sulfures, tels que ceux de plomb, d'antimoine et de fer, qu'exploite aujourd'hui l'art du mineur.
Terrain primitif . — En esquissant, comme nous venons de le faire, l'époque primitive de la terre, nous avons préparé le lecteur à comprendre la description très-sommaire que nous allons donner du terrain qui constitue la base de toutes les assises minérales du globe, et que l'on désigne sous le nom de terrain primitif. Ce terrain, peu répandu dans le centre de l'Europe, occupe, au nord de l'Europe et dans l'Amérique septentrionale, des espaces étendus.
Partout où l'on a pu fouiller la terre assez profondément, on est arrivé au micaschiste qui repose sur le granit. Le granit est donc la base et comme la grosse charpente de la terre. Il sert de support à tous les terrains de sédiment. Comme nous — déjà dit, le granit compose la première masse qui se à l'intérieur par le refroidissement; mais le mi- < ititue la première croûte qui se soit formée à l'ex-
térieur, d que le refroidissement a été suffisant.
L'ensemble de roches cristallines qui constituent le terrain primitif stratifié est composé d'éléments cristallins, ne contenant ni sables, ni cailloux roulés, ce qui indique bien que ce n'est point un terrain formé par l'intermédiaire de l'eau, agissant de la même manière que lorsqu'elle façonna les autres dépôts sédimentaires plus récents. Ce terrain ne renferme aucuns débris de corps organisés; car, à cette époque, la vie n'avait pu encore se manifester sur le sol brûlant de notre planète.
On se tromperait en s'imaginant que le terrain que les géologues désignent sous le nom de primitif soit composé purement et simplement de granit. L'action des eaux encore très-chaudes violemment agitées et s'exerçant avec une forte pression, sur une roche très-attaquable par l'eau bouillante et par l'air, a dû beaucoup modifier le granit.
Outre le granit, qui leur sert de support, on peut reconnaître dans les terrains primitifs trois assises distinctes : 1° les micaschistes; 2° les gneiss; 3° les schistes chloriteux.
L'assise des micaschistes présente, comme élément essentiel, le minéral brillant, foliacé, élastique et transparent qui porte le nom de mica. C'est lorsqu'il est agrégé en grandes masses schisteuses qu'on lui donne le nom de micaschiste.
Au contact du granit apparaît une formation distincte de la précédente, à cause du feldspath qu'elle contient en quantité variable : elle est connue sous le nom de gneiss. Voici sur la question très -controversée de l'origine du gneiss, l'opinion de M. le professeur Fournet, de Lyon. Tantôt le gneiss paraît n'être que du granit laminé par suite des tractions dont il a subi l'influence, soit en coulant, soit en s'injectant entre les autres roches. Tantôt il est le produit de l'infiltration capillaire de la pâte du granit entre les feuillets du micaschiste. Cette imbibition, effectuée sous l'influence d'une haute température, a laissé à la masse son tissu feuilleté ; mais ce tissu est sujet à se modifier, ses feuillets étant réguliers et parallèles, ou bien tourmentés et froissés. Sa structure stratiforme, généralement bien caractérisée, donne au gneiss une certaine ressemblance avec les roches des terrains de sédiment, bien que son origine soit liée à des causes toutes différentes.
Les deux assises des micaschistes et des gneiss paraissent former le quart ou le cinquième de l'écorce solide du globe. On les trouve en France, dans le Lyonnais, le Limousin, la Lozère, les Cévennes, l'Auvergne, la Bretagne, la Vendée, les Vosges, etc. Maigre pour l'agriculture, mais fécond pour le mineur, cet étage est riche en métaux, parce qu'il a été traversé par des filons de tous les âges. On y trouve de l'or, de l'argent (en Saxe), du cuivre (à Fahlun, ville de Suède), de l'oxyde d'étain, du fer, des pierres précieuses, comme le grenat, le rubis spinelle, le corindon, etc.
Après les micaschistes et les gneiss, le terrain primitif renferme l'assise des schistes chloriteux.
L'étage des schistes chloriteux a pour minéral caractéristique la chlorite, substance écailleuse d'un vert plus ou moins sombre, colorée par un silicate de fer.
Les schistes chloriteux apparaissent en Languedoc dans quelques recoins; mais ils acquièrent un beau développement dans le Lyonnais, où ils sont désignés par les habitants sous les noms de cornes vertes, de cornes rouges, selon leurs caractères, dépendants des imbibitions feldspathiques. Les schistes chloriteux sont traversés par un grand nombre
de liions. Dans les Alpes et dans diverses localités, telles que Allevard, Allemont, Cogne, Saint-Marcel, Chessy et Sain-Bel, Magna, Pestarena,etc, ils renferment des filons de cuivre, de fer oxydulé, de fer carbonate spathique, de platine, d'argent, d'or et de manganèse