‹ La terre avant le déluge (volume 5)Chapitre 17 sur 42 · ÉPOQUE DE TRANSITION · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE TRANSITION

Durant l'époque primitive la température était trop élevée pour permettre à la vie d'apparaître sur le globe. Les ténèbres d'une épaisse nuit couvraient ce berceau du monde actuel. L'atmosphère étaity en effet, tellement chargée de vapeurs de toute nature, que les rayons du soleil étaient impuissants à en percer Topacité. Sur ce sol brûlant et dans cette constante nuit, la vie organique ne pouvait se manifester. Aucune plante, aucun animal n'existait donc alors sur la terre silencieuse. Cependant notre planète se refroidissait toujours, et d'autre part, la continuité des pluies puriliait son atmosphère. Dès lors, les rayons d'un soleil moins voilé purent arrivera sa surface; sous leur bienfaisante influence, la vie ne tarda point à éclore. < Sans « la lumière, a dit l'illustre Lavoisier, la nature était sans vie; « elle était morte et inanimée. Vn Dieu bienfaisant, en apporc tant la lumière, a répandu à la surface de la terre l'organisa- < tion, le sentiment et la pensée. » Nous allons, en effet, assister à la création des êtres vivants; nous allons voir sur la terre, dont la température était à peu près alors celle de notre zone torride, nattre quelques plantes et quelques animaux, appartenant aux ordres les plus inférieurs de l'échelle organique. Ces premières générations seront remplacées plus tard par des générations de plus en plus perfectionnées, jusqu'à ce qu'enfin le dernier terme de la création, l'homme, doué de cet attribut suprême qui s'appelle l'intelh'gence, se moiilre sur la terre, qu'il doit soumettre à sa domination souveraine.

La première période que l'on distingue dans Tépoque de transition, est désignée par les géologues sous le nom de silurienne. Expliquons d'abord ce nom. La nomenclature, c'està-dire la langue scientifique, est fort imparfaite en géologie; elle ne possède aucune convention précise. On se borne, en effet, à désigner les terrains ou les périodes géologiques d'après le nom des localités dans lesquelles prédomine ce terrain, ou dans lesquelles il a été étudié pour la première fois. La désignation de période silurienne^ par exemple, a été donnée par M. Murchison à la période qui va nous occuper, parce que le terrain formé par les sédiments maritimes pendant cette période, est très-étendu dans le Sropshire, en Angleterre, région qui fut habitée autrefois pur les Silures^ peuplade celtique (|ui combattit avec gloire lors de l'invasion de la Urande-Brelagne par les Romains. Le lecteur trouvera sans doute cette règle de nomenclature incommode et bizarre; quoi qu'il en soit, et cette explication étant donnée une fois pour toutes, abordons l'histoire de la période silurienne.

La figure 27 représente une vue idéale de la terre pendant la période silurienne. Des mers immenses et peu profondes laissent à nu, çà et là, des récifs sous-marins, couverts d'algues, et fréquentés par divers mollusques et animaux articulés. Un pâle soleil, qui perce avec difficulté la lourde atmosphère du monde primitif, éclaire les premiers êtres vivants sortis des mains du Créateur, organisations rudimentaires qui doivent faire bientôt place à des êtres plus achevés.

La période silurienne doit être distinguée pour Texaclitude de la description scientifique, en deux sous-périodes : les souspériodes inférieure et supéi'ieure.

l'niotlv sUuricuHc iufciicurc. — C'esl pendant la période silu-

Tienne inférieure qu'ont apparu sur la terre les premières plantes el les premiers animaux. Le terrain silurien inférieur renferme les vestiges certains d'un assez grand nombre d'espèces animales, ce qui prouve que les mers étaient déjà assez peuplées. AMngt-huit formes animales s'y montrent très-distinctement. Elles ne font, toutefois, que marquer leur passage éphémère sur le globe, et disparaître sans retour. Ce sont des zoophytes, des animaux articulés et des mollusques. Les vertébrés ne s'y montrant que par de rares poissons.

La classe des crustacés, à laquelle appartiennent de nos jours, le homard, Fécrevisse, le crabe, était ce qui dominait à cette époque, pour ainsi dire rudimentaire de Tanimalisation. Leurs formes étaient des plus singulières, et tout à fait différentes de celles des crustacés actuels. La plupart appartenaient à Tordre des irilobiiesy entièrement disparu aujourd'hui.

Les trilobites présentaient, en général, la forme d'un bouclier ovale, composé d'une série d'articulations, ou articles. L'article le plus antérieur portait les yeux , qui devaient être réticules comme ceux des insectes : en avant se trouvait la bouche. Les pattes étaient probablement nombreuses et charnues; mais elles ne se sont pas conservées. Plusieurs de ces trilobites pouvaient se rouler en boule , comme nos hérissons : ils nageaient sur le dos. Habitant loin des côtes et dans les bas-fonds, ils vivaient en familles nombreuses.

Les figures suivantes représentent différentes espèces de Trilobites appartenant à l'étage silurien inférieur. Telles sont:

Vasaphus Guettardi (fig. 28) ; le trinucleus Pongerardi (fig. 29); le paradoxides spiniUosus (fig. 30); le nereites cambriensfs (fig. 31); le calymene Blumenbachii (fig. 32).

Les différents ordres de la classe des mollusques avaient déjà de nombreux représentants. Parmi les mollusques céphalopodes, qui sont formés de deux parties distinctes, ont le corps et la tête armés de bras ou tentacules, et dont le poulpe commun peut de nos jours donner une idée, vivaient les giroceras, le lituites cornu-arietis (fig. 33). Le genre Bellerophon représentait, entre autres, les mollusques gastéropodes qui, comme le limaçon, rampent sur une partie charnue placée sous le ventre.

56 LA TFRllF. AVANT LE DfiLirOF..

Fl|. 11. Cal]riniiia BLuintnbtclill.

l>arnii les mollusques lamellibranciips, dont l'iiutlre est le type, qui manquent de tète et sont presque toujours dépour-

ri(. «. I

vus de motililé, il cxislailalurs luul un grnri>, le genre Orihonola. Il y avait uussi d'iuiln;!! grnivs appiirti'iiant aux niulliisqut-s lirachiopodes ri bryoïontrps. l*îtrmi les 7,iM)piiytos, on doit ciler II' gerue llemirosniiies : ta figure 34 ii'jirésrnie une espèce <l« ce genre, Vhemicosviites piriformt.

Les mers contenaient quclqws filantes marines d'une oi^nrsation inrérieure, c'élaient des sortes de varecs, que l'on a rapportés aui genres Bulholrephis , PaUfophycus et Spheno- Ihallut.

Le Uirain silurien inférieur existe en France, sur le grand massifde la Bretagne. On le retrouve en Angleterre, en Bohême, en Espagne, en Itussie, etc., comme aussi dans le nouveau monde. Des calcaires, des grès, des scliisles {ardoises d'Angers) entrent dans sa composition niint^ralc^ique.

Période xilwienne supérieure. — Pendant la sous-përîode silurienne supérieure les mors contenaient quelques genres de poissons inconnus à ré|KK[uc silurienne inrérieure, un grand nombre de Irilobites, qui atteignent alors leur maximum de développement, plusieurs espèces de niollu»|uos, j>armi lesquelles nous citerons le pentamtrus Kniglilii (fig, 35) et Vorikis ruslica (lig. 36); quelques polypiei's connue V/ialtciles lubyriitthiea (fig. 37).

Les mers étaient déjà abondamment |>euplées à la fin de la période silurienne supérieure, car les naluralisles connaissent

aujourd'hui plus de 1500 espèces appartenant à l'ensemble de la période silurienne. Parmi les plantes marines, on a trouvé

s. JT. Haliciwi Ubiriiillii».

dans le terrain qui correspond à celle sous-période, i)nelipit's espèces d'algues que l'on rapporli' iiit genre Fucoîdes.

Le terrain silurim stipMeur, qui se compose de calcaiivs, de schistes argileux et degrés, se trouve en France dans les départements de la Manche, du Calvados, de la Sartlie, etc., en Angleterre, en Espagne, en Allemagne (lumls du Ithin); en Bohème, où il est très- développé, surtout aux environs de Prague; en Suède, où il compi-end toute l'ile de Gothiand; en Norvège, en Russie, etc. On le retrouve diins les ileux Amériques, surtout aux environs de New-York.

Nous ajouterons, pour camctérrser le lerrain silurien, considéré dans son ensemble, qu'il est de tous les terrains le plus disloqué. Il ne laisse jamais apparaître, dans les pays ofi un

le trouve, que des lambeaux échappés aux nombreuses éruptions qui 1 ont traversé depuis les premiei^ âges. Ses couclies, originairement horizontales, sont relevées, contournées, plissées, quelquefois même verticales, connue dans les ardoisières d'Angers. M. Aie. d'Orbigny a rencontré dans les montagnes des Andes de l'Amérique, l'étage silurien, avec ses fossiles, à la hauteur de 5000 mètres au-dessus de la mer. Quelles énormes dislocations du sol ont été néressi'u'res pour soulever ces fossiles à une telle élévation !

A l'époque silurienne, les continents émergés étaient d'une faible étendue, les mers occupaient la terre presque entière; elles couvraient du moins la plus grande partie de l'Europe et des deux Amériques. En Europe, tout l'espace compris depuis l'Espagne jusciu'aux monts Ourals était sous les eaux. Il y avait seulement en France deux îles émergées. Tune formée des terrains granitiques de la Bretigne et de la Vendée, l'autre constituée par le grand plateau central et composée des mêmes terrains. La jxirtie nord de la Norvège, de la Suède et de la Laponie russe, s'élcîvait en ime vaste surface continentale, de même que la côte orientale du Drésil du 16* au 33* de latitude.

On a représenté, sur la carte placée en regard de cette page, les continents qui se trouvaient à découvert pendant l'époque silurienne, dans la partie de l'Europe qui devait un jour former la France. On voit qu'à cette époque la mer couvrait l'emplacement actuel de la France, à l'exception dune partie de la Bretagne et du plateau central d'Auvergne, qui formaient deux fies sur le vaste océan primordial.

"ëm

tiO ^ LA TERRE AVANT LE DÉLUGE.

PÉRIODE DEVONIENNE.

On désigne la deuxième période historique de la terre sous le nom de devonienne parce que le terrain qui correspond à cette période apparaît très-nettement et avec beaucoup d'étendue dans le Devonshire, en Angleterre.

A cette époque, quelques continents s'élevaient au-dessus drs eaux, mais ils étaient peu nombreux et disséminés. Les mers couvraient la plus grande partie de Tancien monde, l'Asie Mineure, une partie de la France, le nord de l'Angleterre, l'Espagne, la Belgique, l'Allemagne, la Russie jusqu'au nord de rOural. Dans l'Amérique du Sud, la mer devonienne s'étendait sans doute sur toutes les régions tropicales du Pérou, de la Bolivie et du Brésil. Elle couvrait aussi une grande partie de l'Amérique septentrionale, la Nouvelle -Hollande et l'île de Van-Diémen.

L'Océan et les continents récemment sortis des eaux s'enrichirent, pendant la période devonienne, de quelques espèces végétales et animales d'une organisation plus complexe que celles qui avaient apparu sur le globe primitif. On suivra sans doute avec intérêt, dans cet ouvrage, les progrès successifs que présente l'organisation des êtres à mesure que la terre avance en âge et, pour ainsi dire, s'éloigne de son berceau. Le Créateur semble s'appliquer siins cesse h produire des espèces vivantes de plus en plus achevées, car une espèce qui s'éteint est toujours remplacée par une autre plus perfectionnée. Nous avons vu pendant la période silurienne, la vie éclore, et l'organisation débuter par des plantes d'un ordre tout à fait inférieur, par des algues et des varecs, par des zoophytes, des animaux articulés, des crustacés et mollusques, qui disparaissent sans re tour pendant la période suivante. Nous verrons, à mesure que notre globe vieillit, l'organisation se perfectionner sans cesse.

PÉRIODE DEVONIENNE. 63

Les vertébrés, représentés par de nombreux poissons, succéderont aux articulés, aux crustiicés et aux mollusques; apparaîtront ensuite les reptiles; puis viendront les mammifères et les oiseaux; jusqu'à ce qu'cnGn Dieu fasse sortir de ses mains son suprême ouvrage, riiomnie, le roi de la terre, qui a pour signe et pour agent de sa supériorité, Tintclligencr, cette flamme céleste, émanation du Créateur.

La Ggure 38 représente une vue idéale de la terre à Fépoque devonienne. C'est une vaste mer, couverte de quelques Ilots. Sur les rochei-s, se traînent les articulés et mollusques propres à cette époque. On voit, échoué sur le rivage, le corps d'un très-gros poisson, le plerichtys cornutus. L'un des îlots est couvert d'un groupe d'arbustes {asterophyllites coronata)^ mêlés a des plantes presque herbacées, admises par M. Unger dans son J/omf«pn'/ni/(/' sans désignation spéciale, et signalées seulement par ce botaniste dans les termes suivants : « Leurs fruits ressemblent beaucoup a des capsules de mousses avec leurs grandes apophyses, et on pourrait les prendre pour des mousses*. »

La végétiition est encore ici humble dans son développement, car les arbres de haute futaie font complètement défaut; les asterophyllites, simples arbustes, élèvent seuls vers le ciel une tige grêle et élancte. 1^ lumière, encore ti'op |)âle, vu la demiopacité de l'atmosphère, ne permettait guère que le développement d'une végétation essentiellement cellulaire, lâche et vasculaire. Des cryptogames, dont nos champignons actuels peuvent nous donner l'idée, devaient former la plus grande partie de cette végétation primitive; mais en raison de la mollesse de leur tissu, de leur peu de cons^istance, de l'absence de fibres ligneuses, les vestiges de ces premières plantes ne sont pas venus jusqu'à nous.

Les formes végétales propres à la période devonienne différaient beaucoup, on le voit, de celles qui appartiennent à l'épo- (|ue actuelle. Les plantes de cette période tenaient à la fois des mousses et des lycopodes, végétaux cryptogamiques d'un ordre inférieur et ((ui manquent de fleurs apparentes.

Les lycopodes sont des végétaux herbacés ou sous-frutes-

|. Notons cepetidaiil contre la cumparaisou essayée par 11. Unger, que les véritables mousses n'ont paru que lioaucoup plus tard.

cenfs qui ne jouent qu'un rôle secondaire dans la végétation actuelle du globe ; mais, dans les premiers temps de la création organique, ils avaient la prédominance dans le règne végétal, tant par la dimension des individus, que par la variété et le nombre de leurs espèces.

L'arbuste élégant (|ui porte le nom iVasleivphyllUes corunala, et que Ton voit sur la planche 38, doit être rangé dans une famille, aujourd'hui complètement anéantie, appartenant à cette division des dicolylédones gymnospermes qui comprend maintenant les Conifères^ ou arbres verts, et les Cycadées. Les feuilles aiguës des asterophyllites s'étalaient en rayons de cercle, sur des rameaux verticillés.

Jetons maintenant un rapide coup d'œil sur les animaux appartenant à cette période.

Les mers devoniennes renfermaient un genre de grands reptiles, les Sauropieris: c'est pour la première fois que cette classe d'animaux apparaît au jour. La classe des poissons commençait à augmenter, mais la structure de ces animaux était bien diflérenle de celle de nos poissons actuels. Ils étaient pourvus d'une sorte de cuirasse; de \k leur nom de poissons ganoidesy c'est-à-dire cuirassés. On possède de nombreux échantillons du ptei'ichihys cornu lus {i\g. 39), poisson bizarre dont le corps, revêtu d'une grande carapace à plusieurs pièces, portait une très-petite tète, munie de deux nageoires en forme d'ailes, et se terminait par une queue éc<iilleuse et très-eflilée.

On trouve encore, dans cette période, des annélides tubicuUs, animaux vermiformes, protégés extérieurement par une enveloppe testacée, qui se montrent ici pour la première fois, et sont représentés par le genre Serpule; des crustacés (Arges); un grand nombre d'espèces do mollusques dont les brachiopodes forment plus de la moitié, et parmi lesquels nous citerons, comme caractéristiques, le clymenia Scdgwicki (fig. 40), le spirigtrina reticularis (Hg. 41), le productus subaculealus, le calceola Sandalina, etc.

Parmi les nombreux zoophytes de cette épo(|ue, il faut citer en première ligne l'ordre des Encrines. Nous représentons, comme exemple, le cupressocrinus crassus (lig. 42), et le platycriuiis triacoiUadactyUîs (lîg. 43).

PÉRIODE DEVONIENNE. 65

Ijes encrincs élnicnt des animaux dont rirn dans l'ordre zoolf^iquc actuel ne pcitl nous fournir l'idée. Ils vivaient atla-

Fig u cupmaoci

chés dans les lieux rocailleux, au milieu des bancs les plus profonds, la bouche en haut, attendant leur proie, et ressemblant

66 ^ LA TEllRK AVANT LE DÉLUGE.

k des arbustes de pierre. En elTct, leur corps était ordinairement composé de cinq hras, lesquels pouvaient s'ouvrir ou

s'élaler pour siiisir la proie. Sur ta ligure 44, on <i i-eprésenlé à part un des bras de l'animal ; la ligure 43 montre ces bras réunis. Le corps des cncrines était porté sur une tige composée de nombreuses articulations, et qui était attachée au sol par une sorte de racine. C'est pour rappeler cette fixité au sol et la Tacilité de pouvoir ouvrir et fermer ses bras comme le calice d'une fleur, que l'on a ciuelciucfoia donné aux cncriues le nom vulgaire de fleurs de pierre.

Les encrines vivaient déjà à l'éiinque silurienne^ il existait dans les mers de cette époque un genre tout entier, que nous avons signalé, le genre llemicawiUes. ijeur nombre augmente beaucoup dans les mers de ia période dcvonienne. Il diminue à mesure que l'on s'éloigne de cette époque, et de nos jours deux genres seulement représentent ces animaux, dont les formes ont été si nombreuses et si variées dans les mers primitives.

Ten-aiH devotttai. — Ïm terrain devuuien se compose du

PÉRIODE DEVONIENNE. 67

schistes, de grès et de calcaires divers. 11 existe dans le nord et dans Toucst de la France. 11 constitue le vieux grès rougCy très-répandu en Angleterre, dont l'épaisseur, dans ce pays, va jusqu*à 3000 mètres. Il existe en Melgique, en Ilussie, en Amérique, etc.

Les terrains devoniens renferment les plus anciens dépôts de combustibles connus. Tels sont les dépôts de houille qui sont exploités dans les dé])artemcnts de la Seine-Inférieure et de Maine-i?t-Loire, en Belgique et en Espagne, dans les Asturies. Les gites métallurgiques si importants de zinc, de fer et de plomb de la Vieille-Monlagno, ceux d'Eschweilcr et de Stolberg (Prusse), d'Engis et de Corfaliy (Belgique), sont disséminés dans des filons qui traversent ce terrain.

Nous venons de dire que le terrain devonien se compose de grès, de schistes et de calcaires. La présence des grès et des schistes argileux dans ce terrain n'aura rien qui surprenne le lecteur : mais la présence de la chaux pourra, à bon droit, l'étonner; le fait, dans tous les cas, exige une explication.

Dans les substances minérales dont nous avons parlé jusqu'ici comme composant notre globe, on n'a vu figurer encore que le granit, c'est-à-dire le mélange de silicates de potasse, de soude et de magnésie qui forment cette roche fondamentale. C'est , avons-nous dit, aux dépens des composés constituants du granit que se sont formés les grès, les argiles et les schistes des terrains primitifs et siluriens. Le nom de chaux n'a pas été prononcé jus(|u'ici. C'est qu'en effet la chaux se montre à peine dans les premières assises minérales de notre globe. Toutefois, à partir de la période devonienne, cette substance fait partie essentielle des terrains. Quelle est l'origine de cette chaux? D'où provenait cette substance qui apparut en quantité déjà si notable dans les terrains devoniens?

A partir de la période devonienne la chaux fit irruption sur le globe, entraînée, à l'état de bicarbonate soluble, dans des eaux et sources thermales. Pendant cette époque si reculée, les fractures et dislocations de l'écorce consolidée du globe étaient extrêmement fréquentes. Ce n'était pas seulement du granit liquéfié qui s'épanchait à travers les énormes fentes qui partout écaillaient profondément le sol ; il s'en échappait aussi des eaux

bouillantes, tenant en dissolution du bicarbonate de chaux, mêlé quelquefois de bicarbonate de magnésie. De véritables fleuves calcaires s*échappaient ainsi de l'intérieur du globe, ce grand et inépuisable réservoir qui a fourni tout ce que la surface de la terre présente aujourd'hui à nos regards. Comme la mer occupait alors presque toute retendue de la sphère terrestre, ces fleuves d'eaux bouillantes calcaires se déchargeaient nécessairement dans ses ondes. C'est ainsi que les mers, primitivement dépourvues de composés calcaires, furent chargées de sel de chaux à partir de la période devonienne. C'est par la même raison que les dépôts formés plus tard par les mers, c'est-à-dire les terrains sédimentaires, ont présenté, à partir de cette période, beaucoup de carbonate de chaux. Le même phénomène continuant de se produire aprc^s la période devonienne, nous verrons les terrains calcaires augmenter en nombre et en importance dans la suite des phases géologiques dont nous présenterons le tableau. Nous verrons pendant les périodes jurassique et crétacée ces dépôts couvrir sur la terre entière des espaces immenses, et former des terrains d'une épaisseur de plusieurs centaines de mètres. Ce phénomène était à son origine pendant la période devonienne : aussi avons-nous dû le mettre en relief dans ce chapitre.

^ A la période devonienne . succède, dans Fliistoire de notre globe, la période houillère^ qui tire son nom des gisements de kouUle* ou charbon de terre contenus dans les terrains qui ont pris naissance à cette époque.

La houille, comme on va le voir, est la substance même des végétaux qui ont vécu dans ces temps reculés. Ensevelis sous d'énormes épaisseurs de terre, ces végétaux s'y sont conservés jusqu'à nos jours, après s'être modifiés dans leur nature intime et leur aspect extérieur. Ayant perdu un certain nombre de leurs éléments constitutirs, ils se sont transformés en une sorte de charbon imprégné de ces substances bitumineuses et goudronneuses qui sont les produits ordinaires de la décomposition lente des matières organiques. Ainsi, la houille qui alimente nos usines et nos fourneaux, qui est Tagent fondamental de notre production industrielle et économique; la houille qui sert à chaufler nos demeures, qui fournit le gaz employé pour nous éclairer, et qui apporte à l'art actuel de la teinture des agents précieux et variés, cette houille est positivement la propre substance des plantes qui composaient les forêts, les herbages et les marécages de l'ancien monde à une époque que la chronologie humaine ne saurait assigner avec précision. Nous ne dirons pas, avec quelques personnes qui croient que tout, dans la nature, a été Tait à l'intention de l'homme, et qui se font ainsi une idée bien incomplète du vaste ensemble de la création; nous ne dirons pas que les végétaux de l'ancien monde n'ont vécu et ne se sont multipliés que pour préparer un jour à l'homme ses agents de production économique et industrielle. Il Taudrait, en

1. Le nom de /touille vient d*uo vieui mot saxon : huUa^ qui servait à désigner, chez Ips Allemands, ce genre de combustible.

effet, regretter que ce précieux héritage de la vie du monde ancien ne se rencontrât qu'à des profondeurs le plus souvent inaccessibles à nos atteintes. Mais nous ferons admirer à nos jeunes lecteurs la haute portée de la science moderne qui, après un intervalle de temps si prodigieusement reculé, peut découvrir Torigine précise de ces substances végétales , et signaler, avec la plus grande exactitude, les genres et les espèces auxquels ont appartenu des plantes dont aucun représentant identique n'existe aujourd'hui sur la terre.

Le caractère fondamental de la période que nous allons étudier, c'est l'immense développement d'une végétation qui couvrait alors le globe tout entier. L'épaisseur considérable des terrains qui représentent aujourd'hui celle période, les accidents nombreux et variés qu'on observe dans ces terrains partout où on les rencontre, portent à penser que cette phase historique est peut-être celle qui a le plus longtemps duré.

Arrêtons-nous un instant pour donner une idée exacte du caractère général qu'a dû présenter notre planète pendant la période dite houillère. Une chaleur excessive, une humidité extrême, tels étaient alors les attributs de l'atmosphère. Les congénères des espèces auxquelles appartiennent les végétaux de la période houillère ne vivent aujourd'hui que sous les plus brûlantes latitudes, et les énormes dimensions que nous présentent ces mêmes végétaux à l'état fossile prouvent combien la température de l'air devait être élevée à cette époque. L'humidité était une condition non moins nécessaire au développement d'une telle masse de végétaux. Le voyageur Livingstone, qui, de nos jours, a fait, à l'intérieur de l'Afrique, de si importantes observations, nous a appris que des pluies continuelles, jointes à une chaleur intense, sont le caractère climatérique des parties du conlinent africain où se platt cette végétation puissante et touffue qu'admire le voyageur.

Circonstance remarquable, cette température élevée, jointe à cette humidité constante, n'était point spécialement propre à certaines régions du globe : la chaleur était la même à toutes les latitudes. Depuis les régions équatoriales, jus(|u'à cette tie Melville où, de nos jours, les frimas sont éternels; depuis le Spitzberg jusqu'au centre de l'Afrique,- la flore houillère pré-

sente une complète identité. Quand on trouve les mêmes fossiles au Groenland et à Ténérifle, par exemple, quand on voit les mêmes espèces végétales aujourdliui éteintes se rencontrer, avec le même degré de développement, à Téquateur et au cercle polaire, on est bien forcé de reconnaître qu'à cette époque la température du globe était la même partout. Ainsi, ce que nous nommons aujourd'liui le climat, était inconnu pendant les temps géologiques : il n'y avait qu*un seul climat pour le globe entier.

D*oii provenait cette uniformité de température qui a lieu de nous étonner aujourdliui? Elle tenait à la chaleur excessive qui animait le gIol)e. 1^ terre était encore si chaude pîir elle-même, que sa température propre primait, rendait superflue et inappréciable la chaleur que lui envoyait Tastre central, c'est-à-dire le soleil. Ce n'est qu'après un refroidissement plus avancé, vers l'époque tertiaire, que notre globe a pu être impressionné d'une manière sensible par la chaleur du soleil.

Une particularité établie avec moins d'exactitude que la précédente est relative à la composition chimique de l'air pendant la période houillère. En voyant la masse énorme de végétaux qui couvraient alors le globe, et s'étendaient d'un pôle à l'autre, en considérant la grande proportion de carbone et d'hydrogène qui existe dans la houille, toujours remplie de matières bitumineuses, on a cru pouvoir en inférer que l'atmosphère de cette époque devait être beaucoup plus riche en acide carbonique que l'atmosphère de nos jours. On a même voulu expliquer par la forte proportion de gaz acide carbonique qui aurait existé dans l'air atmosphérique, le petit nombre d^animaux, ou du moins d'animaux aériens, qui vivaient alors sur le globe. C'est là une pure induction manquant de preuves. Hien ne prouve que l'atmosphère terrestre de la période houillère fût plus riche en acide carbonique que celle de nos jours. Si les végétaux fossiles qui correspondent à cette période renferment beaucoup de carbone et d'hydrogène, ils contiennent une assez forte proportion relative d'oxygène, et le même raisonnement que l'on fait concernant la richesse de Tair en acide carbonique devrait aussi être mis en avant pour ce qui concerne la quantité d'oxygène; il faudrait dire que l'atmosphère du globe primitif était plus oxygénée que l'atmosphère actuelle, ce qui contredirait la pre-

mière hypothèse. Comme on ne peut émettre ici que de vagues conjectures, on ne saurait professer avec confiance l'opinion que Tair atmosphérique de la période houillère fût plus riciie en acide carbonique que celui que nous respirons.

Ce qu'on peut faire remarquer avec certitude, comme caractère frappant dans la végétation du globe pendant cette phase de son histoire, c'est le développement prodigieux que présentaient alors les espèces végétales. Les fougères, qui, de nos jours, ne sont le plus souvent que des herbes vivaces, se présentaient surtout^ pendant la période houillère, sous la forme d'espèces d'un port immense : elles constituaient des arbres plus hauts que les sapins de nos forêts. Tout le monde connaît ces herbes marécageuses, vivaces, à tiges cylindriques, creuses, cannelées, articulées, dont les articles sont munis de gaines membraneuses, dentées, et qui portent les noms vulgaires de prèles, queue de cheval; leurs fructifications forment, par leur ensemble, un chaton conique, composé de plusieurs cercles d'écaillés portant à leur face inférieure des sacs pleins de spores, lesquelles, par la germination, reproduisent la plante mère. £h bienl ces humbles prèles étaient représentées, pendant la période houillère, par des arbres de 4 à 5 mètres d'élévation et de 1 à 2 décimètres de diamètre. Leurs troncs cannelés longitudinalement, et divisés dans le sens trans* versai par des lignes d'articulation, nous ont été conservés : ils portent le nom de calamités, bien qu'ils n'aient aucun rapport avec les calamus ou rotangs de la famille actuelle des palmiers.

Nos lycopodes actuels sont d*humbles plantes, le plus souvent rampantes : elles n'atteignent pas l mètre de haut. Or, les lycopodiacées de l'ancien monde étaient des arbres de 2b à 30 mètres d'élévation; c'étaient les lépidodendrons, qui peuplaient les forêts. Leurs feuilles atteignaient quelquefois un demi-mètre de long et leur tronc avait jusqu'à 1 mètre de diamètre : tel était le lepidodôtidron caiHnatum, Une autre lycopodiacée de cette époque, le Loinatophloios crassicaule, avait aussi des dimensions colossales. Les sigillaria dépassaient quelquefois la hauteur de 30 mètres. Les grandes fougères, alors si abondantes, croissaient à l'ombre de ces arbres gigantesques. C'est la réunion de ces arbres de haute taille et d'arbustes qui formait les immenses forêts de la période houillère.

Uuoi de plus surprenant que l'ensemble de cette exubérante végétation! Ces sîgillariées gigantesques , qui dominaient les forêts ; ces lépidodendrons à la lige élancée et flexible ; ces élégantes fougères arborescentes, au feuillage aérien et aussi finement découpé que la dentelle; ces fougères herbacées, au feuillage indéfiniment accidenté; c(S lycopodiacées qui remplissaient les marécages d'un tapis de verdure éternel et sans bornes. Rien ne saurait nous donner aujourd'hui l'idée de ce prodigieux et immense revêtement d'une verdure immuable, qui couvrait la terre d'un pôle à lautrc, sous une température brûlante et la même partout.

Combien cette végétation, tout à la fois puissante par les dimensions des individus et par les Immenses espaces qu'elle occupait, bizaiTe dans ses formes, et généralement simple dans son organisation , était diflérente de celle qui embellit aujourd'hui la terre et charme nos regards 1 Elle avait certainement pour privilège la grandeur, la force et la croissance rapide; mais combien elle était peu riche en espèces! combien elle était uniforme dans son aspect ! Aucune fleur ne parait encore le feuillage et ne variait le ton des forêts. Une verdure éternelle couvrait les branches des fougères, des lycopodes et des prêles, qui composaient en grande partie la végétation de cette époque, formée d'une quantité innombrable d'individus, mais réduite à très-peu d espèces, appartenant surtout aux types inférieurs de la végétation, c'est-à-dire aux cryptogames vasculaires. Aucun fruit apparent, propre à servir à la nourriture, n'apparaissait sur leurs rameaux. C'est assez dire que les animaux terrestres n'existaient pas encore. Les mers seules avaient de nombreux habitants; le règne végétal occupait exclusivement la terre, qui ne devait que plus tard se couvrir d'animaux à respiration aérienne et complète. Seulement quelques insectes ailés, des coléoptères, orthoptères et névroptères, animaient la campagne en y promenant leurs couleurs diaprées.

Pour quels yeux, pour quelle pensée, pour quels besoins grandissaient ces forêts solitaires? J^our qui ces majestueux et infinis ombrages ? Pour qui ces spectacles sublimes? Quels êtres mystérieux contemplaient ces merveilles? Question insoluble, et devant laquelle s'abtme et se tait notre raison impuissante.

Pour décrire avec exactitude la période houillère, il faut la distinguer en deux sous-périodcs : la période du calcaire carbonifère y qui a donné naissance à d'importants dépâls marins; et la période houillère proprement diie, qui est spécialement continentale. L'une et l'autre de ces sous-périodes ont laissé des dépôts de matière combustible ; mais c'est surtout dans la seconde que ces dépâls aliondent et peuvent être exploités pour les besoins de l'industrie humaine.

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