‹ La terre avant le déluge (volume 5)Chapitre 16 sur 42 · TERRAINS QUATERNAIRES, OQ MODERNES · texte numérisé non relu

TERRAINS QUATERNAIRES, OQ MODERNES

Nous nous proposons d'exposer les transformations successives que la terre a subies pour arriver à son état actuel; en d'autres termes, nous allons parcourir, en nous plaçant au double point de vue historique et descriptif, les diverses époques qui peuvent être distinguées dans la formation graduelle de la terre, séjour actuel et domaine de Thomme.

Gomme on vient de le voir, ces époques sont les suivantes :

!• Époque primitive;

î^ Époque de transition;

3* Époque secondaire;

4» Epoque tertiaire;

5» Époque quaternaire, ou moderne.

Nous ferons connaître les créations vivantes qui ont peuplé la terre à chacune de ces époques, et qui ont disparu par une cause que nous aurons à rechercher. Nous décrirons les plantes et les animaux propres à chacune de ces grandes phases de Tliistoire du globe. Toutefois, nous ne passerons pas entièrement sous silence la description du terrain déposé par les eaux ou lancé par éruption pendant chacune de ces époques ; nous donnerons une idée sommaire des caractères minéralogiques et des fossiles caractéristiques propres à chaque terrain. Ce que nous allons entreprendre, c'est donc Tiiistoire de la formation de notre globe, avec la description des principaux terrains qui le composent actuellement.

Là théorie que nous allons développer, et qui considère la terre actuelle comme un soleil éteint, comme une étoile refroidie, comme une nébuleuse passée de Tétat de gaza Tétat solide, cette belle conception qui relie d'une manière si brillante la géologie à l'astronomie, appartient au mathématicien Laplace. Il n'est pas hors de propos de rappeler ici cette circonstance. Ija géologie est, en effet, une science éminemment française. I\irmi les hommes qui ont constitué la science géologique, on a surtout à citer les noms de savants français : ceux de Bernard Palissy, de Buffon, de Cordier, d'Élie de Beaumont; et d*un autre côté, la pensée théorique sur laquelle repose le système de vues actuellement adopté en géologie et qui fait de cette science une sorte de dépendance de l'astronomie, appartient à un géomètre français, à Timmortel auteur de la Mécanique céleste. Ces titres de gloire scientifique la France doit les revendiquer avec orgueil.

Nous avons étabh, en commençant, que le centre de la terre est encore, de nos jours, porté à 195 000*, température qui dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir. On n'aura aucune peine à admettre que, par une chaleur si excessive, toutes les matières qui entrent aujourd'hui dans la composition de notre globe fussent réduites, à l'origine, à l'état de gaz ou de vapeurs. Il faut donc se représenter notre planète primitive comme un agrégat de fluides aériformes, comme une matière entièrement gazeuse. Et si l'on réfléchit que les substances portées à l'état de gaz occupent

un volume quinze h dix-huit cenls Tois plus grnnd qu'à Vélat solide, on en conclura que cetle masse gazeuse devait éti^ d'un volume énorme : elle devait être aussi grosse que le soleil, lequel est quatorze cent mille Tois plus gros que la terre actuelle.

On a essiiyé, dans In ligure 80, «le donner une idée des dilTérences de volume qui existent entre lu terre actuelle et sa masse gazeuse [inmitive. lAin des de\n globes H représente le volume de la terre à son élal gazeux primitif; l'autre A le volume de la terre passée à l'élal solide : c'est donc une simple comparaison de grandeur que l'on a vnnUi mellre en relier par cetle figure génméiriqne.

Portée il la température rouge-blanc par l'excessive clialeiir qui l'animait, la iiiassi! gazeu3<i qui constituait aloi-s lu terre brillait dans l'espace comme brille aujourd'hui le soleil, comme

ÉrogUE PRIMITIVE. 31

brillent à nos yeux, dans la sérénité des nuits, les étoiles fixes et les planètes (tig. si).

Circulant autour du soleil, selon 1rs lois de la gravitation universelle, cette masse gazeuse incandescente était nécessairement soumise aux lois qui régissent les autres substances matérielles. Elle se refroidissait, elle cédait graduellement une partie de sa chaleur aux régions glacées des espaces interplanétaires au milieu desquelles elle traçait le sillon de sa flamboyante orbite. Hais, par suite de ce refroidissement continuel, et au bout d'un temps dont il serait impossible de fixer, même approximativement, la durée, Tastre primitivement gazeux arriva à Tétat liquide : il diminua alors considérablement de volume.

Ixi mécanique nous enseigne qu'un corps liquide entretenu à Tétat de rotation prend nécessairement la forme sphérique : c'est ainsi que la terre prit la forme globulaire ou spliéroïdale qui lui est propre, comme à la plupart des corps célestes '.

La terre n'est pas seulement soumise à un mouvement de translation autour du soleil; tout le monde sait qu'elle exécuté en même temps un mouvement de révolution sur son axe, mouvement uniforme qui produit pour nous Talternance régulière des jours et des nuits. Or, la mécanique a établi, et lexpérience directe confirme celte prévision théorique, qu'une masse liquide en mouvement (par suite de la variation de la force centrifuge sur ses différents diamètres) se renfle vers l'équateur de la sphère et s*aplatit vers ses pôles, c'est-à-dire aux deux extrémités de son axe. C'est en vertu de ce phénomène que U terre, lorsqu'elle était à l'étal liquide, se renfla à l'équateur, s'aplatit à ses deux pôles, et de la forme primitivement sphérique, passa à celle d'un ellipsoïde aplati à ses deux extrémités.

Ce renflement à l'équateur, cet aplatissement vers les pôles sont les preuves les plus directes que l'on puisse invoquer de l'état primitivement liquide de notre planète. Une sphère solide et non élastique, une bille d'ivoire, par exemple, aurait beau tourner pendant des siècles sur son axe, sa forme n'en serait nullement changée; mais une bille liquide ou de consis-

t. Voir, dans les traités de physique, les belles ex|>ériences dues à M. PUleau, qui prouvent que tnnt corps liquide soumis à U feule force tie raltraclion, prend la forme sphérique.

tance pâteuse, se renflerait alors dans son milieu et s'aplatirait aux extrémités de son axe. C'est en s'appuyant sur ce principe, c'est-à-dire en admettant la fluidité primitive du globe terrestre, que Newton avait annoncé a priori le renflement de la terre à l'équateur, son aplatissement aux pôles, et qu'il avait même flxé par avance le degré de cet aplatissement. La mesure directe de cette dépression et de cet allonj^ement vinrent plus tard prouver l'exactitude des prévisions du célèbre géomètre anglais. En 1736, Maupertuis et la Condamine furent envoyés par l'Académie des sciences de Paris, l'un aux régions polaires, l'autre aux régions équatoriales. Les mesures prises sur les lieux, par ces observateurs, établii^ent l'existence du renflement équatorial et de la dépression polaire; il résulta même de ces mesures que l'aplatissement de la terre aux pôles était sensiblement plus fort que Newton ne l'avait estimé d'après ses calculs.

A la suite du refroidissement imrtiel de la masse terrestre, toutes les substances gazeuses qui la composaient ne passèrent pas sans exception à l'état liquide ; quelques-unes demeurèrent à l'état de gaz ou de vapeurs, et formèrent, autour du sphéroïde terrestre, une enveloppe, ou atmosphère (du grec dT|Ao<, vapeur; a^aîps, sphère: sphère de vapeurs). Mais on se ferait une idée bien inexacte de l'atmosphère qui enveloppait le globe à cette période reculée, si on la comparait avec son atmosphère actuelle. L'étendue de la masse gazeuse qui enveloppait la terre primitive devait être immense; elle atteignait sans doute jusqu'à la lune. Elle contenait, en eflet, à l'état de vapeurs, la masse énorme des eaux qui forment nos mers actuelles, réunies à toutes les matières qui conservaient l'état gazeux à la température qui animait alors la terre incandescente. Nous n'exagérons rien en disant que cette température était alors de 2000^. L'atmosphère participait à cette température, et par suite de cette chaleur excessive, la pression qu'elle exerçait sur le globe devait être infiniment plus considérable que celle qu'elle produit aujourd'hui. Aux gaz qui composent l'air atmosphérique actuel (l'azote, l'oxygène et l'acide carbonique], à des masses énormes de vapeur d'eau, venaient s'ajouter d'immenses quantités do matières minérales, métalliques ou terreuses, réduites

à l'état de gaz, et maintenues à cet état par reffroyable température de cette gigantesque fournaise. Les métaux, les chlorures métalliques, le soufre, les sulfures, et même les (erres à base de silice, d*alumine et de chaux, tout cela devait exister sous forme de vapeurs, dans Tatmosphère du globe primitif.

Il est à croire que les différentes substances qui composaient cette atmosphère, s*étaient rangées autour de la terre dans Tordre de leur densité. La première couche, la plus voisine du globe, était formée des vapeurs les plus lourdes, comme celles des métaux, du fer, du platine, du cuivre, mêlées sans doute à des nuages de Unes poussières métalliques provenant de la condensation partielle de la vapeur de ces métaux. Cette première zone, la plus lourde, la plus épaisse, était d'une entière opacité, et plongeait dans d'épaisses ténèbres la surface de la terre, encore rouge de feu. Par-dessus, venaient les matières vaporisables, telles que les chlorui*es métalliques, en particulier le chlorure de sodium ou sel marin, le soufre et le phosphore, ainsi que les combinaisons volatiles de ces corps. La zone supérieure devait contenir les matières plus facilement vaporisables, telles que Teau, unie aux corps naturellement gazeux, comme l'oxygène, Tazote et l'acide carbonique. Cet ordre de superposition ne devait pas toutefois se maintenir constamment. Malgré leur densité inégale, ces trois couches devaient souvent se mêler, se confondre : de formidables ouragans devaient fréquemment abaisser, déchirer, soulever et confondre ces zones incandescentes.

Quant au globe lui-même, sans être autant agité que sa brûlante et mobile atmosphère, il n'en était pas moins en proie a de perpétuelles tempêtes, occasionnées par les mille actions chimiques qui s'accomplissaient dans sa masse liquide. D'un autre côté, l'électricité résultant de ces puissantes actions chimiques opérées sur une étendue sans bornes, devait provoquer d'effroyables détonations électriques. Les éclats du tonnerre ajoutaient donc à l'horreur de ces scènes primitives, dont aucune imagination, dont aucun pinceau humain ne saurait tracer le tableau, et qui constituaient ce sinistre chaos dont l'histoire légendaire de tous les peuples et la révélation biblique nous ont transmis la véridique tradition.

C'est ainsi que notre globe circulait dans l'espace, traînant à sa suite le panache enflammé de son atmosphère 'multiple; impropre à la vie et imi^énétrable encore aux rayons du soleil, autour duquel il traçait sa courbe gigantesque.

fiOpendant les régions glaciales qu'il traversait continuaient d'exercer sur sa masse leur eiïet de refroidissement. Peu à peu, et d'abord superficiellement, la terre un peu refroidie prit une consistance pâteuse.

11 ne faut pas oublier qu'en raison de son état liquide, la terre obéissait alors, dans toute sa masse, à cette action de flux et de reflux qui provient de l'attraction lunaire et planétaire, et qui ne peut s'exercer aujourd'hui que sur les mers, c'est-à-dire sur les parties liquides et mobiles de notre globe. Ce phénomène du flux et du reflux auquel obéissaient ses molécules liquides et mobiles, accéléra singulièrement le refroidissement delà terre. Elle arriva ainsi graduellement h cette sorte de consistance que présente le fer de nos usines, quand on le retire de la fournaise pour le porter sous le laminoir.

Par les progrès du refroidissement, il se produisit ensuite des couches de substance concrétionnée, ({ui, d'abord, flottèrent isolées à la surface de la matière demi-liquide, mais qui finirent par se souder, et par former des bancs continus, comme on voit, de nos jours, les glaces des mers polaires, rapprochées par l'agitation des flots, s'attacher, se souder l'une à l'autre, et finir par constituer des banquises ijnmobiles.

C'est par l'extension de ce dernier phénomène à la surface entière du globe (|ue s'opéra la solidification totale de sa surface. Une croûte solide, encore d'une faible épaisseur, et d'une trèsmédiocre résistance, enveloppa ainsi la terre, recouvrant de toutes parts les parties intérieures encore liquides, et dont la solidification ne devait se faire que beaucoup plus tard, puisqu'elle n'est pas même terminée de nos jours. On évalue Tépaisseur de la couche de notre globe actuellement solidifiée, k environ 12 lieues («àb kilomètres). Comme le rayon terrestre moyen est de 1584 lieues de 4 kilomètres, on voit que les parties solidifiées de notre planète ne représentent qu'une bien faible fraction de sa masse totale.

On peut exprimer d'une façon vulgaire, mais juste, les ra|v

poris actuels de grandeur ciilre les parties encore liquides el les piirlies roiKiùtc^s do la terre. Si Ton se ligure la terre comme une orange, Técorce de ce fruil représentera à peu près exactement Tépaisseurde la croûte solide qui enveloppe aujourd'hui notre globe.

La figure 22 montre avec exactitude les rapports entre l'épaisseur de Técorce terrestre et ses parties internes encore liquides. La sphère terrestre ayant 1584 lieues de rayon, par conséquent 3168 lieues de diamètre, Técorce solide a seulement, avonsnous dit, 12 lieues d'épaisseur, ce qui représente f^ de diamètre, ou tJ^ du rayon terrestre pour la partie consolidée; c'est ce rapport qui a été indiqué sur la figure 22.

Déterminer même approximativement le temps que la terre mit à se refroidir, de manière à permettre la solidification d'une croûte extérieure; vouloir fixer la durée des transformations dont nous venons de présenter le tableau, serait une tâche impossible. Tout ce que Ton peut faire, c'est donner une idée de la longueur de cette période de refroidissement par la voie de l'analogie, c'est-à-dire par un exemple emprunté à ce qui s'est vu de notre temps.

En 1 750, après de nombreux tremblements de terre, un volcan, le /orii//o, surgit au Mexique, au milieu d'une plaine couverte jusque-là d'une riche végétation, et consacrée à la culture de la canne à sucre et de Tindigo. La montagne volcanique atteignit une hauteur de 520 mètres, et vomit des torrents de lave ardente. Ce n'est qu'au bout de longues années que cette lave prit un ^eu de consistance, et se couvrit d'une croûte fendillée, laissant apercevoir, au travers de ces fissures, une matière liquide en ignition. Quarante-quatre ans plus tard, M. de Humboldt, qui voyageait alors en Améri(|ue, put constater qu'entre les fissures, la lave n'était plus liquide, mais qu'elle était encore rouge de feu. Après tout un siècle, on constata que la matière n'était pas complètement refroidie. Si l'on compare maintenant la masse de ce petit volcan avec celle de la terre entière en ignition, ce n'est plus par siècles, mais par millions d'années qu'il faudra compter pour évaluer l'intervalle de temps qui a dû s'écouler jusqu'à ce que notre globe soit parvenu à un degré de refroidissement compatible avec l'existence des êtres vivants.

Irf) premièrii croûli- li-ireslie riirnu'i' comme nous venons de

Fis- 31. Voluaw* rclutiU d« I ccoru tolld» *t de la idiiHc Uriuida Ju globe,

l'indiquer, ne pouvait résisler aux vu^jucs de celle mer de Teu

intérieur qu'abaissaient e( que soiilRvaient lour •'< lour le (lux el le redus quotidien détermini's pnr l'otlraclion lunaire el plané- Inire. Aussi, qui pourrail imaginer lesdëchiremenls elTroyables, 1rs giganles^iues débordemenls qui en rt'suUèrent? Qui oserait peindre les sublimes horreurs de ces premières et mystérieuses convulsions du globe? Des torrents de matières liquides, mêlées de gaz, venaient soulever et percer la croûte terrestre, encore Irës-peu résistante; de larges crevasses l'éventraient, et par ces oiiverliires béantes s'élançaient des flots de granit liquide qui Venaient se solidilier au deliors. C'est ainsi que se Tormèrent les premières montagnes. C'est ainsi que s'élancèrent à travers les parties solidifiées, les premiers /îJoru, véritables injections de matières éruplives provenant des parties intérieures du globe, qui traversent les terrains primitiTs, el constituent pour nous aujourd'hui de précieux gisements de métaux divers, tels que' le cuivre, te zinc, l'antimoine et le plomb.

La Ûgure 23 représente la formation d'une montagne par l'é-

ruption de la matière granitique interne se faisant jour à Iravers une fracture du globe. La figure S4 représente la structure

iniérjeure d'un filon. Dans ce dernier cas, la fracture du globe n'est qu'une fenle élroile que viennent plus lard remplir des injeclions successives de madères, quelquefois de nature diverse, et qui, en s'iijoulanl, (iiiisseni par remplir lolalement la capacité de cette fcnlo, ou fuillô.

Toutes les éruptions de granit ou d'aulrcs sulislanccs lancées

de l'intérieur de la leire, et qui viennent i'en>plir ses l'entes cl ses crevasses, longitudinales ou obliques, ne s'élèvent pus jusqu'au sol. C'est ce qui se |>usse lorsque les Tenjes qui se soni produites dans l'épaisseur de la masse terrestre, n'arrivent pas au jour. 1^ figure 25 représente une éruption de granit h travers un terrain sédimentaire : le granit provenant de la partie cen)!*ale du globe est venu remplir les fentes et fraclnres qui se sont produites dans l'inlérieur de ces terrains; mais il n'atteinl pas jusqu'au niveau du sol.

Sur la surface de la terre, d'abord piirfui lenicnl unir, il sf

forma donc, dès les premiers temps, des boursouflures, des éminences, des crevasses, ou fenlrR, qiri cliangrrcnl son premier aspeci .

(lependaiil lu terre continuait à se rerroidir. Un moment arriva où par 1rs progrès de son refroidissement, sa tempéralure ne fut plus suirisanle pour maintenir à l'état de vapeurs les énormes masses d'eaux qui flottaient suspendues dans son almospitèn-. Iles vapeurs passèrent à l'étal liquide, et sur le sol tombèrent alors 1rs premières pluies. Faisons remarquer que c'étaient de véritables pluies d'eau bouillante, car en raison de la pression très-considérable de l'atmosphère, l'eau condensée etliquidese Iruuvait portée à une lem|>>^rature bien supérieure à lOO».

La première goutte d'eau qui tomba sur l'aride et brûlante surface du globe terrestre, marqua dans son évolution une période toute nouvelle, el dont il importe d'analyser avec soin les eiïels mécaniques ou chimiques. Le contact des eaux avec la surface consolidée du globe ouvre la série des modifications dont la science peut entreprendre l'examen avec une certaine confiance, ou du moins avec plus d'éléments positifs d'appréciation que l'on n'en possède pour cette période du chaos dont nous venons de peindre quelques traits, et dans laquelle on est obligé de laisser une assez grande part h l'imagination et à l'interprétation personnelles.

Les premières eaux qui vinrent tomber, à Tétat liquide, sur le globe refroidi, ne tardèrent pas à être de nouveau réduites en vapeurs, par l'excessive élévation de sa température. Plus légères que le reste de l'atmosphère, ces vapeurs s'élevaient jusqu'à ses limites supérieures ; là, elles se refroidissaient en rayonnant vers l'espace, se condensaient de nouveau, et retombaient à l'état liquide sur le sol, pour s'en dégager encore à l'état de vapeur et retomber ensuite à l'état de condensation. Mais tous ces changements d*élat physique de l'eau ne pouvaient se faire qu'en soutirant des quantités considérables de chaleur à la surfjce du globe, dont ce va-et-vient continuel hâta beaucoup le refroidissement : sa chaleur allait ainsi graduellement se perdre dans les espaces célestes.

Ce phénomène s'étendant peu à peu à toute la masse des vapeurs d'eau qui existaient dans l'atmosphère, des quantités d'eau de plus en plus fortes couvrirent le globe. Et comme la vaporisation de tout liquide provoque un dégagement notable d'électricité, une quantité énorme de fluide électrique résultait nécessairement de la vaporisation de si puissantes masses d'eau. Les éclats du tonnerre, les fulgurantes lueurs des éclaii*s, accompagnaient donc cette lutte extraordinaire des éléments ((ig. 26).

Combien de temps dura ce combat suprême de l'eau et du feu, au bruit retentissant de la foudre? Tout ce que Ton peut dire c'est qu'un moment vint où l'eau fut triomphante. Après avoir couvert de vastes étendues à la surface de la terre, elle finit par occuper et couvrir entièrement cette surface.

A partir de ce moment, commença pour le globe une période régulière, interrompue seulement par les révoltes du feu intérieur qui couvait sous son enveloppe, imparfaitement consolidée.

Pour se rendre compte des actions complexes, tant mécaniques que chimiques, que les eaux, encore brûlantes, durent exercer sur l'enveloppe solide du globe , il faut savoir quelle était la composition de cette écorce. La roche qui forme les premières assises, et en quelque sorte, la grosse charpente de notre globe, sur laquell<i repose toute la série des autres terrains, c'est le granit, Qu'est-ce que le granit, comme roche minéralogique? C'est une réunion de silicates à base d'alumine, de potasse et de soude : le quartz, le feldspath et le mica,

forment par leur simple mélange au moyen dUin ciment feldspathique, le granit, qui n'est qu'un agrégat de ces trois roches.

Le quartz (quarzum des Romains) est de la silice plus ou moins pure, souvent cristallisée. IjC feldspath est une matière cristalline, blanche, composée de silicate d alumine et de silicate de potasse ou de soude : le feldspath potassique se nomme orthose; le feldspath sodique, albite. Le mica est un silicate d'alumine et de potasse contenant de la magnésie et de l'oxyde de fer; il lire son nom du latin micare, briller, reluire. Le granit (de l'italien grano, grain, en raison de sa structure grenue) est une roche complexe, formée, comme on vient de le dire, de feldspath, de quartz et de mica, et dont les trois éléments sont cristallisés. On appelle gneiss (mot tiré de la langue saxonne), une variété de granit composée, comme cette dernière roche, de feldspath et de mica, mais dans laquelle le mica prédomine; sa structure feuilletée le fait quelquefois désigner sous le nom de granit stratifié.

Le feldspath et le mica qui entrent dans la composition du granit, sont des minéraux que Teau froide ou bouillante et Tacide carbonique de l'air, détruisent, décomposent facilement. L'action chimique de Teau et de Tair, Taction chimique et mécanique des eaux chaudes qui compos<iicnt Timmcnse mer primitive, modifièrent profondément la nature des roches granitiques qui formaient le fond de ces mers. Les pluies d'eau bouillante qui tombaient sur les pics montagneux et les aiguilles granitiques, les torrents qui se précipitaient le long de leurs flancs ou dans les vallées, désagrégeaient les silicates divers qui constituent le feldspath et le mica. Leurs débris finirent par former des bancs immenses d'argile et de sable quartzeux; ce furent là les premiers terrains modifiés par l'action de l'air et des eaux, et les premiers sédiments déposés par la mer.

Les argiles provenant de cette décomposition des roches feldspathiques et micacr*es, participaient de la température encore brûlante du globe ; elles éprouvèrent un commencement de fusion; et plus tard, quand elles vinrent à se refroidir, elles prirent, par une espèce de donii-cristallisation, cette structure feuilletée que l'on désigne sous le nom de structure schisteuse (du grec oy/aToc, facile ci diviser, ou ^/wTstv, diviser), et dont les

kk LA TKHRE AVANT LE DKLUGK.

ardoises, qui se séparent naturellement, comme on le sait, en minces feuillets, donnent une idée très-exacte.

Ainsi se formèrent les premières argiles et les roches schisteuses. C'est pour cela qu'une épaisse couche de schUiles^ premiers sédiments connus, repose immédiatement sur les terrains d'origine ignée.

A la fm de cette première phase, le globe terrestre était recouvert, sur presque toute sa surface, d'eaux chaudes et vaseuses, produisant des mers peu profondes. Quelques îlots, dressant çà et là leurs pics granitiques, formaient, sur ces mers vaseuses et remplies de débris terreux en suspension, une sorte de vaste archipel occupant la terre entière.

Pendant une longue suite de siècles l'épaisseur de la croûte solide du globe augmenta de plus en plus, en raison des progrès de la solidification de la matière liquide sous-jacente.

Cependant, cet état de tranquillité ne pouvait être durable; la couche consolidée du globe avait encore trop peu d'épaisseur pour résister à la pression des' gaz et de la matière liquide qu'elle enveloppait et comprimait par sa croûte élastique. Les vagues de cette mer intérieure triomphèrent plus d'une fois de la faible résistance de cette enveloppe. Il se fit alors d'énormes dislocations du sol. D'immenses soulèvements de la croûte solide élevèrent le fond des mers, et firent ainsi surgir des montagnes qui, cette fois, n'étaient plus exclusivement granitiques, mais se composaient, en outre, de ces roches schisteuses qui s'étaient déposées sous les premières eaux qui aient couvert le globe.

D'un autre côté, la terre, en continuant de se refroidir, se rétractait, et ce retrait, c'est-à-dire celte diminution de volume, était, comme nous l'avons expliqué plus haut, une cause de bouleversement. Il se produisit alors, dans la continuité de l'écorce du globe, des ruptures considérables ou de simples fissures. Ces fissures se remplirent plus tard ^ar des jets de la matière liquide qui remplit l'intérieur du glolie, c'est-à-dire de fjranit éruiUif, ou de composés métalliques divers. Ces irruptions de matière granitique ou métallique à travers l'écorce solide fracturée se sont reproduits plusieurs fois à cette époque primitive. 11 ne faut donc pas être surpris de voir les terrains anciens presque toujours disloqués, fracturés, réduits à une

ÊPOQUfi PRIMITIVE. 45

Taible étendue, et souvent interrompus par des liions contenant des métaux, des oxydes métalliques, tels que les oxydes de cuivre et d'élain, ou des sulftires, tels que ceux de plomb, d antimoine et de fer qu exploite aujourd'hui l'art du mineur.

En esquissant, comme nous venons de le faire, V époque primitive de la terre, nous avons préparé le lecteur à comprendre la description du terrain qui constitue la base de toutes les assises minérales du globe, et que Ton désigne sous le nom de terrain primitif. Donnons maintenant la description de ce terrain, peu répandu à la surface du sol en Europe, mais qui occupe des es|)aces immenses dans l'Amérique du Nord.

Terrain primitif. — Partout où l'on a pu fouiller la terre assez profondément, on est arrivé au gi*anit. Le granit est donc la base, et comme la grosse charpente de la terre. Il sert de support à tous les terrains de sédiment. Gomme nous l'avons déjà dit, il compose la première croûte qui se soit solidiliée par le refroidissement.

L'ensemble de roches cristallines qui constituent le terrain primitif est composé d'éléments cristallins, ne contenant ni sables, ni cailloux roulés, «ni ciment (ce qui indique bien que ce n'est point un terrain formé par l'intermédiaire de l'eau), ni aucuns débris de corps organisés, car, à cette période, la vie n'avait pu encore apparaître sur le sol brûlant de notre planète.

On se tromperait en s'imaginant que le terrain que les géologues désignent sous le nom de primitifs est composé purement et simplement de granit. Les éruptions continuelles qui ont traversé, sillonné le granit des premières assises de notre globe, l'action de l'eau sur ses éléments constitutifs, ont modifié profondément cette roche, de telle sorte, comme l'a dit M. Élie de Beaumont, qu'il ne reste peut-être pas une seule page intacte de ces premières archives de notre globe. Chacune des modiGcations fondamentales du granit forme aujourd'hui un ^tor/e particulier du terrain primitif.

Ce terrain présente, comme éléments essentiels :

1* La substance écailleuse , douce au toucher, souvent verdâtre, connue sous le nom de talc, et qui est un silicate de magnésie ;

2"* Le minéral brillant, foliacé, élastique et transparent, qui porte le nom de mica ;

3"» Le feldspath, h base de soude ou de potasse, qui existe dans presque toutes les roches d'origine ignée.

La différence qui existe dans la composition de ces diverses couches, a fait diviser le terrain primitif en trois étages superposés parallèlement, et qui sont en allant du centre à la surface :

1** L'étage des gneiss;

2"* L'étage des micaschistes ;

3" L'étage des talcschistes.

Le gneiss forme un terrain si important qu'il n'est pas d*étenduc un peu considérable de la terre où il n'apparaisse au jour. Ce terrain parait former le quart ou le cinquième de Técorce solide du globe. On le trouve en France, dans le Limousin, l'Auvergne, la Bretagne , la Vendée, etc. Stérile pour l'agriculture mais fécond pour le mineur, il est riche en métaux. On y trouve de l'or (à la Gardette, en Dauphiné), de l'argent (en Saxe), du cuivre (à Eahlun, en Suède), de Toxyde d'étain, du fer, des pierres précieuses, comme le grenat, le rubis spinelle, le corindon, etc.

Le gneiss n'est autre chose que du granit auquel une chaleur prolongée, suivie d'un refroidissement lent, a fait prendre une disposition en lits réguliers et parallèles, c'est-à-dire une disposition stratifiée^ qui le fait ressembler aux terrains de sédiment, bien que son origine soit tout autre.

Essentiellement composé de mica, réduit par la chaleur primitive du globe à l'état schisteux, c'est-à-dire subdivisé en feuillets parallèles, mêlé à une certaine quantité de quartz, le micaschiste forme un terrain qui occupe des étendues considérables. Sa puissance, c'est-à-dire son épaisseur verticale, peut atteindre jusqu'à 2000 mètres. Ce terrain se montre sur quelques points de la France, notamment en Drelagne et en Auvergne; il a particulièrement fixé l'attention des géologues et des mineurs, en raison des filons métallifères de cuivre, d'étain, de galène argentifère, qu'on y rencontre avec abondance.

i^s talcschistes (roche magnésienne, silicate de magnésie, à structure schisteuse), ne contiennent pas seulement des talcs de

couleurs variées; on y trouve diverses substances minérales accessoires, de Tor, de Targent, du plomb, du fer, des cristaux de grenat, de fer oiydé, elc. I^e caracitTe cristallin de ces roches montre que la période pendant laquelle elles se sont formées a été d*une longueur et d^une tranquillité remarquables : un refroidissement d'une lenteur excessive était absolument nécessaire pour produire des cristaux si nets et si réguliers.

On trouve en France Tétage des talcschistes dans le Morbihan, les Côtes-du-Nord, le Finistère.

Telle est la composition minéralogique du terrain primitif.

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