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de le voir, par les deux exemples que nous venons de citer, de roches absolument étrangères à la région où ils gisent actuellement. Appartenant aux terrains primitifs de la* Norvège, ils ont été certainement entraînés par les glaces à Tépoque du déluge du Nord. Quelle immense force dimpulsion primitive avaient dû recevoir ces énormes blocs, pour traverser la mer Kaltique et arriver k la place où les contemplent aujourd'hui Ips regards surpris du géologue ou du penseur!
jje deuxième déluge européen a été le résultat du soulèvement et de la formation des Alpes. Il a rempli de débris et de terrains meubles toutes les vallées de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, dans un rayon ayant pour centre les Alpes. On peut encore distinguer aujourd'hui des effets de deux ordres différents, résultant de l'action puissante des masses d eau violemment déplacées par ce gigantcsijue soulèvement. D abord, de larges sillons ont été creusés par des eaux diluviennes, qui ont formé dans ces points des vallées profondes. Ensuite, ces vallées ont été comblées par des matériaux empruntés aux montagnes et transportés dans la plaine. Ces matériaux consistent en cailloux roulés^ en limons argilo-sableux, ordinairement calcarifères et ferrifères. Ce double effet se montre avec plus ou moins de netteté, dans toutes les grandes vallées du centre et du midi de la France. I^a vallée de la Garonne est, à cet égard, pour ainsi dire classique. Aussi en donnerons-nous, comme exemple, une description sommaire.
A partir de la petite ville de Muret, il existe sur la rive gauche de la Garonne, trois niveaux successifs, plans tous les trois, dont le plus inférieur est celui de la vallée proprement dite, et dont le plus élevé correspond au plateau de Saint- Gaudens. Ces trois niveaux sont parfaitement marqués dans le pays toulousain, qui présente d'une façon remarquable le phénomène diluvien. La ville de Toulouse repose elle-même sur une légère éminence du terrain diluvien. Les plateaux contrastent, par leur forme diluvienne plane, avec les collines mamelonnées de la Gascogne ou du Languedoc. Ils sont essentiellement constitués par une couche de gravier et de cailloux roulés ou ovalaires, mêlés et rerouverts d'un dépôt sableux et
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terreux. Ces cailloux sont constitués principalement par des qunrtzites bruns ou noirs extérieurement, par des parties dures de grès noirs anciens et de grès rouges. La terre meuble qui accompagne les cailloux et le gravier est un mélange argilosalileux d'une couleur rougcAtre ou jaunâtre, à cause de Toxyde de fer qui entre dans sa composition. Dans la vallée proprement dite, on retrouve les cailloux des plateaux associés à quelques autres espèces minérales plus rares aux niveaux supérieurs. Des dents de mammouth et de rhinocéros tichorhinus ont été trouvées en divers points sur les bords de cette vallée.
Les petites vallées tributaires de la vallée principale paraissent avoir été creusées secondairement, en partie dans le dépôt diluvien, et leurs alluvions essentiellement terreuses ont été formées aux dépens du terrain tertiaire et du diluvium lui-même.
Dans la vallée du Rhin, en Alsace, domine une sorte particulière de diluvium : il consiste en un limon d'un gris jaunâtre, composé d'une matière argileuse, mélangée de carbonate de chaux, de sable quartzeux et micacé et d'oxyde de fer. Ce limon, que les géologues désignent sous le nom de lehni^ atteint, en quelques endroits, une épaisseur de 60 à 80 mètres; il s'élève un peu à droite et à gauche, au-dessus de la base des montagnes de la forêt Noire et des Vosges.
Le célèbre temple antique du Parthénon, en Grèce, s'élève sur une éminence de terrain diluvien.
Les fossiles que renferment les déports diluviens en général consistent en coquilles terrestres, lacustres ou fluviatiles, actuellement vivantes pour la plupart, auxquelles il faut joindre les restes des mammifères dont nous avons déjà signalé l'existence à l'époque quaternaire.
Mais ces restes, on les retrouve souvent accumulés, en quantités extraordinaires, dans des espaces ou cavités, connus sous le nom de cuvemes ou de brècfies osseuses^ qui, de tout temps, ont fixé l'attention des savants et des personnes étrangères à la science. Il ne sera pas hors de propos de résumer ici l'état acr tuel de nos connaissances concernant les cavernes à ossements et les brèches osseuses.
Cavernes à ossements. — Les cavernes à ossements ne sont pas de simples cavités creusées dans le roc à quelques pieds de profondeur. Elles consistent ordinairement en une série de grottes nombreuses, communiquant entre elles par d'étroites ouvertures, qu on ne peut franchir qu'en rampant, et qui s'étendent souvent à des distances considérables. Il en existe au Mexique qui ont une longueur de plusieurs lieues. L'une des plus remarquables de l'Europe est celle de Gailenrcuth, en Franconic (Wurtemberg).
Un naturaliste moderne, visitant la caverne d'Adelsberg, en Gamiole, parcourut une suite de chambres étendues dans la même direction sur une longueur de 3 lieues. La rencontre d'un lac l'empêcha de pousser plus loin ce voyage de découvertes souterraines.
Les parois intérieures des cavernes k ossements sont, en général, arrondies, sillonnées, et présentent des traces de l'action érosive des eaux. Ces caractères échappent souvent à l'observateur, parce que les parois de ces cavernes sont recouvertes par des revêtements de calcaire concrétionné en staldctUes et stalagmites^ c'est-à-dire de cristaux ou d'amas de carbonate de chaux, provenant de dépôts laissés par les eaux inûltrées du dehors à l'intérieur de la caverne. Les stalactites et les stalagmites calcaires ornent souvent les parois de ces antres ténébreux des plus brillants et des plus pittoresques décors.
Sous le revêtement stalagmitique, le sol de ces cavités souterraines offre fréquemment des dépôts limoneux et ferrugineux. C'est en creusant le sol de ces caverves que l'on découvre les- ossements d'animaux antédiluviens, mêlés de coquilles, de fragments de roches et de cailloux roulés.
La distribution des os au milieu des limons argilo-graveleux est aussi îrrégulière que possible. Les squelettes ne sont presque jamais entiers ; les os ne sont même pas rapprochés dans leur position naturelle, d'après les animaux auxquels ils ont appartenu. Des ossements de petits rongeurs sont accumulés dans le crâne d'un grand carnassier; des dents d'ours, d'hyène, de rhinocéros, sont cimentées avec des cubitus ou des mâchoires de ruminant. Les os sont très-souvent usés et roulés, comme ils le seraient s'ils avaient subi un transport de très-
grande distance; d'autres sont fissurés; certains, néanmoins, sont à peine altérés. Leur état de conservation varie avec la station géographique des cavernes.
Les ossements que l'on trouve le plus fréquemment dans les cavernes, proviennent dos carnassiers de l'époque quaternaire (ours, hyène, lion, tigre, etc.). Les animaux des plaines, et notamment les grands pachydermes (mammouth, rhinocéros), ne s'y rencontrent que très-rarement et toujours en petit nombre. De la caverne de Gailcnreiith on a extrait plus de mille squelettes, dont huit cents de la grande espèce d^ui'sus spelwus, et (|uatre-vingts de la petite espèce; et deux cents d'hyènes, de loups, de lions, de gloutons.
Dans lu caverne de Kirkdalc, à environ 40 kilomètres d'York, on a découvert les débris d'environ trois cents hyènes, appartenant à des individus de différents âges. On y a trouvé aussi des os de loup, de lièvre, de rut d'eau et d'oiseaux mêlés à ceux de quelques herbivores. Le célèbre géologue Buckland, qui visita cette caverne, constata que les os, autres que ceux d'hyènes, avaient été rongés; il reconnut la présence de nombreux caprolilhes d'hyènes, ainsi que les traces du passage fréquent de ces animaux à l'entrée de la grotte.
Auckland conclut de ces remarques que les hyènes seules avaient habité ces repaires, et que ces animaux accumulaient dans ces antres, pour s'en repattre, les cadavres d'herbivores dont on y retrouve h's débris. Faisons toutefois remarquer que l'opinion du géologue anglais ne saurait être généralisée. Dans le plus grand nombre des cavernes, ks os des mammifères sont brisés, usés pur le frottement d'un long transport, roulés, selon l'expression des géologues, entin cimentés par un môme limon et avec les fragments des roches de la contrée voisine. A côté d'ossements d'hyènes, on trouve nonseulement des os d'herbivores inoflensifs, mais encore des restes de lions et d'ours.
Toutes ces circonstances se réunissent pour établir que les os qui remplissent les cavernes ont été entraînés, péle-méle, dans ces anfractuosités, par le rapide courant des flots diluviens. Les grottes ossifi^res se trouvent le plus souvent vers l'entrée des vallées, dans les plaines, ou à une hauteur qui ne dépasse
jamais les limites du phénomène diluvien. Tout conduit donc à supposer que, dans le plus grand nombre des cas, les animaux surpris et tués par des torrents impétueux et soudains, ont été entraînés et engloutis dans les cavernes que le flot a rencontrées sur son passage en balayant la terre. I^s os ont été ensevelis, de cette manière, dans le limon diluvien.
Quelle est lorigine géologique des cavernes? Comment ont pu se produire ces immenses excavations ? Nous les considérons, avec beaucoup de naturalistes modernes, comme des fentes ou fractures du globe, produites par le phénomène géologique ordinaire, c'est-à-dire par Teffet du refroidissement terrestre. Ces ^entes ou fractures sont d'ordinaire remplies par Ti^jection de matières ignées lancées de l'intérieur, et qui viennent combler ces immenses vides. Par une circonstance particulière, ces fentes ne sont pas comblées ; la matière centrale du globe n'est pas venue les remplir, de sorte que ces énormes boursouflures sont restées vides à Tintéricur de la terre. Il n'est pas inutile de (aire remarquer, pour appuyer cette hypothèse, que presque toutes les cavernes se rencontrent dans des contrées qui ont été le théâtre de dislocations et sont creusées dans le calcaire. Ainsi, c est particulièrement le terrain jurassique qui on*re de vastes cavernes.
Les cavernes à ossements les plus célèbres sont celles de Gailenreuth, en Franconie (Wurtemberg), que nous représentons ici (fig. 305); celle des environs de Liège, du Yorkshire, du Devonshire et du Derbyshire, en Angleterre; de Palerme et de Syracuse, en Sicile. Il faut citer, en France, celles de Lunel- Viel (Hérault), des Cévennes, de la Franche-Comté, etc.
Brèches osseiues. — Les brèclies osseuses ne difièrent des cavernes que par leur forme. Ce sont des amas conglomérés, composés de débris de diverses roches et d os, cimentés par un limon calcaire, qui remplissent des boyaux ou des fissures des terrains. La plupart des brèches osseuses qui existent en Europe sont disposées comme une sorte de ceinture autour de la Méditerranée : ce qui indique bien qu'elles sont toutes rattachées à une même fente du globe. Les brèches osseuses les plus remarquables se voient à Cette, à Antibes, à Nice, sur les côtes de l'Italie, aux Iles de Corse et de Sardaigne, etc.
On rencontre à peu près dans les brèches osseuses les mêmes ossements que dans les cavernes ; seulement les débris fossiles des ruminants y sont en plus grande abondance. Les mêmes osstMuenls se Irouvenl dans 1rs brùclies ossiuistrs des côtes do la Méditerranée, ce qui doit faire présumer qu'elles ont dû se former en même temps et de la même manière.
La proportion des ossements aux fragments de pierre et au ciment varie, dans les brèches osseuses, suivant les localités. Dans les brèches de Cagliari, où les débris de ruminants sont moins abondants que dans celles de Gibraltar et de Nice, les ossements les plus communs, qui appartiennent à de petits rongeurs, sont, pour ainsi dire, plus abondants que le limon qui les empûte. On y a trouvé trois ou quatre espèces d'oiseaux, qui paraissent devoir être rapportées aux genres merle et alouette. On a trouvé dans les brèches de Nice les restes de quelques grands carnassiers, parmi lesquels Cuvier a signalé deux espèces voisines du lion et de la panthère. A San-Ciro, en Sicile, les brèches ont ofl'ert des os d'une espèce de chien.
Mais les brèches osseuses ne sont pas seulement propres à l'Europe; on en rencontre dans toutes les parties du globe, et celles qu'on a découvertes réceinment en Australie correspondent entièrement aux brèches osseuses de la Méditerranée, dans lesquelles un ciment rouge ocreux relie des fragments de roches et des os : on y a trouvé quatre espèces de kanguroos.
Les deux cataclysmes dont nous venons de présenter le tableau avaient surpris TEuropc au moment do l'expansion d'une création puissante. L'essor de la nature animée, révolution des êtres, se trouva arrêtée dans les jKirties de notre hémisphère où s'étaient produits ces gigantes(|ues ébranlements du sol, suivis de ces courtes mais terribles submersions des continents. Lu vie organi(|ue se remettait à peine de cette secousse violente, lorsiiu'unc seconde aUeinle, plus grave peut-être, vint l'assaillir. Les parties septentrionales et centrales de l'Europe, ces vastes contrées qui s'élendent de la Scandinavie à la Méditerranée et au Danube, Turent en proie à un rerroidissement soudain. Une temi)érature glaciale les saisit. Les plaines de l'Europe, ornées naguère de cette végétation luxuriante que les ardeurs d'un climat brûlant avaient dévelop|)ée cl entretenue, ces pâturages sans fln que remplissaient des troupeaux de grands éléphants, d'agiles chevaux, de robustes hippopotames et de grands carnassiers, se trouvèrent tout d*un coup recouvertes d'un manteau de neige et de glace.
A quelle cause attribuer un phénomène si imprévu et s'exerçant avec une telle intensité? Dans Fétal présent de nos connaissances, aucune explication plausible de ce fait ne saurait être hasardée. L'astre central qui distribue au monde la chaleur et la vie, le soleil, perdit-il, pendant un certain temps, de sa puissance calorifique? Cette explication serait insudisante, puisqu'à cette éi)oque la chaleur solaire n'influençait que très-faiblement la terre. Les courants marins qui portent de l'océan Atlantique vers le nord et l'ouest de l'Europe, des eaux chaudes qui élèvent la température de nos continents, ces courants furent-ils un moment détournés? Aucune hypothèse, nous le répétons, n'a pu expliquer jusqu'ici le cataclysme ou la période
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glaciaire^ et il ne faut mettre aucune hésitation à confesser notre ignorance sur la cause de cet étrange^ de ce mystérieux épisode de Thistoire de la terre.
Mais si la cause réelle du refroidissement qui suivit les deux déluges européens est encore pour nous un problème insoluble, ses effets sont parfaitement appréciables. Le refroidissement subit des parties septentrionales et centrales de l'Europe eut pour résultat lanéantissement de la vie organique dans ces contrées. Tous les cours d'eau, les rivières et les fleuves, les mers et les lacs, se trouvèrent gelés. Comme le dit le savant Agassiz dans son premier ouvrage sur les Glaciers^ : « Un vaste manteau de neige et de glace recouvrit les plaines, les vallées, les mers et les plateaux. Toutes les sources tarirent, tous les fleuves cessèrent de couler. Au mouvement d'une création nombreuse et agissante, succéda un silence de mort. » Un grand nombre d'animaux périrent de froid. Les éléphants et les rhinocéros moururent par millions au sein de leurs p&turages, subitement transformés en champs de glace ou de neige. C'est alors que ces deux espèces disparurent et furent cflacées de la création. D'autres animaux succombèrent, sans toutefois que leur race périt en entier. Le soleil qui, naguère, éclairait de verdoyantes plaines, en se levant sur ces steppes glacés, ne fut salué que par le sifflement des vents du nord et l'horrible fracas des crevasses, qui s'ouvraient de toute part sous la chaleur de ses rayons, dans l'immense glacier qui servait de tombeau à tant d'êtres animés.
Comment faiie accepter cette idée que des plaines, aujourd'hui riantes et fertiles, ont été couvertes jadis, et pendant un temps fort long, d'un immense linceul de glace et de neige? Pour la faire admettre, ou pour en établir les preuves, il faut porter son attention sur une partie de l'Europe. Il faut choisir un pays où existe encore aujourd'hui le pMnomène glaciaire^ et prouver que ce phénomène, aujourd'hui localisé dans ces contrées, s'est étcîndu, pendant les temps géologiques, à des espaces infiniment plus vastes. Nous choisirons pour exemple les glaciers des Alpes. Nous allons montrer que les glaciers de la