Voyagé d$ BiUingt^ traduit parCast«ra, tome I, p
sont faites avec Y ivoire de Sibérie ^ c'est-à-Klire avec les défenses fossiles de mammouth.
Les iUs à ossements du nord de la Russie sont exploitées depuis cinq cents ans pour l'importation de Tivoire en Chine, et depuis cent ans pour l'importation en Europe. On ne voit pas néanmoins que le rendement de ces mines étranges ait jamais diminué. Quel nombre de générations accumulées ne suppose pas une telle abondance de défenses et d'ossements !
L'abondance des débris d*éléphanls fossiles dans les steppes de la Russie a fait naître, chrz les peuples de cette contrée, une légende, d*origine fort ancienne. Les Russes du Nord croient que ces ossements proviennent d'un énorme animal qui vivrait, comme la taupe, dans des trous creusés sous terre. Cet animal, disent les Russes, ne peut supporter la lumière; il meurt dès qu'il aperçoit le jour.
C'est en Russie que Téléphant fossile a reçu le nom de mammoût ou de mammouth, et ses défenses, celui de cornes de mammoût. Pallas avance que ce nom est tiré du mot mamma^ qui signifie tene dans quelque idiome tartare. Selon d'autres auteurs, ce nom proviendrait du mot arabe behemoty qui, dans le livre de Job, désigne un grand animal inconnu, ou de l'épithète nielienwty que les Arabes ont coutume d'ajouter au nom de l'éléphant quand il est de très-grande taille.
Une circonstance assez curieuse, c'est que cette même légende d'un animal vivant exclusivement sous terre, existe chez les Chinois, qui désignent sous le nom de ticn-schu le prétendu animal souterrain. On lit le passage suivant dans la grande Histoire iuiturelle qui fut composée en Chine au seizième siècle :
c L'animal nommé tien-schu^ dont il est déjà parlé dans Tancien ouvrage sur le cérémonial intitulé Ltj-ki (ouvrage du cinquième siècle avant Jésus- Christ), s'appelle aussi tyn-sihu ou yn-schu^ c'est-à-dire /a souris qui se cache. Il se tient continuellement dans des cavernes souterraines; il ressemble à une souris, mais égale en grandeur un buffle ou un bœuf. Il n*a point de queue, sa couleur est obscure. Il est très-fort et se creuse des cavernes dans les lieux pleins de rochers et de forêts. »
Un autre écrivain, cité dans le même passage, s'exprime ainsi :
« Le tyn-schu ne se tient que dans des endroits obscurs et non fréquentés. 11 meurt sitdt qu'il voit les rayons du soleil ou de la lune; ses
pieds sonl courts à proportion de sa taille, ce qui fait qu^il marche mal. Sa queue est longue d'une aune chinoise. Ses yeux sont petits et son cou courbe. Il est fort stupide et paresseux. Lors d'une inondation aux environs du fleuve Tam-schuann-tuy (en Tannée 1571} il se montra beaucoup de tyn-schu dans la plaine ; ils se nourrissaient des racines de la plante fa-kta, »
L'existence, en CliinG, des os et des défenses du mammouth est suffisammenl confirmée par le récit d'un ancien voyageur russe, Isbrant Ides, qui, en 1692, parcourut l'empire chinois. Dans l'extrait que nous allons rapporter, du récit de ce voyageur, on remarquera le fait, bien surprenant, de la découverte d'une tête et d'un pied de mammouth qui s'étaient conservés dans la glace avec toutes leurs chairs.
< C'est dans les montagnes qui sont au nord-est de cette rivière ( le Kata) qu'on trouve, dit ce voyageur, les dents et les os de mammouth; on en trouve aussi sur les rivages du fleuve Jenizea, des rivières de Trugan, Mungazea, Lena, aux environs de la ville de Jakutskoi, et jusqu'à la mer Glaciale. Toutes ces rivières passent au travers des montagnes dont nous venons de parler et, dans le temps du dégel , elles ont des cours de (places si impétueux, qu'elles arrachent des ftiontagnes, et roulent avec leurs eaux des masses de terre d'une grandeur prodigieuse. L'inondation finie , ces masses de terre restent sur leurs bords, et la sécheresse les faisant fendre, on trouve, au milieu, des dents de mammouth et quelquefois des mammouths tout entiers. Un voyageur qui venait à la Chine avec moi et qui allait tous les ans à la recherche des dents de mammouth , m'assura avoir trouvé une fois , dans une pièce de terre gelée, la tête entière d'un de ces animaux dont la chair était corrompue ; que les dents sortaient du museau comme celles des éléphants, et que ses compagnons et lui eurent beaucoup de peine à les arracher , aussi bien que quelques os de la tète, et entre autres celui du cou, lequel était encore comme teint de sang; qu'enfin, ayant cherché plus avant dans la même pièce de terre, il y trouva un pied gelé d'une grosseur monstrueuse qu'il porta à la ville de Tragan. Ce pied avait , à ce que le voyageur m'a dit, autant de circonférence qu'un gros homme au milieu du corps.
« Les gens du pays ont diverses opinions au sujet de ces animaux. Les idolâtres, comme les Jakutes , les Tunguses et les Ostiakes , disent que les mammouths se tiennent dans des souterrains fort spacieux dont ils ne sortent jamais ; qu'ils peuvent aller çà et là dans ces souterrains , mais que , dès qu'ils ont passé dans un lieu, le dessus de la caverne s'élève et ensuite s'abîme, formant en cet endroit un précipice profond ; ils sont aussi persuadés qu'un mammouth meurt aussitôt qu'il voit la lumière, et soutiennent que c'est ainsi que périssent ceux qu'on trouve
morts sur les rivages des rivières voisines de leurs souterrains, où ces animaux s'avancent inconsidérément.
< Les vieux Russes de Sibérie croient que les mammouths ne sont autre chose que des éléphants, quoique les denh que Von trouve noient un peu plus recourbé* s et plus serrées dans fa mdchoire que celles de ces derniers animaux. Avant le déluge, disent- ils, le pays était fort chaud, et il y avait quantité d'éléphants, lesquels flotlèrent sur les eaux jusqu'à Técoulement et s'enterrèrent ensuite dans le limon. Le climat étant devenu très-froid après cette grande catastrophe, le limcn gela, et avec lui les corps d^éléphants, lesquels se conservent dans la terre sans corruption jusqu'à ce que le dégel les découvre, •
Ce récit pourra sembler suspect à quelques lecteurs. On a quelque peine à croire à cette tête et à cette jambe retirées des glaces avec les chairs et la peau, quand on songe qu'il s'agit d'un animal dont l'espèce a disparu de notre globe depuis plus de dix mille ans. L'assertion d'Isbrant Ides, qui voyageait en 1692, a donc besoin d'être confirmée par des témoignages d'une date plus récente. Ces témoignages ne manquent point.
En 1800, un naturaliste russe, Gabriel Sarytschew, voyageait dans le nord de la Sibérie. Étant iiarvenu non loin de la mer Glaciale, il trouva sur les bords de l'Alasœia, rivière qui se jette dans cette mer, le cadavre entier d*un mammouth, environné de glace. Le corps était dans un état parfait de conservation, car le contact permanent des glaces l'avait préservé de toute putréfaction. On sait ({u'à la tem|)érature de degré et au-dessous, les substances animales ne se putréfient point; si bien que, dans nos ménages, on pourrait conserver indéfiniment la viande des animaux de boucherie, le gibier ou le poisson, en les maintenant sous une couche de glace. C'est ce qui était arrivé pour le mammouth que Gabriel Sarytschew découvrit sur la rive glacée de l'Alasœia, et qui avait été mis à nu par l'action du courant de ce fleuve. Le flot, creusant la berge, avait dégagé de la glace, où il ét«iit emprisonné depuis des milliers d'années, le monstrueux pachyderme, qui se trouvait presque debout sur ses quatre pieds. Le corps, dans un état complet de conservation, renfermait encore ses chairs, ainsi que toute la peau, à laqurlh* de longs poils adhéraient en certaines places.
Le naturaliste russe Adams fit, i»n 1806, une découverte tout
aussi extraordinaire que la précédente. Nous emprunterons le récit de ce fait à Cuvier qui Ta traduit des Mémoires (Commentarii) de V Académie de Pélersbourg,
c En 1799, un pêcheur tongouse remarqua sur les bords de la mer Glaciale, près de Tembouchure de la Lena, au milieu des glaçons, un bloc informe qu'il ne put reconnaître. L'année d'après il aperçut que cette masse était un peu plus dégagée, mais il ne devinait point encore ce que ce pouvait être. Vers la fin de Tété suivant, le ilanc tout entier de ranimai et une de ses défenses étaient distinctement sortis des glaçons. Ce ne fut que la cinquième année que les glaces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer à la cdte sur un banc de sable. Au mois de mars 180<i, le pêcheur enleva les défenses dont il se défit pour une valeur de cinquante roubles. On exécuta, à cette occasion , un dessin grossier de Tanimal.
c Ce ne fut que deux ans après et la septième année delà découverte, que M. Adams, adjoint de l'Académie de Pétersbourg, et professeur k Moscou, qui voyageait avec le comte Golovkin, envoyé par la Russie en ambassade à la Chine , ayant été informé à Jakutsk de cette découverte, se rendit sur les lieux. Il y trouva Tanimal déjà fort mutilé. Les Jakoutes du voisinage en avaient dépecé les chairs pour nourrir leurs chiens. Des bêtes féroces en avaient aussi mangé ; cependant le squelette se trouvait encore entier à Texception d'un pied de devanL L'épine du dos , une omoplate , le bassin et les restes des trois extrémités étaient encore réunis par les ligaments et par une portion de la peau. L'omoplate manquante se retrouva à quelque distance. La tête était couverte d'une peau sèche. Une des oreilles , bien conservée , était garnie d'une touffe de crins : on distinguait encore la prunelle de l'œil. Le cerveau se trouvait dans le crâne , mais desséché ; la lèvre inférieure avait été rongée , et la lèvre supérieure détruite laissait voir les mâchelières. Le cou était garni d'une longue crinière. La peau était couverte de crins noirs et d'un poil ou laine rougeâtre; ce qui en restait était si lourd, que dix personnes eurent beaucoup de peine à la transporter. On retira, selon M. Adams, plus de trente livres de poils et de crins, que les ours blancs avaient enfoncés dans le sol humide, en dévorant les chairs. L'animal était mâle; ses défenses étaient longues de plus de neuf pieds en suivant les courbures, et sa tête, sans les défenses, pesait plus de quatre cents livres.
c M. Adams mit le plus grand soin à recueillir ce qui restait de cet échantillon unique d'une ancienne création; il racheta ensuite les défenses à Jakutsk. L'empereur de Russie, qui a acquis de lui ce précieux monument, moyennant la somme de huit mille roubles, l'a fait déposer à l'Académie de Pétersbourg.
c On a encore connaissance, ajoute Cuvier, d'individus pareils.
« M. Tilesius avait reçu, en 1805, et envoyé à M. Blumenbach, un faisceau de poils arrachés par un nommé Patnpof, d'un cadavre de mammouth, près des bords de la mer Glaciale. »
^'/ass^s^'.Mirijx' 4Xf
Les chiens et autres animaux voraces avaient dévoré les chairs du mammouth trouvé aux bords de la mer Glaciale. Adams transporta ses os à Pétersbourg et en Torma le plus beau squelette d'elephas pnmigmius qui existe aujourd'hui. Ce squelette figure au Musée de Pétersbourg. A côté du squelette de ce mammouth fameux, on a placé celui d*un éléphant actuel des Indes, puis le corps du même éléphant revêtu de sa peau, pour faire apprécier aux visiteurs les rapports de grandeur entre le mammouth et l'éléphant de nos jours. La figure 298 représente la salle du Musée de Pétersbourg qui contient ces trois pièces intéressantes'.
On ne saurait douter, après de tels témoignages, de l'existence dans les glaces du Nord , de restes encore entiers de mammouths. Ces animaux auront péri subitement, et, saisi par la glace, au moment de leur mort, leur cadavre aura été préservé de la putréfaction par la persistance et l'action continue du froid. Si l'on suppose qu'un de ces animaux soit tombé accidentellement dans les crevasses d un glacier, on s'expliquera que son corps, enseveli tout aussitôt sous une glace éternelle, ait pu s'y maintenir intact pendant des milliers d'années.
Dans l'ouvrage de Cuvier, sur les Ossements fossiles^ on trouve une longue et minutieuse énumération des régions diverses de l'Allemagne, de la France, de Tltalie, etc., qui, de nos jours, ont fourni des os ou des défenses de mammouth. Nous nous bornerons à citer comme spécimen deux de ces observations :
c En octobre 1816 , dit Cuvier , il fut trouvé à Canstadt * un dépôt très-remarquable, que le roi Frédéric I"* fit déblayer et recueillir avec le plus grand soin. On assure même que la visite qu^y fit ce prince , si ardent pour tout ce qui avait quelque grandeur, contribua à la maladfe
1. Les curieuK pourront aller voir au Muséum d'histoire naturelle de Paris, un morceau de peau, de la laine 6t quelques poils du mammouUi trouvé par Adams aux bords de la Lena. Ce fragment de peau ressemble à un carré de caoutchouc ou de cuir; les poils et la laine sont ffuves ou noirs, rudes et longs. Les deui bocaux qui renferment ces curieuses reliques se trouvent dans la galerie hauie du bâtiment affecté aux collections de géologie, armoire Vlll, n** 1501 et iWl.
7. C'est la même ville où l'on avait déjà découvert, en 1700, des ossements de mammouth , comme nous l'avons rapporté page 306.
dont i) mourut peu de jours après. Un officier, M. Natter, avait commencé quelques recherches. En vingt-quatre heures on mit à découvert vingt et une dents ou parties de dents et un grand nombre d'os. Le roi ayant ordonné de continuer les fouilles, dès le deuxième jour on trouva un groupe de treize défenses placées les unes près des autres et avec quelques mâchelières, comme si on les y avait entassées exprès. C*est alors que le roi s'y transporta, et ordonna d*enlever le tout avec l'argile qui l'enveloppait, et en conservant à chaque objet sa position. La plus grande des défenses, quoiqu'elle eût perdu sa pointe et sa racine, était encore longue de huit pieds , sur un pied de diamètre. On trouva aussi plusieurs défenses isolées; une quantité de mâchelières depuis deux pouces jusqu'à un pied de longueur; quelques-unes adhéraient encore à des portions de m&choires. Tous ces morceaux étaient mieux conservés que ceux de 1700, ce qu'on attribue à la profondeur de leur gisement, et peut-être à une autre nature du sol. Les défenses étaient en générai fort courbées. Il se trouvait dans le même dépôt, comme en 1700, des os de cheval, de cerf, une quantité de dents de rhinocéros, des dents que Ton jugea d'ours, et un échantillon que l'on crut pouvoir attribuer au tapir. L'endroit où s'est faite cette découverte se nomme Seelberg et est à environ six cents pas de la ville de Canstadt , mais de l'autre côté du Necker.
« Tous les bassins des grandes rivières d'Allemagne ont donné des os d'éléphant comme les endroits que nous venons de nommer ; et d'abord pour continuer le dénombrement de ceux qu'ont fournis les vallées qui aboutissent au Rhin, Canstadt n'est pas le seul lieu de celle du Necker et des vallons qui s'y rendent , où l'on ait fait de pareilles découvertes. »
Cuvier rappelle ensuite les difTérentes parties de l'Allemagne 011 l'on a fait, après cette époque, des découvertes du même genre.
De toutes les parties de TEurope, celles où Ton a rencontré le plus d'ossements d'éléphant fossile, c'est la vallée de TArno supérieur, dans le IMémont. On trouva là un véritable cimetière d'éléphants. Leurs ossements étaient autrefois si communs dans cette vallée, que les paysans les employaient pélc-méle avec les pierres, pour construire les murs et les maisons. Depuis qu'ils en connaissent le prix, ils les mettent en réserve pour les vendre aux voyageurs.
Les ossements et défenses de mantmouth se rencontrent en Amérique, aussi bien que dans notre hémisphère. Cuvier énumère les différentes parties de l'Amérique où les débris du mammouth ont été trouvés seuls, ou mêlés a ceux du mastodonte. Nous ne le suivrons pas dans cet exposé. Nous ajoute-
rons seulement un fait postérieur à ceux qui ont été fournis par Tillustre naturaliste.
Le capitaine russe Kotzebue a trouvé des ossements de mammouth sur la côte nord de l'Amérique. Ces ossements y sont tellement communs, que ses matelots en brûlèrent plusieurs morceaux à leurs feux. M. Adalbert de Chamisso, naturaliste, qui accompagnait Kotzebue, apporta en Europe une défense longue de 4 pieds et large de 5 pouces dans son plus grand diamètre.
Il est assez étrange que les Indes orientales, c'est-à-dire l'un des deux pays qui sont aujourd'hui, avec l'Afrique, les seuls asiles de la race des éléphants, soient la seule contrée du globe où Ton n'ait pas découvert d*ossements fossiles de ces animaux.
Kn résumé, cl d'après la longue énumération qui précède, on voit que, pendant la dernière période géologique dont nous esquissons Thistoire, le gigantesque mammouth habitait toutes les régions du globe terrestre. Or, les contrées qui conviennent à la race actuelle de nos éléphants sont l'Afrique et les Indes, c'est-à-dire des régions au climat brûlant. Il faut conclure de là que la température terrestre était, à l'époque où ces ani* maux ont vécu, singulièrement plus élevée que de nos jours.
L'espèce de rhinocéros qui vivait à l'époque quaternaire était le rhinocéros tichorhinus, ainsi nommé d'après l'existence d'une cloison osseuse qui séparait ses deux narines. (iCtte disposition anatomique prouve que deux cornes surmontaient le nez de cet animal, qui est, comme on le sait, unicorne dans lespèce actuellement vivante.
I^ rhinocéros tichorhinus avait la tête très-allongée. Ses membres étaient si courts que son ventre traînait jusqu'à terre. Son corps était couvert de poils abondants, et sa peau ne formait aucun pli. On en trouve très -communément les i*estes en France, dans le sol de Paris particulièrement, en Angleterre, on Allemagne, en Sibérie. Dans ce dernier pays, on en a même découvert des cadavres tout entiers pris dans la glace avec les poils et la peau.
Nous avons rapporté plus haut, à propos du mammouth, des découvertes semblables de cadavres retrouvés tout entiers au
milieu des glaces avec leurs chairs et leurs téguments. Nous ferons connaître avec les mêmes détails l'étonnante découverte d'un rhinocéros de l'espèce dicorne que le naturaliste Pallas a vu de ses propres yeux, tout fraîchement retiré des glaces. Cette dernière découverte est antérieure à celle du mammouth observé par Adams. C'est, en effet, en 1772 que Pallas fit cette découverte extraordinaire, et c'est seulement, comme on Ta vu, en 1779 que fut vu par Adams le corps du mammouth sur les bords de la Lena.
C'est en décembre 1771 que l'on aperçut pour la première fois le cadavre du rhinocéros enseveli dans les sables glacés sur le bord du Yiloui, rivière qui se jette dans la Lena, au-dessous de Jakoutzk (Sibérie), par 64* de latitude boréale. Nousexlrayons des Voyages de Pallas l'intéressante relation qui va suivre :
• Je crois , dit Pallas, devoir parler d'une découverte intéressante que je dois à M. le chevalier de Bril.
c Des Jakoules , en chassant cet hiver près de Viloui , trouvèrent le corps d'un gros animal inconnu. Le sieur Ivan-Argounof (Oupravitel), ou inspecteur du Zimovié, avait fait passer à Iikoutzk, par la chancellerie d'Iakoutzk, la tète, un pied de devant et un de derrière de cet animal. Le tout était très-bien conservé. Il dit dans son mémoire, daté du 17 janvier 1772, qu'on avait trouvé dans le mois de décembre 1771 cet animal mort, et déjà très-corrompu, à environ quarante verstes audessus du Zémovié de Vilouiskoé, sur le sable du rivage, à une toise de l'eau et à quatre toises d'une autre rive plus élevée et escarpée. Il était enterré à moitié dans le sable. On Ta mesuré sur la place ; il avait trois aunes trois quarts de Russie de longueur, et on a estimé sa hauteur à trois aunes et demie. Le corps de l'animal, encore dans toute sa grosseur, était revélu de sa peau, qui ressemble à un cuir; mais il était si corrompu qu'on n'a pu enlever que les pieds et la tête ; on en a envoyé deux à Irkoutzk, et un troisième à la chancellerie d'Iakoutzk. Je vis à Irkoutzk la tête et les pieds; ils me parurent appartenir, au premier coup d'œil , à un rhinocéros qui était dans toute sa force. La tète surtout était fort reconnaissable , puisqu'elle était recouverte de son cuir. La peau avait conservé toute son organisation extérieure, et on y apercevait plusieurs poils courts. Les paupières mômes ne paraissaient pas entièrement tombées en corruption. J'aperçus une matière dans la fossette du crâne , et çà et là sous la peau, qui était le résidu des parties charnues putréfiées. Je remarquai aux pieds des restes très-sensibles des tendons et des cartilages, où il ne manquait que la peau. La tête était dégarnie de sa corne , et les pieds de leurs sabots. La place de la corne, le rebord de la peau qui se forme alentour d'elle, et la séparalion qui existe dans les pieds de devant et de derrière, sont des preuves
ÉPOQUE QUATEIINAIRE. 317
certaines que cet animal était un rhinocéros. J'ai rendu compte de cette singulière découverte dans une dissertation insérée dans les Mémoires de l Académie de Pétenbourg '. J*y renvoie mes lecteurs, pour ne pas me répéter. Ils y verront les raisons qui prouvent qu^un rhinocéros a pu pénétrer près de la Lena, dans les contrées les plus septentrionales, et qui ont fait trouver en Sibérie tant de débris d'animaux étrangers. Je rapporterai seulement ici les observations que je dois à M. Argounof^ parce qu'elles feront connaître la contrée où Ton a trouvé ces débris curieux, et la cause de leur longue conservation.
c Le pays arrosé par le Viloui est montagneux , toutes les couches de ces montagnes sont horizontales. Elles renferment des schistes séléniteux et calcaire , et des lits d'argile mêlés d'un grand nombre de pyrites. On rencontre sur les rives du Viloui, du charbon de terre brisé; il en existe probablement une mine plus haut, près de ce fleuve. Le ruisseau de Kemtendol , qui avoisine une montagne entière de sélénite et de sel gemme, et celle-<;i une montagne d'albâtre, est à plus de trois cents verstes, en remontant le Viloui , du lieu où l'on a trouvé ce rhinocéros. On voit près du fleuve un monticule en face de cette place. £lle a quinze toises d'élévation, et, quoique sablonneuse, elle présente des couches de pierre meulière. Le corps du rhinocéros a dû être enterré dans un gros sable graveleux, près de cette colline; la nature du sol , qui est toujours gelé , a ;dû l'y conserver. La terre ne dégèle jamais à une grande profondeur près du Viloui. Les rayons du soleil amollissent le sol à deux aunes de profondeur dans les places sablonneuses élevées. Les vallons, où le sol est moitié sable et moitié argile, sont encora gelés à la fin de l'été, à une demi-aune de leur surface. Sans cela, la peau de cet animal et plusieurs de ses parties n'auraient pas pu se conserver aussi longtemps. Cet animal n'a pu être transporté des pays méridionaux dans les contrées glaciales du nord qu'à l'époque du déluge. Les chroniques les plus anciennes ne parlent d'aucuns changements plus récents dans le globe, auxquels on puisse attribuer la cause de ces débris de rhinocéros, et des os d'éléphant dispersés dans toute la Sibérie *. i
Parmi les carnivores antédiluviens, I un des plus redoutables était certainement Tur^i^ sptlxus. Cette espèce était d'un cinquième, ou même d*un quart, plus grande que celle de nos ours bruns. Elle était aussi plus trapue. On en possède beaucoup de squelettes longs de 3 mètres et hauts de 2 mètres. L'ur^us spelœus abondait en France, en Belgique, en Allemagne, etc. Il y était si répandu que les dents d ours antédiluviens ont fait
I Commentarii Àcad. Pétera. , tome XVII (1713). 7. Voyage de Pallatj tome IV, p. 130-134.
3ih
longlemps partie, comme nous l'avons dit plus haul, de la matière médicale, sous le nom de licome fussUe.
U figure 299 représente la télé de l'urius spelxus.
Flg. M». Umu ipciBiu.
En même temps que Vursus spelxus, vivait en liurope un carnassier gigantesque, le feliis spelxa. De plus grande taille qu'aucun des animaux actuels appiirtenant au même genre, il réunissait les caractères du lion et ceux du tigre. Ses restes, qu'on rencontre en grande abondance, assignent k l'animal vivant une longueur de ik pieds et une taille qui dépasse celle des plus grands de nos taureaux.
Les hyènes aujourd'hui vivantes appartiennent h deux et-
Vill- 9M. Ilyena ip«lei.
pèces : l'hyérus rayre et Vhyéite Utcltêtée. fîette dernière présente une si grande conformité de structure avec l'hyène de
Tépoquè qualernaire, que Cuvier a cru pouvoir désigner cette dernière sous le nom d'hyène taclwiée fossile. Elle est seulement un peu plus grande que celle qui vit de nos jours.
La figure 300 représente la tête de Yhyama spelxa.
Le cheval est certainement contemporain du mammouth. On trouve ses débris fossiles dans les mêmes terrains que ceux du rhinocéros et du mammouth. 11 ne se distingue que par sa taille, qui était plus petite, de nos chevaux actuels. Les débris du cheval fossile sont excessivement abondants, non-seulement en Europe, mais encore en Amérique. Le cheval sauvage a donc existé dans le nouveau monde. On sait pourtant qu'à l'arrivée des Espagnols, les chevaux étaient inconnus en Amérique. Cette espèce s*y était éteuite, et sa disparition ne saurait, en aucune manière, être attribuée à l'action de l'homme.
liCs bœufs de Tépoque quaternaire étaient sinon identiques, au moins très-voisins de nos espèces actuellement vivantes : c*étaient les hos prisais^ primigenius et Pallasii. Le premier, à jambes grêles, à front bombé plus large que haut, différait peu de Yauroch ou bisotiy dont il se distinguait pourtant par une taille plus élevée et par des cornes plus grandes. On trouve les débris du bas prisms en France, en Italie, en Allemagne, en Russie, en Amérique.
Le bas primigenius serait, selon Cuvier, la souche de nos bœufs domestiques.
Le bos Pallasii, trouvé en Sibérie et en Amérique, ressemble beaucoup au buffle musqué du Canada.
Dans les mêmes lieux où se trouvent les os des bœufs fossiles, on a trouvé les restes de diverses espèces de cerfs. La question paléontologique des cerfs est fort obscure ; il est souvent difficile de déterminer si les restes d'un cerf appartiennent à une espèce éteinte ou actuelle. Ce doute ne peut exister toutefois pour le cerf à bois gigantesque (cervus niegaceros)^ un des plus magnifiques animaux antédiluviens.
Les débris du cervus megaceros (fig. 301) se trouvent fréquemment en Irlande, dans les environs de Dublin, plus rarement en France, en Allemagne, en Pologne, en Italie. Intermédiaire entre le cerf et l'élan, le cervus megaceros tenait de l'élan par ses proportions générales et par la forme de son
crAne, mais se rapprochait du cerf par sa taille etla<Iisposition de ses bois.
Si les magniliquos bois qui décoraient sa léte donnaient à cet animal un aspect imposant, ils devaient aussi le gêner beaucoup dans sa marche et son séjour à travei-s les épaisses forêts de l'ancien monde. La longueur de ces bois est d'au moins
Fie- loi.
3 mètres; ils sont tellement divergents que, mesurés d'une extrémité à l'autre, ils laissent un écartement de 3 à 4 mètres. Les squelettes du cemus ineyaceros se trouvent en Irlande, dans les dépAls et lufs calcaii-es qui s'étendent sous les immenses tourbières ou dans la tourbe même, près de Ourragli.
ÉPOQUE QUATERNAIRE. 3ÏI
Ils se présentent en monceaux accumulés dans un petit espace, presque tous dans la même attitude, la télé haute, le cou tendu, les bois renversés cl rnhallus sur le dos, comme si l'animal, subitement enfoui dans un terrain marécageux, se fût efTorcé jusqu'au moment de sa mort d<: reclierclier l'air respirable.
Telles sont les espèces de grands mammifères les plua communes et les plus caractéristiques de l'époque quaternaire , que nous avions à signaler au lecteur. Nous mentionnerons encore, parmi les oiseaux, le gigantesque dinoinis de la Nouvelle- Zélande. Si on en Juge par le tibia, qui a 3 pieds de long, et par les coquilles de ses œufs, qui sont beaucoup plus grands
Ht- Ml. DÎBorpii.
que ceux de l'aulruclie, sa taille devait être extraordinaire pour lin oiseau.
La Ogure 302 représente le dinonUt resiauié.
322 LA TEllRK AVANT LE DÉLUGE.
Quant à Vepiornis, on n'a trouvé à Télat fossile, (|ue son œuf.
Nous avons essayé de représenter, dans la figure 303, l'aspect de la terre pendant l'époque que nous venons de décrire. L'ours est placé à l'entrée de sa caverne, pour rappeler à la fois et son genre de vie et l'origine do son nom paléontologii|uc {ursus spelicus, ours des cavernes]; il achève de ronger les os dénudés d'un éléphant. Au-dessus de la caverne, l'hyène {hyxna spelxa) guette, d'un œil farouche, le moment de disputer ces restes à son redoutable rival. Des cerfs aiuv grands boiSy mêlés k d'autres animaux de cette époque, courent dans le vallon, que remplissent des arbres et arbustes, formant une végétation identique à celle de nos jours. Des montagnes, récemment soulevées, se voient à l'horizon; elles sont recouvertes d'un manteau de neige glacée, pour rappeler l'arrivée prochaine de cette pciiode glaciaire , qui va bientôt se manifester, et qui , en refroidissant d'une manière inopinée une partie de la terre, doit provoquer le rapide anéantissement des mammouths et des rhinocéros, et effacer leur race de la surface du globe.
Tous les ossements fossiles appartenant aux grands mammifères que nous venons de décrire, se rencontrent dans les terrains de l'époque quaternaire ; mais les plus abondants de tous sont ceux de l'éléphant et du cheval. L'extrême profusion d'os de mammouth enfouis dans les couches supérieures de notre globe n'est surpassée que par la prodigieuse quantité d'ossements de cheval que recèlent les mêmes couches. La singulière abondance des restes de ces deux animaux prouve que, pendant l'époque quaternaire, la terre donnait asile à d'immenses troupeaux d'éléphants et de chevaux. 11 est probable que, d'un pâle à l'autre, de l'équateur aux deux extrémités de Taxe du globe, la terre formait une sorte de prairie sans limites, et qu^un immense tapis de verdure recouvrait partout sa surface. Des pâturages aussi abondants étaient nécessaires pour suffire à 1 entretien de cette prodigieuse quantité d'herbivores de grande taille, et à leur incessante reproduction. L'esprit peut à peine se représenter ces plaines immenses et verdoyantes du monde primitif, animées par la présence du nombre infini de leurs habitants. Par une température brûlante, des pachydermes aux formes monstrueuses, mais aux allures paisibles, se pro-
menaient dans ces hautes herbes, composées de graminées de toutes sortes; des cerfs de la plus grande taille, la léte ornée de bois gigantescjues, escortaient la lourde phalange des mammouths, tandis que des chevaux, aux formes petites et ramassées, galopaient ou gambadaient dans ces magnifiques horizons de verdure, dont nul œil humain ne contemplait encore Tagreste sérénité.
Cependant, tout n'était pas joie et tranquillité dans ces tableaux champêtres de l'ancien monde : de voraces et redoutables carnassiers faisaient une guerre acharnée à ces troupeaux inoflensifs. Le tigre et le lion, Thyène féroce, Tours et le chacal y choisissaient leur facile proie.
LES DELUGES D'EUROPE.
Les terrains tertiaires, en plusieurs parties, plus ou mpins étendues, de l'Europe, sont recouverts d'une couche de débris hétérogènes qui remplit les vallées. Cette couche est composée d'éléments très-divers, mais provenant toujours de fragments détachés des roches et terrains environnants. Les érosions qui se remarquent au bas des collines , et qui ont agrandi les vallées déjà existantes, la masse de remblais accumulés en un même point, et qui sont formés de matériaux roulés^ c'est-à-dire usés par la continuité du frottement pendant un long transport, tout indique que ces dénudations du sol, ces déplacements des corps les plus lourds à de grandes distances sont dus à l'action violente et subite d'un large courant d*eau. Un flot immense a été lancé soudainement à l'intérieur des terres; il a tout ravagé sur son passage; il a raviné profondément le sol, entraînant et poussant devant lui les débris de toutes sortes qu'il emportait dans sa course désordonnée. On donne le nom scientifique de diluvium au terrain remué et bouleversé qui, par son hétérogénéité, accuse à nos yeux le rapide passage de Timpétueux courant des eaux, et l'on désigne par le nom vulgaire de déluge^ le phénomène en lui-même.
A quelle cause est dû ce subit et temporaire envahissement des continents par un courant d'eau rapide mais passager ? Au soulèvement d'une vaste étendue de terrain, à la formation d'une montagne dans le voisinage ou dans le bassin même des mers. Le terrain, subitement élevé par un mouvement de bas en haut de l'écorce terrestre, a, par contre-coup, violemment agité les eaux, c'est-à-dire les parties mobiles de notre globe. Par cette brusque impulsion, ces eaux ont été lancées dans l'intérieur des terres; elles ont produit dans les plaines de terribles inondations; elles ont, pour un moment, couvert le sol
de leurs ondes furieuses, mêlées aux débris des terrains dévastés par leur envahissement subit. Ce phénomène, toutefois, n'a pas été de longue durée : il a cessé avec la cause qui l'avait produit, lia été brusque, mais court, comme le phénomène volcanique, comme le soulèvement de la montagne ou de la chaîne de montagnes qui l'avait provoqué. Les eaux projetées sur les continents n'ont pas tardé à y être absorbées, et par disparaître, laissant par les dénudations du sol, par lerosicn des vallées, par les déplacements des blocs minéraux de leur situation normale, le témoignage, aujourd*hui parraitement reconnaissable, de ce grand phénomène.
Il y a eu, sans doute, pendant les époques antérieures à Tépoque quaternaire, des déluges tels que nous venons de les décrire. Les montagnes et chaînes de montagnes qui se sont soulevées par suite de fractures de la croûte solide du globe, eflet de son refroidissement et de l'action incessante des feux souterrains, ont dû provoquer de semblables irruptions momentanées des eaux ; mais les témoignages visibles de ce phénomène, les preuves de cette dénudation, de ce ravinement du sol, les paudingues ou conglomérats^ ne sont nulle part aussi accusés que dans les couches superposées, de loin en loin, aux terrains tertiaires, et qui portent le nom géologique de c/i7uvium. Le phénomène des déluges, tel que nous l'avons considéré, peut donc être regardé comme spécialement propre a l'époque quaternaire.
Gomme nous le disions au début de ce chapitre, deux déluges fort distincts se sont succédé dans notre hémisphère pendant l'époque quaternaire. On peut distinguer les deux déluges de r Europe et celui de VAsie. Les deux déluges européens sont antérieiu's à l'apparition de l'homme ; le déluge asiatique a été postérieur à l'homme, et la race humaine, alors aux premiers temps de son existence, a eu certainement à souffrir de ce cataclysme.
Nous n'avons à parler, dans ce chapitre, que des deux déluges européens.
I. On nomme ainsi les fragments de roches ou cailloux arrondis et usés par l'action des eaux et réunis par un ciment minéral.
Le premier a sévi dans le nord de TEurope. 11 ftit provoqué par le soulèvement des montagnes de la Norvège. Parlant de la Scandinavie, le flot s'étendit et porta ses ravages dans les régions qui forment aujourd'hui la Suède et la Norvège, la Russie d'Europe et le nord de l'Allemagne. Le déluge Scandinave a couvert d'un manteau de terrain meuble toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale.
Gomme les régions au milieu desquelles s'opéra le soulèvement montagneux , comme les mers qui environnaient ces grands espaces, étaient en partie gelées et couvertes de glaces, vu leur élévation et leur voisinage du pôle, le flot liquide qui traversa subitement ces contrées entraînait dans ses. ondes une masse énorme de glaçons. Le choc de ces blocs solides d'eau congelée dut contribuer à accroître l'étendue et l'intensité des ravages occasionnés par ce violent cataclysme, que nous représentons dans la planche 304.
Les preuves physiques de ce déluge du nord de l'Europe résultent pour nous de l'immense manteau de terrain meuble qui couvre aujourd'hui toutes les plaines et toutes les dépressions de l'Europe septentrionale. On a trouvé sur ce dépôt et dans son intérieur, une foule de blocs, que l'on désigne sous le nom caractéristique et significatif de blocs erratiques ^ et qui sont souvent d'un volume considérable. Tel est, par exemple, le bloc de granit que l'on a trouvé en Russie et qui a servi à tailler le piédestal de la statue de Pierre le Grand à Pétersbourg. Uans l'intérieur de la Russie, dont le sol est formé par le terrain de transition (terrain permien)*, la présence de ce bloc de granit ne peut s'expliquer que par son transport mécanique sur les glaces, entraînées elles-mêmes par un courant diluvien. Tel est encore un autre bloc de granit du poids de 300 000 kilogrammes, qui fut trouvé sur le sable, dans les plaines septentrionales de la Prusse, et dont on a fait une immense coupe pour le Musée de Berlin.
Ces blocs erratiques qu'on rencontre dans les plaines de la Russie, de la Pologne, de la Prusse, et même de certaines parties orientales de l'Angleterre, sont composés, comme on vient