VI PRÉFACE
Voilà une objection qui se présente naturellement à la pensée de chacun. Et voici notre réponse :
La faculté de l'imagination qui permet d'idéaliser et d'abstraire^ qui fait les poètes, les inventeurs et les artistes, est inhérente à notre ûme et ne périt qu'avec elle : c'est une partie intégrante de l'intelligence. Tout ce qui concourt h fortifier, à enrichir l'intelligence, à agrandir la sphère de son activité, tourne donc, ou doit tourner plus tard, au profit de l'imagina* tion elle-même, qui n'est qu'une partie de ce tout. C'est pour cela qu'il faut de bonne heure remplir notre intelligence de notions exactes et rigoureuses, la nourrir de vérités incontestables, la préserver de toute stérile fiction, afin que sainement et fortement constituée, elle puisse exercer dans toute sa liberté, à l'abri de toute entrave et de tout écart funeste, cette admirable faculté de l'imagination, mère de la poésie et des arts. Commencez par faire de solides esprits dès l'enfance, et vous ne manquerez jamais ni de poètes ni d'artistes.
Ces notions rigoureuses, ces vérités incontestables, dont il importe de nourrir l'enfance et la jeunesse, sont-elles d'ailleurs difficiles h trouver? Faut-il, pour y atteindre, imposer à l'enfant une grande fatigue? Il faut le prendre parla main, le mener dans la campagne et lui dire d'ouvrir les yeux. L'oiseau des bois, la fleur des champs, l'iierbe de la prairie, le rossignol qui <:hante sur les derniers lilas, le papillon qui trace dans l'air son sillon de rubis et d'émeraudes, l'insecte qui tisse silencieusement, sous une feuille dessécliée, son linceul temporaire; la rosée du matin, la pluie féconde, la brise attiédie qui caresse la vallée : voilà le théâtre varié de ses naïfs travaux , voilà son plan d'études.
Le sentiment d'une insatiable curiosité possède l'âme aux premiers temps de la vie : le besoin, le désir de savoir s'éveille avec la raison. Ce désir, naturel à tous les âges, est bien plus vif