‹ La terre avant le déluge (volume 5)Chapitre 4 sur 42 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

invaincus des romans de cape et d*épéo, types issus en droite ligne des contes de I*crrault .

Ainsi le merveilleux qui s'est emparé d'une âme, à Theure, trop accessible, de son éveil, ne lâchera plus sa proie. Gomment dès lors être surpris des vacillations de l'esprit public? Comment s'étonner de l'invasion alternative d'un fanatisme ignorant ou d'un socialisme menaçant? Ou bien encore de ces épidémies qui, sous le nom de magnétisme animal, de tabl s tournantes et ô!espritSy viennent nous ramener périodiquement aux superstitions et aux pratiques du moyen Âge 1

Ainsi la proposition que nous voulons défendre était moins paradoxale qu'elle ne le paraissait d'abord. Les contes et les légendes que l'on donne en pâture à l'enfance sont dangereux, parce qu'ils entretiennent et sui^excitent cette inclination au merveilleux qui n'est que trop naturelle h l'esprit humain. Les premiers livres accordés à l'enfance ne devraient tendre qu'à fortifier, qu*à consolider sa jeune raison.

Mais, nous dira-t-on, vous voulez donc châtrer l'âme humaine, en la réduisant à la seule faculté de la raison, en rejetant de sa sphère l'imagination et l'idéal 1 Vous supprimez ainsi toute poésie et même toute littérature, car l'une et l'autre n'ont d'autre fondement que le inerveilleux, ou, pour mieux dire, elles sont le merveilleux même. Une génération qui aurait été élevée dans de tels principes raisonnerait juste, sans doule, et son esprit serait bien meublé; mais elle serait dépourvue de tout idéal, destituée d'imagination , d'inspiration et de sentiment : ce serait une collection de nuichines à calculer. Or l'homme doit entretenir dans son âme le sentiment à l'égal de la raison. Il est bon qu'il apprenne à se rendre compte des phénomènes matériels qui l'entourent et le pressent, mais il doit apprendre encore à aimer et à sentir. S'il doit cultiver son esprit, ne doit-il pas aussi former son cœur?

Page 1