VIS EU
D: ©». Naïionc
Je vais soutenir une thèse étrange
Je vais prétendre que le premier livre à Fete entre les mains de l’enfance, doit se rapporter à l’histoire naturelle; et qu'au lieu d'appeler l’altention admirative des jeunes intellisences sur les fables de la Fontaine, les aventures du Chat botté, l’histoire de Peau d’âne, ou les douze travaux d’Hercule, il faut la diriger sur les spectacles naïfs et simples de la nature : la structure d’un arbre, la composition d’une fleur, les organes des animaux, la perfection des formes cristallines d’un minéral, l’arrangement intérieur des couches composant la terre que nous foulons sous nos pieds.
Bien des lecteurs vont se récrier à une proposition pareille. N’est-il pas évident, en effet, que les contes de fées, les fables, les légendes et la mythologie, ont toujours été le premier aliment intellectuel offert à l’enfance, le moyen naturel de l’amuser et de la distraire ?
Et, ajoutera-t-on, la société ne s’en porte pas plus mal!
C'est ici que je vous arrête.
Je pense, tout au contraire, que le mal de notre société peut, en partie, être attribué à cette cause. C’est parce qu'on l'a nourrie du dangereux aliment du mensonge, que la génération actuelle renferme tant d’esprits faux, faibles ou irrésolus. Notre intelligence est à peine formée qu'on s’empresse de la dénaturer et de l’abâtardir, en la traînant, dès ses premiers
pas, dans les sentiers de la folie, de l'impossible et de labsurde. On écrase, pour ainsi dire, le bon sens dans son œuf, en concentrant les idées de lenfance sur des conceptions mensongères et contraires à la raison; en la faisant vivre dans ce monde fantastique où s’agitent pêle-mêle les dieux, demi-dieux et quarts de dieux, ou héros du paganisme, mêlés aux fées, lutins, sylphes, follets, esprits bons et mauvais, enchanteurs, magiciens, diables, diablotins et démons, sans se douter des dangers que présente pour une raison naissante la continuelle évocation de tant d'idées subversives du sens commun. À une époque où l'intelligence est comme une cire molle, qui prend et conserve les plus faibles impressions; lorsque, vierge encore de toute connaissance, elle est avide d'en acquérir, on la fausse, on la brise, comme à plaisir, et l’on s'étonne que cette intelligence, que cette cire molle et docile, conserve plus tard la marque indélébile des absurdités” que l’on y a gravées.
Supposez qu'il se trouvât un peuple assez sage pour ne chercher que dans la contemplation raisonnée de la nature le moyen de distraire et d’intéresser l’enfance. Une génération qui aurait été ainsi dirigée de bonne heure vers l’examen de la création, qui aurait formé son jugement sur la vérité nue, sa raison sur la logique infaillible de la nature, qui aurait appris à comprendre et à bénir le Créateur dans ses œuvres, n’assurerait-elle point à l'État des citoyens honnétes, d’un esprit droit, ferme et éclairé, pénétrés de leurs devoirs envers Dieu, leurs parents et la patrie?
Vivrais-je cent ans, je n’oublierai jamais l’affreuse confusion que laissa dans ma jeune tête la lecture de mon premier livre. C'était l’Abrégé de la Mythologie, et jy trouvai les choses que vous savez : Le nommé Deucalion qui crée le genre humain en jetant des pierres par-dessus son épaule; et de ces pierres il naît des hommes; — Jupiter qui se fait fendre le crâne, pour en extraire Minerve, avec lous ses accessoires; — Vénus qui naît un beau malin de l’écume de la mer; — le vieux Saturne qui à la mauvaise habitude de dévorer ses en-
fants, et comment on {rompa un jour la voracité paternelle en substituant une pierre au dernier-né ; — et cet Olympe si mêlé, où dieux et déesses commettaient chaque jour tant de vilaines actions. Un cerveau de quatre ans est-il capable de résister à un tel renversement des plus simples notions du bon sens, et n’est il pas déplorable d’inaugurer l'intelligence par les exemples de la folie ?
Aux fantaisies vagabondes des légendes du paganisme viennent s'ajouter le merveilleux et le fantastique des contes de Perrault, et tutti quanti. L'enfant apprend à lire dans un conte de fées, qui est, pour ainsi dire, le hochet de son intelligence à peine éclose. La bonne et la mauvaise fée, Urgèle et Carabosse, le magicien Rothomago et l’enchanteur Merlin, les palais dormants, les boties de sept lieues, les hommes changés en souris, les souris changées en princes, les vieilles mendiantes qui, d’un coup de baguette, deviennent de jeunes princesses toutes ruisselantes de pierreries : voilà sur quelles belles pensées on exerce une imagination à son aurore. Sans compter les ombres chinoises, les escamotages et tours de gobelets, qui, chez Séraphin et Robert Houdin, épaississent encore autour d’un jeune cerveau cette atmosphère abrutissante. Au milieu de ce débordement de folies, comment un enfant pourrait-il sauvegarder la raison que la Providence lui a départie ? Hélas! il ne la sauve jamais tout entière : il y laisse une partie de son bon sens primitif, car amour du merveilleux, qui malheureusement est inhérent à l'humanité, ainsi excité dès l'enfance, ne le quittera plus.
Déjà éveillé dès le berceau par les paroles et les chansons de la nourrice, qui lui faisait peur de Croquemitaine et du Loupgarou, qui ne savait le distraire qu'au spectacle des marionnettes, avec leur escorte obligée de diables et de démons; entretenu par la lecture des contes de fées et autres histoires imaginaires, ou par l’interminable mythologie, l’amour du merveilleux, c’est-à-dire de tout ce qui est contraire à la raison, trouve de nouveaux aliments dans la jeunesse. Le jeune homme ne trouve au théâtre que l’allégorie, la
mn PRÉFACE
féerie, la diablerie et la fantasmagorie. On sert le diable à toute sauce. Robert le Diable, le Diable à quatre, le Diable bo teux, le Diable à Paris, le Diable à Séville, le Diable amoureux, les Diables noirs, les Diables roses, le Diable d'argent, le Diable à l’école, le Diable au moulin, les Cinq cents Diables, les Pilules du Diable, les Bibelots du Diable, la Part du Diable, le Fils du Diable, la Fille du Diable, le Démon de la nuit, le Démon du foyer, le Démon familier; j'en passe et des meilleurs. Le Pied de Mouton, Rothomago, la Poule aux œufs d'or, la Biche au Bois, Giselle, les Filles de l'Air, le Fils de la Nuit, Robin des Bois ou les Trois balles enchantées, le Fil de la Vierge, la Lampe merveilleuse, le Vampire, le Vaisseau fantôme, l'Ange de minuit, Zémire et Azor ou la Belle et la Bête, la Chatte merveilleuse, autrement dit le Chat botté, et le cortége uniforme des revuesféeries de chaque année, entretiennent soigneusement chez le jeune homme le culte, on dirait presque la religion, des magiciens et des fées. Dans le roman il voit revivre les personnages qui ont occupé son enfance : Barbe-Bleue, l’Ogre, le marquis de Carabas, il les retrouve dans Monte-Cristo, d'Artagnan et tous les héros invaincus des romans de cape et d'épée, types issus en droite ligne des contes de Perrault.
Ainsi, le merveilleux qui s’est emparé d’une âme à son éveil, ne lâchera plus sa proie. Comment dès lors être surpris des vacillations de l'esprit public? Comment s'étonner de l'invasion alternative d’un fanatisme ignorant ou d’un socialisme plein de menaces? ou bien encore de ces épidémies qui, sous le nom de magnétisme animal, de tables tournantes et d’esprits, viennent nous ramener périodiquement aux superstitions et aux pratiques du Moyen âge ?
La proposition que nous voulons défendre est donc moins paradoxale qu'elle ne le paraissait d’abord. Les contes et les légendes que l’on donne en pâture à l’enfance sont dangereux, parce qu'ils entretiennent et surexcitent cette inclination au merveilleux qui n’est déjà que trop naturelle à l’esprit humain. Les premiers livres donnés à l’enfance ne devraient tendre qu'à fortifier, qu’à consolider sa jeune raison.
Mais, nous dira-t-on, vous voulez donc mutiler l'âme humaine, en la réduisant à la seule faculté de la raison, en rejetant de sa sphère l'imagination et l'idéal? Vous supprimez ainsi toute poésie et même toute littérature, car la littérature et la poésie n'ont d'autre fondement que le merveilleux, ou, pour mieux dire, elles sont le merveilleux même. Une génération qui aurait été élevée dans de tels principes, raisonnerait juste et aurait l'esprit bien meublé, mais elle serait dépourvue de tout idéal, destituée d'imagination, d'inspiration el de sentiment : ce serait une collection de machines à calculer. Or l’homme doit entretenir dans son âme le sentiment à l'ègal de la raison. Il est bon, sans doute, qu'il apprenne à se rendre compte des phénomènes matériels qui l'entourent, mais il doit encore aimer et sentir. S'il doit cultiver son espril, ne doit-il pas aussi former son cœur ?
Voilà une objection qui se présente naturellement à la pensée de chacun. Et voici notre réponse.
La faculté de l'imagination, qui permet d’idéaliser et d’abstraire, qui fait les poëtes, les inventeurs et les artistes, est inhérente à notre âme et ne périt qu'avec elle : c’est une partie intégrante de l'intelligence. Tout ce qui concourt à fortifier, à enrichir l'intelligence, à agrandir la sphère de son activité, tourne donc, ou doit tourner plus tard, au profit de l’imagination elle-même, qui n’est qu'une partie de ce tout. C’est pour cela qu'il faut de bonne heure remplir notre intelligence de notions exactes et rigoureuses, la nourrir de vérités incontestables, la préserver de toute fiction stérile, afin que, sainement et fortement constituée, elle puisse exercer dans toute sa liberté, à l’abri de toute entrave et de tout écart funeste, cette admirable faculté de l'imagination, mère de la poésie et des arts. Commencez par faire de solides esprits dès l’enfance, et vous ne manquerez jamais ni de poëtes ni d’artistes.
Ces notions rigoureuses, ces vérités incontestables, dont il importe de nourrir l'enfance et la jeunesse, sont-elles, d’ailleurs, difficiles à trouver? Faut-il, pour les lui présenter, im-
poser à l'enfant une grande fatigue? Il suffit dele prendre par la main, de le mener dans la campagne et de lui dire d'ouvrir les yeux. L'oiseau des bois, la fleur des champs, l'herbe de la prairie, le rossignol qui chante dans le bocage, le papillon qui trace dans l’air son sillon de rubis et d’émeraudes, l'insecte qui tisse silencieusement, sous une feuille desséchée, son linceul temporaire, la rosée du matin, la pluie féconde, la brise attiédie qui caresse la vallée : voilà le théâtre varié de ses naïfs travaux, voilà son plan d'études.
Le sentiment d’une insatiable curiosité possède l’âme aux premiers temps de la vie: le besoin, le désir de savoir s’éveille avec la raison. Ce désir, naturel à tous les âges, est bien plus vif pendant la jeunesse. Vide alors de loutes connaissances, notre esprit est impatient d’en acquérir, et il se jette avec ardeur sur toutes les nouveautés qu’on lui présente. Il y aurait évidemment grand avantage à profiter de cette disposition pour infuser dans un jeune esprit des vérités utiles. Or l’étude de la nature répond parfaitement à cet objet. C’est un travail qui n'occasionne aucune fatigue, qui s'accompagne, au contraire, d’un véritable attrait, et qui est à la portée de tous, puisqu'il n’est point empêché par la différence des langues ni des nationalités.
En s’habituant à regarder, en cherchant à comprendre les spectacles grands et petits de la création, en lisant dans ce livre admirable de la nature, ouvert à tous les yeux et pourtant si peu lu, l’enfant ornera son esprit de connaissances usuelles et pratiques; il apprendra à admirer dans ses merveilles, dans l'infiniment grand comme dans l’infiniment petit, le divin Auteur de toutes choses ; il meltra son âme en état de recevoir avec efficacité la fructueuse semence de la religion, de la science, de la philosophie et de la morale. Et, dernier avantage qui, pour être négatif, n’en à pas moins de prix à nos yeux, il écartera de son espritle poison, c'est-à-dire les féeries, la mythologie, les légendes, et tout l’attirail suspect du merveilleux enfantin, qu'il vienne de Perrault et consorts, ou qu’il soit l'héritage du paganisme de l’antiquité.
Fortement pénétré des immenses avantages que présente dans le jeune âge l'étude ou le simple examen de la nature, nous avons composé, pour l'instruction et la distraction de la jeunesse, un ensemble d'ouvrages didactiques sur l’histoire naturelle.
Nous donnons le litre général de Tableau de la nature à cet ensemble d'ouvrages sur les différentes parties des sciences naturelles.
Nous consacrons deux volumes à la description de la terre. Dans le premier, la Terre avant le déluge, nous faisons connaitre les états successifs par lesquels a passé notre globe pour arriver à sa forme, à son état actuel, et nous décrivons les différentes générations d'animaux et de plantes qui ont précédé la création contemporaine.
Le second volume a pour titre la Terre et les mers, ow Description physique du globe. La forme générale et les dimensions de la terre, sa situalion dans l’espace ; la hauteur des principales montagnes et leur distribution sur le globe; la température et les climats terrestres; les volcans les plus remarquables et les tremblements de terre; les glaciers et les régions des neiges éternelles ; les grands cours d’eau, tels que les fleuves et les rivières ; les lacs les plus importants ; enfin les mers, leur configuralion, leur profondeur, leur température, leurs courants et leurs marées ; les mers polaires, avec leurs déserts de glace, séjour du silence ct de la mort : tels sont les principaux sujets trailés successivement dans ce volume, et discutés, en s’entourant de tous les témoignages que fournissent la géographie, la physique du globe, l’histoire et la tradition.
Après avoir considéré, dans ces deux volumes, la terre, pour ainsi dire nue, nous étudions, dans le volume suivant, l'épanouissement, à sa surface, de la vie végétale. L'Histoire des plantes, accompagnée de figures dessinées d’après nature, traite successivement de l’organographie et de la physiologie des plantes, — de la classification des plantes, — des familles naturelles, — de la géographie botanique, ou de la distribution
des végétaux sur le globe. Ce cadre embrasse lout le cercle d’études qui composent la science des végétaux.
Les quatre volumes suivants composent une zoologie anecdotique, où sont décrits les mœurs, les instincts et les habiludes des animaux. Ces volumes ont pour titres : les Zoophytes et les Mollusques, --- les Insectes, — les Porssons, les Reptiles et les Oiseaux, — les Mammifères.
Cette collection se termine par deux volumes consacrés à l’étude de l’homme.
Dans l'Homme primitif, nous étudions la première origine de l'humanité, et nous décrivons les mœurs, coutumes, usages, etc., de l’homme, aux premiers temps de son apparition sur le globe. Pour bien préciser les faits, nous retracons, au moyen de nombreux dessins intercalés dans le texte, presque tous les instruments, outils, armes, vêtements, etc., qui ont été reconnus propres à l’homme pendant cette période si reculée. Nous donnons également des spécimens du type de l’homme pendant les diverses époques que les naturalistes désignent sous le nom d'époque de la pierre, époque du bronze et époque du fer.
Le dernier volume à pour titre les Races humaines, et est consacré à la description de tous les types de notre espèce répandus aujourd'hui sur la terre habitée C'est un voyage dans tous les coins du monde, où le lecteur est initié aux mœurs, aux usages, à l’histoire et aux lois des peuples les plus divers. Nous distinguons cinq races humaines : les races blanche, jaune, brune, noire el rouge. Sous ces cinq divisions nous décrivons l’humanité tout entière.
Ainsi se justifie le titre de Tableau de la nature donné à cette collection, qui embrasse tous les règnes de la nature, sans oublier l’homme, qui est une sorte d’Encyclopédie pittoresque des sciences naturelles, et qui présente à la jeunesse d'intéressantes lectures, empruntées, non aux vaines fictions des contes ou des histoires imaginaires, mais aux utiles leçons de la science et de la vérité.
Dans la Terre avant le déluge, nous nous proposons d’exposer les diverses transformations que la terre a subies pour arriver à son état actuel, de décrire sa structure intérieure, et de faire revivre les diverses générations d'animaux et de plantes qui ont habité notre planète avant la création de l’homme et des animaux contemporains.
A l'exemple de Buffon, dans ses Époques de la nature, et conformément à une division adoptée dans plusieurs traités de géologie, nous partageons en Époques l'incommensurable intervalle de temps qui s’est écoulé depuis la création primitive de la terre jusqu’à nos jours. Ces Époques se subdivisent elles-mêmes en Périodes, dont nous avons fixé les caractères et les limites d’après les notions scientifiques les plus récentes et les plus rigoureuses. Nous donnons la descriplion des terrains correspondant à ces périodes géologiques, et nous décrivons les êtres organisés qui ont vécu pendant chacune de ces périodes.
De toutes les sciences la géologie est une des plus utiles; elle vient, dans l’ordre d'importance, après l'astronomie. En effet, quoi de plus nécessaire à l’homme que de connaître la terre, son domaine et son séjour pendant cette vie, de comprendre le mode d’arrangement des couches profondes du globe et les reliefs du sol? L'agriculture, l’industrie, les voyages, ont, à
chaque instant, besoin de ces données. D'un autre côlé, rien ne frappe plus vivement notre esprit, rien n’éveille autant de réflexions et n’ouvre à la pensée des horizons aussi étendus que l’idée de l’existence, antérieure à la nôtre, d’un grand nombre d'animaux et de plantes aujourd’hui anéantis, et qui, par l’étrangeté de leurs formes, font souvent un complet contraste avec la création actuelle. Nous donnerons, sous ce rapport, c'est-à-dire pour la description des êtres antédiluviens, ample satisfaction à la curiosité du lecteur.
Pour faire bien saisir le caractère de la vie animale et végétale pendant chaque période de l’histoire de la terre, il fallait parler aux yeux. Nous avons fait exécuter des dessins de paysages représentant des vues de la terre pendant chaque période géologique, c’est-à-dire réunissant les plantes et les animaux qui sont propres à cette période. Les restes organiques, maintenant ensevelis sous d'énormes épaisseurs de roches, nous les rassemblons dans une page idéale; nous les rangeons à la place que leur assigne la chronologie géologique, pour faire bien saisir les caractères de la vie aux diverses phases de l’évolution de la terre.
Nous accompagnons ces Vues idéales de l’ancien monde de l’image des principaux êtres fossiles qui appartiennent à chaque période. La parfaite exactitude et la valeur scientifique de ces dernières figures paraitront suffisamment établies, quand nous dirons qu’elles sont empruntées au Cours de paléontologie et de géologie d’Alcide d’Orbigny. MM. Victor Masson et fils, propriétaires de cet ouvrage et de ces figures, ont bien voulu nous en céder les clichés.
Il nous à paru intéressant de donner une application des faits développés dans ce livre en montrant, au moyen de quatre cartes coloriées, la formation successive des terrains de cette partie de l’Europe qui devait un jour s’appeler la France.
En outre de ces cartes, représentant la formation successive de notre territoire, nous donnons la carte géologique de la France et celle de l’Europe actuelle, dressées toutes les deux
d'après les meilleurs documents scientifiques, et qui seront d'un grand secours pour le jeune naturaliste.
Le tableau colorié placé au frontispice de l'ouvrage, présente la classification des terrains sédimentaires et éruptifs; il fait saisir d’un coup d’œil l'étendue de chaque époque et de chaque période géologique. C’est un résumé synoptique de la constitution intime de notre globe.
L'étude de la géologie a paru longtemps suspecte pour l'instruction de la jeunesse, et nous pourrions même citer un grand pays de l'Europe dans lequel l’enseignement public de cette science a été interdit comme antireligieux. Ces appréhensions élaient peut-être légitimes alors que régnait dans la géologie cette idée, reconnue maintenant erronée, des révolutions générales et des cataclysmes continuels du globe ; alors que pour expliquer la disparition des espèces organiques, on se croyait obligé d’invoquer, conformément à l’opinion de Cuvier, une révolution, un bouleversement, un cataclysme à chaque période. On sait aujourd’hui à quoi s’en tenir sur ce système d’explication. Sans doute notre globe a été le théâtre de fréquentes catastrophes : d'immenses déchirures se sont opérées dans son écorce solide, et plus tard, des éruptions, de substances diverses, se sont fait jour à travers ces vies. Ces grands mouvements ont ébranlé le sol, noyé des continents, creusé des vallées profondes et fait surgir de hautes montagnes. Mais tous ces phénomènes, malgré leur puissance et leur redoutable intensité, ne pouvaient s’étendre au globe entier, pour y détruire tous les êtres vivants. Leur action était nécessairement locale. Si donc les espèces organisées diffèrent d’une période à celle qui suit, ce n’est point parce qu’une révolution générale du globe est venue détruire une génération vivante, pour édifier sur ses ruines une génération nouvelle. On a infiniment trop abusé de cette idée de révolutions générales du globe qui auraient moissonné un grand nombre de fois tous les êtres vivants. Cette pensée est en opposition avec les faits; elle est contredite par la régula-
rité habituelle des assises qui renferment les différentes espèces de fossiles, et par le fait de la persistance de beaucoup d'espèces à travers une longue série d’étages de terrains. Il y aurait donc danger à l’admettre et à la propager dans un ouvrage de science populaire. Non, Dieu n'a pas créé des espèces organiques, pour détruire chaque fois, et de ses propres mains, son ouvrage. Ce serait mal juger la majesté de ses desseins, ce serait mal apprécier la grandeur de ses vues dans l'ordonnance de la nature, que de les subordonner à ces alternalives continuelles, à ces pas en avant et en arrière. Les espèces organiques sont mortes tout naturellement, de leur belle mort, comme on le dit en termes vulgaires. Les races doivent mourir, comme meurent les individus. Le maitre souverain qui a créé les animaux et les plantes, a voulu que la durée de l’existence des espèces à la surface de la terre fül limitée, comme est limitée la vie de chaque individu. Il n’a pas eu besoin, pour les faire disparaîlre, de soulever les éléments, d'appeler à son aide les feux réunis de la terre et des cieux. C’est d’après un plan émané de sa toute-puissance et de sa sagesse que les races qui ont vécu un certain temps sur le globe ont fait place à d’autres, et le plus souvent à des race perfectionnées.
Celte idée des bouleversements incessants de la surface de la terre qui auraient périodiquement détruit les êtres organisés, idée contraire à ce qui est écrit dans la Genèse, est donc aujourd'hui effacée de la science.
Un autre accord important de la géologie et de la révélation biblique a été mis hors de doute par des travaux de date récente : nous voulons parler de la question de l’existence de la race humaine à l’époque du grand déluge de l’Asie occidentale. On a cru longtemps pouvoir battre en brèche le récit de Moïse concernant le déluge de Noé, en alléguant que l’homme n'est apparu sur la terre qu'après le grand ébranlement géologique qui produisit l’inondation des contrées situées au pied de la longue chaîne du Caucase. Les découvertes de divers géologues, et surtout de Boucher de Perthes, Lartet,
Christy, Édouard Dupont, Troyon, Desor, etc., ont mis complétement hors de doute l'existence de l’homme à cette époque, prouvé que la terre était habitée avant le déluge asiatique par la race humaine, et justifié ainsi le récit de l'historien sacré.
La géologie est donc loin de porter atteinte à la religion. Elle nous montre, pour ainsi dire en action, la puissance créatrice de Dieu. Nous voyons l’œuvre sublime de la création se perfectionner sans cesse entre les mains de son divin Auteur. Au sinistre chaos succède un globe encore incandescent, qui se modèle en formes régulières, et se refroidit assez pour donner accès à la vie organique. Nous le voyons s’épurer, se perfectionner sans cesse. Sa brülante surface, d’abord rugueuse et nue, se couvre peu à peu et se décore d’arbustes et de forêts. Les continents et les mers prennent leurs limites définitives ; les fleuves et les rivières coulent entre des rives tranquilles, et la terre revêt enfin son aspect actuel de magnificence et de tranquillité. Nous assistons, d'autre part, aux débuts et aux perfectionnements continuels de l’organisation animale. Aux premiers êtres, imparfaits et chétifs, qui apparurent sur les rivages brülants et dans les eaux, encore chaudes, des premières mers, succèdent des êtres nouveaux, jusqu'à ce que Dieu fasse sortir de ses mains son dernier ouvrage, : homme, orné de cet attribut suprême de l'intelligence, par lequel il domine toute la nature et la soumet à ses lois.
Ainsi, rien ne fait mieux pénétrer dans l'esprit de la jeunesse la pensée de l’unité de Dieu et de sa toute-puissance quel’étude de l’évolution successive de notre globe, et la connaissance des générations vivantes qui ont précédé et préparé la venue de l’homme. L'œuvre fait adorer l’Ouvrier.
C'est aussi pour cela que nous placons en tête du Tableau de la nature l’histoire de la terre primitive et de ses habitants.
Un mot sur celle septième édition de {4 Terre avant le déluge.
Depuis la première édition de cet ouvrage, publiée en 1863, la science s’est enrichie de nombreuses découvertes concernant les populations animales du globe aux premiers temps de son existence. Nous avons tenu à mettre cette nouvelle édition bien au courant des progrès récents et de l’état actuel de la géologie et de la paléontologie. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris et celui de Bruxelles, ainsi que le cabinet de la Sorbonne, ont élé mis par nous à contribution, pour enrichir notre livre des dessins d’animaux antédiluviens récemment mis à jour ou étudiés par les naturalistes. On trouvera dans cette septième édition, reproduits d’après des photographies, les spécimens des animaux suivants : |
Le Mammouth, trouvé à Lierre (Belgique, province d’Anvers), et monté en 1869, sous la direction de M. Édouard Dupont, dans les galeries du Musée d'histoire naturelle de Bruxelles ;
L'Ours des cavernes (Ursus spelœus), dont il existe aujourd’hui de beaux spécimens dans les Musées d’histoire naturelle de Paris, de Bruxelles et de Toulouse; le Tigre des cavernes (Felis spelæa) et l’Hyène des cavernes (Hyena spelœæa), d’après les spécimens du Muséum d'histoire naturelle de Paris ;
Les Ruminants fossiles de Pikermi, c'est-à-dire la série de mammifères fossiles propres au terrain miocène, rapportés de Pikermi, en Grèce, par M. Albert Gaudry, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, et dont les silhouettes restaurées, dues à ce savant, servent à l’enseignement public de la zoologie, dans son cours de paléontologie fait au Jardin
des Plantes, ainsi que dans le cours de géologie fait à la Sorbonne par M. le professeur Hébert ;
Les Oiseaux fossiles de l’époque tertiaire, décrits par M. Alphonse Milne-Edwards fils, dans ses belles Recherches sur les oiseaux fossiles, publiées en 1869;
Les Reptiles, Tortues, Grenouilles et Poissons fossiles, nouvellement décrits dans la Paléontologie anglaise et dans le Journal de zoologie, de M. Paul Gervais;
Les grands oiseaux de l'ile de Madagascar et des îles Mascareignes (Iles Bourbon, Maurice et Rodriguez), propres à l’époque quaternaire, et dont la plupart des espèces sont aujourd’hui éteintes ;
Les grands oiseaux fossiles de la Nouvelle-Zélande et particulièrement le Dinornis giganteus, d’après le squelette qui a été monté au Musée Canterbury, à la Nouvelle-Zélande, et qui a été représenté dans l'ouvrage de M. Lawry Buller, les Oiseaux de la Nouvelle-Zélande (Description of the Birds of New Zealand), publié à Londres en 1873.
Gràce aux nombreuses additions faites à cette nouvelle édition, l« Terre avant le déluge répondra aux deux objets suivants :
1° Présenter aux gens du monde les principes fondamentaux de la géologie et de la- paléontologie; faire connaître les diverses évolutions et transformations de notre globe depuis son origine, et donner l’idée exacte des différents êtres organisés qui ont précédé sur la terre l’homme et la création contemporaine ;
2° Servir d'introduction à l'étude de la géologie pour les. élèves de nos Facultés des sciences, des écoles industrielles et agricoles et des classes supérieures des Iycées ; leur inspirer le désir d’aller compléter dans les traités spéciaux les notions. générales qu'ils auront puisées dans cet ouvrage élémentaire.
Notre prétention, dans nos divers ouvrages, n’est pas de créer des savants, mais de vulgariser dans le public ces connaissances sérieuses et positives qui sont aujourd’hui l’indispensable complément d’une éducation libérale, d’inspirer
le plus possible le goût des sciences exactes, et peut-être, en éveillant des vocations endormies ou qui s’ignorent, d’acqué rir à la haute science des adeptes qui lui auraient certainement manqué.
Paris, le 15 janvier 1874.