‹ La terre avant le délugeChapitre 20 sur 75 · ETES · texte numérisé non relu

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sin qui appartient aussi à la famille des Productidées, le genre Strophalosia, était hérissé de longues épines sur toute sa sur-

Fig. 83. Productus horridus. (1/2 G. N.)

face. L'espèce la plus répandue, la Sfrophalosia Schlotheimu, abonde en Thuringe, en Angleterre el en Russie. Signalons enfin l'apparition de quelques huitres, mais encore en très: petit nombre. Le Fenestrella représente les mollusques bryozoaires. Il y avait aussi quelques zoophytes qui n'avaient pas. apparu jusqu'alors.

La planche 82 représente une vue idéale de la terre pen— dant la période permienne. Au fond est un rideau de montagnes porphyriques et syénitiques récemment soulevées, et pour ainsi dire encore fumantes. À gauche, une éruption de matières gazeuses et d'eau vaporisée. Sur le rivage, à droite,. s'élèvent les grands végétaux propres à cette période, c’est-àdire des Lepidodendrons, des Calamites, des Fougères herbacées et le Walchia, restauré d’après sa ressemblance avec notre Araucaria gigantea moderne. Au bord de la mer, et mis à découvert par la marée basse, on aperçoit les mollusques et. zoophytes propres à cette période, tels que des Productus, des: Spirifer et des Encrines. Les jolies plantes, nommées Astérophyllites, que nous avons signalées dans la période carbonifère, se voient dans l’eau, non loin du rivage.

Terrain permien. — Nous venons d’esquisser la physiono mie de la terre à l’époque permienne. Quels sont les gîtes, la puissance, la constitution minéralogique du terrain qui s’est. formé par les dépôts des mers de cette période ?

On divise le terrain permien en trois étages, qui sont, en allant de bas en haut :

1° Le nouveau grès rouge; 2° le zechstein; 3° le grès des Vosges.

Le nouveau grès rouge, dont l'épaisseur moyenne est de 100 à 200 mètres, existe dans une grande partie de l'Allemagne, en Angleterre, dans les Vosges, ete ; il ne renferme que de rares fossiles : ce sont des troncs silicifiés de Conifères, quelques empreintes de Fougères et de Calamites.

Le zechstein (pierre de mine), terrain ainsi appelé par les Allemands à cause des nombreux gisements métallifères que l’on rencontre dans ses diverses couches, ne présente, en France, que quelques lambeaux insignifiants ; mais il atteint en Allemagne et en Angleterre une épaisseur de 150 mètres. Il se compose de calcaires magnésien, argilifère, bitumineux : ce dernier est noirâtre et félide. Les roches subordonnées sont des marnes, du gypse et des schistes bitumineux inflammables, qui se rencontrent en grandes proportions dans le pays de Mansfeld en Thuringe, parmi les minerais de cuivre gris argentifère et plombifère, largement exploités dans cette contrée. Plusieurs de ces schistes cuprifères sont remarquables en même temps par les nombreux poissons fossiles qu ils renferment. Aussi nomme-t-on en Thuringe ces schistes Xupferschiefer.

Le zechstein renferme les fossiles, animaux et végétaux, dont nous avons parlé plus haut.

Le grès des Vosges, habituellement coloré en rouge, et dont l'épaisseur peut aller jusqu’à 100 ou 150 mètres, compose toute la partie septentrionale des montagnes des Vosges, où il forme d'assez nombreuses sommités plates, qui sont les témoins d’un ancien plateau entamé par les eaux courantes. Il ne contient que quelques rares débris de végétaux.

La France, l'Angleterre, l'Allemagne ne présentent que des affleurements très-peu nombreux du terrain permien, si on les compare à l’immense étendue que ce terrain occupe dans la partie orientale de la Russie d'Europe. C'est du nom de la province de Perm, qui forme une grande partie de la Russie d'Europe, que l’on a tiré le nom de permien, pour la période et pour le terrain qui nous occupe. Ce terrain, qui se compose, dans cette partie de la Russie, d’une puissante alternance de calcaires, de marnes et de grès, renferme des Productus, des

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Fougères et même des reptiles et des poissons analogues à ceux du zechstein de l'Europe occidentale. On trouve dans le même terrain du gypse et du sel gemme, affleurant le sol, el que l’on exploite en grand ?.

Il ne nous reste, pour terminer ce qui concerne la période permienne, qu'à signaler l'étendue géographique des mers et des continents à cet âge du globe.

Les mers couvraient alors une partie de la place occupée aujourd'hui par la chaîne des Vosges; elles s’étendaient par la Bavière rhénane et le grand-duché de Bade, jusqu’en Saxe et en Silésie. Elles communiquaient avec l'Océan, qui occupait le centre de l'Angleterre et la Russie.

Dans le reste de l'Europe, les continents ont peu varié depuis les périodes primitive, devonienne et houillère. En France, le plateau central formait une grande île qui s’étendait vers le sud, probablement jusqu'au delà des Pyrénées ; une autre ile se composait du massif breton. En Angleterre et en Russie, les continents s’élargissent considérablement vers l’est. Enfin, il paraît qu'à la fin de l’époque carbonifère le continent belge vosgien s’étendail depuis les départements du Pas-de-Calais et du Nord, en France, traversant toute la Belgique, jusque bien au delà du Rhin.

1. En France, le terrain permien se corfond parfois, par ses schistes, avec les schistes supérieurs du terrain houiller, et devient par cela même une cause de déception pour les mineurs qui travaillent sur cette couche, s’imaginant être près de la houille. Il convient donc que cette circonstance soit expliquée dans les traités de géologie.

Après avoir décrit l'époque de transition, nous allons entrer” dans l'étude d’une époque nouvelle de l'histoire de notre globe, celle qui a recu des géologues le nom d'Époque secondaire. Mais, avant d'aborder cette époque, il sera bon de jeter un coup d'œil en arrière, pour résumer les faits dont le lecteur vient d'acquérir la connaissance.

C’est dans l'époque de transition que les plantes et les animaux apparurent pour la première fois, avons-nous dit, sur notre globe un peu refroidi. C’est alors que dominaient dans les mers, que régnaient, pour nous servir de l'expression consacrée, les poissons connus sous le nom de ganoïdes (de ydvos, éclat), à cause du poli de la carapace ou des écailles qui couvraient leur corps, et qui étaient souvent aussi compliquées que bizarres; — les Trilobites, curieux crustacés qui naissent et disparaissent à jamais avec l’époque de transition; — une quantité immense de mollusques céphalopodes et brachiopodes; — les Encrines, animaux de l’organisation la plus curieuse, sortes de fleurs minérales qui sont un des plus gracieux ornements de nos collections paléontologiques.

Mais parmi tous ces êtres, ceux qui dominaient, ceux qui étaient véritablement les rois du monde organisé, c'élaient les poissons, et surtout ces poissons ganoïdes, dont rien ne rappelle l’organisation dans les êlres vivants actuels, et qui, pourvus d’une sorte de cuirasse résistante, semblaient avoir recu de la nature ce moyen de protection, pour assurer leur existence et leur permettre de triompher de toutes les causes

de destruction qui les menaçaient dans l'océan de l’ancien monde.

A l’époque de transition, la création vivante était dans son état d'enfance. Aucun mammifère ne troublait de ses cris la tranquillité des vallons ou des forêts; aucun oiseau n'avait encore déployé ses ailes. Point de mammifères, ainsi point d’instinct maternel; aucune de ces douces affections qui sont, chez les animaux, comme les précurseurs de l'intelligence, comme une expression du cœur qui annonce une prochaine révélation de l'esprit. Point d'oiseaux, ainsi point de chantres des airs. Les poissons, les mollusques et les crustacés silencieux sillonnaient les profondeurs des mers; limmobile z00phyle y vivait de la vie obscure el presque inconsciente de ces êtres imparfaits. Sur les continents on ne trouvait que des reptiles fangeux et de petite taille, avant-coureurs ‘de ces monstrueux sauriens qui devaient apparaître dans l’époque secondaire.

La végétation, pendant l’époque de transition, était surtout composée de plantes appartenant aux ordres inférieurs. Bien qu'elle comptàät quelques végétaux élevés dans l’organisation, c'est-à-dire des Dicotylédones, c'étaient les cryptogames, les fougères, les lycopodes et les équisétacées, parvenus alors à leur maximum de développement, qui formaient la grande masse de la végétation.

Rappelons encore dans ce court résumé que, pendant lépoque dont nous venons de tracer le tableau, ce que l’on nomme aujourd'hui les climats n'existait pas. Les mêmes plantes et les mêmes animaux vivaient alors au voisinage des pôles comme à l'équateur. Puisqu'on trouve aujourd’hui dans les terrains de transition des régions glaciales du Spitzherg et de l'ile Melville presque les mêmes fossiles que l’on rencontre dans ces mêmes terrains situés sous la zone torride, il faut en conclure que la température était, à cette époque, uniforme sur tout le globe, et que la chaleur propre de la terre annulait et rendait inappréciable l'influence calorifique du soleil.

Pendant cette même époque, le refroidissement progressif du globe occasionna de fréquentes ruptures et dislocations du sol; la croûte terrestre, en s’entr'ouvrant, livra passage aux

roches dites ignées, au granit, ensuite aux porphyres el aux syénites, qui surgirent lentement à travers ces immenses fissures, et formèrent des montagnes granitiques et porphyriques, ou simplement des fentes, qui se remplirent plus tard d'oxydes et de sulfures métalliques et formèrent ce que l’on nomme des /ilons. Ces commotions géologiques, qui durent provoquer, non sur l'étendue entière du globe, mais seulement en certains lieux particuliers, de grands mouvements du sol, paraissent avoir été plus fréquentes à la fin de l’époque de transition, dans le moment qui forme le passage entre cette époque et l’époque secondaire, c’est-à-dire entre la période permienne et la période triasique.

Il entre dans notre plan de considérer à part les phénomènes éruptifs, et de n’étudier qu'à la fin de cet ouvrage les roches dites éruptives, qu'il est avantageux, pour la clarté de l’exposilion, de réunir en un seul et même groupe.

Les convulsions, les bouleversements qui agitaient la surface de la terre, ne s’étendaient pas néanmoins, notons le bien, à sa circonférence entière; ces effets étaient restreints et locaux. C’est donc à tort que l’on admettrait, avec plusieurs géologues modernes, que les dislocations du sol, que les agitations de la surface du globe, se sont propagées dans les deux hémisphères, et ont eu pour résultat d’y détruire tous les êtres vivants. La faune et la flore de la période permienne ne diffèrent pas beaucoup de la flore et de la faune de la période houillère : ce qui montre bien qu'aucune révolution générale n'est venue ébranler la terre entre ces deux périodes. Ici, comme dans les cas analogues, il est donc inutile de recourir à aucun cataclysme pour expliquer le passage d’une période à l’autre. N’a-t-on pas vu de nos jours des espèces animales s’éteindre et disparaitre sans la moindre révolution géologique? Sans parler des Castors, si abondants il y a deux siècles sur les bords du Rhône et dans les Cévennes, qui vivaient encore à Paris, au moyen âge, dans la petite rivière de la Bièvre‘, dont l'existence est maintenant inconnue dans ces diverses contrées et dont l'espèce même est à peu près

1. Bièvre est le nom que les écrivains du moyen âge donnent au castor: rivière de Bièvre signifiait donc à cette époque rivière du castor.

éteinte, on peut citer beaucoup d'exemples d'animaux perdus depuis des temps peu éloignés des nôtres. Tels sont les Dinornis et l'Épyornis, oiseaux colossaux de la Nouvelle- Zélande et de Madagascar, et le Dronte (Didus), qui vivait encore à l'Ile-de-France en 1626. L'Ursus spelœus, le Cervus megaceros, le Bos primigenius, sont des espèces d’Ours, de Cerf et de Bœuf contemporains de l’homme, et qui sont éteintes aujourd'hui. Nous ne connaissons plus le Cerf à bois gigantesque que les Romains ont figuré sur leurs monuments, et qu'ils faisaient venir d'Angleterre en raison des qualités de sa chair. Le Sanglier d'Érymanthe, si répandu dans l’antiquité, ne figure point parmi nos races actuelles, pas plus que les Crocodiles et les Lacunosus laciniatus, trouvés par Geoffroy Saint-Hilaire dans les catacombes de l’ancienne Égypte. Plusieurs races animales figurées sur les mosaïques de Palestrine, gravées et peintes avec des espèces actuellement vivantes, ne se retrouvent nulle part de nos jours, pas plus que les Lions à crinière frisée qui existaient autrefois en Syrie, et peut-être même dans la Thessalie et le nord de la Grèce. Ira-t-on supposer des révolutions géologiques pour expliquer toutes ces disparitions d'animaux, qui ne sont évidemment que des extinctions naturelles? De ce qui se passe de nos jours, il faut conclure, pour en revenir à notre sujet, à ce qui s’est passé aux temps antérieurs à l'apparition de l’homme, et restreindre dans une juste mesure cette idée des cataclysmes successifs du globe, dont on à tant abusé après Cuvier. Si l'illustre naturaliste s’est montré admirable de génie dans l'anatomie comparée, il ne saurait être considéré comme oéologue, car il n’a jamais porté par lui-même son attention sur cetle science.

Pendant l'époque de transition, notre globe appartenait aux êtres qui vivent dans les eaux, mais surtout aux crustacés et aux poissons : pendant l’époque secondaire, il va appartenir aux reptiles. Les êtres de cette classe revêtiront des dimensions étonnantes el se multiplieront singulièrement : ils seront les rois de la terre. Mais en même temps la végétation perdra beaucoup de sa puissance, et, par un effet d'équilibre que l’on

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observe toujours dans l'histoire de notre globe, le règne animal se développera considérablement pendant que le règne végétal perdra de son importance.

Les géologues s'accordent à diviser l’époque secondaire en trois périodes : les périodes ériasique, jurassique et crétacée, que nous allons étudier successivement.

Cette période a recu le nom de friasique, parce que les terrains qui la représentent étaient autrefois divisés en trois étages : les grès bigarrés, le muschelkalk et les marnes irisées. De ces trois groupes on peut n’en former que deux : la souspériode conchylienne, qui embrasse le grès bigarré et le muschelkalk, et la sous-période saliférienne.

Dans cette nouvelle phase de l’évolution du globe, les êtres différent beaucoup de ceux qui appartiennent à l’époque de transition. Les curieux crustacés que nous avons décrits sous le nom de Trilobites ont disparu ; les mollusques céphalopodes. et brachiopodes y sont peu nombreux, ainsi que les poissons. ganoïdes et placoïdes, dont le règne se termine pendant cette période. Mais celui des Amnmoniles commence, et il prendra dans la période suivante un développement prodigieux.

La végétalion a subi des changements analogues. Les cryptogames, qui étaient à leur maximum de développement dans les terrains de transition, sont ici moins nombreux, tandis que les Conifères prennent une certaine extension. Quelques genres d'animaux terrestres ont disparu; mais ils sont remplacée par des genres aussi nombreux que nouveaux. Nous voyons pour la première fois la Tortue apparaitre au sein des mers et sur le bord des lacs. Les reptiles sauriens y prennent de grands développements : ils préparent l'apparition de ces énormes sauriens qui se montreront dans la période suivante, et dont la charpente offre de telles proportions et une telle étrangeté, qu’elle saisit d’élonnement ceux qui contemplent ces restes gigantesques el pour ainsi dire encore menacants.

Passons en revue les deux sous-périodes dont la réunion compose l’âge triasique.

SOUS-PÉRIODE CONCHYLIENNE.

Les mers de la sous-période conchylienne (ainsi nommée à cause de la quantité de coquilles renfermées dans l’assise particulière nommée WMusschel Kalk, quantité qui contraste avec la rareté relative des coquilles dans les autres assises de terrain de la même période) renfermaient, outre de trèsnombreux mollusques, des reptiles sauriens de onze genres différents, des tortues, et six genres nouveaux de poissons revètus de cuirasse.

Arrètons-nous d’abord sur les mollusques qui peuplaient alors les mers. Parmi les coquilles caractéristiques de la période conchylienne, nous citerons les Nahca Gaillardoti, Rostellaria antiqua, Lima lineata, Ceratites nodosus, Avicula socialis, Terebratula communis, Mytilus eduliformis, Myophoria, Goldfussii, Possidonia minut«.

Les Ceratites, dont on voit une espèce représentée ici (fig. 84), forment un genre très-voisin et comme le début des Ammonites, ou Cornes d'Ammon, qui ont joué un si grand rôle dans le monde ancien, et qui n'existent plus aujourd'hui, ni pour les espèces ni même pour le genre. Fig. 84.

Les Mytilus ou Moules, qui appar- Ctratites nodosus. (1/4 G. N.) tiennent en propre à la période conchylienne, sont des mollusques acéphales, à coquille allongée triangulaire, à crochets pointus et terminaux; on en trouve beaucoup d'espèces dans les mers actuelles. Les Lima, Myophoria, Possidonia et Avicula, sont des mollusques acéphales appartenant à la même période. Les genres Natica et Rostellaria font partie des mollusques gastéropodes.

Parmi les Échinodermes appartenant à la période conchylienne, nous citerons une Encrine, l'Encrinus moniliformis ou liliüiformis (fig. 85), dont les débris constituent, dans certaines localités, des couches entières du sol.

Citons encore, parmi les mollusques, l’Avicula subcostata, le Patella lineata, le Myophoria pes anseris.

Ajoutons que par la présence de quelques genres propres à l’époque de transition, qui disparaissent à jamais dans cette

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