‹ La terre avant le délugeChapitre 21 sur 75 · TA LE · texte numérisé non relu

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Fig, 85.

Encrinus liliiformis (1/2 G. N.)

chylienne, on trouve souvent des maux, telles que les représente la

période, et par l'apparition de quelques autres animaux propres à la période jurassique, la faune conchylienne parait être une faune de passage d’une période à l’autre.

Les mers offraient alors quelques reptiles, probablement riverains (Phytosaurus, Capilosaurus), et divers poissons (Sphærodus, Picnodus).

Nous représentons ici (fig. 86) un poisson propre au terrain du Trias, qui à été découvert par M. Paul Gervais, et décrit par ce naturaliste dans son Journal de zoologie.

C’est le Cerathodus miolepsis. Son corps est couvert d'écailles dures et brillantes, comme ces poissons ganoïdes, c'est-à-dire à cuirasse Où à carapace, que nous avons signalés dans la période devonienne. Cependant les poissons s’acheminent, à cette époque, vers leur organisation actuelle.

Nous devons signaler avec quelque soin un reptilegigantesque sur lequelles opinions des géologues ont assez longtemps varié.

Sur les terrains sabloneux de l’époque conempreintes de pas d’anifigure 87. Toutes offrent

Fig. 86. Cerathodus miolepsis.

cinq doigts, disposés comme ceux de la main humaine. Ces pistes sont dues à un reptile dont les pieds de devant étaient

Fig. 88. Labyrinthodon restauré. (1/20 G. N.)

150 ÉEPOQUE SECONDAIRE.

plus grands que ceux de derrière. On n’a retrouvé que la tête, le bassin et une partie de l’omoplate de cet animal, que l’on considère comme un batracien gigantesque. Il est à croire que sa lêle n’était pas nue, mais protégée par un écusson osseux; ses mâchoires étaient armées de dents coniques très-fortes et d’une structure compliquée.

On donne les noms de Cheirotherium ou de Labyrinthodon à ce curieux animal, dont la figure 88 représente la restauration.

Un autre reptile de grandes dimensions, et qui semble nous préparer à l'apparition des énormes sauriens qui vont se montrer dans la période jurassique, c’est le Nothosaurus, espèce de Crocodile marin que lon verra représenté plus loin (fig. 95, p.155).

D'après d’autres empreintes de pas qui se rencontrent dans le même terrain, on à cru pendant quelque temps que les oiseaux ont commencé d’apparaitre dès la période qui nous

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Fig. 89. Empreintes de pas d’animal dans l> terrain triasique.

occupe. La figure 89 représente ces empreintes ; la figure 90 montre les empreintes d’un animal de plus grande taille, accompagnées d'empreintes de gouttes de pluie.

On ne saurait admettre aujourd’hui l'opinion qui attribue

à des oiseaux ces vestiges de pas. En effet, aucun débris de squelette d'oiseau n’a jamais été rencontré dans les terrains conchyliens, et les empreintes figurées ici sont tout ce qui

Fig, 90. Empreintes de pas d'animal avec empreintes de gouttes de pluie. (1/2 G. N.)

peut être invoqué à l'appui de cette hypothèse. On peut attribuer ces pistes à un replile encore inconnu, et dont les

Fig. 91.Tète de la torlue à dents, ou Dicynodon lacerticeps. (1/8 G. N.)

pattes auraient offert la disposition représentée dans ces deux figures.

C’est à cetle époque que les Tortues terrestres (reptiles chélo-

niens) apparaissent pour la première fois dans l’histoire du monde, et leur représentant est pourvu d’un caractère d’organisation trop curieux pour que nous ne le mentionnions pas ici.

M. Owen a étudié et fait connaître une Tortue trouvée dans les terrains jurassiques de l’Afrique australe. La tête de ce replile, que nous représentons (fig. 91), est pourvue, de chaque côté de la mâchoire, d’une dent longne et effilée. Ce caractère n'appartient pas, on le sait, aux Tortues des espèces actuelles, et il n'existe même pas chez les Tortues de la période suivante, les Tortues de la période jurassique, que nous aurons à signaler bientôt.

M. Ad. Brongniart place dans la flore de l'étage conchylien le commencement du règne des plantes dicotylédones gymnospermes. Le caractère de cette flore est d’être composée de Fousères assez nombreuses, constituant des genres actuellement détruits et qui ne se retrouvent même plus dans les terrains plus récents : tels sont les Anomopteris et le Crematopteris. Les vrais Equisetum y sont rares ; les Calamites, ou plutôt les Calamodendron, y sont abondants. Les gymnospermes y sont représentés par les genres de Conifères Vol{zia et Haidingera, dont les espèces et les échantillons sont très-nombreux dans les terrains de cette période.

Parmi les espèces végétales tout à fait caractéristiques de cet étage, "nous citerons : le Nevropteris eleqans (fig. 92), le Calamites arena-

ceus, le Voltzia heterophylla (fig. 93), l’'Haidingera spe-

Les Haidingera (de la tribu des Abiétinées) étaient des plantes à feuilles larges, analogues à celles de nos Dammara actuels, rapprochées et presque imbriquées comme celles de nos Araucaria. Leurs fruits, qui sont des cônes à écailles arrondies imbriquées et ne portant qu'une seule graine, paraissent établir des rapports assez positifs entre ces plantes fossiles etnos Dammara.

Fig. 92. Nevropteris elegans. (G. N.)

Les Voltzia, qui formaient la plus grande partie des forêts de cette époque, constituent un genre éteint de la tribu des Cupressinées, très-bien caractérisé parmi les Conifères fossiles. Les feuilles alternes, en spirale, formant cinq à huit rangs, sessiles et décurrents, ont beaucoup d’analogie avec celles des

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Fig. 93. Voltzia heterophylla. (1/2 G. N.)

Cryptomeria. Leurs fruits sont des cônes oblongs à écailles làchement imbriquées, cunéiformes el ordinairement à trois ou cinq lobes optus. Nous représentons dans la figure 94 diverses parties d’un Vollzia restauré. .

Dans sa Géographie botanique, M. Lecoq donne en ces termes une idée de la végétation du monde ancien pendant la première partie de la période triasique :

« Pendant que les grès bigarrés et les marnes irisées déposaient lentement dans les eaux leurs couches régulières, de magnifiques fougères agitaient encore leurs frondes légères et découpées. Divers Protopteris et de majestueux Nevropteris s’associaient en forêts étendues, où végétaient aussi le Crematopteris typica, Schimper, l’Anomopteris Mongeolü, Brongn., et le joli Trychomanites myriophyllum, Brongn. Les Conifères prennent dès cette époque un développement plus considérable et forment de gracieuses forêts d'arbres verts.

« D’élégantes Monocotylédones, rappelant les formes des contrées équatoriales, semblent se montrer pour la première fois ; l’Yuccites vogesiacus, Schimp., forme des groupes serrés et étendus.

« Une famille Jusqu'ici douteuse apparaît sous la forme élégante du Nulsonia Hogardi, Schimp., Ctenis Hogardi, Brongn. Elle se montre encore dans le Zamites vogesiacus, Schimp.; et le groupe des Cycadées,

joignant en partie l’organisation des Conifères à l'élégance des palmiers, vient orner la terre qui révèle dans ses formes nouvelles toute sa fé-

condité.

« Des plantes herbacées s'étendent sur le sol des forêts, ou se bai-

Branche et fruit de Voltzia restauré.

Fig. 94.

gnent dans les marais attiédis. La plus remarquable est l'Œtheophyllum speciosum, Schimp., dont l’organisation se rapproche à la fois des Lycopodiacées et des Thyphacées, l'OŒEtheophyllum stipulare, Brongn., et le

curieux Schizoneura paradoxa, Schimp. Ainsi commence, pour se déve-

Fig. 95. Vue idéale de la terre pendant la sous-période conchylienne. (Période triasique.)

lopper par la suite, le règne des Dicotylédones à graines nues, des Angiospermes, composées principalement de deux familles encore bien représentées sur la terre, les Conifères et les Cycadées. Les premières, d’abord très-abondantes, s'associent aux Cryptogames cellulaires, qui abondent encore sur la terre et qui paraissent en voie de décroissement ; puis aux Cycadées, qui se montrent avec timidité et qui bientôt prendront une large part dans les brillantes harmonies du règne végétal. »

C’est pour réunir dans un tableau idéalisé l’ensemble des plantes et des animaux propres à la sous-période conchylienne qu'a été composée la figure que l’on voit page 155.

Cette vue de l’ancien monde nous transporte au bord de l'Océan, au moment où les flots sont agités par un vent violent ou un orage passager. Le reflux de la mer a laissé à découvert les animaux aquatiques, tels que de belles Encrines, à la tige longue et flexueuse, des Mytilus et des Térébratules. L'énorme repüile qui se dresse sur un rocher et se prépare à se jeter sur cette proie, est le Nothosaurus. Non loin de lui courent d’autres reptiles du même genre, mais d’une plus petite espèce. Sur la dune d’un rivage s'élèvent les magnifiques arbres propres à la période conchylienne, c’est-à-dire les Haidingera, au large tronc, aux rameaux et au feuillage inclinés, dont les Cèdres de notre époque peuvent nous donner l’idée. Les élégants Vol{zia se voient au second plan de ce rideau de verdure. Les reptiles qui vivaient dans ces forêts primilives, et qui devaient leur donner un si étrange caractère, sont représentés par le Labyrinthodon, qui descend vers la mer en laissant sur le sable du rivage ces curieuses traces qui se sont conservées jusqu’à nos jours, par suite de la consolidation de ces sables, vestiges étonnants des plus anciens âges du monde, que la science actuelle interroge avec curiosité.

Terrain conchylien. — Yndiquons la composition minéralosique et l’extension géographique de l’étage qui s’est formé par les dépôts des mers pendant la sous-période conchylienne.

Cet étage se compose :

1° Des grès bigarrés, qui contiennent beaucoup de végétaux, peu de débris animaux, et dans lesquels on trouve presque

constamment des empreintes de pas du Labyrinthodon, dont il a été question plus haut;

2° De couches de calcaire compacte, souvent grisâtre ou noirâtre, alternant avec des marnes et des argiles, et qui sont criblées d’une si grande quantité de coquilles, que l’on a donné à ce groupe le nom allemand de muschelkalk (calcaire coquillier).

L’étage conchylien se montre en France dans les Pyrénées, autour du plateau central, dans le Var, et sur les deux versants des Vosges. Il s'étend du nord au sud dans toute la longueur de la Grande-Bretagne, en Écosse et en Irlande. Il est représenté dans toute l'Allemagne, en Belgique, en Suisse, dans les États sardes, en Espagne, en Pologne, dans le Tyrol, dans la Bohême, dans la Moravie, en Russie. M. d'Orbigny l’a vu couvrir de vastes surfaces sur les régions montueuses de la république de Bolivie, dans l'Amérique méridionale. Ou l’a signalé aux États-Unis, dans la Colombie, les grandes Antilles et au Mexique.

Le terrain conchylien est réduit, en France, à l’élage des grès bigarrés, excepté autour des Vosges, dans le Var et la Forêt Noire, où il est accompagné du muschelkalk.

Les grès bigarrés fournissent à une partie de l'Allemagne des matériaux de construction. Les grands édifices, en particulier les cathédrales que l’on admire en descendant le Rhin, telles, par exemple, que celles de Strasbourg et de Fribourg (en Brisgau), sont construites en pierres énormes de grès bigarré. Les teintes sombres de ces pierres relèvent singulièrement la grandeur et la majesté de l’architecture gothique. Des villes entières de l'Allemagne sont bâties avec les pierres d'un brun rougeâtre que l’on retire des carrières de grès bigarré.

ROUS-PÉRIODE SALIFÉRIENNE.

Le terrain, d’une étendue assez médiocre, qui s’est formé pendant cette sous-période, porte le nom de sahférien, parce qu'il est caractérisé par la présence de gisements considérables de sel marin.

Quelle est l’origine des puissants dépôts de sel marin que

l’on trouve dans ce terrain, et qui alternent toujours, par couches minces, avec des argiles ou des marnes ? On ne peut l’aitribuer qu'à l’évaporation de grandes quantités d’eau de mer fortuitement introduites dans des dépressions, des cavités ou des golfes, que les dunes venaient ensuite séparer de la haute mer.

La planche 96 met en évidence le fait naturel qui a dû se produire et se répéter sur d'immenses étendues de rivages, pendant la sous-période saliférienne, pour former les masses considérables de sel gemme que l’on trouve aujourd’hui dans le terrain correspondant à cette période. A droite est la mer, qu'une dune considérable sépare d'un bassin tranquille, à fond vaseux et argileux. À certains intervalles, et par des causes diverses, la mer, franchissant cette dune, vient remplir le bassin. On peut supposer encore qu'il existe là un golfe qui communiquait primitivement avec la mer : les vents ayant élevé cette dune de sable, le golfe s’est trouvé transformé en un bassin clos de toutes parts. Quoi qu’il en soit, les eaux de la mer une fois renfermées dans ce bassin sans issue et à fond argileux, s'y évaporent par l'effet de la chaleur solaire, et laissent comme résidu de cette évaporation un lit abondant de sel marin, mêlé aux autres sels minéraux qui accompagnent le chlorure de sodium dans l’eau de la mer, c’està-dire au sulfate de magnésie, au chlorure de potassium, etc. Cette couche de sel laissée par l’évaporalion de l’eau est bientôt recouverte par l'argile et la vase qui étaient suspendues dans l’eau bourbeuse du bassin, et il se forme ainsi une première couche alternante de sel marin et de marnes ou d’argiles. La mer venant de nouveau, toujours pour la même cause et en vertu des mêmes dispositions locales, remplir ce bassin, ces nouvelles eaux s’évaporent, et une seconde couche de sel marin, bientôt recouverte d’un banc terreux, vient s'ajouter à la première. C’est par la succession régulière el tranquille de ce phénomène pendant de longs siècles que s’est formé cet abondant dépôt de sel gemme que l’on trouve enfoui dans le terrain secondaire, et qui est exploité dans plusieurs de nos départements, dans le département dela Meurthe, à Vic Dieuze et Château-Salins, dans le département de la Haute- Saône, comme aussi dans nee parties de l'Allemagne.

La planche 96 est à la fois une vue pittoresque de la terre pendant la période saliférienne et une figure de démonstration destinée à expliquer l’origine du sel gemme dans les terrains secondaires. Une coupe théorique du sol faite au premier plan laisse voir les couches de sel formées par le mécanisme séologique qui vient d’être analysé. Ces couches sont inclinées obliquement, par suite d’un mouvement du sol postérieur à leur dépôt.

Nous n'avons rien de particulier à dire sur les animaux qui sont propres à la sous-période saliférienne. Les animaux qui peuplaient alors les rivages des mers étaient les mêmes que ceux de la sous-période conchylienne.

A cette époque, les continents, encore peu montagneux, étaient coupés cà et là par de grands lacs, bordés par des rivages plats et uniformes. Les végétaux qui croissaient sur ces rivages étaient fort abondants, et l’on en possède un assez grand nombre. La flore saliférienne se compose de Fougères, d'Équisétacées, de Cycadées, de Conifères et de quelques plantes que M. Brongniart range parmi les Monocotylédones douteuses. Parmi les Fougères, nous citerons plusieurs espèces de Sphenopteris où Pecopteris, et, entre autres, le Pecopteris Stuttgartiensis, arbre à tronc cannelé, qui s'élève sans pousser de rameaux jusqu’à une certaine hauteur et porte une couronne de feuilles découpées et à long pétiole ; l'Equiselites columnaris, grande Équisétacée analogue aux Prêles de notre époque, mais de dimensions infiniment plus considérables : sa longue tige en colonne, surmontée d’une fructification en tête allongée, dominait lous les autres végétaux des terrains marécageux.

Les Pterophyllum Jœægeri et Munsteri représentaient les Cycadées, le Taxodites munsterianus représentait les Conifères ; enfin, sur le tronc des Calamites grimpait une plante à feuilles elliptiques, à nervures recourbées, portées sur de longs pttioles, à fruits disposés en grappes : c’est la Presleria antique, Monocotylédone douteuse pour M. Brongniart, et que M. Unger place dans la famille des Smilax, dont elle serait le premier représentant. Le même savant rapporte à la famille des Joncs une plante marécageuse très-commune à cette époque,

Fig. 96. Vue idéale de la terre pendant la sous-période saliférienne,

le Palæoxyris Munsteri, que M. Brongniart range, avec la Presleria, parmi les Monocotylédones douteuses.

M. Lecoq, dans sa Géographie botanique, caractérise comme il suit la végétation pendant la dernière partie de la période triasique :

« Les Cryptogames cellulaires y dominent comme dans le terrain houiller, mais les espèces sont changées et beaucoup de genres sont différents ; les Cladephlebis, les Sphenopteris, les Coniopteris et Pecopteris dominent au milieu des autres fougères par le nombre de leurs espèces. Les Équisétacées sont plus développées que dans tous les autres terrains. Une des plus belles espèces est le Calamites arenaceus, Brongn., qui devait constituer de grandes forêts. Les troncs cannelés simulaient d'immenses colonnes, au sommet desquelles des branches feuillées, disposées en gracieux verticilles, devaient montrer les formes élégantes de notre Equisetum sylvaticum. Aïlleurs naissaient en société de curieux Egquisetum et des Equisetites singuliers, dont une espèce, l'E. columnaris, 3rongn., élevait à une grande hauteur ses tiges herbacées aux articulations stériles.

« Quel aspect singulier présentaient alors ces terres anciennes, si l’on ajoute à leurs forêts les Pterophyllum et les Zamites de la belle famille des Cycadées, et les Conifères qui venaient en même temps sur ces terres humectées!

« C’est à celte époque, encore placée sous le règne des Dycotylédones angiospermes, qu'il faut rapporter la première apparition des vraies Monocotylédones. La Presleria antiqua, Sternber., aux longs pétioles, suspendait, en grimpant, sur les vieux troncs, ses grappes de baies colorées, comme le font aujourd’hui les Smilax, à la famille desquelles la Presleria pouvait appartenir. Ailleurs, au milieu des marécages, naissaient les touffes des Palzoxyris Munsteri, Sternb., graminée enjoncée peut-être, qui égayait les bords des eaux.

« On voit que pendant longtemps la terre a conservé sa vézétation primitive, et c’est avec lenteur que des formes nouvelles s’y introduisent et peuvent s’y mulliplier. Mais si nos types actuels font défaut à ces époques reculées, nous devons reconnaître aussi que les plantes qui parmi nous représentent la végétation du monde primitif, sont souvent déchues de leur grandeur. Nos Prèles et nos Lycopodiacées sont de faibles images des Lépidodendrons et des Calamites,et les Astérophyllitées avaient déjà quitté le monde avant l’époque que nous décrivons. »

Les principaux végétaux qui appartiennent à cette époque se voient représentés sur la falaise qui termine à gauche la Vue idéale de la terre pendant la sous-période saliférienne (fig. 96, p.161). Les arbres élégants et de haute taille sont les Calurmites arenaceus; au-dessous se voient les grandes Prèles de cette époque, les Equisetites columnaris, espèce de

cierges élancés, de consistance molle et parenchymateuse, qui, se dressant sur les rivages, devaient donner une étrange physionomie à ces plages solitaires.

Terrain saliférien.— Ge terrain se compose d’un grand nombre de couches argileuses et marneuses, irrégulièrement colorées en rouge, en jaune bleuâtre ou verdâtre. Ce sont ces colorations diverses qui ont fait donner autrefois à cet élage géologique le nom de marnes irisées. Ces couches alternent souvent avec des grès, qui sont aussi diversement colorés. Comme roches subordonnées, on trouve dans ce terrain quel ques gîtes de combustibles (houille maigre, pyriteuse) et du gypse. Mais ce qui le caractérise avant tout, ce sont les puissantes couches de sel gemme qu'il renferme. Ces couches salifères, souvent de 7 et jusqu’à 10 mètres d'épaisseur, alternent avec des couches d’argile ; l'ensemble de cette alternance atteint quelquefois une épaisseur de 150 mètres.

En Allemagne, dans le Wurtemberg, en France, comme à Vic et à Dieuze (Meurthe), le sel gemme du terrain saliférien est soumis à une exploitation régulière. Dans le Jura, on extrait le sel d'eaux très-chlorurées qui sortent de cet étage.

Appartenant à des terrains situés assez profondément, ces gisements de sel gemme ne peuvent être exploités avec autant de facilité que ceux qui existent dans des terrains plus récents, c’est-à-dire dans les terrains tertiaires. Les assises de sel gemme de Vieliczka en Pologne, par exemple, peuvent être débitées à ciel ouvert ou par des galeries peu profondes, parce qu’elles se trouvent dans des terrains tertiaires situés à peu de profondeur ; mais les gisements de sel des terrains triasiques sont placés trop bas pour qu’on puisse les alteindre par des galeries. On se contente donc de forer des puits, que l’on remplit ensuite d’eau. Cette eau se charge de sel marin; on retire cette dissolution au moyen de pompes, et on la fait évaporer pour obtenir le sel cristallisé.

Le terrain saliférien se montre en Europe sur beaucoup de points divers, et il n’est pas difficile d’en suivre les affleurements. En France, il apparaît dans les départements de l’Indre, du Cher, de l'Allier, de la Nièvre, de Saône-et-Loire. Sur le versant occidental du Jura, on en voit poindre un lambeau

auprès de Poligny et de Salins. Sur le versant occidental des Vosges, il se montre dans le Doubs; puis il forme partout une lisière sur l'étage conchylien, dans la Haute-Saône, dans la Haute-Marne, dans les Vosges ; il s'élargit beaucoup dans la Meurthe (Lunéville, Dieuze), dans la Moselle; il s'étend au nord à Bouzonville et dans le grand-duché du Rhin; à l’est du Luxembourg jusqu'à Dockendorf. Quelques affleurements se voient sur le versant oriental des Vosges, dans le Bas-Rhin.

Le même étage se retrouve en Suisse et en Allemagne, dans le canton de Bâle, dans l'Argovie, dans le grand-duché de Bade, dans le Wurtemberg, dans le Tyrol, dans le Salzbourg. L'étage commence à l’orient du Devonshire en Angleterre, et forme une bande plus ou moins régulière qui passe dans le Somersetshire, le Glocestershire, le Worcestershire, le Warwick, le Leicestershire, le Nottingham, et va s'achever dans le Yorkshire, à la rivière de Tees. Un lambeau indépendant se voit dans le Chestershire.

Si l'étage saliférien est pauvre en débris organiques en France, il n’en est plus de même de l’autre côté des Alpes ; citons en particulier le Tyrol et les couches si remarquables de Saint-Cassian, Aussée et Hallstadt, où la roche est pétrie d'un nombre immense de fossiles marins. Parmi les céphalopodes se voient des Cératites et surtout des Ammonites de forme toute particulière et dont les lobes sont indéfiniment découpés comme la plus fine dentelle. Le genre Orthoceras que nous avons vu abonder pendant la période silurienne, et se continuer pendant le dépôt des terrains devonien et carbonifère, apparaît ici pour la dernière fois. On y trouve encore une grande quantité de gastéropodes et de lamellibranches aux formes les plus variées. Des Oursins, des Polypiers de structure fort élégante, peuplaient, de l’autre côté des Alpes, les mers, qui en France et en Allemagne étaient presque entièrement privées d'animaux. Certaines couches sont littéralement formées d’une immense accumulation de coquilles appartenant au genre Avicula.

En suivant la grande arête montagneuse des Alpes et des Karpathes, on retrouve partout le terrain saliférien remarquable par cette grande accumulation d’Avicules. Ce même

facies se présente dans des conditions identiques en Syrie, dans l'Inde, à la Nouvelle-Calédonie, à la Nouvelle-Zélande, en Australie, etc. Ce n’est pas le caractère le moins curieux de cette période, d'offrir, d’un côté de l’emplacement des Alpes (qui n'étaient pas encore soulevées), une immense accumulation de sédiments chargés de gypse, de sel gemme, etc... sans débris organiques, tandis que la ligne de séparation que marque cette région nous offre une série remarquable par l’accumulation extraordinaire des débris de mollusques marins.

Parmi ces espèces nous représentons (fig. 97, 98 et 99)

(Partie grossie.) Fig. 97. Fig. 99.

Myophoria lineata. (G. N.) Stellispongia variabilis. (G. N.)

la Myophoria lineata qu’on a souvent confondue avec les Trigonies, la Patella lineata et le Stellispongia variabilis.

Nous avons représenté, sur une première carte, l’état de la France future après les dépôts formés par les mers primitives. Les terrains déposés par les mers depuis cette époque, dans les lieux qui devaient former la France, sont assez nom breux pour que nous en donnions une représentation géographique. C'est ce que l’on a fait sur la carte II, placée en regard de cette page, qui retrace l’état de nos continents après

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