‹ La terre avant le délugeChapitre 28 sur 75 · AHOVIA HI AN VI AC · texte numérisé non relu

AHOVIA HI AN VI AC

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AONVUA

PÉRIODE CRETACÉE.

On donne le nom de crétacée à celte nouvelle période de l’histoire de notre globe, parce que les terrains que la mer a déposés à cette époque sont presque entièrement composés de craie (carbonate de chaux, variété terreuse).

Ce n'est pas pour la première fois quele carbonate de chaux apparait dans la constitution de notre planète. On à vu dès la période silurienne le calcaire intervenir parmi les matériaux terrestres; le terrain jurassique est formé de carbonate de chaux dans la plupart de ses assises, et ces assises sont énormes autant que nombreuses. Par conséquent, lors de la période appelée crétacée par les géologues, la chaux n’était pas une matière nouvellement venue sur le globe. Si l’on a été conduit à accorder ce nom à cette période, c’est parce que les géologues français ont été plus particulièrement frappés de l'abondance du carbonate de chaux terreux ou crayeux dans le bassin parisien.

Nous avons déjà, à propos des terrains silurien et devonien, cherché à établir l’origine de la chaux, qui forme aujourd'hui une masse énorme de-roches, et entre pour une part très-considérable dans la composition de lécorce terrestre. Il nous parait ulile, au risque de nous répéter, de reproduire ici, en la développant davantage, cette même explication.

Nous avons déjà dit que la chaux a été probablement introduite sur le globe par des eaux thermales qui jaillirent en grande abondance par les fissures, dislocations et fractures du sol, déterminées elles-mêmes par le refroidissement progressif du globe. Le centre de la terre est le grand réservoir et le lieu d’origine de tous les matériaux qui forment aujourd'hui son écorce solide. De même que l’intérieur du globe nous à fourni les matières solides éruptives très-diverses, tel-

les que les granits, les porphyres, les trachytes, les basalles, les laves, il a également lancé à la surface du sol des eaux bouillantes chargées de bicarbonate de chaux, souvent accompagné de silice. Les geysers de l'Islande, qui projettent à une hauteur considérable des jets d’eau à 100° de température, tenant de la silice en dissolution, nous offrent un exemple, encore en action de nos jours, de ces eaux thermales qui aulrefois lançcaient des masses énormes de silice ou de bicarbonate de chaux de l’intérieur du globe.

Mais comment la chaux, dissoute à l’étal de bicarbonate dans les eaux thermales venues de l’intérieur de la terre, at-elle fini par composer des terrains? C’est ce qu'il reste à expliquer.

Pendant les temps géologiques, la mer couvrant la surface presque entière du globe, les sources thermales chargées de sels calcaires se déchargeaient nécessairement au milieu de ses eaux. Ces sources thermales venant sourdre dans le bassin des mers, se réunissaient aux flots de l'immense Océan primordial. Les eaux de la mer devinrent ainsi sensiblement calcaires ; elles contenaient, on peut le croire, 1 ou 2 pour 100 de chaux. Les innombrables animaux qui vivaient dans les mers anciennes, en particulier les zoophytes, ainsi que les mollusques au test solide, s'emparèrent de cette chaux pour former leur enveloppe minérale. Dans ce milieu liquide, sensiblement calcaire, les foraminifères, les polypiers, les rudistes pullulaient et formaient d'innombrables populations. Que devenait, après leur mort, le corps de ces animaux, grands et petits, mais ordinairement d’une pelitesse microscopique? La matière animale destructible disparaissait, au sein de l’eau, par la putréfaction; il ne restait que la matière inorganique indestructible, c’est-à-dire le carbonate de chaux, formant le test de leur enveloppe. Ces dépôts calcaires s’accumulaient en épaisses couches sur le bassin des mers; ils s’agglutinaient bientôt en une masse unique, et formaient un lit continu au fond des eaux. Ces couches se superposant, augmentant par la suile des siècles, ont fini par constituer des terrains : ce sont nos terrains calcaires acluels.

Ce que l’on vient de lire n’est pas, comme plus d’un lecteur pourrait en concevoir la crainte, une conception faite à plaisir

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par l'imagination en quête d’un système. Le temps est passé où la géologie pouvait être considérée comme le roman de la nature. Tout ce qu'elle avance n’a plus aucun caractère de conception arbitraire. Sans doute on est frappé de surprise en apprenant que toutes les roches calcaires, toutes les pierres calcaires employées à la construction de nos maisons et de nos villes, sont des dépôts des mers de l’ancien monde, et ne consistent qu'en une agrégation de coquilles de mollusques ou de débris de tests de foraminifères et autres zoophytes. Mais que l’on prenne la peine de regarder, que l’on ait recours à l'observation, et tous les doutes ne tarderont pas à disparaitre. Examinez la craie au microscope, vous la trouverez composée de la réunion de nombreux débris de z00phytes, de petites Ammonites, de coquilles diverses, et surtout de foraminifères tellement petits, que leur petitesse a même dû les rendre indestructibles. Cent cinquante de ces petits êtres, élant placés bout à bout, ne formeraient pas la longueur d’un millimètre.

Les figures 185, 186, 187 et 188 représentent les formes multipliées el élégantes que l’on découvre dans la craie soumise à l'inspection microscopique. Ces figures, empruntées à l'ouvrage du micrographe Ehrenberg (Micro-géologie), reproduisent l’aspect que présente la craie réduite en poudre et étalée sur le porte-objet du microscope. Les échantillons de craie soumis à l'inspection microscopique sont ici au nombre de quatre : les craies de Meudon, de Gravesend (Angleterre), de l’ile Moën (Danemark), et celle qui existe dans les terrains tertiaires de Cattolica (Sicile). Dans ces divers calcaiïres, on discerne des coquilles d’Ammonites, de foraminifères et autres zoophytes. Sur deux de ces figures (fig. 185 et 187) on a représenté l'aspect de la même tranche de craie vue, dans sa moitié supérieure, par transparence et, vue, dans sa moitié inférieure, à travers son épaisseur, au moyen d’un éclairage superficiel.

Le sul recours à l'observation suffit donc pour établir la réalité de l'explication qui précède concernant la formation des roches crayeuses ou crétacées. Ajoutons, pour lever les derniers doutes, qu'au sein d’une mer de l'Europe moderne, dans la mer Baltique, on voit se passer l’ensemble du curieux

Fig. 186. Craie de Cattolica (Sicile).

Aspect de la craie au microscope, d'après Ehrenherg

Fig. 188. Craie de Gravesend.

Aspect de la craie au microscope, d’après Ehrenberg.

phénomène que nous venons de décrire. Depuis des siècles, le fond de la mer Baltique ne cesse de s'élever, par suite du dépôt constant qui s’y fail d’un amas de tests et de coquilles calcaires joints aux sables et aux vases. La mer Baltique sera certainement un jour comblée par ces dépôts, et ce phénomène moderne, que nous prenons pour ainsi dire sur le fait, met sous nos yeux l'explication positive de la manière dont les roches calcaires se sont formées dans le monde ancien.

Après cette explication du mode de formation des roches crétacées, examinons l’état de la nature vivante durant cette importante période de l’histoire de la terre.

L'état de la végétation pendant la période crétacée est comme le vestibule de la végétation des temps actuels. On y trouve, avec des genres de plantes propres aux périodes anciennes, un certain nombre appartenant aux temps actuels. Placée à la fin de l’époque secondaire, cette végétation nous prépare et sert comme de transition à la végétation de l’époque tertiaire, qui, comme on le verra, tend à se confondre avec celle de nos jours.

Les paysages de l’ancien monde nous ont montré jusqu'ici des espèces végétales aujourd’hui éteintes offrant à nos regards quelque chose d’étrange et d’inconnu. Mais pendant la période dont nous allons tracer l’histoire, le règne végétal commence à se faconner sous un aspect moins mystérieux : des formes familières à nos yeux, des cimes arrondies, des ombrages aimés, se montrent à nos regards. Les palmiers apparaissent, et, dans leurs diverses espèces, nous en reconnaissons qui diffèrent peu de celles de nos contrées tropicales. Les dicotylédones augmentent un peu en nombre. Au milieu des fougères, des cycadées, qui ont considérablement perdu en quantité et en importance, nous voyons, à n'en pas douter, croître les arbres dicotylédones de nos climats tempérés : ce sont des Aunes, des Charmes, des Érables, des Noyers.… Arbres de nos pays, nous vous saluons avec joie!

« À mesure, dit M. Lecoq, que nous nous éloignons des temps de la

création primitive et que, traversant les âges, nous nous rapprochons lentement de l’époque actuelle, les sédiments se retirent des régions po-

laires, et se restreignent dans les zones tempérées ou équatoriales. Les grandes couches de sables et de calcaires qui constituent la formation crayeuse annoncent un état de choses bien différent du précédent. Les saisons ne sont plus marquées par la chaleur centrale : il existe déjà

Fig. 189. Palmiers fossiles restaurés.

des zones de latitude, déjà les conditions biologiques des êtres vivants se rapprochent de celles que nous éprouvons, et la végétation prend un caractère tout particulier.

« Jusqu'ici deux classes des végétaux avaient dominé les autres : les

Cryptogames cellulaires d’abord, les Dicotylédones gymnospermes ensuite, et, à l'époque où nous sommes arrivés, époque transitoire pour la végétätion, les deux classes qui avaient régné auparavant s’affaiblissent, une troisième, celle des Dicotylédones angiospermes, prend timidement possession du terrain. Composée d’abord d’un petit nombre d’espèces, elle occupe seulement une petite partie du sol; elle veut ensuite le partager, et dans les périodes suivantes, comme dans la nôtre, nous verrons son règne solidement établi. C’est en effet pendant la période crétacée que l'on voit naître les premières Dicotylédones angiospermes. Des Fougères arborescentes se sont maintenues, et les élégants Protapteris Singeri, Presl.,et P. Buvigneri, Brongn., livrent encore leurs frondes légères aux vents de celte période agitée. Des Pecopteris, différant des espèces wéaldiennes, vivent dans les mêmes lieux. Des Zamites, des Cycadites et des Zamiostrobus annoncent, à l’époque crayeuse, une température encore élevée. De nouveaux Palmiers se montrent, et parmi eux on remarque surtout le Flabellaria chamæronifolia, Gæp., qui devait porter de majestueuses couronnes.

« Les Conifères ont résisté bien plus que les Cycadées ; elles formaient alors, comme de nos jours, de grandes forêts où les Damarites, les Cunninghamites, les Araucarites, les Eléoxylon, les Abiélites, les Pinites, etc., rappellent des formes encore existantes, mais dispersées sur tous les points de la terre.

« De cette époque datent les Comptonites, attribuées aux Myricées ; l’Almites Fresii, Nils., que l’on regarde comme une Bélulacée; le Carpinîtes arenaceus, Gæp., qui serait une Cupulifère; les Salicites, qui représentaient nos saules arborescents. Les Acérinées auraient leur Aceriles cretaceus, Nils., et les Juglandées les Juglandites elegans, Gæp. Mais l'apparition la plus intéressante de cette période est celle dés Crednaria. de ces feuilles aux trois nervures, dont la craie compte déjà huit espèces, et dont la place reste incertaine dans la classification. Les Crednaria, comme les Salicites, étaient certainement des arbres, ainsi que la plupart des espèces qui vivaient à ces époques reculées!. »

Nous mettons sous les yeux du lecteur (fig. 189) l’image de deux Palmiers appartenant à l’époque crétacée, restaurés d’après les empreintes et d’après les débris fossiles laissés par le tronc et les rameaux de ces végétaux dans les terrains correspondant à cette période.

Mais si la végétation de la période crétacée se rapprochait sensiblement de celle de nos jours, on ne saurait en dire autant de sa population animale. Le moment n'est pas encore venu où nous verrons des mammifères analogues à ceux de notre époque animer les forêts et les plages de l’ancien monde. Les premiers et imparfaits mammifères, c’est-à-dire

:. Géographie botanique, tome IV.

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les marsupiaux, qui s'étaient montrés pendant la période précédente, n'existent même plus, et aucun autre mammifère n’est venu les remplacer. Plus de sarigue grimpant, avec ses petits, aux feuilles des zamites! La terre appartient encore aux reptiles, qui réveillent seuls, par leurs sifflements sinistres, la solitude des bois et le silence des vallées. Les reptiles qui remplissaient les mers pendant la période jurassique tenaient des Crocodiles par leur organisation; les reptiles de celte période ressemblent aux Sauriens, c'est-à-dire à nos lézards : voilà le seul perfectionnement. Ils sont portés sur des pattes plus hautes, ils ne rampent plus sur le sol : tel est le seul progrès qui semble les rapprocher des mammifères.

Ce n’est pas sans surprise que l’on constate l’immense développement, les dimensions extraordinaires que présentait à cette époque la famille des lézards. Ces animaux, qui de nos jours ne dépassent pas 1 mètre de longueur, pouvaient atteindre, pendant la période crétacée, une longueur de 20 mètres. Inoffensifs aujourd’hui, ils étaient à cette époque voraces et destructeurs. Le lézard marin, que nous étudierons sous le nom de Mosasaure, était alors le fléau des mers : il jouait le rôle de l'ichthyosaure de la période jurassique. Depuis la période du lias jusqu’à la période crétacée, les 1chthyosaures, les Plésiosaures et les Téléosaures furent les tyrans des eaux. Ils terminent leur existence dans la période crétacée, et cèdent la place au Mosasaure, à qui échoit la redoutable fonction de maintenir dans de justes limites l’exubérante production des tribus de poissons et de crustacés qui peuplaient les mers. Nous verrons plus lard les énormes lézards marins de cette période disparaitre à leur tour, et être remplacés, dans les mers de l’époque tertiaire, par les cétacés, par nos baleines. À partir de ce moment, on ne trouvera pas de reptiles habitant les mers ; ils prendront le rôle trèssecondaire que nous leur voyons jouer dans la création actuelle.

Vu l'étendue considérable des mers, les poissons étaient nombreux pendant la période crétacée. Des Brochets, des Saumons, des Diodons et des Zées, analogues aux espèces de nos jours, vivaient dans les mers de cette époque. Ils fuyaient devant des Requins et des Squales voraces, qui apparurent

alors en grand nombre, après s’être montrés dans la période oolithique.

Ces mers étaient encore remplies d’un grand nombre de polypiers, d’oursins, de crustacés divers et de genres de mollusques différents de ceux qui existaient à l'époque jurassique. À côté des gigantesques lézards, pullulaient des animalcules : ces foraminifères dont les restes minéraux sont répandus aujourd’hui en infinie profusion dans la craie, sur une surface et une épaisseur immenses. Les débris calcaires de ces petits êtres, par leur nombre incalculable, ont couvert un moment une grande partie de la surface terrestre.

Pour donner une idée de l'importance de la période crétacée sous le rapport des êtres organisés, il nous suffira de dire qu’on a trouvé dans les terrains qui la représentent actuellement, 268 genres d'animaux jusqu'alors inconnus, et plus de 5000 espèces d'êtres vivants spéciaux. La puissance ou l'épaisseur des terrains formés pendant cette période est de 4000 mètres environ.

Nous diviserons la période crétacée en deux sous-périodes (inférieure et supérieure), d’après leur ordre d'ancienneté et les espèces animales qui leur sont propres.

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