‹ La terre avant le délugeChapitre 27 sur 75 · Traduction de Delille · texte numérisé non relu

Traduction de Delille

Ce détestable vers du traducteur de Milton pourrait s’appliquer aussi au Ptérodactyle.

On croit que les petites espèces de cet animalse nourrissaient d'insectes, mais que les grandes faisaient leur proie des poissons, sur lesquels le Ptérodactyle pouvait se précipiter à la manière des Hirondelles de mer.

Ce qui frappe surtout dans l’organisation de cet animal étrange, c’est le bizarre assemblage de deux ailes vigoureuses implantées sur le corps d’un reptile. L'imagination des poëtes avait seule concu jusqu'ici une telle association, en créant le Dragon qui a joué un grand rôle dans la Fable et la mythologie païennes. Le Dragon, ou le reptile volant de la Fable, avait disputé à l’homme la possession de la terre; les dieux et les demi-dieux comptaient parmi leurs plus fameux exploits leur victoire sur ce monstre redoutable. Des fictions païennes, le Dragon passa dans la poésie grecque et latine, et plus tard, dans celle de la Renaissance et des temps modernes. Quel rôle ne joue pas le fabuleux Dragon dans les vers du Tasse et de l’Arioste! Consacré par la religion des premiers peuples, introduit de la mythologie païenne dans la poésie grecque et latine, enfin dans les fictions poétiques des modernes, le Dragon, selon une pensée fort juste de Lacépède, « a été tout, et s’est trouvé partout, hors dans la nature. »

Le Ptérodactyle est le seul animal qui pourrait répondre au {type rendu célèbre par la religion et la poésie anciennes ; mais on voit que ce typeest bien amoindri dans le pauvre reptile grimpeur et sauteur qui vivait dans les temps jurassiques.

Parmi les animaux de notre époque on ne trouve qu’un seul reptile pourvu d'ailes, ou d’appendices digitaires analogues à l’aile membraneuse de la chauve-souris : c’est celui que les naturalistes modernes désignent, pour les motifs précédents, sous le nom même de Dragon. Ce reptile vit dans les forêts des contrées les plus brülantes de l’Afrique et dans quelques îles de l'océan Indien, surtout à Sumatra et à Java. il poursuit les insectes en sautant de branche en branche, à l’aide de l’espèce de parachute qui résulte du prolongement de ses côtes, qui sont revêtues d’une membrane comme les doigts de la chauve-souris.

Les Tortues qui avaient commencé à paraître pendant les

périodes précédentes fournissent des espèces nouvelles pendant la période qui nous occupe. Comme spécimen des Tor- ‘tues propres à l’époque jurassique, nous représentons la Chelonemys plana (fig. 128), qui a été décrite et étudiée par le professeur Jourdan, de Lyon, dans un mémoire spécial. Le corps du reptile et sa carapace sont parfaitement conservés

sur cette empreinte.

Fig. 128. Chelonemys plana. (2/5 G. N.)

Quelle étrange population que celle de notre globe à cette période de son enfance où les eaux étaient remplies de créatures aussi extraordinaires que celles dont nous venons de retracer l’histoire; où des reptiles monstrueux, comme l’Ichthyosaure et le Plésiosaure, remplissaient l'Océan, sur les flots duquel voguaient, comme de légers esquifs, d'innombrables Ammonites dont quelques-unes avaient la dimension d’une

roue de voiture, tandis que des Tortues gigantesques et des Crocodiles rampaient aux bords des rivières et des lacs! Aucun mammifère, aucun oiseau n'avaient encore apparu ; rien n'interrompait le silence des airs, sinon le sifflement des repüles terrestres et le vol de quelques insectes ailés.

La terre s'était un peu refroidie pendant la période jurassique, les pluies avaient perdu de leur continuité et de leur abondance, la pression atmosphérique avait sensiblement diminué. Toutes ces circonstances secondaient l’apparition et la multiplication de ces innombrables espèces animales dont les formes singulières se montrèrent alors à la surface du globe. On ne peut se faire une idée de la quantité prodigieuse de mollusques et de zoophytes dont les débris sont ensevelis dans les terrains jurassiques, et y forment à eux seuls des couches entières d’une immense hauteur et d’une immense étendue.

Les mêmes circonstances concouraient à favoriser la mulliplication des plantes. Si les rivages et les mers de cette période recevaient des redoutables êtres qui viennent d’être décrits une physionomie grandiose et terrible, la végétation qui couvrait les continents avait aussi son aspect et son caractère particuliers. Rien dans la période actuelle ne peut rappeler la riche végétation qui décorait les rarescontinents de cette époque. Une température encore très-élevée, une atmosphère constamment humide, et sans doute aussi une brillante illumination solaire, provoquaient une végétation luxuriante, dont quelques îles tropicales du monde actuel, avec leur température brülante et leur climat maritime, peuvent seules nous donner l’idée, et même nous rappeler les types botanisques. Les élégants Voltzia de la période triasique avaient disparu; mais il restait les Prêles, dont les troncs déliés se dressaient dans les airs en panaches élégants ; il restait encore les roseaux gigantesques, et les fougères, quiavaient perdu, il est vrai, les énormes dimensions qu’elles présentaient dans les périodes antérieures, mais non les fines et délicates découpures de leur feuillage aérien.

A côté de ces familles végétales, héritage transmis par les siècles antérieurs, une famille tout entière, celle des Cycadées, se montre ici pour la première fois au jour. Les Cycadées

comptent tout de suite des genres nombreux. Tels sont les Za mites, les Pterophyllum, les Nilsonia.

Parmi les nombreuses espèces végétales quisont caractéristiques de l’époque du lias, nous citerons les suivantes, en les rangeant par familles :

Odontopteris cycadea.

ROUGÉRESE EEE ce e CE .\ Taumatopteris Munsterii. Camptopteris crenata. Zamites distans.

Zamites heterophyllus.

Zamites gracilis.

Pterophyllum majus.

Plerophyllum dubium.

Nilsonia contigua.

Nilsonia elegantissima.

Nilsonia Sternbergii.

Taxodites.

"| Pinites.

GXCADEES er GEL

CONIFÉRES enclos

Les Zamites, arbres d’un port élégant, semblent annoncer la naissance prochaine des Palmiers, qui apparaîtront dans la période suivante. Très-voisins de nos Zamias actuels, arbustes de l'Amérique tropicale, et surtout des îles de l’Inde occidentale, ils étaient si nombreux en individus et en espèces, qu'ils formaient à eux seuls la moitié des forêts pendant la période qui nous occupe. Le nombre de leurs espèces fossiles est plus grand que celui des espèces actuellement vivantes. Le tronc des Zamites, simple et couvert de cicatrices laissées par les anciennes feuilles, supportait uneépaisse couronne de feuilles longues de plus de six pieds, et disposées en éventails en partant d’un centre commun.

Les Pterophyllum, grands arbres couverts de bas en haut de larges feuilles pennées, s’élevaient à une hauteur de plusieurs mètres. Leurs feuilles, minces et membraneuses, étaient munies de folioles tronquées au sommet, parcourues par de fines nervures, non convergentes, mais aboutissant au bord terminal tronqué.

Enfin, les Nilsonia étaient des Cycadées voisines des Pterophyllum, mais à feuilles épaisses et coriaces et dont les folioles courtes, contiguës ou même en partie soudées à la base, étaient obtuses ou presque tronquées au sommet, et présentaient des nervures arquées ou confluentes vers le haut.

Les caractères essentiels de la végétation pendant la période du lias sont : 1° la grande prédominance des Cycadées, qui continuent leur développement commencé pendant l’âge précédent et l'extension des genres nombreux appartenant à cette famille et surtout des Zamites et des Nilsonia; 2 l’existence, parmi les Fougères, de beaucoup de genres à nervure réticulée qui se montraient à peine et sous des formes peu variées dans les terrains plus anciens.

La planche 129 représente un paysage continental de la période du lias. Les arbres et arbustes caractéristiques de cette période sont : l’élégant Pterophyllum, qui se voit à l’extrémité gauche du tableau ; les Zamites, reconnaissables à leur tronc large et très-bas, d’où rayonnent des feuilles inciinées en forme d’éventail. Les grandes Prêles de cette époque s’unissent aux Fougères arborescentes. On y voit encore des Cyprès, Conifères tout à fait voisins de ceux de notre époque. Parmi les animaux, le Ptérodactyle est surtout représenté. L'un de ces reptiles se voit à l’état de repos, porté sur ses pattes de derrière ; l’autre est représenté, non pas volant à la manière d’un oiseau, mais se précipitant du haut d’un rocher, pour saisir au vol un insecte ailé, l’élégante Libellule (Demoïselle).

Lias. — Les terrains qui représentent actuellement la période liasique forment la base du terrain jurassique et ont une épaisseur moyenne d'environ 100 mètres.

A la partie inférieure du lias, on trouve des sables, des grès quartzeux, qui portent le nom de grès du lias et comprennent la plus grande partie du quadersandstein (pierre à bâtir des Allemands). Au-dessus viennent des calcaires compactes, argilifères, bleuâtres ou jaunâtres. Enfin l'étage est terminé par des marnes, quelquefois sablonneuses, d’autres fois bitumineuses.

On divise le lias en quatre étages :

1° L’infra-lias, qui est très-développé dans les Alpes de la Lombardie et du Tyrol, dans le Luxembourg, et en France, dans la Dordogne et le Midi; il est caractérisé par l’Avicula contoria,

2° Le lias inférieur à gryphées arquées, avec quelques bancs

Fig. 129. Vue idéale de la terre pendant la période du lias.

sableux à la base. Indépendamment de la Gryphœa arcuata, on y trouve l’Ammonites Bucklandi.

3° Le lias moyen, formé par des bancs nombreux renfermant, entre autres fossiles, des Pentacrinites, Belemnites paæillosus, Gryphæa obliqua, Sauriens, etc.

4 Le lias supérieur (marnes supra-liasiques, Toarcien), surmonté par une couche de fer oolithique généralement exploité. Ces marnes sont puissantes. Les fossiles sont l’Ammonites bifrons, Brachyphyllum, Belemnites tripartitus. La couche de fer est, comme d'habitude, remarquablement riche en fossiles.

En France, le lias affleure dans le Calvados, la Bourgogne, la Lorraine, la Normandie, le Lyonnais, etc.

SOUS-PÉRIODE OOLITHIQUE.

Cette sous-période a recu le nom d’oohithique, parce que plusieurs des calcaires entrant dans la composition des terrains qui la représentent aujourd'hui, résultent presque entièrement de l’agrégation de petits grains ronds, concrétionnés, dont l'aspect est fort singulier : il rappelle les œufs de poissons ; de là son nom (&6v, œuf; Go, pierre). La sous-période oolithique se subdivise en trois sections, que nous passerons successivement en revue, et qui portent les noms d’oolithe inférieure, moyenne et supérieure.

Oolithe inférieure. — Le trait le plus saillant et le plus caractéristique de cette époque est certainement l'apparition des mammifères sur le globe. Mais l’organisation toute spéciale de ces premiers mammifères va être pour le lecteur un sujet d’étonnement, et prouver d’une manière indubitable que la nature a suivi, dans la création des animaux, des transitions qui font passer leur organisme par des degrés successifs de perfectionnement. Les premiers mammifères qui apparurent sur la terre ne jouissaient pas de tous les attributs organiques propres aux mammifères parfaits. Dans cette grande classe, les animaux viennent au monde tout vivants, et non par des œufs, comme les oiseaux, les reptiles et les poissons. Ce n’est pas ainsi qu’étaient orga-

nisés les premiers mammifères que Dieu jeta sur notre globe : ils appartenaient à cet ordre tout spécial d'animaux, rares d’ailleurs, qui ne mettent pas au monde des petits vivants, mais seulement une masse gélatineuse, tenant à la fois de l’œuf et du jeune animal. Cette masse membraneuse, la mère la conserve pendant un certain temps dans une sorte de poche creusée dans les parois de son abdomen; ce n’est qu'après un séjour plus ou moins prolongé dans cette poche, et sous l’influence de la chaleur maternelle, que l'animal parfait déchire ses langes et apparaît au jour. C’est là un mode de génération qui semble tenir le milieu entre la génération ovipare et vivipare, entre la génération des oiseaux ou des reptiles et celle des mammifères ; et c’est un trait bien frappant pour l’histoire de la création animale, que de voir ces animaux apparaître dans la chronologie du globe, pour former, pour ainsi dire, le trait d'union entre les reptiles et les mammifères. Les naturalistes ont toujours été fort embarrassés pour classer les animaux pourvus de cette curieuse organisation. On voit avec quelle facilité on trouve leur place zoologique quand on consulte l’histoire du monde primitif. Le lecteur comprendra aussi combien les différentes branches des sciences naturelles servent à s'éclairer mutuellement, combien la paléontologie, par exemple, peut venir, comme dans le cas actuel, efficacement au secours de la zoologie.

On nomme, dans la classification zoologique actuelle, mammifères didelphes es animaux qui sont pourvus du mode d’organisation qui vient d'être décrit. Les mammifères didelphes naissent dans un état d'imperfection extrême, et, durant leur vie embryonnaire, ils ne tirent pas leur existence d’un placenta, comme les mammifères ordinaires : les parois de leur cavité viscérale sont soutenues par des os dits marsupiaux, qui sont fixés par leur extrémité postérieure au-devant du bassin ; aussi leur donnait-on autrefois le nom de mammifères Mmarsupiaux.

Les Sarigues, les Kangurous, les Ornithorhynques sont les représentants actuels de ce groupe.

On a donné le nom de Thylacotherium ou d’Amphitherium, et de Phascolotherium, aux premiers mammifères didelphes, ou #arsupiaux, qui ont apparu sur le globe, et que l’on a dé-

couverts dans l'oolithe inférieure, dans l'étage le plus récent, qui porte le nom de grande oolithe. La figure 130 représente (de grandeur naturelle) la mâchoire inférieure du premier

Fig. 130. Fig. 131.

Mächoire de Thylacotherium Prevosti. (G. N.) Mächoire de Phascolotherium. (G. N.) de ces animaux; la figure 131 représente celle du second. Les mâchoires inférieures sont d’ailleurs tout ce que l’on a pu recueillir jusqu'ici de ces animaux fossiles.

Les animaux qui vivaient sur les continents pendant la sous-période oolithique inférieure étaient à peu près les mêmes que ceux du lias. Les insectes y étaient peut-être plus nombreux.

La faune marine comptait des reptiles, des poissons, des mollusques, des zoophytes. Parmi les premiers, nous citerons les Ptérodactyles et un grand saurien, le Teleosaurus, appartenant à une famille qui commence d’apparaître ici et que nous retrouverons dans la période suivante ; parmi les poissons, les genres Ganodus et Ophiopsis.

Fig. 132. Fig. 133.

Ammonites Humphrysianus. (1/2 G. N.) Ammonites bullatus. (1/3 G. N.)

L’Ammonites Humphrysianus (fig. 132), l'Ammonites bullatus (fig. 133), l'Ammonites Brongniarti (fig. 134), le Nautilus linea-

tus, et beaucoup d’autres, représentaient les mollusques céphalopodes; les Terebratula digona (fig. 135) et spinosa, les mollusques brachiopodes.

Le Pleurotomaria conoidea (fig. 136), parmi les gastéropodes, l’'Ostrea Marshü (fig. 137) et le Lima proboscidea, qui appartiennent aux Acéphales, sont des mollusques fossiles caractéristiques de cette époque, à laquelle vivaient encore l’Entalophora cellarioides (fig. 138), l’Eschara Ranviliana (fig. 139), les PBidiastopora cervicornis (fig. 140), élégants et caractéristiques Mollusques bryozoaires.

Les Échinodermes et les Polypiers croissaient en grand nombre dans les mers de l’oolithe inférieure : l’Apiocrinus elegans (fig. 141), l'Hyboclypus gibberulus (fig. 142), le Dysaster Eudesii (fig. 143), représentaient les premiers; le Montlivaltia caryophyllata (fig. 144), l'Anabacia orbulites (fig. 145), le Cryp-

Fig. 134. Fig. 135. Fig. 136.

Ammonites Brongniarti. Terebratula digona. Pleurotomaria conoïidea. (G. N.)

(Grossie.) (G. N.) Ostrea Marshii. (1/3 G. N.) Fig. 138. Entalophora cellarioides.

tocænia bacciformis (fig. 146), l’'Eunomia radiata (fig. 147), représentaient les seconds.

Cette dernière et remarquable espèce de zoophytes (Eunomia radiata) se présente à nous en masses de plusieurs mètres de circonférence, accumulation d'animaux qui a sans doute

(G: N:) (Partie grossie.) > Fig. 139. (G. N.) (Partie grossie.) Eschara Ranviliana. Fig. 140. Bidiastopora cervicornis.

Fig. 141. Apiocrinus elegans.

(Dessus.) (Profil.) Fig. 142. Hyboclypus gibberulus. (G. N.)

(Dessus.) (Profil.) (Dessous.) Fig. 144. Montlivaltia Fig. 143, Dysaster Eudesii. (G. N.) caryophyllata. (G. N.)

nécessité une longue suite de siècles. Cette réunion de petits êtres vivant sous les eaux, mais à une faible distance au-dessous de leur niveau, a fini par constituer des bancs, ou plutôt

des ilots, d’une étendue considérable, qui formaient à la surface de la mer de véritables récifs. Ces récifs ont été principalement construits à l’époque jurassique, et l'extrême abon-

(Profil.)

(Dessus.) Fig. 145. Anabacia orbulites. (G. N.)

Fig. 146. Cryptocænia bacciformis.

(a, coupe en travers des tubes; b, coupe verticale; c, portion inférieure, grossie, d'un tube.)

Fig. 147. Eunomia radiata.

dance de ces masses au sein de la mer est même un des caractères de cette période géologique. Le même phénomène continue d’ailleurs de nos jours, mais par d’autres zoophytes.

On appelle attolls les banes de rochers qui se produisent aujourd’hui, par suite de cette cause, dans les mers de l’Océanie.

La flore continentale de cette époque était fort riche. Les Fougères continuaient d'y figurer; mais la taille et le port de ces plantes étaient sensiblement inférieurs à ce qu'ils avaient été dans les périodes précédentes. Nous citerons, parmi les Fougères, les espèces suivantes, comme propres à la période

Fig. 148. Coniopteris Fig. 149. Pecopteris Murrayana. Desnoyersii.

oolithique : le Coniopteris Murrayana (fig. 148), le Pecopteris Desnoyersii (fig. 149), le Pachypteris lanceolata (fig. 150), le Phlebopteris Phillipsii (fig. 151); parmi les Lycopodiacées, le Lycopodites falcatus.

La végétation de cette époque devait prendre une physionomie toute spéciale par la présence de quelques arbres de la famille des Pandanées, si remarquable par la disposition de leurs racines aériennes et par la magnificence des couronnes feuillées qui terminent leurs rameaux. Ni les feuilles, ni les racines de ces plantes n’ont été retrouvées à l’état fossile ; mais on possède leurs fruits, volumineux et sphériques, qui ne laissent aucun doute sur la nature du végétal tout entier.

Les Cycadées étaient représentées par les genres Zamites el

Fig. 150. Pachypteris lanceolata. (Partie grossie.)

Otozamites, par plusieurs espèces de Pterophyllum (fig. 152).

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Fig. 151. Phlebopteris Phiilipsu.

Les Conifères, cette grande famille de l’époque moderne à

laquelle appartiennent les Pins, Sapins, etc., de nos forêts du Nord, existaient dès cette époque. Ces premiers Conifères comptaient les genres Thuites, Taxites, Brachyphyllum.

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Fig. 152. Pterophyllum Williamsonis. Fig. 153. Brachyphyllum.

Les Thuites étaient de vrais thuyas, arbres de l’époque actuelle, qui sont toujours verts, à rameaux comprimés, à feuilles petites, imbriquées, serrées, offrant à peu près l’aspect du Cyprès, mais s’en distinguant par plusieurs points de leur organisation ; les Taxites ont été rapprochés, avec quelques doutes, des Ifs; enfin les Brachyphyllum (fig. 153) étaient des arbres qui, par les caractères de leur végétation, paraissent se rapprocher de deux genres actuellement existants : les Arthrotaxis de la Terre de Diémen etles Widdringtonia de V’Afrique australe. Les feuilles des Brachyphyllum sont courtes, charnues, insérées par une base large et rhomboïdale.

Étage oolithique inférieur. — Les terrains qui représentent actuellement la période oolithique inférieure, et qui atteisnent en Angleterre jusqu'à 180 mètres de puissance, forment un étage très-complexe contenant les deux étages bajocien et bathonien de M. d’Orbigny.

La première assise du terrain oolithique inférieur se rencontre en Normandie, dans les Basses-Alpes, aux environs de Lyon, etc. Remarquable près de Bayeux par la variété et la

beauté de ses fossiles, ce terrain se compose principalement de calcaires jaunâtres, brunâtres ou rougeûtres, chargés d’hydrate de fer, souvent oolithique, et reposant sur des sables calcaires. Ces dépôts sont surmontés d’alternances d'argile et de marne, bleuâtre ou jaunâtre, auxquelles on a donné le nom de {erre à foulon, parce qu'elles servent à dégraisser les draps qui sortent des fabriques.

La seconde assise de l’oolithe inférieure, qui atteint une puissance de 50 à 60 mètres sur les côtes de la Normandie, et se développe aux environs de Caen et dans le Jura, a été divisée en quatre élages, que nous allons signaler successivement en allant de bas en haut.

1° La grande oolithe. Elle consiste principalement en un calcaire oolithique très-caractérisé, mais à très-petits grains, blanc, tendre, très-développé et exploité à Bath, en Angleterre. À ce groupe appartient l’oolithe milliaire, ainsi nommée parce que toute la masse est formée d’oolithes blanches dont l'aspect rappelle les graines du millet. C’est au niveau de la grande oolithe qu'il faut rapporter les couches de Stonesfield, célèbres par la découverte qu’on y à faite des Mammifères marsupiaux Amphitherium et Phascolotherium, de plusieurs sortes de reptiles, principalement des Ptérodactyles, de plantes et d'insectes admirablement conservés.

2 L’argile de Bradford, qui n’est qu’une marne bleuâtre contenant souvent beaucoup d’Encrines, mais qui paraît n’avoir qu'une existence locale.

3° Le marbre de forêt (forest marble), qui se compose de calcaire coquillier, exploité dans la forêt de Wichwood, et de sable marneux et quartzeux.

4° Enfin, le cornbrash (terre à blé), formé de pierrailles calcaires ou de grès calcarifères qui encombrent les champs cultivés en céréales : de là son nom.

Nous représentons, sur la planche 154, une Vue idéale de la terre pendant la période oolithique inférieure. La partie continentale nous présente les Lypes des arbres propres à cette période : les Zamites avec leur tronc large et bas, d’où partent des feuilles en éventail; ils rappellent, par leur port et leur

Fig. 154. Vue idéale de la terre pendant la période oolitnique.

forme, nos Zamias acluels des contrées tropicales; un Pterophyllum avec sa tige couverte, du bas jusqu’au sommet, de ses branches finement découpées; des Conifères assez semblables à nos cyprès actuels, et des Fougères arborescentes.

Ce qui différencie ce paysage de celui de la sous-période précédente, c'est un groupe de magnifiques arbres, les Pandanées, qui sont remarquables par leurs racines aériennes, leurs longues feuilles et leurs fruits globuleux.

Sur l’un de ces derniers arbres s’apercoit le Phascolotherium, assez semblable à nos Sarigues : c’est le premier mammifère qui ait animé les parages de l’ancien monde. Le dessinateur a dù agrandir ici les dimensions de la Sarigue fossile, pour faire saisir les formes de cet animal. Il faut donc réduire, par la pensée, cinq à six fois le volume de ce mammifère, qui n’était guère plus gros qu'un chat.

Un Crocodile, un squelette d’Ichthyosaure, rappellent que les reptiles tenaient encore une grande place dans la création animale de cette époque. Enfin quelques insectes, en particulier les Libellules (Demoiselles), volent dans ce paysage primitif. Sur la mer nagent quelques Ammonites, et, comme un Cygne gigantesque, le terrible Plésiosaure. Un îlot de Polypiers, avec la forme circulaire qui est propre à cette sorte de construction, se remarque à la surface de la mer, pour rappeler que c’est surtout pendant la période jurassique que se sont produits avec abondance les îlots à Polypiers des temps géologiques.

Oolithe moyenne. — La flore continentale de cette époque se composait de Fougères, de Cycadées et de Conifères. Les premières étaient représentées par le Pachypteris microphylla, les secondes par le Zamites Moreani; les Brachyphyllum Moreanum et majus paraissent avoir été des Conifères caractéristiques de cette époque. On a trouvé dans les terrains correspondant à cette période des fruits fossiles qui pourraient appartenir à des Palmiers, mais ce point est encore obscur.

Les continents appartenant à cette époque renferment, en outre, de nombreux vestiges de la faune qui les animait. Les Insectes y apparaissent pour la première fois : les Punaises parmi les Hémiptères, les Abeilles parmi les Hyménoptères,

les Papillons parmi les Lépidoptères, les Libellules (fig. 155) parmi les Névroptères.

Au sein des mers ou sur les rivages vivaient encore des Ichthyosaures, le Pferodactylus crassirostris, les Pleurosaurus et les Geosaurus, êtres 1imparfaitement connus.

Un reptile voisin du Ptérodactyle vivait à cette époque: c’est le Ramphorhynchus.\ se distingue du Ptérodactyle par une longue queue. Les empreinles que ce curieux animal a laissées sur le grès de cette époque retracent à la fois la marque des pieds et des moignons du membre antérieur, et le sillon linéaire laissé par sa queue. Comme le Ptérodactyle,

Fig. 155. Libeilule.

le Ramphorhynchus, qui avait à peu près la taille d’un corbeau, pouvait, non pas précisément voler, mais, à l’aide du parachute naturel que formait la membrane reliant au corps l’un de ses doigts, se précipiter du haut d’un lieu élevé.

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La figure 156 représente ce reptile restauré. On remarque sur cette figure les empreintes qui accompagnent toujours les restes du Ramphorhynchus dans le terrain oolithique. Ces empreintes proviennent à la fois du moignon des pattes antérieures, des paltes postérieures et de la queue.

Pendant la période oolithique moyenne vivait une famille de reptiles connue sous le nom de Téléosauriens, qui se trouve même déjà dans la grande oolithe. Les travaux récents de M. Eudes Deslongchamps, doyen de la Faculté des sciences de Caen, sur la famille fossile des Téléosauriens, vont nous permettre de reconstituer les êtres de cette dernière famille.

Les Téléosauriens nous donneront une idée exacte de ces Crocodiles des mers anciennes, ces reptiles cuirassés, que le géologue allemand Cotta appelle « les hauts barons du royaume de Neptune, armés jusqu'aux dents et recouverts d'une impénétrable cuirasse, vrais flibusliers des mers primitives. »

Les Téléosaures ressemblent anatomiquement aux Crocodiles, ou Gavials actuels de l'Inde; ils habitaient les rivages de la mer et la mer elle-même. Ils étaient plus élancés, plus agiles et plus longs que les Crocodi'es actuels : leur taille allait jusqu'à 10 mètres de longueur, dont 1 ou 2 pour la tête. Avec leur énorme gueule, fendue bien au delà des oreilles, et qui avait 2 mètres d'ouverture, ils pouvaient engloutir dans les profondeurs de leur monstrueux palais des animaux de la taille du bœuf.

Sur la planche 157 on a représenté, d’après un croquis de M. Eudes Deslongchamps, le Teleosaurus cadomensis, qui rapporte de la mer un Geotheutis, sorte de Calmar de l’époque oolithique. Ce téléosaurien offrait la curieuse particularité d’être cuirassé sur ses deux faces dorsale et ventrale. C’est pour montrer cette disposition anatomique que l’on a placé, à côté du Teleosaurus cadomensis vivant, un autre individu mort, dont le corps, flottant sur l’eau, laisse voir la cuirasse ventrale.

En même temps que le Téléosaure, on voit sur la même planche un autre reptile saurien beaucoup moins connu jusqu'à ce jour, l’'Hyléosaure, que nous retrouverons dans la période géologique suivante, c'est-à-dire pendant la période crétacée. Nous avons adopté la restauration de ce saurien

fossile qui a été essayée par M. Hawkins pour le jardin du palais de Sydenham.

Outre de nombreux Poissons, les mers renfermaient encore des crustacés, des cirrhipèdes et divers genres de mollusques, ainsi que des zoophytes.

L'Eryon arctiformis (fig. 158) appartenait à la classe des crustacés, dont la Langouste est le type. L’Aptychus sublœævis (fig. 159) est un simple débris osseux 1} de quelque Céphalopode sur la nature duquel les paléontologistes ne sont pas d'accord.

Parmi les mollusques étaient des Ammonites, des Bélemnites, des Huitres, etc. Nous citerons, comme carac:éristiques, les espèces suivantes : Belemnites hastatus (fig. 160),

(NY LAN Ammonites refractus (fig.

GP Re 161), Ammonites Jason

Fig. 158. Eryon arctiformis. (1/2 G. N.) (fig. 162), Ammonitles cor-

datus (fig. 163), Ostrea dilatata (Üg. 164), le Terebratula diphya (fig. 165), Diceras arietina (fig. 166), Nerinea hieroglyphica.

Fig. 159. Fig. 161.

Aptychus sublævis. (G. N.) Ammonites refractus. (Grossie deux fois.)

Parmi les Echinodermes : le Cidaris glandiferus (fig. 167),

l'élégant Apiocrinus Roissyanus (fig. 168), le gracieux Saccocoma pectinata (fig. 169), le Millericrinus Nodotianus (fig. 170), le Comatula costata (fig. 171), l’Hemicidaris crenularis (fig. 172).

Parmi les Spongiaires:le Cribrospongia reticulata (fig. 173).

Les polypiers étaient à cette époque d’une extrême abondance. C'est principalement pendant la période oolithique que se sont formées, comme nous l’avons déjà fait remarquer, ces

Fig. 162. Ammonites Jason. (1/3 G. N.) Fig. 163. Ammonites cordatus. (1/4 G. N

agrégalions de polypiers que l’on rencontre assez sou vent dans les profondeurs de la terre, et que nous avons signalés plus haut, à propos de leur présence dans le terrain oolithique inférieur. Ces petites constructions calcaires ont été formées dans les mers anciennes par l’agrégation continue des habitations de divers polypiers. Le même phénomène, comme on

Fig. 164. Ostrea dilatata. (1/4 G. N.) Fig. 165. Terebratula diphya.

le sait, se produit encore de nos jours. C’est surtout dans les mers de l’Océanie que l’on rencontre aujourd'hui ces récifs de coraux, ou madrépores, qui affleurent le niveau de l’eau, et qui sont le résultat de la vie d’une masse de polypiers. La formation de ces bancs calcaires pendant les temps géologiques a dû exiger une série de siècles. Ils sont juste à la hauteur du niveau de l’eau, car les polypiers vivent dans l’eau

et périraient dans l'air. Dans les terrains oolithiques, on

Fig. 167.

Baguette du Cidaris glandiferus. (G. N.)

Fig. 168.

Apiocrinus Roissyanus.

Fig. 166 Saccocoma pectinata. (G. N.)

trouve assez fréquemment des bancs de ces zoophytes, qui

ont 4 à 5 mètres d'épaisseur, sur des longueurs de plusieurs lieues. Ces bancs conservent encore pour la plupart la posi-

Fig. 171.

Fig. 170.

Calice de Millericrinus Nodotianus. (G. N.) Calice de Comatula costata. (G. N.)

tion relative qu'ils occupaient dans la mer lorsqu'ils étaient en voie de formation.

Fig. 172. Hemicidaris crenularis. (G. N.

Voici les figures de quelques-uns des polypiers appartenant à l'époque oolithique moyenne :

Fig. 173. Cribrospongia reticulata, (1/3 Ge N.)

Thecosmiha annularis (fig. 174); Thamnastræa; Phytogyra magnifica (Hg. 175); Dendrastræa ramosa (fig. 176). Ce dernier polypier est à peu près notre corail.

LE Des LA te PE PP PERS j 2 . . Aer Liege O2untA:E mec, — Les terrains qui représentent

actuellement la sous-période oolithique moyenne peuvent se diviser en trois assises : l’assise callovienne, l’assise oxfordienne et l’assise corallienne.

L’assise callovienne (dont l'argile de Kelloway est le type en

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Fig. 174. Fig. 175.

Thecosmilia annularis. (1/2 G. N.) Phytogyra magnifica. (G. N.)

Angleterre), d’une épaisseur de 150 mètres environ, se compose surtout de puissantes couches de marne, d’un bleu noi-

Fig. 176. Dendrastræa ramosa. (Partie grossie.)

râtre. On trouve cette assise très-développée dans le département du Calvados, en France. C’est la base de l'argile de Dives qui forme le sol de la vallée d’Auge, renommée par ses gras pâturages et ses magnifiques bestiaux ; elle est comme

pétrie de mollusques fossiles. La même couche est aussi la base de ces magnifiques rochers, bizarrement découpés sur les côtes de la Manche, et qu’on nomme les Vaches noires. Cette dernière localité est célèbre par ses belles Ammonites transformées en pyrile:

L'assise oxfordienne constitue aux environs d'Oxford, en Angleterre, la base des collines. On la trouve très-développée en France, à Trouville (département du Calvados) et à Neuvisy (département des Ardennes). Son épaisseur est d'environ 100 mètres. Elle se compose d’un calcaire bleuâtre ou blanchâtre, souvent argileux, rarement oolithique, et de marne argileuse, souvent bleuâtre.

L’assise corallienne ou coral-rag tire son nom de ce fait, que le calcaire qui en constitue la principale partie se compose spécialement de l'agrégation de nombreux débris de coraux et de polypiers entiers ou roulés, et quelquefois de masses énormes de polypiers en place. On la trouve surtout en France, dans les départements de la Meuse, de l'Yonne, de l’Aïn, de la Charente-Inférieure.

Oolithe supérieure. — Des mammifères marsupiaux vivaient dans cette dernière section de la sous-période oolithique comme dans la première. Ils apparliennent au genre Sphalacotherium. Outre les Plésiosaures et les Téléosaures, vivaient encore sur les plages maritimes, un Crocodilien, le Macrorhynchus, le monstrueux Pæcilopleuron aux griffes énormes, aux dents tranchantes et acérées, l’un des animaux les plus redoutables de cette époque; les genres Hyleosaurus, Cetiosaurus, Stenosaurus et Streptospondylus, et parmi les Tortues, les Emys et Platemys. De même encore qu'à l’époque de l’oolithe inférieure, vivaient alors des Insectes dont quelques-uns volent encore aujourd’hui dans nos prairies ou à la surface des eaux.

Tous ces animaux sont trop peu connus pour que nous puissions donner au sujet de leur organisation des indications précises.

Le fait le plus remarquable que présente cette période au point de vue paléontologique, c’est l’apparition des oiseaux.

22h ÉPOQUE SECONDAIRE.

Jusqu'ici les mammifères, et des mammifères imparfaits, on peut le dire, puisque ce sont des marsupiaux, avaient seuls apparu. Il est bien intéressant de voir le premier oiseau se montrer à leur suite.

Les oiseaux sont des êtres assez tard venus sur le globe. Sans doute r'impureté de l’atmosphère, encore chargée de vapeurs et de gaz divers dans les premiers âges du monde,

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Fig. 177. Oiseau de Solenhofen (Archæopteryx).

rendait l'existence difficile aux oiseaux, animaux essentiellement aériens.

Quoi qu'il en soit de cette conjecture, les oiseaux ne nous montrent que dans le terrain jurassique des indices certains de leur existence. Ces indices ne peuvent tromper, car ce sont les plumes el les os.

Dans les carrières de calcaire lithographique de Solenhofen on à trouvé les débris d’un oiseau de moyenne taille, qui a

recu le nom d'oiseau de Solenhofen ou d’archæopteryæ, et que nous représentons ici (fig. 177).

« Par ses proportions générales, dit M. Alphonse Milne-Edwards, le squelette de l’Archæopteryx se rapproche jusqu’à un certain point de celui de quelques gallinacés. Les ongles de cet animal sont en effet assez robustes, soit pour lui permettre de percher, soit pour gratter la terre. Les dimensions relatives des membres postérieurs et des membres antérieurs, ainsi que celles de chacune de ces parties examinées à part, s'accordent assez bien avec cette manière de voir. En résumé, je serais porté à croire que ce devait être un oiseau lourd dans ses allures, se perchant ordinairement et vivant de matières végétales". »

Les mers, pendant la sous-période oolithique supérieure, renfermaient quelques poissons appartenant aux genres 4sterocanthus, Strophodus, Lepidotus, Microdon. Les mollusques céphalopodes y élaient peu nombreux; les genres dominants appartenaient aux lamellibranches et aux gastéropodes; ils se tenaient près des côtes de la mer. Plus de récifs madrépori-

Fig. 178. Ostrea deltoidea. (1/4 G. N.) Fig. 179. Ostrea virgula. (G. N.)

ques ou coralliens ; à peine quelques zoophytes à l’état fossile viennent-ils témoigner de l’existence de ce groupe d’animaux.

Voici quelques fossiles caractéristiques de la faune marine de la même époque :

Ammonites decipiens, Anvmonites giganteus, Natica elegans, Natica hemispherica, Ostrea deltoidea (fig. 178), Ostrea virgula (fig. 179), Trigonia gibbosa (fig. 180), Pholadomya mullicostata, Pholadomyaacuticostata (fig.181), Terebratula subsella (fig. 182), Hernicidaris purbeckensis.

Des Poissons, des Tortues, des Paludines, des Physes, des

i. Mémoire sur la distribution géologique des oiseaux fossiles et description de quelques espèces nouvelles, par Alph. Milnc-Edwards. (Annales des sciences naturelles, 1864.)

Unios, des Planorbes, des Cypris (petits crustacés bivalves) composaient la faune d’eau douce.

La végétation de cette époque était représentée sur les continents par des Fougères, des Cycadées, des Conifères; dans les étangs, par des Zostera.

Les zostères sont des plantes monocotylédones, de la famille des Naïadées, qui vivent dans les sables vaseux des plages maritimes et y forment, par leurs feuilles longues, étroites et rubanées, de vastes prairies du plus beau vert; à la marée basse, ces masses de verdure apparaissent quelquefois à découvert. Elles servent de retraite à un grand nombre d’animaux marins et de nourriture à quelques-uns.

Fig. 180. Fig. 181. Fig. 182.

Trigonia gibbosa, Pholadomya acuticostata. Terebratula subsella. (1 1/2 G. N.) (1/2 G. N.) (G. N.)

La planche 183 a principalement pour objet de mettre en évidence le caractère de la végétation pendant les temps jurassiques. Les Sephnophyllum, les Fougères dominent dans cette végétation; quelques Pandanées, quelques Zamites, beaucoup de Conifères viennent s'y joindre; mais on n’apercoit aucun Palmier. Sur la mer on voit un ilot de corail, pour rappeler l'importance de cette formation minéro-animale pendant toute la période jurassique. Les animaux représentés sont le Crocodileimus (Jourdan), le Ramphorhynchus, avec les empreintes caractéristiques qu'il laisse sur son passage, et divers invertébrés de cette période : les Astéries, Comatules, Hemicidaris, Ptérocère, etc. Dans les airs vole l'Archæopteryæ, que nous rétablissons tel qu'il pouvait exister dans l’état de vie, sauf sa tête, qui n'a pas été trouvée avec les autres débris de l'animal.

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Étage oolithique supérieur. — Les terrains qui représentent actuellement la sous-périodeoolithiquesupérieuresedivisenten deux assises : l’assise kimmeridgienne et l’assise portlandienne.

La première est spécialement composée de nombreuses couches d'argile, bleuâtre ou jaunâtre, qui passent à l’état de marne et de schiste bitumineux. Très-développée près de Kimmeridge, en Angleterre, d’où elle tire son nom, elle existe en France : à Tonnerre | Yonne), au Havre, à Honfleur, à Mauvage (Meuse). Elle est riche en fossiles ; c'est là le niveau des Ostrea deltoidea et virqula.

La seconde assise est composée d’un calcaire sub-oolithique que l’on exploite dans l'ile de Portland, pour les constructions de Londres. Elle existe en France, près de Boulogne (Pas-de-Calais), à Cirey-le-Château (Haute-Marne), à Auxerre (Yonne), à Gray (Haute-Saône). Ces localités sont les types de cet étage. On y a découvert un certain nombre d'espèces de mollusques.

On a récemment réuni à cette assise un ensemble de couches qui se montrent exceptionnellement à Portland et dans les falaises de la péninsule de Purbeck (Dorsetshire). Ces couches sont alternativement des formations marines et d’eau douce, et ce sont les débris fossiles qu’on y a retrouvés qui ont servi à reconstituer surtout la faune et la flore d’eau douce que nous avons signalées plus haut. Les dépôts lacustres sont principalement composés de calcaires pétris de Cypris.

Une particularité intéressante de ce terrain, qui est comme la tête de cette longue et multiple série de couches constituant la formation jurassique, c’est la présence d’une terre végétale très-bien conservée. L'épaisseur de cet humus, tout à fait analogue à notre terre végétale actuelle, est de 30 à 45 centimètres. De couleur noirâtre, il contient une forte portion de lignite terreux. On y trouve enfouis des troncs silicifiés de Conifères et des débris de plantes analogues aux Zamias et aux Cycas. Ces plantes ont dû être fossilisées sur l’emplacement même où elles ont végété. Les troncs d'arbres sont en position verticale, et leurs racines, fixées au sol, sont aussi espacées les unes des autres que celles des arbres de nos forêts. Autour des débris, on trouve une grande quantité de matière charbonneuse. Ce sol, connu sous le nom de couche

230 ÉEPOQUE SECONDAIRE.

de boue (dirt-bed), est horizontal dans l'île de Portland; mais on le retrouve non loin de là, dans certaines falaises, avec une inclinaison de 45°, et les troncs n’en restent pas moins parallèles entre eux. C'est là un bel exemple d’un changement de position de couches primitivement horizontales. La figure 184 représente cette espèce d’humus géologique. « Chaque lit de boue, dit M. Lyell, rappelle sans doute bien des milliers d’années, Car c'est à peine si les plus vieilles forêts des tropiques laissent sur le sol qui les a portées quelques centimètres de terre végétale comme monument de leur existence. »

Pr Sn RATE Cette couche de terre vé- Fig. 184. Humus géologique. : ms gétale, ces débris encore entiers de végétaux, rappellent complétement la houille et ne sont qu'un état moins avancé de cette fossilisation végétale qui, accomplie pendant la période houillère sur des amas immenses de plantes, et durant un temps infiniment long, nous a laissé les précieux dépôts houillers.

Un mot, en terminant, pour expliquer le terme d’oolithe employé pour désigner les derniers étages du terrain jurassique que nous venons d'étudier.

Dans un grand nombre de roches de ces étages, les éléments ne sont ni cristallins, ni amorphes. Ils sont, comme nous l’avons déjà dit, oolithiques, c’est-à-dire en forme d'œufs de poissons. On a fait beaucoup d’efforts pour découvrir d’où provient cette singulière forme des éléments de certaines roches qui a recu le nom d'oolithe. On y a vu tantôt des œufs de poissons pétrifiés, lantôt des œufs de mouches aquatiques ou d’écreisses pétrifiés. D’autres fois on a admis que le balancement des eaux marines, faisant tourbillonner les précipités calcaires, a déterminé leur forme arrondie, de manière à produire que que chose d'analogue aux cailloux roulés et aux grains de sable qui couvrent les plages.

Ces hypothèses peuvent être fondées dans certains cas. Ainsi, les sédiments marins qui se déposent dans quelques

Pal

anses chaudes de Ténériffe prennent des formes sphéroïdales du genre des oolithes. Mais on ne saurait songer à faire une application de ces faits locaux à des nappes qui s'étendent sur d'immenses espaces, comme celles de l'étage oolithique proprement dit, et qui, de plus, ont de très-grandes épaisseurs.

Il a donc fallu étudier les faits d’une manière plus précise. On a reconnu que si les cascades de Tivoli, par exemple, peuvent donner naissance à des oolithes, il arrive aussi que dans les bassins les plus paisibles, dans les cavernes, à côté des stalactites, on voit se développer des oolithes, qui, $e trouvant ensuite empâtées par suite de l’affluence continue, mais trèslente, des eaux calcaires, donnent naissance à des espèces de roches oolithiques.

D'un autre côté, on peut constater que dans les marnes se développent, par suite de la concentration des éléments calcaires, des tubercules plus ou moins gros ou exigus, et cela sans qu'il soit possible de faire intervenir l'effet d’un tourbillonnement de l’eau. Or, comme il existe tous les intermédiaires imaginables entre les oolithes les plus fines et les tubercules les plus volumineux, le raisonnement conduit à admettre que les oolithes sont pareillement des produits de concentration.

Enfin, de recherche en recherche on a découvert des ooitthes parfaitement constituées, c’est-à-dire à couches concen triques comme celles des calcaires jurassiques, se développant dans la terre végétale, sur des points où les effets de l'agitation de l’eau ne sont pas plus admissibles que dans les cas précédents.

Ainsi donc, on est arrivé à concevoir que si la nature forme quelquefois des cristaux nettement terminés dans les magmas en voie de solidification, elle donne aussi naissance à des configurations sphéroïdales autour de divers centres, qui naissent quelquefois spontanément et qui dans d’autres cas sont des débris de fossiles, ou même simplement des objets pierreux.

Cependant toutes les matières minérales ne sont pas indifféremment aptes à produire des oolithes. Abstraction faite de quelques cas particuliers, ce privilége est réservé au calcaire et à l’oxyde de fer.

Nous terminerons ce chapitre par quelques indications sur la distribution actuelle du terrain jurassique à la surface du globe.

En France, les montagnes du Jura sont presque entièrement formées de ce terrain, dont les divers étages y sont complétement représentés. C’est même cette circonstance qui a fait donner, par M. de Humboldt, le nom de jurassique à la partie de l’écorce terrestre dont nous venons d’esquisser l’histoire. Le lias supérieur domine surtout dans les Pyrénées et dans les Alpes. |

Le terrain jurassique existe en Espagne, dans plusieurs parties de l'Italie septentrionale, en Russie, notamment dans le gouvernement de Moscou et en Crimée. C'est en Allemagne qu'il occupe la plus grande place.

Une assez faible assise de calcaire oolithique nous offre, à Solenhofen, un gisement géologique célèbre contenant des plantes, des poissons, des insectes, des crustacés, avec quelques Ptérodactyles, admirablement conservés. Les belles carrières de pierres lithographiques de Pappenheim, si renommées en Europe, appartiennent au terrain jurassique.

On a récemment signalé l’existence de ce terrain dans l'Inde. Il contribue à la formation du massif de l'Himalaya, et entre dans la constitution de la chaîne des Andes, en Amérique; enün, d’après des travaux récents, il existerait dans la Nouvelle-Zélande.

On voit figurée sur la carte IIT, placée en regard de cette page, l'étendue des continents qui existaient après les dépôts que laissèrent les mers jurassiques dans la partie de l’Europe qui devait un Jour former la France. Les terrains déposés par les mers jurassiques doublèrent presque l'étendue que présentait cette île jetée sur l'Océan primordial; ils la rattachaient par une étroite langue de terre, à la partie de l’Europe qui devait un jour former l’Angleterre.

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