‹ La terre avant le délugeChapitre 37 sur 75 · FORAMINIFÈRES · texte numérisé non relu

FORAMINIFÈRES

Orbitoides media (fig. 238); — Lituola nautiloidea (fig. 239) : — Flabellina rugosa (fig. 240).

(Coupe horizontale.) (Coupe verticale.) Fig. 238. Orbifoides media. (Grossie 2 fois.)

/ Fig. 239. Lituola nautiloidea. Fig. 240. Flabellina rugosa. (Grossie 10 fois.) (Grossie 10 fois.) AMORPHOZOAIRES.

Coscinopora cupuliformis (fig. 241); — Canerospongia fungiformis (fig. 242).

Fig. 242. Camerospongia fungiformis.

Fig. 241. Coscinopora cupuliformis.

Parmi les êtres nombreux qui peuplaient la mer crétacée supérieure, il en est un qui, par son organisation, ses proportions et l'empire despotique qu'il devait exercer au sein des eaux, est certainement le plus digne de notre attention. Nous voulons parler du Mosasaure, qui a été longtemps connu sous le nom de grand animal de Maestricht, parce qu'on a trouvé ses débris près de cette ville, dans les dépôts les plus récents du terrain crétacé.

C'est en 1780 que l’on découvrit dans les carrières de Maestricht la tête du grand saurien que chacun peut voir aujourd’hui au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Cette pièce célèbre dérouta toute la science des naturalistes à une époque où la connaissance des êtres anciens était encore dans son enfance. Les uns y voyaient la tête d’un Crocodile, d’autres celle d’une Baleine. Les mémoires scientifiques et les brochures pleuvaient sans faire jaillir la lumière Il fallut tous les efforts d’Adrien Camper, joints à ceux de Cuvier, pour assigner sa véritable place zoologique à l'animal de Muestricht.

La controverse sur ce beau fossile a trop occupé les savants de la fin du dernier siècle et du commencement du nôtre pour que nous ne la rappelions pas ici.

Maestricht est une ville de la Hollande, bâtie au bord de la Meuse. Aux porles de celte ville, dans les collines qui bordent le côté gauche ou occidental de la Meuse, au milieu d’un massif calcaire qui correspond probablement à un niveau géologique un peu supérieur à celui de notre craie de Meudon, il existe une carrière de pierre à bâtir qui s'étend jusqu’à la ville de Liége. Cette carrière est remplie de produits marins fossiles, souvent d’un grand volume.

De tous ces débris fossiles, ceux qui durent attirer le plus les yeux des ouvriers occupés à l'extraction de la pierre, et exciter l'attention des étrangers, ce furent assurément les os du gigantesque animal dont il va être question.

L'un des curieux qu'attiraient habituellement dans celte carrière la vue et la découverte de ces étranges vestiges, était un officier de la garnison de Maestricht, nommé Drouin. Il achetait aux ouvriers les ossements, à mesure que la pioche les dégageait de la carrière, et il avait fini par se former ainsi une collection que l’on citait avec admiration dans Maestricht.

En 1766, le Musée britannique, ayant eu vent de cette curiosité, acheta le musée de Drouin et le fit transporter à Londres. Excité par la bonne fortune de ce premier collectionneur, un chirurgien de la garnison, nommé Hoffmann, se mit en devoir de recueillir à son tour un musée semblable, et il eut bientôt formé une collection beaucoup plus riche encore que celle de Drouin. C’est en 1780 que notre officier acheta aux ouvriers la magnifique tête fossile, longue à elle seule de 2 mètres, qui devait tant exercer la sagacité des naturalistes.

Hoffmann toutefois ne jouit pas longtemps de sa précieuse trouvaille. Le chapitre de l’église de Maestricht fit valoir, avec plus ou moins de fondement, certains droits de propriété, et en dépit de toute réclamation, la tête du grand crocodile de Maestricht, comme on l’appelait alors, passa aux mains du doyen du chapitre, nommé Goddin.

Ce dernier jouissait en paix de son trophée antédiluvien, lorsqu'un incident imprévu vint bientôt changer les choses.

Cet incident n’élait rien moins que le bombardement de Maestricht, en 1793, suivi, en 1794, de la prise de cette ville par Kléber, à la tête de l’armée du Nord.

L'armée du Nord ne s'était pas mise en campagne pour conquérir des crânes de crocodile, mais il y avait dans son état-major un savant qui s'était réservé cette pacifique conquête. Ce savant, c'était Faujas de Saint-Fond, qui fut le prédécesseur de Cordier dans la chaire de zoologie au Jardin des Plantes. Faujas de Saint-Fond s'était fait attacher à l’armée du Nord en qualité de commissaire des sciences, et nous soupconnons qu'en sollicitant cette mission, notre naturaliste couchait quelque peu en joue la fameuse tête du crocodile de la Meuse.

Quoi qu'il en soit, la ville de Maestricht étant tombée entre nos mains, Faujas n’eut rien de plus pressé que de réclamer pour la France le précieux fossile. On l’emballa avec tous les soins dus à une relique âgée de plusieurs milliers de siècles, et on l’expédia à notre Muséum d'histoire naturelle.

Dès l’arrivée du fossile, Faujas s’en empara, et entreprit sur le crocodile de Maestricht un travail qui, dans sa pensée, devait le couvrir de gloire. Il commença la publication d'un ouvrage intitulé : La montagne de Saint-Pierre de Maestricht, contenant la description de tous les objets fossiles trouvés

dans la carrière flamande, et surtoul celle du grand animal de Maestricht. I voulait à toute force prouver que cet animal était un crocodile.

Malheureusement pour la gloire de Faujas, un savant de la Hollande avait pris les devants dans la même étude. C'était Adrien Camper, fils d’un grand anatomiste de Leyde, Pierre Camper, mort en 1789. Avant la prise de Maestricht et l’enlèvement du fossile par le commissaire français, Pierre Camper avait acheté aux héritiers du chirurgien Hoffmann, diverses parties du squelette de l'animal retiré de la montagne Saint- Pierre. Il avait même publié, en 1786, dans les Transactions plulosophiques de Londres, un mémoire dans lequel il classait cet animal parmi les baleines. Seulement, comme on rangeait l'animal de Maestricht, d’un avis unanime, parmi les crocodiles, et qu'aucun doute ne s’élait encore élevé sur cette origine, l’asserlion de l’anatomiste de Leyde parut une étrangeté, el ne convainquit personne.

A la mort de son père, Adrien Camper reprit l'examen du squelette de l'animal de Muestricht, et dans un travail que Cuvier cite avec admiration, il fixa les 1dées restées jusque-là si flotlantes. Adrien Camper prouva que ces pièces ne provenaient ni d’un poisson, ni d’une baleine, ni d’un crocodile, mais bien d’un genre particulier de reptiles sauriens qui avail de grands rapports avec l’Iguane d’une part et le Monitor de l’autre. Si bien qu'avant que Faujas de Saint-Fond eût achevé la publication de son ouvrage sur la Montagne de Saint-Pierre, le travail d’Adrien Camper avait paru et changé toutes les idées à cet égard.

Ce qui n’empêcha pas Faujas de continuer d'appeler son animal le Crocodile de Maestricht, et même d’annoncer, quelque temps après, que «M. Adrien Camper s’était rangé à cette opinion. »

« Cependant, ajoute Cuvier, il y a aussi loin du crocodile à l’iguane, et ces deux animaux diffèrent autant l’un de l’autre par les dents, les os et les viscères, qu’il y a loin du singe au chat et de l'éléphant au cheval. »

Ce travail de Faujas de Saint-Fond est d’ailleurs rempli de vues inexactes et de fausses analogies. Cuvier, dans son beau Mémoire sur l'animal de Maestricht, traite fort mal ce natura-

liste, qu’il affecte de nommer avec ironie « cet habile homme ». Cuvier, dont le génie ne répugnait pas, à ce qu'il paraît, aux jeux de mots, appelait souvent, dans ses entretiens familiers, le prédécesseur de Cordier « M. Faujas sans fond ».

Le beau mémoire de Cuvier, en confirmant toutes les vues d’Adrien Camper, a restitué d’une manière invariable l’individualité de cet être surprenant, qui a recu plus tard le nom de Mosasaure, c’est-à-dire Saurien ou Lézard de la Meuse. I] résulte des études de Camper et de Cuvier que ce reptile de l’ancien monde formait un genre intermédiaire entre la tribu des Sauriens à langue extensible et fourchue, qui comprend le Monitor et les Lézards ordinaires, et les Sauriens à langue courte, et dont le palais est armé de dents, tribu qui embrasse les Iquanes et les Anolis. I ne tenait aux Crocodiles que par les liens généraux qui réunissententre elles toutes les familles des Sauriens.

La longueur totale de cet animal était de 8 mètres ; sa mächoire seule avait 1 mètre. L'ensemble de son squelette est celui d’un Monitor, mais les caractères ostéologiques se sont modifiés pour constituer celui d’un animal marin.

On se fait difficilement l'idée d’un Lézard organisé pour vivre et se mouvoir avec énergie et rapidité au sein des eaux ; mais l'étude du squelette de cet animal va nous révéler ce mécanisme anatomique.

Les vertèbres du Mosasaure sont concaves en avant et convexes en arrière; elles s'adaptent entre elles au moyen d’une articulation orbiculaire, qui leur permet d'exécuter aisément des mouvements de flexion dans tous les sens. Depuis le milieu du dos jusqu’à l'extrémité de la queue, ces vertèbres sont dépourvues de ces apophyses articulaires qui sont indispensables pour assurer la solidité du tronc chez les animaux terrestres : elles ressemblent, sous ce rapport, aux vertèbres des Dauphins. Cette organisation était tout à fait propre à rendre la natation facile. La queue, comprimée dans le sens latéral, en même temps qu'épaisse dans le sens vertical, constituait un aviron droit, court et solide, d’une grande puissance. Un os en chevron était solidement fixé au corps de chaque vertèbre caudale, de la même manière que dans les poissons, ce qui avait pour but de donner une plus grande vigueur à la

queue. Enfin, les extrémités de l'animal n'étaient pas conformées en façon de pattes, mais en rames pareilles à celles de l’Ichthyosaure, du Plésiosaure et de la Baleine.

On voit, d’après la figure 243, que les mâchoires du Mosasaure sont armées de dents nombreuses entièrement pleines et soudées à leurs alvéoles par une base osseuse, large et solide; et de plus, qu'un appareil dentaire particulier, quoique de même organisalion, occupe la voûte palatine, comme cela a lieu chez certains serpents et certains poissons où ces dents, dirigées en arrière comme les barbes d’une flèche, s'opposent à ce que la proie puisse leur échapper. Cette disposition prouve la destination destructive de ce saurien vorace.

Fig. 243. Tète du Mosasaurus Camperi. (1/5 G. N.)

Sans doute les dimensions de ce Lézard aquatique ont de quoi nous surprendre ; sa taille était bien monstrueuse pour un replile. Mais nous avons déjà vu l’Ichthyosaure avoir les dimensions de notre Baleine, le Téléosaure atteindre 10 mètres de long, l'Iguanodon et le Mégalosaure agrandissant dans des proportions décuples les formes de notre Iguane actuel. Nous trouverons dans l’époque tertiaire un Cerf (le Sivathérium) grand comme un Éléphant, et un Paresseux (le Mégathérium) grand comme un Rhinocéros. Dans toutes ces formes colossales, nous ne devons voir autre chose que l’agrandissement d'un type, qu'une différence dans les dimensions. Mais les lois qui président à l’organisation chez tous ces êtres restent les mêmes. Ces animaux gigantesques n’élaient point des erreurs

de la nature, des monstruosités, comme on est trop souvent tenté de les appeler, mais bien des types uniformes par leur structure, et accommodés par leurs tnnensions au milieu dans lequel Dieu les avait jetés.

La planche 244 représente une Vue idéale de la terre pendant la période crétacée supérieure. Dans la mer nage le Mosasaure; des mollusques, des zoophytes et autres animaux propres à cette période, se voient sur la plage. La végétation, qui semble annoncer celle de nos jours, est composée ici de Fougères et de Ptérophyllums, mêlés à des Palmiers, à des Saules et à des arbres dicotylédones d'espèces analogues à celles de notre époque. Des Algues, alors fort abondantes, composent la végétation du rivage.

Nous avons dit que la flore terrestre de la sous-période crétacée supérieure était identique à celle de la craie inférieure. La flore marine de ces deux époques comprenait quelques végétaux inférieurs, c'est-à-dire des Algues, des Conferves, des Naïadées. Signalons, parmi les Algues, les espèces suivantes : Conferviles fasciculata, Chondrites Manlelli, Sargassites Hynghianus; et parmi les Naïadées : Zosterites Orbigniana, Zosterites lineata, etc.

Les Confervites sont des fossiles que l’on rapporte, mais avec quelque doute, aux algues filamenteuses qui comprennent le grand groupe des Conferves. Ces plantes étaient formées de filaments simples ou rameux, diversement entrecroisés ou subdivisés, et offrant des traces de cloisons transversales.

Les Chondrites sont des algues fossiles à fronde épaisse, rameuse, pinnatifide ou dichotome, à divisions cylindroïdes lisses, voisines des Chondrus Dumontia et Halymenia, parmi les genres vivants.

Enfin les Sargassites ont été vaguement rapportés au genre Sargassum, Si abondants dans les mers équatoriales. Ces algues se distinguent par une tige filiforme, rameuse, portant des appendices foliacés, réguliers, souvent pétiolés el tout à fait semblables à des feuilles et des vésicules globuleuses pédicellées.

Terrain crétacé supérieur. — Les roches qui représentent

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