‹ La terre avant le délugeChapitre 38 sur 75 · SES · texte numérisé non relu

SES

MU

Fig. 244. Vue idéale de la terre pendant la période crétacee supérieure.

PERIODE CRETACEE. 275

actuellement la période crétacée supérieure se divisent assez naturellement en trois assises : les assises furonienne, sénonienne et danienne.

La première, ou l’assise furonienne, tire son nom de Turonia: (Touraine), parce que cette province possède le plus beau type de ce terrain, depuis Saumur jusqu'à Montrichard. La come position minéralogique de cette assise nous présente des craies marneuses, grises et fines (à Vitry-le-François), de la: craie entièrement blanche, à grains très-fins, un peu argileuse et pauvre en fossiles (dans l'Yonne, l'Aube, la Seine-Infé-rieure); des craies tufau, grenues, blanches ou jaunâtres, remplies de paillettes de mica et renfermant des Ammonites (dans la Touraine et une partie de la Sarthe); des calcaires blancs, gris, jaunes ou bleuâtres renfermant des Hippurites et des Radiolites.

La deuxième assise, ou assise sénonienne, tire son nom de l’antique Senones. La ville de Sens est, en effet, située précisément au milieu de la partie de cet étage la mieux caractérisée. Épernay, Meudon, Sens, Vendôme, Royan, Cognac, Saintes, Maestricht sont des types de cet éfage sénonien dont la puissance, dans le bassin de Paris, en y comprenant l’assise turonienne, s'élève à près de 500 mètres, comme lont prouvé les débris rapportés par la sonde pendant le forage: du puits artésien de Grenelle.

L'étage sénonien forme sur beaucoup de nos pays l'horizon: crétacé le plus vulgaire par sa nature minéralogique : on le trouve, en effet, sous la forme de craie blanche, fine, marneuse ou non, souvent remplie par des bancs de rognons siliceux, dans tout le nord et l’est du bassin anglo-parisien, en France, en Angleterre, au sud de la Russie. Mais à la partie occidentale du bassin anglo-parisien (à Tours, à Saint-Christophe, département de Loir-et-Cher), cet étage est formé de: craie jaune ou chloritée, remplie de polypiers et de débris de coquilles ; dans les Basses-Pyrénées et les Basses-Alpes, d’une craie marneuse grise; dans les Corbières, soit d'argile noirâtre, soit de grès ferrugineux, etc. On voit que sa structure minéralogique ne laisse pas que d’être assez variable.

La troisième assise, ou assise danienne, qui occupe le sommet de l’échelle des formations crétacées, est particulièrement

développée à Maestricht, dans l’île de Seeland (Danemark), où elle est représentée par un calcaire compacte, légèrement jaunâtre, exploité pour les constructions de la ville de Faxoé. Elle est à peine représentée dans le bassin de Paris, à Meudon et à Laversines (Oise), par un calcaire blanc, souvent grumelé, connu sous le nom de calcaire pisolithique. C'est dans cet étage qu'on a trouvé, outre d’autres espèces de mollusques ou de polypiers, le Nautilus Danicus.

On rapporte au type danien le calcaire sableux jaunâtre de Maestricht. Outre des mollusques, des polypiers, des bryozoaires, ce calcaire renferme des débris de poissons, de tortues et de crocodiles. Mais ce qui a rendu cette roche à jamais célèbre, c’est qu'elle a servi de gisement au grand animal de Maestricht, à ce Mosasaure dont nous avons parlé plus haut.

Après la période géologique dont nous venons de tracer la physionomie naturelle, l’Europe était loin d'offrir la configuration qu’elle représente maintenant. La carte IV placée en regard de cette page représente les continents qui existaient après les dépôts laissés par les mers crétacées, c’est-à-dire pendant les mers tertiaires. On voit que dans la partie de l'Europe qui devait plus tard être la France, cette régien consistait alors 2n une presqu'ile formée par la Bretagne, la basse Normandie, le Maine et la Vendée, réunie par le Poitou au plateau central, et qui, depuis les Cévennes, s’étendait jusqu'aux Ardennes en s’adossant aux Vosges. L'emplacement de la Flandre, de la Picardie, de la Champagne, des environs de Paris, de la haute Normandie et de la Touraine était encore sous les eaux. La mer s'étendait aussi sur la région qui forme aujourd'hui le midi de la France. Une bande de terrain jurassique continuait de réunir, au nord, la France à l’Angleterre : on a représenté sur la carte cette liaison de territoire par une ligne ponctuée. Nous verrons plus tard cette ligne de jonction disparaître, et la France s’isoler de l’île anglaise par la submersion de cette langue de terre.

SUR JAY 40) LATE OT EEE 3 OST REAN red 9SS91([ #4 CPAPdDUNTY PAUAT X24 204

Jrurnad res], (ustucagp 4 uLmIIG) UOTJISUP 9P UTBITOI, J9f[MOUY ICE onbisetr] uw],

298) 249 UTPIAOT, 7 PS Ë A onbodo j &

AONVUAX

Une création organique nouvelle va se montrer à l’époque tertiaire. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette génération renouvelée, c’est l’apparilion de la grande classe des mammifères.

Pendant l'époque de transition, les crustacés et les poissons dominaient dans le règne animal; pendant l’époque secondaire, la terre appartenait aux reptiles; pendant l’époque terliaire , les rois du globe seront les mammifères. Ces animaux n'arrivent pas en petit nombre, ni à intervalles éloignés : dans le même moment, on voit vivre sur la terre une grande quantité de ces êtres, encore, pour ainsi dire, inédits.

Si nous écartons les marsupiaux, mammifères imparfaits, qui remontent à la période jurassique, les premiers mammifères créés furent les pachydermes. Cet ordre d'animaux tint longtemps le premier rang ; il représenta presque à lui seul les mammifércs pendant la première des trois périodes qui composent l'époque tertiaire. Dans la seconde el la troisième période apparurent des mammifères appartenant à des espèces maintenant disparues et qui étaient aussi curieuses par leurs proportions énormes que par ia singularité de leur structure. La plupart des espèces créées pendant la dernière période de l’époque tertiaire vivent encore aujourd’hui. Des reptiles nouveaux, et parmi ces êtres, des Salamandres, grandes comme des Crocodiles, s'ajoutent, pendant les trois périodes de l’époque tertiaire, à la classe des mammifères. Pendant la même époque apparurent des oiseaux, mais bien moins nombreux que les mammifères : ceux-ci chanteurs, ceux-là rapaces, d’autres domestiques, ou plutôt qui parais-

sent attendre le joug et la domestication de l'hôte suprême de la terre.

Les mers étaient peuplées d’un nombre considérable d’êtres de toutes classes, presque aussi variés que de nos jours. Mais n'allez plus chercher dans les mers tertiaires ces Ammonites, ces Bélemnites, ces Hippurites, qui avaient rempli les mers de l’époque secondaire et s'y étaient multipliés avec une si étonnante profusion. Désormais les mollusques à coquilles ressembleront, par leurs formes, à ceux de nos jours.

Ce qu'il faut surtout remarquer pendant la période tertiaire, c'est la prodigieuse extension qu'y prennent les animaux. La vie animale est alors dans son plus complet développement. Des mollusques à coquilles de dimensions microscopiques, les Foraminifères et les Nummulites, encombrent les mers, et s'y pressent en rangs si serrés, que les débris agglomérés de leurs coquilles formeront un jour des terrains de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur. Des insectes nombreux volent dans les airs. C’est le plus extraordinaire épanouissement de la vie animale qui ait encore apparu dans la série de la création.

La végétation présente, pendant l’époque tertiaire, des caractères tout aussi nellement tranchés. La flore tertiaire se rapproche, et quelquefois s’identifie presque, avec celle de nos Jours. La classe des végétaux cicotylédones s’y montre dans son développement complet : l'époque des fleurs est arrivée. La surface de la terre est embellie par les couleurs diaprées des fleurs et des fruits qui leur succèdent. Les blancs épis des Graminées se détachent sur la verdure de prairies sans limites. Ils semblent provoquer le développement des insecles, qui alors, en effet, se multiplient singulièrement. Dans les bois remplis d'arbres à fleurs, aux cimes arrondies, comme nos Chênes et nos Bouleaux, les oiseaux augmentent en nombre. L’atmosphère, qui s’est purifiée et débarrassée du voile de vapeurs qui n'avait cessé de la couvrir jusque-là, permet aux oiseaux, animaux aux organes pulmonaires délicats, de vivre et d'accroître leurs espèces.

Pendant l'époque tertiaire, l’influence de la chaleur centrale du globe cessa de se faire sentir, en raison de l'épaisseur tou-

jours croissante de la croûte terrestre. Par l'influence de la chaleur solaire, les climats purent se dessiner sur diverses laüiludes. La température de la terre élait alors à peu près celle de notre zone torride actuelle, mais à cette époque le froid commença de se faire sentir aux deux pôles du globe.

Des pluies abondantes continuaient pourtant à verser sur le continent d'énormes quantités d'eaux, qui se rassemblèrent en grands fleuves. Ce fut alors que des dépôts des eaux douces commencèrent à se former en grand nombre, et que des fleuves, par leurs atterrissements, purent déposer de nouveaux terrains. C’est, en effet, à partir de l’époque tertiaire que l’on voit se succéder des couches alternantes contenant des êtres organiques marins et des êtres propres aux eaux douces. C’est à la fin de l’époque tertiaire que les continents et les eaux prirent les places respectives que nous leur voyons, et que la surface de la terre reçut sa forme actuelle.

L'époque tertiaire embrasse trois périodes bien distinctes. Les noms d'éocène, miocène et pliocène ont prévalu pour la désignation de ces trois périodes. Voici l’étymologie de ces trois noms : éocène (£w:, aurore; xatvos, récent); miocène (uwstov, moins ; xuvos, récent); pliocène (meïov, plus ; xavds, récent) ; ce qui veut à peu près dire que ces trois périodes sont plus ou moins éloignées de l'aurore des temps actuels. En grec, comme en français, ces dénominations, dues au géologue anglais Lyell, sont d’un sens forcé et incorrect, mais l’usage les a consacrées.

Pendant cette période, la terre ferme a gagné en étendue sur le domaine des mers. Sillonnés de fleuves et de rivières, les continents offrent, cà et là, de grands lacs. Les paysages de cette époque offraient le curieux mélange que nous avons signalé dans la période précédente, c’est-à-dire réunissaient la végétation des temps primitifs à celle de nos jours. A côté des Bouleaux, des Aunes, des Chênes, des Charmes, des Ormes et des Noyers, se dressaient de hauts Palmiers, d'espèces aujourd’hui disparues, comme les Flabellaria et les Palmacites. Il existait beaucoup d'arbres verts (Conifères) qui appartenaient la plupart à des genres aujourd’hui subsistants, comme les Sapins, les Pins, les 1fs, etsurtout des Cyprès, des Thuyas, des Genévriers, etc.

Les Cupanioïides parmi les Sapindacées, les Cucumites parmi les Cucurbilacées, espèces analogues à nos bryones pour le port, grimpaient le long du tronc des arbres, et formaient autour de leurs rameaux des guirlandes aériennes.

Les Fougères étaient représentées par les genres Pecopteris, Tœniopteris, Asplenium, Polypodites.

Des Mousses, des Hépatiques formaient une humble mais elégante el vivace végétation, à côté des plantes terrestres, souvent ligneuses, que nous venons de signaler.

Des Prèles et des Chara croissaient dans les marais, les rivières et les étangs.

Ce n’est pas sans quelque surprise que l’on voit apparaître ici un certain nombre de plantes de notre époque, qui semblent avoir le privilége de servir d'ornement et de décor aux tranquilles cours d’eau. Citons, parmi ces gracieuses contemporaines, la Macre ou Châtaigne d’eau (Trapa naans), qui étale sur l’eau ses belles rosettes de feuilles vertes et dentelées, et dont les pétioles sont fusiformes, comme pour

soulenir et faire flotter les feuilles; son fruit est une noix dure, coriace, à quatre cornes épineuses, et qui renferme une graine farineuse bonne à manger ; — les Potamots (Potamogelton), dont les feuilles plus ou moins larges, souvent linéaires ou capillaires, forment d'épaisses touffes de verdure qui offrent aux poissons une nourriture et un abri; —les Nymphéacées, qui épanouissent à côté de feuilles larges, arrondies, échancrées à leur base et appliquées à la surface de l’eau, tantôt les fleurs jaunes du Nénufar, tantôt les fleurs blanches du Nympheœæu.

« La période tertiaire inférieure, dit M. Lecoq dans sa Géographie botanique, nous rappelle entièrement les paysages tropicaux de l’époque actuelle, dans les lieux où l’eau et la chaleur impriment ensemble à la végétation une force et une majesté inconnues dans nos climats. Les Algues, qui déjà à la fin de la période crayeuse peuplaient les eaux marines, se montrent sous des formes encore plus variées au commencement des dépôts tertiaires, quand ils ont lieu sous les eaux marines. Des Hépatiques et des Mousses croissent dans les lieux humides; de jolies Fougères, comme les Pecopteris, les Tæniopteris et l'Equisetum stellare, Pomel., vivent encore dans les lieux frais et humectés. Les eaux douces sont remplies de Nayades, de Chara, de Potamogeton, de Caulinites, de Zosterites et d’Halochloris. Leurs feuilles nageantes ou submergées, comme celles de nos plantes aquatiques, recèlent des légions de mollusques, dont. les débris sont aussi arrivés jusqu'à nous.

« De très-nombreux Conifères vivent pendant cette époque. M. Brongniart en énumère quarante et une espèces, qui pour la plupart nous raménent aux formes actuelles des Pins, des Cyprès, des Thuyas, des Genévriers, des Sapins, des Ifs et des Ephédra.

« Des Palmiers se mêlaient à ces groupes d'arbres verts ; les Flabellaria Parisiensis, Brongn., F. rhayifolia, Stern., F. maxima, Unger, et des Palmacites, élalaient leurs larges couronnes près de magnifiques Higtea, Malvacées sans doute arborescentes, comme plusieurs d’entre elles le sont de nos jours dans les climats très-chauds.

« Des plantes grimpantes, telles que les Cucumites variabilis, Brongn., les nombreuses espèces de Cupanioides appartenant, l’une aux Cucurbitacées, les autres aux Sapindacées, enlaçaient leurs tiges autour des troncs sans coute ligneux de Légumineuses variées.

« La famille des Bétulacées, celle des Cupulifères montraient la forme alors nouvelle des Quercus; des Juglandées, des Ulmacées se mêlaient aux Protéacées, reléguées aujourd’hui dans l’hémisphère austral. Des Dermatophyllites, conservées dans le succin, paraissent appartenir à la famille des Éricinées, et le Trapa Arethusæ, Unger, du groupe des OEnothérées, flottait sur les eaux peu profondes où végétaient les Chara et les Potamogeton. |

« Cette flore nombreuse comprend plus de 200 espèces, dont 143 ap-

parliennent aux Dicotylédones, 33 aux Monocotylédones et 33 aux Cryptogames.

« Les arbres y dominent comme dans la période précédente ; mais le grand nombre des plantes aquatiques s'accorde avec les faits géologiques qui placent à cette époque les lacs étendus qui divisaient les continents, et la présence de vastes baies marines qui pénétraient dans les terres. »

Nous ne devons pas manquer de faire remarquer qu'à l’époque tertiaire toute l’Europe renfermait un grand nombre de ces végétaux aujourd’hui confinés dans la Nouvelle-Hollande, et qui donnent à ce pays un aspect si étrange. La Nouvelle-Hollande (Australie) semble, tant pour les végétaux que

Fig. 245. Rameau d'Eucalyplus restauré.

pour les animaux, avoir conservé sous sa chaude latitude les derniers vestiges des créations organiques propres au globe primitif. Toute la famille des Protéacées, qui comprend les Banksia, les Hakea, le Gerilea protea, existait en Europe pendant l'époque tertiaire. La famille des Mimosees, qui com-

prend les Acacias, les Ingas, et qui se trouve aujourd’hui confinée dans l'hémisphère austral, abondait en Europe pendant la même période géologique.

Comme types des arbres dicotylédones de cette époque nous présenterons ici la figure restaurée d’un rameau d’'Eucalyptus (fig. 245) d’après les impressions retrouvées dans les terrains

LE

Fig. 2:46. Rameau fructifère de Banksia restauré.

de cette époque, et celle d’un rameau fructifère de Banksia (fig. 246) d’une espèce qui diffère de celle de nos jours.

Des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des poissons, des insectes, des mollusques, forment la faune continentale de l’époque éocène. Dans les eaux des lacs, profondément sillonnées à leur surface par le passage de volumineux Pélicans, vivent des mollusques, comme des Physes, des Limnées, des

Planorbes, sautent des Grenouilles et nagent des Tortues, comme les Trionyx et les Émides. Des Bécasses font leur retraite parmi les joncs qui bordent le rivage. Des hirondelles de mer voltigent au-dessus des eaux, ou courent sur la grève. Des Chouettes se cachent dans les troncs caverneux des vieux arbres. De gigantesques Busards planent dans les airs pour épier leur proie; tandis que de lourds Crocodiles se traînent lentement dans les hautes herbes des marais.

Tous ces animaux, propres aux continents, ont été retrouvés sur le sol de la France à côté de troncs de Palmiers. La température de notre pays était donc beaucoup plus élevée qu'elle ne l’est aujourd'hui. Les mammifères qui vivaient alors sous la latitude de Paris n’habitent maintenant que les contrées les plus chaudes du globe.

Les pachydermes sont les premiers mammifères qui aient apparu dans la période éocène, et ils y tiennent le premier rang par l'importance et le nombre des espèces. D’autres genres de mammifères les suivent : ce sont des chéiroptères (Chauves-souris), des marsupiaux, des rongeurs. Mais bien des genres de mammifères font encore défaut; et, remarque importante, ceux qui dominent dans la création actuelle sont à peine représentés pendant la période éocène. Les ruminants, qui dans les animaux de nos jours forment l’ordre le plus nombreux parmi les mammifères, n'existaient pas encore. Les Bœufs, Cerfs, Moutons, Chèvres, Antilopes, qui peuplent nos plaines, nos forêts et nos montagnes, n'avaient pas apparu. Les Chevaux manquaient; ils ne devaient apparaître qu’à la fin de l’époque tertiaire. Les insectivores, auxquels appartiennent le Hérisson, la Taupe etla Musaraigne, n’ont pas été trouvés dans les terrains qui correspondent à cette période. Tandis que, dans la création actuelle, les pachydermes ne forment qu'une petite partie de la totalité des mammifères, ils constituaient, pendant la période éocène, plus de la moitié des mammifères; et les rongeurs, qui de nos jours pullulent partout, n'étaient représentés alors que par quelques rares espèces.

Ainsi l’ordre progressif de la création se montre bien manifestement dans l'apparition successive des mammifères sur

le monde ancien.

La prédominance numérique des pachydermes ! parmi les mammifères fossiles de la période éocène, le grand nombre de leurs espèces, qui est bien supérieur au nombre des espèces que nous connaissons aujourd'hui dans ce même ordre, sont un fait remarquable et sur lequel Cuvier a beaucoup insisté. Parmi les pachydermes fossiles de l’époque tertiaire, on trouve un grand nombre de formes intermédiaires que l’on chercherait en vain aujourd'hui dans nos pachydermes vivants; ces genres sont séparés de nos jours par des intervalles plus étendus que ceux d'aucun autre genre de mammifères. Il est bien curieux de retrouver ainsi dans les animaux du monde ancien les anneaux, aujourd'hui brisés, de la chaîne de ces êtres.

Arrètons-nous un instant sur ces pachydermes, qui ont eu pour tombeaux les lieux qui forment aujourd’hui les carrières à plâtre des environs de Paris. Montmartre et Pantin furent leur dernier refuge. Chaque bloc qui sort des carrières de Montmartre ou de Pantin renferme quelque fragment d’un os de ces mammifères, et combien de millions d’ossements ont été détruits avant que l'attention se fût portée sur cet objet!

C’est l'étude des débris organiques qui remplissaient les plâtres de Montmartre qui a le plus contribué à la création de la science des êtres fossiles. C’est là, en effet, que s’est exercé surtout le génie de Cuvier. Les cabinets d'histoire naturelle de Paris s'élaient peu à peu remplis d'innombrables fragments d'animaux inconnus, extraits des carrières à plâtre. Cuvier se décida à aborder leur étude. Mais comment, sur la grande quantité d’os dont se compose un squelette, venir à bout de choisir avec certitude ceux qui appartiennent à chaque genre et à chaque espèce? C’est pourtant ce que fit Cuvier, qui parvint à reconstruire leurs squelettes entiers avec tant de sûreté et de précision, que les découvertes postérieures d’autres fragments de ces mêmes animaux ne firent que confirmer ce qu'avait deviné son génie. Les Palcæotherium et les Anoplotherium sont les premiers mammifères fossiles qui furent restaurés par notre immortel naturaliste.

Les études de Cuvier sur les mammifères fossiles des car-

Page 1