PER SE ES | = SE TS KJENITRARE
Fig. 273. Dinothérium.
Ce colosse du monde ancien, sur lequel on a beaucoup dis-
cuté, se rapprochait du Mastodonte : il semble annoncer l’ap-
parition de l’Éléphant. Ses dimensions étaient beaucoup plus grandes que celles des Éléphants actuels, et supérieures même à celles du Mastodonte et du Mammouth, Éléphants fossiles dont nous aurons plus loin à évoquer les restes.
Par son genre de vie et son frugal régime, ce pachyderme ne méritait pas le nom redoutable que les naturalistes lui snt imposé (ôswès, terrible ; 6nptov, animal). Sa taille était sans doute effrayante, mais ses habitudes étaient paisibles. Il habitait de préférence les eaux douces, les embouchures des grands fleuves et les lagunes avoisinant leurs rives. Herbivore, comme l'Éléphant, il ne se servait de sa trompe que pour saisir les herbes qui pendaient au-dessus des eaux, ou flottaient à leur surface. On sait que les Éléphants sont trèsfriands des racines des végétaux herbacés qui croissent dans les plaines inondées. Le Dinothérium paraît avoir été organisé pour satisfaire aux mêmes goûts. Avec la puissante pioche naturelle formée par ses défenses, dirigées vers le sol, il arrachait du fond de l’eau des racines féculentes, comme celles des nymphæas, ou des racines beaucoup plus dures, que le mode d’articulation de ses mâchoires, la puissance des muscles destinés à les mouvoir et la large surface de leurs dents lui permettaient de broyer avec facilité.
Le Mastodonte avait, à peu de chose près, la taille et la forme de notre Éléphant actuel; seulement son corps devait être plus allongé, et ses membres, au contraire, un peu plus épais. Il avait des défenses, et très-probablement une trompe. Il ne se distingue de l’'Éléphant actuel que par la forme de ses dents molaires, qui sont le caractère le plus distinctif de son organisalion. Ces dents sont à peu près rectangulaires et présentent sur la surface de leur couronne de grosses tubérosités coniques à pointes arrondies, disposées par paires au nombre de quatre ou cinq, suivant les espèces. Leur forme (fig. 274) est très-distincte et très-reconnaissable. Elles ne ressemblent pas à celles des carnassiers, mais à celles des herbivores, et particulièrement à celles de l’'Hippopotame.
Nous représentons dans la figure 275 la tête du Mastodonte de la période miocène. On voit que cet animal avait quatre défenses, les plus petites étant placées à la mâchoire inférieure.
Sur. cette figure, AB représente l’ensemble de la tête; C la mâchoire inférieure seule, à une plus forte échelle, pour montrer les deux défenses qui partent de cette mâchoire.
Fig. 274. Dents du Mastodonte.
Ce n’est que vers le milieu du siècle dernier que l’on eut en France les premières notions sur l'existence du Mastodonte.
Fig. 275. Tête du Mastodonte de la période miocène,
Dès l’année 1705, on avait trouvé, ilest vrai, à Albany (aujourd’hui dans l’État de New-York) quelques os de cet animal; mais cette découverte n'avait aucunement attiré l'attention. En 1739, un officier français, M. de Longueil, traversait, pour se rendre dans le Mississipi, les forêts vierges qui bordent le grand fleuve de l’Ohio. Les sauvages qui l’escortaient trouvèrent, par hasard, au bord d’un marais, divers ossements , dont plusieurs semblaient appartenir à des animaux inconnus. Dans ce marais tourbeux, que les indigènes désignaient sous le nom de grand lac Salé, venaient se perdre plusieurs sources d’eau chargée de sel, et de tout temps les ruminants
sauvages y étaient accourus en foule, attirés par la saveur du sel, dont les animaux ont toujours été friands. Telle était probablement la cause qui avait accumulé en ce point les restes d’un si grand nombre de quadrupèdes aux temps les plus reculés de l’histoire de notre globe. Ils avaient sans doute péri étouffés, en s’enfonçant dans la vase de ce lac, au fond mobile et fangeux. M. de Longueil prit quelques-uns de ces ossements. A son retour en France, illes remit à Daubenton et à Buffon: c’étaient un fémur, une extrémité de défense et trois dents molaires.
Daubenton, après mûr examen, déclara que ces dents étaient
Fig. 276. Mastodonte restauré.
celles d’un hippopotame; la défense et le gigantesque fémur appartenaient, selon lui, à un éléphant.
Ainsi Daubenton n'attribuait pas à un seul et même animal les ossements apportés par M. de Longueil. Buffon ne partagea point cet avis, et il ne tarda pas à convertir à ses vues Daubenton, ainsi que les autres naturalistes francais. Buffon déclara que ces os appartenaient à un éléphant dont la race n'avait vécu qu'aux temps primitifs de notre globe. Ce fut alors que la notion fondamentale des espèces animales éteintes et exclusivement propres aux anciens âges de la terre
entra, pour la première fois, dans la tête des naturalistes. Cette notion devait sommeiller pendant près d'un siècle avant de porter les fruits admirables dont elle a enrichi les sciences naturelles et la philosophie.
Buffon baptisa cet être fossile du nom d’'Animal de l'Ohio, ou Éléphant de l'Ohio, pour rappeler la partie de l'Amérique qui avait été le théâtre de cette découverte.
Buffon néanmoins se trompa sur les dimensions qu’il fallait attribuer à l'Animal de l'Ohio. I Ie croyait six à huit fois plus grand que notre éléphant actuel. Il fut conduit à celte estimation par une appréciation erronée du nombre des dents des éléphants. L’Animal de l'Ohio n’a que quatre molaires, tandis que Buffon s'était imaginé que ce dernier être pouvait en avoir jusqu'à seize, confondant les germes ou les dents supplémentaires qui existent chez le jeune animal, avec les dents de l'individu adulte. En réalité, l'Animal de l'Ohio n’était pas beaucoup plus grand que notre éléphant d’Afrique.
La découverte de cet animal fossile avait produit une grande impression en Europe. Maîtres du Canada par la paix de 1763, les Anglais continuèrent à y chercher ces restes précieux. Le géographe Croghan, parcourant de nouveau la région de ce grand lac Salé signalée par M. de Longueil, y trouva quelques ossements de la même nature; en 1767, il en fit passer plusieurs caisses à Londres, en les adressant à divers naturalistes. Collinson, l'ami et le correspondant de Franklin, qui avait eu sa part de cet envoi, fit remettre à Buffon une dent molaire.
Ce n'est pourtant qu’en 1801 que l’on à trouvé des restes bien complets de l'Animal de l'Ohio. Un naturaliste américain, M. Peale, parvint, à cette époque, à réunir deux exemplaires presque complets de cet important squelette. Avant appris que l’on avait trouvé plusieurs grands ossements dans une marnière située au bord de l’'Hudson, près de Neubourg, dans l'État de New-York, M. Peale se rendit dans cette localité. Au printemps de 1801, une partie considérable du squelette se trouvait chez le fermier qui l'avait extrait de la terre, mais qui, malheureusement, l’avait laissé mutiler par la maladresse et la précipitation des ouvriers. Ayant acheté ces débris, M. Peale les envoya à Philadelphie.
Dans un marais situé à cinq lieues à l’ouest de l’'Hudson, le
même naturaliste réussit à découvrir, six mois après, un nouveau squelette de Mastodonte, composé d’une mâchoire entière et d’un grand nombre d’os. M. Peale rapporta le tout à Philadelphie. Tous les os qu'il avait rassemblés lui servirent à composer deux squelettes à peu près complets. Un de ces squelettes demeura dans son cabinet de Philadelphie; l’autre fut apporté à Londres par un de ses fils, qui le montra à prix d'argent.
Des découvertes analogues suivirent, en Amérique, cette découverte fondamentale. L’une des plus curieuses en ce genre fut faite en 1805 par M. Barton, professeur à l’Université de Pensylvanie. On trouva à six pieds de profondeur, sous un banc de craie, assez d’ossements de Mastodonte pour en composer un squelette. L'une des dents pesait 8 kilogrammes et demi. Mais voici la circonstance qui rendait cette trouvaille unique entre toutes. Au milieu des os, et développée dans une sorte de sac, qui avait dû être l’estomac de l’animal, on mit à découvert une masse végétale en partie broyée, composée de branches et de petites feuilles, parmi lesquelles on put reconnaître une espèce de roseau qui est encore aujourd'hui commune dans l'État de Virginie, de sorte que l’on ne douta point que ce ne fussent les matières mêmes que l’animal avait ingérées avant sa mort.
Les indigènes de l'Amérique du Nord appelaient le Mastodonte le père des bœufs. Cest ce qu’un officier français, nommé Fabri, écrivait dès 1748 à Buffon. Les sauvages du Canada et de la Louisiane, où abondent les restes du Mastodonte, les rapportent au père des bœufs, créature fantastique qu'ils mèêlent à toutes leurs traditions et qu'ils font figurer dans leurs vieilles chansons nationales. Voici l’une de ces chansons que Fabri entendit au Canada :
« Lorsque le grand Manitou descendit sur la terre pour voir si les êtres qu'il avait créés étaient heureux, il interrogea tous les animaux. Le Bison (Aurochs) lui répondit qu’il serait content de son sort dans les grasses prairies dont l'herbe lui venait jusqu'au ventre, s’il n'avait sans cesse les yeux tournés vers la montagne pour apercevoir le père des bœufs en descendre avec furie, pour dévorer lui et les siens. »
Les sauvages Chavanais prétendaient que ces grands animaux avaient vécu autrefois conjointement avec une race
d'hommes dont la taille était proportionnée à la leur, mais que le grand Etre détruisit l’une et l’autre espèce par les traits répétés de ses terribles foudres.
Les indigènes de Virginie avaient une autre légende. Comme ces gigantesques Éléphants détruisaient tous les autres animaux, spécialement créés pour servir aux besoins des Indiens, Dieu les foudroya. Un seul réussit à s'échapper, c'était « le gros mâle, qui, présentant sa tête aux foudres, les secouait à mesure quelles tombaient, mais qui, ayant à la fin été blessé par le côté, se mit à fuir vers les grands lacs, où il se tint caché jusqu'à ce jour. »
Toutes ces fictions naïves prouvent au moins que le Mastodonte a vécu sur la terre. jusqu’à une époque très-reculée. Nous verrons, en effet, qu'il est contemporain du Mammouth, lequel a été lui-même contemporain de l’homme.
Buffon, avons-nous dit, avait donné à ce grand fossile le nom d'Animal où Éléphant de lOhio; on le désignait aussi sous le nom de Maïninouth de l'Ohio. Cuvier a remplacé tous ces noms impropres par celui de Mastodonte, dérivé de deux mots grecs (uaoroc, 82us, denten forme de mamelon).
On a trouvé en Amérique, depuis Cuvier, beaucoup d’ossements de Mastodonte, mais on n’en a rencontré qu’assez rarement en Europe. On a même assez longtemps admis, avec Cuvier, que le Mastodonte était exclusivement propre au nouveau monde. La découverte, faite plusieurs fois en Europe, d’ossements de Mastodonte mêlés à ceux du Mammouth (Elephus primigenius) a détruit de nos jours cefte opinion. On a trouvé ces ossements en grand nombre dans le Val d’Arno, gisement précieux d’éléphants fossiles dont nous aurons à parler plus loin. En 1858, on découvrit à Turin un magnifique squelette de Mastodonte. Nous en donnerons la figure en parlant des animaux de l’époque pliocène.
La forme des dents du Mastodonte nous montre qu'il se nourrissait, comme l'Éléphant, de racines et d’autres parties charnues de végétaux. La curieuse trouvaille faite en Amérique, par Barton, des restes du corps de cet animal, nouséclaire suffisamment sur son genre de nourriture. Il vivait sans doute au bord des fleuves, dans les terrains mous et marécageux.
Outre le grand Mastodonte, dont nous venons de parler, il
existait le Mastodonte à dents étroites, d’un tiers plus petit que l'éléphant, et qui habitait à peu près toute l'Europe.
Nous ne saurions passer sous silence un curieux fait historique qui se rattache aux restes du Mastodonte.
Le 11 janvier 1613, les ouvriers d’une sablonnière située près du château de Chaumont, en Dauphiné, entre les villes de Montricourt et Saint-Antoine, sur la rive gauche duRhône, trouvèrent des ossements, dont plusieurs furent brisés par eux. Ces os appartenaient à un grand mammifère fossile; mais l’existence de ce genre d’être était alors entièrement méconnue. Informé de la trouvaille, un chirurgien du pays, nommé Mazuyer, s’empara de ces os, dont il sut tirer, comme on va le voir, un excellent parti. Il s’annonca comme ayant découvert lui-même ces débris dans un tombeau bâti en briques, long de 30 pieds sur 15 de large, et sur lequel était cette inscription : Teurosoccaus Rex. Il ajoutait avoir trouvé, dans le même tombeau, une cinquantaine de médailles à l'effigie de Marius. Nos lecteurs saventque Teutobocchus était un roi barbare qui envahit les Gaules à la tête des Cimbres, et fut arrêté et vaincu près d'Aguæ Sextiæ (Aix, en Provence) par Marius, qui l’emmena à Rome pour orner son cortége triomphal. Dans la notice qu'il publia pour accréditer ce conte, Mazuyer rappelait que, d’après le témoignage des auteurs romains, la tête du roi teuton dépassait tous les trophées que l’on arborait sur les lances dans les triomphes. Le squelette qu'il exhibait avait, en effet, 25 pieds de long sur 10 de large.
Mazuyer fit voyager par toutes les villes de la France et de l’Allemagne le squelette du prétendu Teutobocchus, qu'il montrait à beaux deniers comptants. Il produisit sa relique devant Louis XIII, qui prit le plus grand intérêt à contempler cette merveille.
Le squelette que Mazuyer promenait en France pour le soumettre à l’admiration du vulgaire et des savants fit naître une longue controverse, ou plutôt une interminable dispute, dans laquelle se distingua le célèbre anatomiste Riolan, argumentant contre Habicot, médecin dontle nom est tombé dans l’oubli. Riolan voulait prouver, et il y réussit, au moins devant la. science, que les os du prétendu Teutobocchus étaient ceux d'un éléphant. Les deux adversaires échangèrent, pour soute-
nir leurs dires, de nombreuses brochures, dans lesquelles brillaient surtout les injures personnelles, comme il arrivait, à
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Fig. 277. Squelette du singe Mesopithecus. (1/5 G. N.)
cette époque, toules les fois que l’antique médecine et la chirurgie naissante se trouvaient face à face.
Nous savons par Gassendi qu’un jésuite de Tournon, nommé
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Fig. 278. Mesopithecus restauré. (1/5 G. N.)
Jacques Tissot, était l’auteur de la notice publiée par Mazuyer; Gassendi prouve en même temps que les prétendues médailles de Marius étaient controuvées, car elles portaient des caractères gothiques.
Il semble fort étrange, quand on considère ces os, qui sont
conservés aujourd'hui dans les armoires du Muséum d'histoire naturelle de Paris, où chacun peut les voir, qu'on ait jamais pu les faire passer pour des os humains. La mâchoire inférieure, avec ses énormes dents et sa monstrueuse ouverture, ne pouvait, ce nous semble, en imposer à personne. Ce n’est pourtant que de nos jours qu'on à déterminé la véritable origine de ces débris. Le squelette de Teutobocchus se trouvait, assurail-on, à Bordeaux en 1832; il fut envoyé à cette époque au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où M. de Blainville déclara qu’il appartenait à un Mastodonte.
Fig. 279. Rhinocéros pachygnathus. (1/22 G.N.)
Ainsi, le roi Teutobocchus déterré sur les-rives du Rhône n'était qu'un Mastodonte.
Les Singes apparaissent dans la période miocène. Citons d’abord le Dryopithecus, ainsi que le Pithecus antiquus, découverts par M. Lartet dans le gite ossifère de Sansan. Nous ne donnerons pas la figure restaurée de ces singes, dont on ne connaît pas toutes les parties, mais nous présentons ici l’image restaurée d’un singe de la période miocène, le Mesopithecus, découvert par M. Albert Gaudry dans les terrains miocènes de Pikermi, en Grèce. M. Gaudry a rapporté le squelette entier de cet animal, qui ressemblait par son organisation à un Maca-
que; c'est d'après cette pièce intéressante que nous faisons la restauration que l’on voit figurée ici. La figure277 représente le squelette du Mesopithecus, la figure 278 l’animal restauré.
M. Albert Gaudry, en poursuivant l'étude des animaux fossiles de l’Attique, a jeté un jour considérable sur les races animales fossiles propres à la période miocène.
Les fouilles que M. Albert Gaudry a exécutées en Grèce et notamment à Pikermi, pendant les années 1856 et1860,avaient
Fig. 280. Hipparion. (1/25 Gr. N.)
été entreprises sous les auspices de l’Académie des sciences de Paris. M. Gaudry rapporta de ses longues excursions un total de 4940 échantillons, qui étaient répartis entre 371 individus et 51 espèces.
Les résultats des fouilles de Pikermi sont consignés dans le grand ouvrage que M. Albert Gaudry a publié sous ce titre : Animaux fossiles de l'Attique, d'après les recherches faites en 1855 et en 1856.
Ce qui caractérise le gisement paléontologique de Pikermi,.
c'est la réunion d'espèces gigantesques. La petite faune n’y brille que par son absence. En revanche, on ne rencontre aujourd’hui, dans aucune contrée, un assemblage d'animaux géants comparable à celui qui existe à Pikermi. Les régions que recouvrent maintenant les flots de l'archipel Grec étaient autrefois des plaines sans limites, qui unissaient l'Europe à l'Asie. Il devait exister là des vallées d’une végétation luxuriante, où de grasses prairies alternaient avec des bois magnifiques; car la fécondité du règne animal fait supposer la
: À: ju Ni | QUIZ AEARENTI